‹ Etude sur Nicolas Psaulme, évêque et comte de Verdun, 1518-1575Chapitre 6 sur 10 · SA MORT · texte numérisé non relu

SA MORT

Vraiment, Mesdames et Messieurs, c'était une étrange vie que celle de ces Princes-Evêques du temps passé! Vous les voyez, un jour, remplissant les devoirs de leur ministère sacré, et le lendemain disputant une prérogative aux bourgeois de leur ville, un lambeau de terre à quelque seigneur du voisinage; un jour à l'autel, et le lendemain dans un tribunal, parfois même sur un champ de bataille; un jour enfin fondant une université, un couvent, et le lendemain faisant un règlement de police.

Nicolas Psaulme va continuer à nous donner le spectacle de ces contrastes.

Inutiles essai8 D'abord , il songca à s'aboucher et à faire sa "^ [""'' paix avec son redoutable voisin Henry -Robert de

avec le duc

j^ la Marck. On |)rit jour a Marville, puis a Dun ; Bouillon, les députés de l'Evêque et du Duc s'y ren-

contrèrent, mais ne conclurent rien. L'Evêque soutenait à bon droit que son adversaire ne possédait qu'un huitième des droits seigneuriaux sur la prévôté de Mangiennes ; le Duc au contraire se prétendait maître et souverain pour le tout en la dite prévôté. Il écrivait à Nicolas Psaulme : «... Et » vous supplie de croire que j'ay plus envie de » prendre d'aultre bien que de perdre le mien ! » J'espère que quand Dieu vous aura donné ung » successeur , nous demeurerons bons amys et » voisins, qu'il aura la volonté meilleure que n'avès » eu jusqu'icy. Me recommandant sur ce à vostre » bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur, qu'il vous » donne en santé ce que plus vous désirés. Vostre » voisin et amy selon Dieu. Robert de la Marck. — » De Sedan ce 10*"* jour de décembre 1572. »

Vers cette époque un incident faillit brouiller notre Evèque avec la cour de France.

Jean de Montluc, évêque de Valence, frère du L'évèquc fameux capitaine Biaise de Montluc, se rendant de Vaicncc vers les Polonais pour négocier l'élection du duc d'Anjou, frère de Charles IX, au trône de Pologne, vint faire sa couchée à Verdun. Il passait pour favoriser les nouvelles idées religieuses. Macéré , secrétaire de Nicolas Psaulme, poussant le zèle un peu loin, fit enlever l'évèque de Valence de son logis et le voulut retenir prisonnier. Montluc jeta les hauts cris, Nicolas Psaulme désavoua cet acte de violence et l'imprudent secrétaire, qui avait agi de son chef, fut lui-même, sur un ordre de France, mis dans la prison de l'Evèché, où il demeura près d'une année.

arrête à Verdun.

A propos de ce secrétaire, disons en passant que l'un de ses prédécesseurs, nommé Jacques Rolland, avait reçu de Nicolas Psaulme des lettres de noblesse en 1559. Nous pouvons juger par là de ce qu'était encore à la fin du xvi^ siècle le pouvoir épiscopal dans notre ville, puisque l'Evêque de Verdun jouissait du droit d'annoblir un sujet, droit si considérable alors, à cause de ses conséquences , qu'il n'appartenait qu'aux princes souverains (1).

Le Cardinal

de

Lorraine

fait abandon

des revenus

de

l'Evêchc

de Verdun.

^icolas

Psaulme

abbc

Commenda-

taire

de

St-Vannes.

Enfin, à l'année 1572, nous pouvons rapporter la cessation d'un état de choses fort dommageable aux intérêts temporels de notre Evoque.

On se souvient que le jour où Jean de Lorraine se démit de l'évèché de Verdun en faveur de Nicolas Psaulme, il se réserva le droit de percevoir la majeure partie des revenus du dit évêché, droit qu'il transmit bientôt à son neveu , Charles de Guise, depuis Cardinal de Lorraine. Ce ne fut qu'après vingt-deux ans que ce Cardinal, qui du reste avait 300 mille écus de rentes en bénéfices, c'est-à-dire provenant de ses évêchés et de ses abbayes, songea à réparer cette espèce d'injustice envers l'évêque de Verdun et lui rendit l'entière jouissance des fruits de son temporel.

Il fit plus, il se démit en faveur de Nicolas Psaulme de la dignité fort lucrative d'abbé de St-Vannes. On pouvait , sans être religieux de l'Ordre, ni résidant, porter le titie d'abbé d'un monastère, et jouir de tous les droits et revenus attachés à ce titre, avec la seule obligation de

(1) Dom PcUelier. Nobiliaire de Lorraine.

^ pourvoir aux besoins ou dépenses du couvent. C'est ce que Ton appelait alors posséder une abbaye en commende ou en être Abbé commendataire.

Les Religieux de St-Vannes protestèrent contre ces arrangements dont leur riche abbaye était l'objet entre le Cardinal et l'Evêque, mais leurs protestations furent inutiles. Le Cardinal qui se trouvait alors à Rome obtint sans difficulté du pape Grégoire XIII les bulles d'union de St-Vannes à la mense épiscopale (1 572) , et depuis lors les Evêques de Verdun en furent abbés commendataires.

Plus tard , l'abbaye de St-Vannes essaya bien encore de se soustraire à l'obéissance de Nicolas Psaulme lorsque la mort l'eût privé de la protection de son puissant ami ; un des religieux fut élu pour abbé, mais l'élection fut annulée en cour de Rome. Seulement le souvenir de ces démêlés ne s'oublia point de sitôt sous le cloître, car les Religieux de St-Vannes, qui ont eu occasion de parler dans leurs écrits de notre Evêque , lui sont en général peu favorables.

Cependant c'est peut-être à Nicolas Psaulme Dom que les Bénédictins de St-Vannes doivent leur Didier gloire la plus pure. Il y avait vingt-deux ans ^"^ '^ qu'à Montzéville était né Didier de la Cour. Quoiqu'issu d'une noble famille, ce jeune homme, dont l'intelligence était peu commune et les vertus remarquables , sollicitait en vain d'entrer comme novice à St-Vannes : notre Evêque donna au Prieur du monastère le commandement formel de le recevoir. Dom Didier de la Cour devint dans la suite le Réformateur de son couvent et bientôt de

our.

l'Ordre tout entier des Hénédietins. Celte réforme est eélèbre dans les annales bénédictines ; tous les couvents ([ui l'embrassèrent prirent le nom de Congrégation de St-Vannes (1).

Je vous disais tout-à-l'heure, Messieurs, que le

Cardinal de Lorraine se trouvait à Rome à l'époque

dont nous parlons.

Leiirc De Rome, il écrivait, en effet, le 16 septembre

du Cardinal 1572, à Nicolas Psaulme, une letlre que je n'aime

de Lorraine pgg^ ^u sujct de Tinutilo et odieux massacre de la

* St-Barthélemy (24 août 1572). Il y dit que cette

Nicolas ,, , ^ ,. • ,

Psaulme iiouveile de France a rejoui chacun par deçà les

ausujci monts, que le Pape en a montré sa satisfaction par

delà des cérémonies religieuses et actions de grâces à

si-iîariiic- Dieu, qu'on bénit à Rome « Nostre Seigneur qui

^™^' » avait inspiré le cœur de nostre Roy à si heureuse

» et saincte entreprise, de laquelle nous ne pou-

» vons espérer désormais que le bien , paix et

» repos de la France, avec accroissement de l'hon-

» neur de Dieu et de l'Eglise catholique et romaine

» qui a bien bonne occasion de s'en resjouir. Mon

» amy , ajoute-t-il , hœc est dextera Excelsi. Il

» ne faut jamais désespérer comme vous faites

» au moins à ceste heure (2). »

Sixte V, Messieurs, qui gouvernait alors l'Eglise,

(1) Dom Didier de la Cour mourui en 1623. Son corps fut inliumé dans l'Ej^lisc de St-Vannes. En 1811 , lorsque celle belle Eglise abandonnée ne fui plus un asile di^ne de ces restes vénérables, ils furent transportes dans la chapelle du cliàteau de MonI — liairons avce son loinbeau. Le château de I>Ionthairons appartient à M. de la Cour, un des jtctits neveux de Tillustie llérorniateur.

(2) Histoire des Ducs de Guise par René de Bouille. — Tome II. Pa-e 522.

ignorait le vérital)le caractère des massacres de la St-Barthélemy. On lui affirmait que les Protestants de France s'étaient révoltés à main armée et que leur révolte avait dû être écrasée par de sanglantes représailles. Mais Charles de Guise, lui, savait tout! Il est triste, je l'avoue, Messieurs, il est triste pour l'honneur de l'humanité de voir ainsi la passion religieuse trop ardente, mêlée aux passions politiques plus ardentes encore, faire perdre à des hommes tels que le célèbre Cardinal les notions les plus élémentaires de l'éternelle morale !

L'année 1573 n'est marquée par aucun évène- Zcle

ment important dans la vie de Nicolas Psaulme. de

Il semble s'être donné tout entier au bien spirituel i>>'colas

de son diocèse et à l'administration de la Cité. Psaulme

^ ... , , , , , pour le

Dans son diocèse, son zèle pastoral le porte a ^^ , mettre tout en œuvre pour instruire ses ouailles, Re les garder des erreurs protestantes et les maintenir dans la foi catholique. Infatigable champion de l'Eglise, quand il n'agit pas pour elle, il parle ou il écrit. Ce fut alors qu'il composa un ouvrage intitulé : Portrait de l'Eglise. Le Cardinal de Son Lorraine, à qui il l'avait dédié, l'en remerciait et Portrait le félicitait par la lettre suivante : « Monsieur de ^« ''%^"^ » Verdun, j'ay reçu vostre Portrait de l'Eglise » qui m'a été meiveilleusement agréable et à plu- » sieurs aultres personnages de ceste Cour aux- » quels je l'ay communiqué. . . De St-Germain-en- » Laye, ce 14 janvier 1574. Votre meilleur frère » et amy. C, cardinal de Lorraine. »

pour le bien

2ion.

dans la Cite.

Son Dans la Cilé, il lutte encore bien quelquefois

adniinisiia- conti'c los souveuirs d'un passé cher à la haute ''•"' bourgeoisie et aux familles lignagères, mais chaque jour ces souvenirs s'en vont faiblissant sous l'influence de l'administration épiscopale, ordinairement paternelle, au besoin énergique, toujours juste et cherchant le bien général.

Nicolas Psaulme avait 55 ans. Ce n'était pas une vieillesse, mais les vingt-cinq années qui venaient de s'écouler lui avaient apporté tant de préoccupations, de soucis et de fatigues, que sa santé et ses forces en étaient presqu'épuisées. Cependant ce long et laborieux épiscopat n'avait diminué en rien, ni l'activité de son esprit, ni la fermeté de son caractère. Il souffrait, mais il demeurait debout comme tous les hommes chez qui l'âme commande au corps.

Aussi ce ne fut point sous l'inspiration de la faiblesse ou de la crainte qu'il fit alors certaines concessions aux anciennes familles verdunoises. 11 était assez sûr de son autorité pour ne pas redouter d'en abandonner une part à ceux sur lesquels il l'avait autrefois reprise. C'est pourquoi il résolut de modifier en leur faveur le fameux Règlement de justice et de police , imposé en 1552 aux habitants de Verdun par le cardinal Charles de Lorraine.

Il vous sera peut-être agréable, Messieurs, de connaître le nouveau mode de gouvernenient établi par N. Psaulme en notre ville. C'est le dernier acte politique de cet homme que je ne crains pas d'appeler illustre; c'est la dernière constitution donnée à la ville de Verdun par ses Comtes-Evè(iucs.

Je vois combien ces choses du passé vous intéressent, voilà pourquoi je me plais à entrer dans des détails qui nous montrent un coin de la vie de nos pères et nous font pénétrer au milieu de cette société d'il y a trois siècles, si différente de la nôtre.

« Nicolas Psaulme, par la grâce de Dieu et du ConsiiiuUon » Sainct-Siége apostolique, Evesque et Comte de ^^ ^^"^^^ » Verdun, Prince du Sainct-Empire, à tous pré- . "'"l*;*^.

' a la Cite

» sens et à venir, Salut.

» Comme peu après nostre advénement au dict Nicolas » Evesché et Comté, connaissant les grands Jjiens Psaulme » provenans à toutte Républicque, par les effects » d'une bonne police et administration de justice, » Avions ordonné , dressé et establi certain » nombre de personnes au régime et gouverne- » ment de nostre Cité du dict Verdun, tant en ce » qui concerne la police que la justice, la pluspart » desquelles sont décédées, au lieu desquelles serait » besoin y pourvoir d'aultres et par mesmes dres- » ser un bon ordre et règlement, sçavoir faisons » que Nous, par l'advis des gens de nostre Conseil, » avons , pour Nous et nos successeurs Evesques » et Comtes de Verdun , de nouvel faict et » authorisé, faisons et authorisons irrévocable-' » ment, l'ordre, règlement et ordonnance qui en » suivent. »

Le l*"" article de ce Règlement veut qu'il soit Formation nommé et établi, pour l'administration de la Cité, ^^

Quinze 'personnes qui seront aj»pelées les Gouver-

(lonscil.

neurs, le Maghtrat ou le Conseil. Parmi ces

Quinze il y aura un Doyen, un Mallre-Echevin

et quatre autres Echevins, (jui, tout en étant du

Doyen ConscU , scrout dits Gens du Siège. « Lesquels

et Echevins. ^^ Doyeu et Eschevius vivront noblement, sans

» méclianiser ni porter estât de marchans, et se

» prendront des Anciennes familles de la dicte

» Cité, s'il s'en trouve de capables, sinon d'aultres

' » qu'il nous plaira. »

Les Lignages II VOUS souvicut peut-êtrc , Mcssicurs , que le

recouvrent Cardinal de Lorraine avait autrefois enlevé aux

une partie Liguagcs la possessiou exclusive des emplois de

, . la Cité, et avait donné au peuple le droit d'élire

leurs anciens ' •

privilèges. P^'' ^^^ représentants ses chefs civils et judiciaires, sauf à les faire agréer par l'Evêque. Nicolas Psaulme, en prenant les dignitaires du nouveau Conseil parmi les Lignagers, en leur accordant les charges de Doyen et d'Echevins presque comme un patrimoine de famille, modiliait en leur faveur l'ancien état de choses et leur rendait une partie des privilèges perdus.

Conseillers Les dignitaires dont nous venons de parler nobles forment déjà six membres du Conseil sur quinze ; pous achever le nombre de quinze, il y aura neuf autres Conseillers, dont six seront encore des anciennes familles , aptes à devenir eux-mêmes dignitaires, « qui seront dicts conseilliers de » robbe longue. » Les trois autres seront choisis parmi « les marchans en la dicte Cité et nommez » par nous... et seront dicts de robbe courte. » Les Conseillers nobles seront nommés à vie par l'Evèquc et jouiront des exemptions, franchises et et honneurs accoutumés. Les trois Conseillers

et non noble

marchands, aussi nommés par lui, ne demeureront en fonctions que jusqu'à son bon plaisir. Cependant ils jouiront des mêmes privilèges que les autres , auront au Conseil voix délibérative et décisive et pourront remplir toutes les charges de la Cité, s'ils sont trouvés capables et idoines, excepté celles de Doyen et d'Echevins, réservées aux Lignagers.

Chaque année, au jour de la St-Valentin (14 Les février), le Conseil élira parmi ses quinze membres Négociateurs, trois Négociateurs, « qui seront ceulx qu'on trou- » vera les plus propres et capables pour la dicte » charge, sans acception de personnes. . . et ayant » iceulx du Conseil seuUement l'œil de pourvoir » par leur choix aux affaires de la Cité et non au » proffit des personnes. » Cependant , au besoin ces Négociateurs pourront demeurer en fonctions deux ou trois années. Ils auront « le maniement » des affaires de la dicte Cité, tant à l'égard du » gouvernement des biens et fermes appartenans » à icelle, des bastimens et réparations nécessaires » par chascun an pour la dicte Cité, étoffe et » matériaulx pour iceulx, que de la distribucion » et gouvernement des deniers de la dicte Cité. » Les droits et les devoirs des négociateurs sont indiqués dans la suite de la Charte avec un minutieux détail.

« Sera aussi des dis Quinze choisy un Control- ^^ » leur, lequel sera estably par Nous et en aura Contrôleur. » lettres, aux gaiges cy après déclarés jusques à » nostre bon plaisir. » Les devoirs et les charges de cet officier sont ensuite longuement énumérés.

« Il advisera diligemment que les affaires de la

» Cité soient faites avec la fidélité, diligence et

» dextérité requises ; » il veillera sur l'emploi des

sommes votées pour les constructions et entretien

des bâtiments de la Cité, sur Tachât des matériaux,

il fera rentrer les fonds, il inscrira, mandatera

toutes les dépenses autorisées par le Conseil ou

les Négociateurs. Tout est prévu, jusqu'à la forme

du registre sur lequel il devra inscrire les recettes

et dépenses de la Cité.

Le Svndir. » ^ v ^^ra ung des Quinze susdicts qui sera

» Substitut de nostre Procureur général , lequel

» sera nommé Syndicque ou Procureur de la

» ville, aux charges accoustumées et gaiges cy

» après déclarés. De quoy il aura lettres de Nous,

» estably en ceste charge.

Le Secréiaire Le Couseil désignera lui-même son Secrétaire

du Conseil, et Ic présentera à lEvêque qui l'agréera si bon

le lui semble. Mais, en l'absence de l'Evèque, le

Sous-Doyen Contrôleur, le Syndic et le Secrétaire seront à

„ .^ ' la nomination du Conseil. « Le Doven aura ung

Pclil Doven. ' ^

» lieutenant ou Soiibs-Doyen qui nous sera pré-

» sente par le dict Doyen , pour par nous estre

» reçu s'il se trouve capable , et comme de

» mesme sera faict du Petit Doyen ou Greffier

» du Siège, l'institution duquel appartiendra au

» dict Doyen.

Menus » Lcs susdicts du Couscil auront la nomination

Officiers, y^ g( institution des personnes propres pour les

» oftlces de vergiers (1), geôliers, concierge de

(1) Les vergiers étaient ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui des Bedeaux préctdaul par lionneur les Dignitaires de la Cité dans le» cérémonies oillcielles.

Receveur éne'ral.

» la Maison de Ville, tusteurs (1), barriers (2), » varlets de négoce, varlets de guerre (3), mes- » sagers à pied et à cheval et aultres menus » offices pour le service de la dicte Cité; desquels » ils prendront le serment et leur assigneront les » gaiges qu'ils verront èstre raisonnables selon les » charges de leurs offices, lesquels ils exerceront » plus diligemment et exactement que du passé.»

« Il y aura aussy un Recepveur général des Le » rentes et revenus de la Cité qui sera choisy » par le dict Conseil et estably par Nous aux » gaiges cy après déclarés. Lequel Recepveur fera » recepte des rentes susdictes et en rendra compte, » par chascun an, par devant Nous et nostre » Conseil, lesdicts du Conseil présents. »

« Tous lesquels susdicts Controlleur, syndicque. Serment » Secrétaire, Soubs-Doyen, Greffier de la justice » et du siège, Recepveur général, et les dicts » Sergens, presteront aussi le serment de fidélité » et obéissance ez mains des dicts du Conseil , » pour l'exercice de leurs estât et charge , après » qu'ils seront prommus et institués de Nous, » afin que sur les commandements qui leur seront » faicts et donnés par les dicts du Conseil pour » les affaires de leur charge et service de la dicte » Cité, ils ne prennent occasion de refus ou » mespris. »

« Les Ordonnances qui se publieront par les

(1) Celaient les huissiers ou Commissaires-priseurs.

(2j Ceux qui ouvraient et fermaient les portes et barrières de la ville.

(3) Le varlel de guerre e'iail charge de visiter les murailles de la ville, les ponts , les passages, les corps-dc-garde...

Conseil

Ordonnancei en Ville.

Publication » CarefouFS de la dicte Cité, pour les affaires de

» la police et règlement d'icelle, seront faictes et

» publiées de par Nous et les dicts du Gouver-

» nement et Conseil par ensemble; il n'en sera

« pas de même pour les petites affaires qui ne

» sont d'importance et l'ordonnance desquelles ne

» mérite d'estre mise par escript, et en cas de

» Souveraineté par Nous seul. »

Organisation

de ta

Justine

temporelle.

Après avoir désigné de la sorte les divers fonctionnaires aux mains desquels est remis le gouvernement de la Cité, Nicolas Psaulme organise la Justice.

« Nous nous réservons , comme aussy nous » appartient, la création de la Justice temporelle » par chacun an en la dicte Cité, et la nomi- » nacion et institution des Commis à l'exercice » d'icelle par chacun an , sans que les dicts du » Conseil y ayent à voir ou congnaistre, et ainsi » sera procédé comme s'est faict depuis vingt ans » sans y rien innover. »

« Pour establir gens à l'exercice de la dicte » Justice, Nous sera loisible de prendre dans les Choix » susdicts Quinze du dict Conseil tel nombre des Juges. » qu'il uous plaira , ou bien tel nombre des » habitants de la ville que Nous vouldrons, soit » de Testât de noblesse (gens de robbe longue) » ou de la bourgeoisie , lesquels seront tenus » exercer fidèlement la dicte Justice durant l'an » qu'ils y seront nommés, et, au bout du dict » an, le dernier ou pénultième jour, nous vien- » (Iront rendre et remettre en nos niains la dicte

» Justice, pour le lendemain estre procédé par » Nous à nouvelle création et nomination d'aul- » très au dict exercice, ou bien les continuer s'il » y échet. Lesquels de la Justice et du Siège » susdict seront toujours réformables par appel » par Nous en nostre Conseil et Salle épiscopale, » comme est accoustumé en tous cas civils et » criminels. »

Les cas criminels en effet étaient toujours jugés par les tribunaux ordinaires, ou, en dernier ressort, par l'Evêque en son Conseil; les cas civils qui dépassaient cinq cents florins d'or du Rbin , pouvaient être portés par appel à la chambre impériale de Spire.

« Lesdicts nommés au dict exercice de la dicte » Justice n'auront entrée au Conseil de la dicte » Cité si doncques ils ne sont ou aulcuns d'iceulx » du nombre des Quinze susdicts, ou s'ils ne sont » appelés pour quelques affaires. Toutesfois, du- » rant l'an qu'ils seront de l'exercice de la dicte » Justice, ils joyront des mêmes exemptions que » ceux du susdict Conseil. »

« Il y aura en la dicte Justice un Greffier qui Greffier » sera institué de par Nous et aura le serment de la Justice. » à Nous, de quoy il aura lettres en forme. » Ce Greffier devra tenir un registre exact des amendes imposées par le tribunal, registre qui servira à contrôler les comptes des autres officiers chargés de recueillir les amendes, confiscations et autres droits Seigneuriaux appartenant à l'Evêque.

« Les trois Sergens de la dicte Cité seront Sergenu » nommés et institués de Nous pour l'exercice deiacné.

l'ivrognerie

et du blasphème

» (Je leurs offices, aux charges et proftlls accoustumés. » Ces sergents ou huissiers étaient sans doute en même temps et des officiers de Justice et des employés de la ville.

Après avoir établi de la sorte le Gouvernement civil et judiciaire de la Cité, Nicolas Psaulme porte diverses ordonnances relatives à l'administration intérieure et à la police.

Défense 11 demande d'abord au Conseil de faire publier

«le chaque année et rafraîchir chaque trois mois « une » estroicte ordonnance pour la deffense du blas- » phème en la Cité... Et daultant que, pour la dans ^> pluspart, les dits blasphèmes sont causés et

la Ciié. » proviennent de l'ivrongnerie, sera par la mesme » ordonnance défendu le hautement des tavernes » et cabarets et l'ivrongnerie aussy. »

De grosses amendes pécuniaires et, en cas de récidive, des peines et punitions corporelles, seront infligées aux contrevenants, tant à ceux qui seront trouvés en délit, qu'aux taverniers, cabaretiers et autres « en les maisons desquels » seront commises telles ivrongneries et blasphèmes » et excès. Ce qui sera exécuté par les Commis » à l'exercice de la Justice, et seront les délin- » quans poursuivis par devant iceulx, par le Pro- » cureur-Syndicque de la dicte Cité, diligemment » et sans connivance, afin de réprimer le trop » accoustumé usaige et excès des dits blasphèmes » et refresner la trop grande insolence de plusieurs » adonnés au vin et à l'ivrongnerie. »

Le faict des vivres en la Cité attire aussi Règlement l'attention de notre Evêque, et il engage le Conseil Je

à avoir soigneusement l'œil « afin de mettre bonne """"^ Eveque

» police et ordre là-dessus. » , *"

* les Vivre».

« Le commun peuple, dit-il, ne peut faire des » provisions pour son vivre qu'au jour la vie et » selon le gaing qu'il peult faire par son labeur » et travail ordinaire. » Or, advenant le temps du labourage, les villageois n'ont loisir d'apporter grains pour vendre en la dite Cite; ou bien sur la fin de l'année ils n'en apportent que bien peu ou point. Alors « le dict pauvre menu peuple » est contraint d'acheter le grain aux marchands qui en ont fait à l'avance d'amples provisions, et qui profitent de sa rareté pour en fixer le prix aussi haut qu'ils le veulent, « comme l'on voit se » pratiquer journellement en la dicte Cité. »

» Et pour pourvoir à ce, serait bon visiter, » incontinent le mois de febvrier venu, les greniers » de la dicte Cité, signamment ceulx des mar- » chands et aultres qui font estât et profession » d'acheter et vendre les grains. » Cette visite faite et la quantité des grains amassés dans leurs greniers connue, l'Evêque veut qu'on en laisse aux marchands une provision raisonnable et qu'on les force à vendre le surplus en détail au prix fixé par le Conseil. « Par ce moyen le dict pauvre » peuple pourra vivre plus aisément et se ressentir » de la fertilité et belle abondance de biens qu'il » plaist au Bon Dieu nous donner, lequel peuple, » aultrement et sans tel ordre et police, en pour- » rait estre frustré. »

Réglemcnl sur tes Vins

et autres Gommerces.

L'Economie

politique de N. Ptaulme.

Mesure analogue est pilse contre les marchands de vins qui en font grand amas et provision « ne » craingnans pas de les acheter à hault prix pour » l'espoir qu'ils ont de les vendre cher à leur » appétit, sans ordre ni règle, comme s'est tou- » jours pratiqué en la dicte Cité, signamment ez » années dernières. » C'est pourquoi le Conseil fixera le prix auquel les vins seront vendus par les marchands en gros et même par les hôteliers, taverniers et cabaretiers, « d'aultant que pour la » plus part ce sont eulx qui mestent le désordre » achetant les dits vins à quel prix ce soit.

» Sera bien nécessaire d'en user de mesme à » l'esgard des vendeurs de sel, des bouchers, cor- » donniers et aultres en semblables mestiers et » estats, par les mains desquels le menu peuple » fault qu'il passe ordinairement et ne s'en peult » passer, afin d'y donner Tordre et règlement » requis et nécessaire pour la commodité et néces- » site du peuple ; et que les matières desquelles » iceluy menu peuple a journellement besoing, ne » soient enchéries au gré et volonté de ceulx qui » ont accoustumé les vendre soubs couleur de V transport et traffiques qu'ils en font hors la » Cité, au moyen de quoy icelle Cité en demeure » despourvue, ce qui cause la dicte chèreté, incom- » modité et dommaige aux habitants d'icelle, sans » omestre le règlement requis au mestier de bou- » langiers En quoy le Doyen fera debvoir d'y » donner l'ordre requis et nécessaire. »

Par ces diverses mesures à l'égard des substances alimentaires, vous pouvez juger. Messieurs, quelles étaient les idées de Nicolas Psaulme en

matière de commerce et d'économie politique. Il établissait un maximum dans le prix des marchandises , maximum qui le plus souvent ne remédie à rien, on Ta vu en de terribles circonstances, mais qui à première vue parait être tout-à-fait dans l'intérêt des acheteurs. Du reste, en agissant ainsi, il cherchait le bien des classes ouvrières, du pauvre menu peuple, et faisait de la science économique telle qu'on la comprenait à son époque. Ce ne fut que deux cents ans après qu'on commença à dire : plus de tarifs qui fixent la valeur des denrées et des marchandises.

Mais revenons à notre charte.

Suit un détail que vous me permettrez de ne assistance point passer sous silence. « Aussi sera bien dé- des "cns » cent et requis qu'ez processions générales qui du Conseil » se feront ordinairement par chacun an en la *"^ » dicte Cité, les dicts du Conseil et de la Justice P'*»'^*»"*"*- » assistent tous (saufs empeschements légitimes) 'V et suivent la dicte procession immédiatement » après Nous (si nous serons présent), ayant les » dicts du Conseil leurs trois vergiers au devant » d'eulx et marchans en ordre selon leur degré et » qualité , et que peine soit imposée sur les dé- » faillans, s'ils n'ont légitime excuse. »

Quelques menues réparations à faire au mobilier et au bâtiment de la Maison de Montaulbiri (1 )

(1) La Maison Montaulbin (Monlauban) fut l'Hôtel-de-VilIc de Verdun depuis 1388 jusqu'en 4758. En 1738 la ville acheta, au prix de 18 mille livres, l'Hôtel actuel des mains de M'"* la marquise de Boudeville.

La Maison Montaulbin fut convertie en prison jusqu'en 1810-, la rue où elle se trouvait prit de là le nom de Rue de la F'icille-Prison. Il ne reste de l'antique Hôtel-de-Villc qu'un pan de muraille caché

Mominalion

et

gages

des officiers

municipaux.

Leur

Serment

à l'Evèque.

sont ensuite indiquées par l'Evèque qui s'occupait (le tout; après quoi il ajoute :

« Nous voulons et entendons que nos serviteurs > et domestiques, faisant leur demeure et rési- » dence en la Cité, soient exempts des tailles et » aultres redebvances personnelles, les dicts jus- » qu'au nombre de dix et non plus... Comme » pareillement nous voulons et entendons que tous » les dicts Conseilliers soient exempts et immunes » de toutes tailles et redebvances personnelles; » mais en cas de négociation et trafique, payerront » les gabelles. »

Toutes ces mesures prises et clairement énoncées, Nicolas Psaulme nomme ceux qu'il entend être présentement du nombre des Quinze pour le Gouvernement et Conseil de la Cité. Parmi des noms oubliés, je trouve ceux de François Watronville, de Claude Senocque et de Gérard de Watronville , tous trois citains de Verdun. Les Gaiges ou appointements de chacun des membres ^du Conseil sont fixés. Le plus fort gage, celui de Maître-Echevin, n'est que de soixante francs barrois par an. Le franc barrois valait à peu près quatre francs de notre monnaie actuelle.

« Tous les magistrats, gouverneurs et officiers » susdicts, prestcront le serment en nos mains de » nous obéir et recongnaistre pour Prince et Sei- » gneur souverain régalien, hault justicier, moyen

dans une cour, sur lequel on voit des vestiges de porte et de l'em*tres ogivales. Des constructions moderne» Pont remplace , ce sont les maisons portant les ii°^ 12, 15 et 14.

» et bas, de nostre dicte Cité, banlieue, manants » (demeurants] et habitants en icelle; et feront » semblablement tous les bourgeois, manants et » habitants d'icelle, par rafrechissement d'icelluy » serment pour une fois, et tous aultres qui vien- » dront nouvellement résider en icelle, de quelque » lieu qu'ils viennent. »

« Et tous lesquels Officiers sont tenus de faire » résidence en la dicte Cité à peine de privation » de leur charge s'ils vont résider ailleurs. »

« Toutes lesquelles choses Nous avons accordées » et octroyées aux dicts Gouverneurs, Magistrats » et Coiîseilliers présens et acceptans, en signe de » quoy ont signé les présens articles ainsy accordés,

» Faict et donné en nostre Palays Episcopal au » dict Verdun. En présence de vénérables et dis- » crêtes personnes. . . » Suivent les noms de divers dignitaires ecclésiastiques parmi lesquels figure Nicolas Bousmard, archidiacre d'Argonne et grand prévôt de Montfaucon , qui succéda . à Nicolas Psaulme sur le siège episcopal de Verdun.

» Tous et chacun lesquels Doyen, Eschevin, » Gonseilliers et aultres officiers susnommés, ont » preste le serment en noz mains, suivant la forme » du serment mise cy-après, le seizième jour du » mois de mars mil cinq cent soixante et qua- » torze, avant Pasque. »

Leur signature donnée à la suite de celle de Nicolas Psaulme, les nouveaux fonctionnaires prêtèrent le serment demandé :

« Je N!.. jure, sur les Sainctes Evangiles que je Formule » touche corporellement, que doresnavant je gar- du Serment.

» deré les droits et aultorités de Monseigneur » l'Evesque et Comte de Verdun, Prince et Sei- » gneur Régalien de ceste Cité Impériale de » Verdun, ensemble les Droits, Loix et Statuts de » la dicte Cité et du bien public, qu'iceulx je » procureray et défenderay à mon pouvoir avec » toutes diligence et sollicitude de toutes choses » y appartenantes , préférant le bien et utilité » publicque à mon prouiit particulier. Et ne por- » teray faveur à l'une des parties de la Commu- » naulté plus qu'à l'autre. Et feray au pardessus » tout ce qu'apartient a vray et bien affectionné » Conseillier, pour le régime, tuition et conserva- » tion de la République. Et prometz aussy de » vivre et demeurer ferme et stable en la foy et » Religion Chrestienne, Catholique et Romaine, » ensemble comme bon, loyal et fidel à mondict » Seigneur, luy garder et tenir les foy, loyaulté, » honneur et service qu'un bon et loyal subject » doit faire à son Seigneur spirituel et temporel. » Ainsi je le jure. »

Immédiatement après cette formule, est écrit sur l'original le commencement de l'Evangile St- Jean, tel que le prêtre le récite à la fin de la Messe. Ce fut la main posée sur les paroles sacrées que les magistrats et officiers de la Cité jurèrent de « garder et tenir foy, loyauté, honneur et service » à leur Seigneur Evêque et Comte de Verdun.

Le vieux parchemin sur lecjuel a été écrite cette Charte en 1574, et que Nicolas Psaulme a touché de sa main, se trouve, comme beaucoup d'autres pièces intéressantes pour l'histoire de

Verdun, aux Archives de la Commune. II forme La charte un cahier de vingt -quatre pages parfaitement originale

,,.,,, . , ^ ., . ,. de 1574 aux

conserve. En tête de la vmet-et-unieme une jolie . , .

^ " . Archives

miniature, or, rouge et azur, représente le Christ je niôieien croix, ayant à sa droite les armes de Nicolas de-Viiie. Psaulme, et à sa gauche celles de Verdun. Les deux écussons sont entourés d'une délicate guirlande de fleurs et de feuillage (1).

Les armes de Verdun, ville impériale, sont mr Armes champ d'or une aigle à deux têtes de sable , ^^ Verdun. becquée et membrée de gueules.

Nicolas Psaulme portait sur champ d'azur, Armes deux étoiles d'or en chef, et en pointe une de Nicolas gerbe de même mise en pal, chargé au milieu ï*""'""*^d'un petit écu d'argent à l'aigle noire à deux têtes qui est d'empire. Sous ces armes, dans lesquelles notre Evêque rappelle par la gerbe le souvenir de sa naissance plébéienne et du labeur paternel , une banderolle flottante dit cette fière et chrétienne devise : Si Deus pro nobis quis CONTRA NOS? Si Dieu est pour Nous qui sera contre Nous ?

Le Gouvernement établi dans notre Cité par Ce que dura Nicolas Psaulme fonctionna pendant près d'un >« Gouvernesiècle avec quelques modifications apportées par ""^"^

, , , établi par

les événements. „ „ î

iN. Fsaulmc.

Les Trois-Evèchés étaient trop à la portée de la France, pour ne pas éveiller chez les hommes qui la gouvernaient la forte tentation de les annexer au royaume d'une manière définitive et absolue.

(1) Voyez en tèlc du volume les armes de Nicolas Psaulme cl celles de Verdun comme ville impériale.

autant que

possible sa réunion

Metz et Toul abdiquèrent sans grande difficultt?, vers ICOO, leur titre et leurs droits de Villes libres et reconnurent Henry IV pour leur Roi et Seigneur souverain.

Verduo Verdun au contraire défendit ses vieilles préro-

reiarde gativcs avcc une généreuse persistance. Mais notre Cité se trouvait un peu comme le moucheron que l'araignée entoure petit à petit de ses inévitables dcfiniiivc i*ets, lorsqu'elle l'a pris dans sa toile. D'abord une la France. Ordonuancc du Roi défendit aux habitants d'en appeler, des jugements de leurs tribunaux ordinaires, à la Chambre impériale de Spire, et leur ordonna de porter leurs appels à la Chambre royale de Metz. Puis une autre ordonnance créa à Verdun une Chambre royale (1607) qui devait connaître des causes réservées uniquement jusqu'alors à la Justice de la ville. L'Evèque et la majeure partie des bourgeois protestèrent contre ce nouvel établissement, disant qu'un tel tribunal, outre qu'il portait atteinte aux privilèges de la ville, était une violation des droits de l'Empire; violation qui pourrait leur attirer l'indignation de Sa Majesté Impériale, les faire mettre au ban de l'Empire, et exposer leur ville et tout le pays à des dégâts et à des violences sans nombre. A coup sûr ils exagéraient leurs craintes et le danger; aussi leurs doléances ne furent pas écoutées. Cependant l'ombre de l'Empire mettait encore un léger frein à l'ambition française, car, en Janvier 1C11, Louis XIII donnait des lettres de protection et de sauvegarde à la ville de Verdun. Mais seize ans après, le même Louis XIII ordonnait qu'à Verdun, comme partout le royaume, on

au nom du Roi.

(lit et on chantât dans les prières de l'église : Ludovicum Regem nostrum, au lieu de Ludovicum Proteclorem nostrum. Restaient encore, comme derniers vestiges du passé, les armes de l'empire sur les portes de la ville et son nom dans les actes publics; en 1632 les armes furent effacées et il fut interdit de rappeler, dans aucun titre ou acte public, que Verdun fut ville impériale.

L'année suivante, un arrêt du Parlement de La justice Metz, nouvellement fondé, supprima les Tribunaux rendue de notre Cité tels qu'ils avaient existé depuis sept cents ans, et la justice fut rendue au nom du Roi. Trois Princes de la Maison de Lorraine, qui se succédèrent comme Evêques de Verdun (1), luttèrent avec énergie contre les empiétements des gens de robe. Le dernier, François de Lorraine, prit les armes contre la France , et n'y gagna que de se faire enlever ses droits régaliens, ou de Prince souverain, par un édit de Louis XIII, daté de 1635. En 1641 , la Chambre royale de Verdun fut érigée en baillage et présidial, et comprit dans son ressort une partie du diocèse.

Sept ans après (1648), un article du traité de Munster stipula vainement que François de Lorraine serait remis en possession de sa souveraineté; la souveraineté ne fut point rendue à cet Evèque, malgré ses réclamations à la cour de France. Le siège épiscopal de Verdun demeura vacant pendant sept années, de 1661 à 1668. Messire Armand de Moncliy d'Hocquincourt, le premier de nos Evoques qui fut nommé par les Rois de France, renou-

(d) Erric de Lorraine, de 1593 à 16H ; Charles de Lorraine de 1611 à 1622-, François de Lorraine, de 1622 à 1661.

Verdun

réuni

I la France

en 1680.

vela les démarches de son prédécesseur pour rentrer dans ses droits de Comte souverain ; mais les ministres de Louis XIV lui firent entendre que cette insistance déplaisait au Grand Roi.

C'est pourquoi, le 26 avi^l 1680, le Roi elTaça d'un trait de plume les libertés, franchises et privilèges de Verdun, en lui retirant le droit d'élire ses juges et ses magistrats. Notre antique Cité cessa donc de se gouverner elle-même; assimilée au reste de la France, elle fut prise dans ce vaste réseau administratif qui commençait dès lors à couvrir notre pays et à lui donner une cohésion, une unité qui font sa force, mais qui lui ôtent quelque peu d'initiative et de variété.

Mort

du Cardinal

de

Lorraine.

Cependant, au moment même où Nicolas Psaulme détruisait pour ainsi dire, par son nouveau Règlement de justice et de police , l'œuvre gouvernementale exécutée en 1552 dans notre Cité, par le Cardinal de Lorraine, il recevait la nouvelle, bien affligeante pour lui , de la mort de cet homme célèbre, arrivée à Avignon le 26 décembre 1574.

Je m'abstiens. Messieurs, de porter un jugement qui, du reste, n'est pas tout-à-fait dans mon sujet, sur Charles de Guise , Cardinal de Lorraine. On a dit de lui et de son frère François de Guise, le plus illustre de cette famille d'hommes illustres : C'était le Renard uni au Lion.

Le Cardinal de Lorraine, par son testament daté de Reims, mandait et ordonnait que, dans l'église cathédrale de Verdun et dans les Abbayes de St- Vannes et de St-Paul de la même ville, il fut « faict

son exéculeur

lesla-

mentâire.

» ung obit solennel aux dépens de sa succession » et, en chacun des dits lieux, il donnait deux » cens livres aux pauvres , à la charge de prier » Dieu pour son âme » Il choisissait, pour l'un Nicolas des exécuteurs de son testament et dernières Psauime volontés, « Monsieur l'Evesque de Verdung, le » comptant parmy ses plus sûrs Seigneurs frères '» et amys. »

Le courrier qui apportait à l'Evêque de Verdun la nouvelle de la mort du Cardinal de Lorraine, le priait en même temps, au nom du Cardinal Louis de Guise, l'rère du défunt, de se rendre à Reims pour assister aux funérailles et s'acquitter de ses devoirs d'exécuteur testamentaire.

Nicolas Psaulme voulut donner à l'ami dont il pleurait la perte une dernière preuve d'attache- Psauime ment. Quoique souffrant d'infirmités précoces, il aux se mit en route dans la saison la plus incommode, funérailles la plus froide de l'année, et arriva à Reims vers la ^, ," ,

i.ardinal

fin de janvier 1575. D'un autre côté y arrivait je Lorraine aussi la dépouille mortelle de Charles de Guise, escortée de tous les gentilshommes de sa maison et amenée par son neveu Louis de Guise, abbé de Fécamp. A notre Evêque échut l'honneur douloureux pour son âme de présider la cérémonie des funérailles ; il alla, à la tête d'une foule immense, recevoir le funèbre cortège à l'une des portes de la ville, et harangua d'une voix émue M. de Fécamp. Certes, il y avait de grandes leçons à donner et à recevoir devant ce cercueil, qui renfermait les restes de l'homme le plus éminent peutêtre de son siècle, par son nom, sa famille, son crédit, sa puissance, ses dignités, ses talents,

Piicolas

frappé par la mort dans la force de l'âge, à 48 ans {\]\

A ce chagrin privé vinrent tout aussitôt s'ajouter pour Nicolas Psaulme des embarras d'une autre nature.

La Prévôté de Mangiennes, dont nous avons déjà si souvent parlé, demeurait entre lui et son* intraitable voisin le duc de Bouillon comme une pomme d'éternelle discorde. Le duc était le plus fort, mais l'Evèque veillait à tout ce qui se passait du côté de Jamelz afin de ne point être surpris et en instruisait fidèlement Henry de Guise dans le secours duquel il comptait : le Balafré , qui avait hérité de la puissance et de la vaste ambition de son père François de Guise, tenait à connaître tous les mouvements du parti Calviniste. 11 écrivait à notre Evêque pour le rassurer contre les entreprises qu'il semblait craindre de la part de Cetdx de Jamelz :

Leiirc « Monsieur de Verdun. J'ai reçeu vos lettres et

de Guise » vcu cc quc VOUS HIC uiandès de l'amas de gens le » de guerre qui se faiet auprès de Jametz, chose

Balafre ^^ ^j^j j^i^gj. p^g eucorc vcnuc à ma congnaissance,

» mais j'en auray bientôt certaine nouvelle. Jl me » semble que nous n'avons que bien peu à doubler. » Car tous les advis que j'ay d'Allemagne sont » conformes que le Prince de Condé ne peult » avoir de Reîtres , a faute d'argent. A toultes » fins arrivant quelque chose de vostre côté et » m'advertissant, je vous secoureray si à propos

(i) Histoire des ducs de Guise , par Rcnë de Bouille. Tome II. Page 370.

à N. Psaulme.

ses prélenlions

» que vostre ville n'en recevera aucun mal, et » pour vostre particulier j'y eniploiray le vert et

» le sec Et sur ce ,

» Monsieur de Verdun , je me recommande à vos » bonnes grâces et prie le Créateur de vous donner » longue vie. De Joinville, ce 14 Juillet 1574. » Vostre entièrement meilleur amy à vous obéyr. » Henry de Lorraine. »

Au mois de décembre de cette année, Henry- La veuve Robert de la Marck mourut. Nicolas Psaulme crut du duc le moment favorable pour ressaisir les droits de ^^ liouiiiou son Evêché. Mais la veuve de Henry-Robert, Fran- po"""*"' çoise de Bourbon (branche cadette) , fille de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, et parconséquent sur alliée à la famille royale de France, soutint avec Mangiennes. vigueur les prétentions des la Marck sur la prévôté de Mangiennes. Elle lit enlever et conduire dans les prisons de Jametz le Procureur général de l'Evêché de Verdun, qui se trouvait à Mangiennes pour recevoir le serment des officiers de la Prévôté.

Nicolas Psaulme se plaignit vivement de ces violences et en appela au roi de France. Le roi de France était alors Henry III, qui venait de quitter le trône de Pologne pour venir remplacer son frère Charles IX sur celui de France, comme un prisonnier se sauve de sa prison pour retourner à la liberté. Henry III n'aimait point les Guises, Françoise de Bourbon sut l'intéresser à sa cause , et Nicolas Psaulme reçut la lettre suivante :

« Monsieur de Verdun. Tout ainsy que par cy- Lcitre » devant vous m'avez faict plainte que les officiers de l'^nry m » de ma cousine la duchesse de Bouillon faisaient " N'coias » des entreprises en quelques terres de vostre

Psaul

me.

» Evesché, et comme vous avez désirez, je lui aye » esci'ipt à cet ertect. En ayant reçu une de sa » part bien grande et expresse sur les mesmes » entreprises et empescliements qui lui sont » donnés de vostre part en la jouissance du juste » droit que ses enfans ont à cause de leur terre de » Jametz ez prévostez et villages de Mangiennes, » de Loison et aultres liens circonvoisins. Aussy » ays-je voulu vous escrire, comme j'ay toujours » eu à singulier plaisir la droicte affection que » feu mon diet Cousin le duc de Buillon a, jusques » à sa mort, porté en la recommandacion de mon » service. Je désire en ceste recongnaissance » conserver à ses dicts enfants le droit qui leur » appartient, jusqu à ce que ils puissent avoir y> Taage de le pouvoir garder. Et pour ce je vous » prie. Monsieur de Verdun, de faire cesser en » leur endroit tels empescliements et entreprises, » sans permettre qu'à l'advenir il puisse estre faict » de vostre part aucun préjudice à leurs dicts » droicts, chose qui aultrement me serait à grand » déplaisir, tant pour Tamitié que je leur porte » que pour la recommandacion qui m'en a esté » donné par mon Cousin, le duc de Montpensier, » leur ayeul maternel. Priant Dieu, Monsieur de » Verdun, qu'il vous aye en sa saincte garde. De » Paris, ce 18 avril 1575. Henry. »

La Prévûté C'était encore une partie des domaines de l'Evè- «le ché perdue. Nicolas Psaulme dut en faire le sacri-

Mangiennes fj^^g sacrificc qui, après tout, fut bien vite oublié ''"''i"! , . à l'approche d'un péril autrement redoutable pour

pour I Eveciie ' ' ,. . n . i

son pouvoir et pour la religion elle-même dans nos contrées.

*Un traité venait d'être conclu entre le Prince de Condë promit

Condé, seul chef des Calvinistes en France depuis ^^

l'assassinat de Coligny, et le comte palatin Jean- '^'''«'■'"

* Trois-

Casimir de Saxe. Par ce traité, Jean-Casimir s'obli- u> ,

' Jievcl:

evches aux

geait à fournir huit mille Reitres et huit mille Proiesiams Suisses aux Huguenots de France, à condition que d'Allemagne. Condé l'aiderait à s'emparer des villes de Metz, Toul et Verdun. C'était de la part de Condé une trahison qui compromettait l'œuvre nationale de la réunion des Trois-Evêchés à la France et les rattachait à l'Empire, en même temps qu'elle nous faisait passer sous la domination du prince protestant le plus entreprenant de l'époque, et implantait officiellement l'hérésie dans nos contrées. Disons-le bien vite, Dieu ne voulut pas que cette dernière clause du traité reçut son exécution.

Mais notre Evêque n'en trembla pas moins de voir sa ville épiscopale aux mains des Luthériens allemands, et chercha par tous les moyens à prévenir ce fatal événement. Verdun fut mis en élat de défense. Mais comme il savait que « tout » royaume divisé doit sûrement périr, » il profita de la possibilité du danger commun , pour rendre plus étroite que jamais l'union entre les habitants et les officiers et soldats de la garnison française, afin que cette union put au besoin faire la force et le salut de tous.

Ce fut là, Messieurs, la dernière préoccupation de Nicolas Psaulme relativement aux intérêts généraux de la religion et aux affaires de ce monde. Son heure dernière approchait.

Nicolas Psaulme

Mais, avant de le voir descendre dans la tombe, je désire faire sur sa personne et sur son caractère quelques réflexions, qui compléteront la connaissance que nous en avons déjà |)ar les événements de sa vie.

Porlrails

<ic II existe deux portraits de Nicolas Psaulme,

peints de son vivant.

L'un se trouve au iMusée de Bar-le-Duc ; il est l'œuvre de François Clouet, dit le second Janet, peintre ordinaire du roi François I" (1).

L'autre est une toile mesurant environ deux mètres de lar2;eur sur deux mètres 20 cent, de hauteur. Au centre se trouve le buste de l'Evéque avec ses armes et l'inscription suivante : Aïe. Psahneus ex can. Sti-Pauli episc. Virdunensis , — Nie. Psauhue de religieux de St-Paul devenu évéque de Verdun. — La partie supérieure est occupée par le groupe allégorique des trois Vertus théologales représentées avec leurs attributs ordinaires; au bas sont des Génies ailés qui diessent des pierres pour un monument dont on voit le plan tracé à vol d'oiseau. Ce monument est le couvent de St-Paul rebâti , comme nous l'avons raconté, dans l'intérieur de la ville, par les soins de Nicolas Psaulme. On le reconnaît sui^ la toile; du reste la légende qui l'accompagne l'indique clairement : Monasterium extra muros dirutum, in urhe restauravit, fidemque Catholicam civitati nanfragantem custodiiit. Amio

(1) Ce portrail sur bois de Nicolas Psaulme a élc donné au Mum'c de llar en 18-41 par M. Oudet , sou conscrvaleur, mais il a souircii les injures du Iciiips. J'en ai placé une photographie en Itd- Je quelques cjteniplaires de cet ouvrage.

1570. — Il reconstruisit le monastère détruit de St-Paul-hors-des-murs , et conserva à la Cité la foi catholique menacée d'y périr. L'an 1570. — Ce tableau , provenant de la succession de Nicolas Psaulme lui-même, est encore aujourd'hui entre les mains de ses arrière-petits-neveux qui le conservent comme un précieux souvenir de famille (1).

Enfin, un troisième portrait de Nicolas Psaulme, copié sur celui dont je viens de vous parler , se trouve dans les salons du Palais épiscopal de Verdun. Notre Evèqiie y est représenté vêtu de l'habit blanc des Prémontrés.

On regarde avec intérêt cette noble figure, que ni les années, ni le travail, ni les préoccupations, n'ont encore marqué des signes de la vieillesse. Une légère moustache ombrage sa lèvre supérieure, il porte la barbe courte et peu fournie. Ses traits sont réguliers et distingués , son front est haut, son œil petit mais bien fait, vif et intelligent, l'ensemble de sa physionomie respire la douceur et la bonté sans en exclure quelque chose de fin et d'énergique.

Tel est. Messieurs, le portrait physique de Nicolas Psaulme. Voici , autant que je le puis faire, son portrait moral.

Nicolas Psaulme était, au point de vue du savoir ses et des talents, lun des hommes les plus remar- Ouvrages quables de son temps. Nous l'avons vu briller au religieux. (Concile de Trente par son éloquence et l'autorité de sa parole ; nous avons eu aussi l'occasion de

(1) Ce portrait est en la possession de M""* Ilcrard, libraire ù Metz , que des liens de parenté rattachent h la famille Psaulme.

citer divers ouvrages religieux qu'il trouva le loisir (le composer, malgré les aflaires si nombreuses, si variées et si difliciles de son long épiscopat.

Outre ces ouvrages déjà cités, nous connaissons encore : Un recueil d'instructions écrites de sa proj)re main pendant qu'il était abbé de St-Paul, et adressées à ses religieux. La bibliothèque de Verdun possède ce précieux manuscrit.

2** Uu Rituel à l'usage du Diocèse, qu'il rédigea et fit imprimer à Paris en 1554. Le Catalogue des Evêques de Verdun qu'il y donne est ainsi terminé : IMcolaus Psaulme III, LAXYF, omnium minimiis et indignissitmis minister, a reverenclissimo et illustrissimo Carolo CardinaH de Lothoringia in partem soUicitudinis episcopalis ecclesie Virdunensis vocatus , Anno Domini M.V.XLVIII. — Nicolas Psaulme III (1), LXXXV* évèque, de tous le moindre et le plus indigne ministre, appelé par le révérendissime et illustrissime Charles, Cardinal de Lorraine, h une part de la sollicitude épiscopale de l'Eglise de Verdun (2). —

3* Une Exposition ou Explication de la Messe qu'il composa en 1554, pour prémunir ses Diocésains contre l'hérésie grandissante de Luther et de Calvin.

4" Le Missel de Verdun , à la réimpression duquel il donna ses soins en 1557.

(1) Troisième Evèque de Verdun du nom de îiicolas.

(2) Un bel exemplaire de ce Rituel, ayant appartenu à Nicolas Bousmard, successeur de N. Psaulme h révcchc de Verdun, le seul peut-être ([ui existe aujourd'hui, l'ail partie de la Libliotlie(|iie de M. Tabbé Mayer, doyen du Cliapitre, supérieur du Grand Séminaire.

o" Une Explication du Concile de Trente, ayant pour titre : Elucidationes nonullorum locorum Sacri Concilii Tridentim, etc. Cet ouvrage a été imprimé avec son Journal du Concile ou Diarium Concilii Tridentini dans les Monumenta Sacrœ Antiquitatis , du P. Hugo, mais la Bibliothèque de Verdun en conserve le manuscrit, écrit tout entier de la main de Nicolas Psaulme.

Cette intelligence remarquable semblait ajouter Sa un mérite plus grand à la pureté de ses mœurs, à p'eté. la sainteté de sa vie. Le xvi* siècle fut fécond en scandales, car la licence avait pénétré partout, et cependant jamais les ennemis de Nicolas Psaulme eux-mêmes ne purent , sur ce point, élever le moindre soupçon contre sa personne.

Sa piété envers Jésus-Christ dans l'Eucharistie était admirable. Dès 1555, il avait ordonné de chanter chaque jeudi de l'année une messe solennelle du S. Sacrement, dans son église Cathédrale et dans l'église de la Magdeleine; plus tard il fit don de tous les ornements et vases sacrés, nécessaires à la célébration de cet office en ces deux églises.

Du reste, l'Evêque, au palais épiscopal, avait conservé les habitudes du vrai religieux sous le cloître. Non-seulement, il porta jusqu'à sa mort l'habit de moine, mais jusqu'à sa mort il en mena la vie rigide et mortifiée. Cependant cette austérité personnelle ne nuisait en aucune façon à la politesse de ses manières, à l'amabilité de son esprit, à la douceur de son caractère, à la facilité bienveillante de ses relations avec les petits comme

avec les grands du monde, et surtout avec ses prêtres.

Sa Cette manière d'agir lui était inspirée par une

modcsiic. réelle modestie. Evoque et Prince presque souverain, il n'oublia jamais, dans cette éclatante fortune, qu'il était sorti du peuple et qu'il avait du l'aire un long chemin pour arriver si haut. I.oin de chercher à dissimuler l'obscurité de sa naissance sous les brillants dehors de la grandeur, à une époque pourtant où la l'otuie était comme une tache originelle, il la proclama jusque sur son tombeau : humilibus qu'idem sed piis natus parentibus ! y écrivit-il. La piété de ses humbles parents, voilà son seul et son plus ciier titre de noblesse ! Aussi on ne voit pas qu'il ait prolité de sa puissance ou de son crédit pour tirer sa famille de la modeste condition dans laquelle elle se trouvait. Un de ses frères resta toute sa vie chanoine de la Magdeleine; ses autres frères et ses sœurs ne (juittèrent ni la charrue, ni le village natal, et ce ne fut que sur les instances du duc de Lorraine qu'il consentit à l'annoblissement de son j)ère et à sa nomination au poste de prévôt de ïiliy. La tombe qu'il fit élever à ses parents, l'année de sa propre mort, rappela peut-être seule d'une manière flatteuse et pour eux et pour lui, qu'ils avaient un (ils Evèque et que sa gloire rejaillissait sur sa famille (i).

(1) l'iorrc Psaiilmc iiidui'uI en IdGO «gii île 70 ans, sa bonne cl sainte l'cnimc, Didiorc 3Iorcl , mourut ci» 1567 âgée de 75 ans. Ils lurent enterrés à Chaumonl-sur-Aire dans une clia|icllc dont il ne leste aujourd'hui ni vestiges ni souvenirs, lis laissèrent sept cnl'aiits, trois fils dont l'aîné fut ^icolas Psaulnie, et quatre filles. I.a l'amillc des frères de notre lîvèque s'est perpétuée jus(iu'à nous dans le pays.

lui fait.

Vous savez, Messieurs, quel tut le dévouement Sa de Nicolas Psauline pendant la peste qui désola t:iiariie. Verdun en 1568! Vous savez que le soulagement des classes pauvres fut une des préoccupations de sa vie, que ses aumônes furent abondantes, et inépuisable sa charité ! Mais Vous ignorez encore une autre preuve de sa générosité. Chaque année. Mesdames, le jour de St-Nicolas, qui était sa fête à lui, il se élisait indiquer trois jeunes filles orphelines, pauvres, mais des plus sages et des plus vertueuses de la ville, et leur donnait une dot convenable pour les aider à se marier.

J'ai cru remarquer dans sa vie qu'il était porté Reproches à s'exagérer facilement les dangers d'une situation, t*''" il était pessimiste comme on dirait aujourd'hui. Lorsque cette propension à voir l'avenir sous de sombres couleurs n'énerve pas l'énergie du caractère, ne paralyse en rien la volonté et fait au contraire chercher les moyens de détourner le péril, ce n'est plus un défaut, c'est une qualité; cela s'appelle de la prévoyance : or Nicolas Psaulme n'était que prévoyant.

On lui reproche d'avoir été le vassal trop complaisant des Guises. Il était difficile, Messieurs, lorsqu'on se trouvait uni à cette puissante famille, par les liens de l'alTection, ou par la similitude des intérêts religieux et matériels, de ne point subir son envahissante influence, de s'arracher à l'espèce d'attraction qu'elle exerçait autoui' d'elle. Api'ès tout, cette espèce de vassalité ne nuisit en rien à la dignité de notre Evêque, et les Guises, capitaines et cardinaux, le traitèrent

menls rcligieuY

toujours coinuic un homme que Ton aime, que l'on estime et que l'on respecte.

On lui reproche encore d'avoir appauvri son Evêché |)ar diverses cessions de fiefs et de seigneuries. Ces cessions lui lurent le plus souvent imposées par le hesoin où il se trouvait de chercher autour de lui des protections contre les attaques continuelles auxquelles il était en hutte de la part des Calvinistes. Ce l'ut la maison de Lorraine qui en profita.

Les Cependant malgré la modicité des revenus de

Etablisse- gQj^ Evèclié dont une part très-considérahle passait, on s'en souvient, aux mains du Cardinal de Lor- ,., "f ,. raine, Nicolas Psaulme sut réaliser une foule de

qu il a tondes '

bonnes œuvres, subvenir à de nombreuses dépenses. Je cite, parmi les plus importantes, le couvent de St-Paul reconstruit, le collège de Verdun fondé, le palais épiscopal restauré, les religieux iMinimes appelés et installés presqu'à ses frais , des secours abondants donnés aux Dominicains et aux religieux Augustins (1) appauvris pour dift'érentes causes. Et que demandait-il en échange de ses libéralités? des prières pour lui et pour ses successeurs.

II est néanmoins une œuvre sainte et utile à laquelle notre Evèque ne put mettre la dernière main : je veux parler de la fondation d'un Séminaire diocésain. Nous l'avons vu dès 1558, longtemps avant que le Concile de Trente n'eut ordonné

(1) Le couveiil lies Augustins, aiicieniie maison de l'Ordre militaire des Templiers, se trouvait sur rcntphicemcnl uii l'on a bàli le Marclié-Couvcrl.

rétablissement d'un Séminaire dans chaque diocèse, créer à Taumônerie de St-Jacques une école mixte pour les études profanes et pour les études ecclésiastiques. En 1570 il dédoubla pour ainsi dire son Université, fonda le Collège, mais la mort ne lui permit pas de rétablir l'école ecclésiastique : celte gloire était réservée à Messire Armand de Moncliy d'IIoquincourt. Cependant Nicolas Psaulme en avait gardé le dessein, car, à sa mort, on trouva dans ses cotfres une somme de vingt mille écus d'or qu'il réservait à l'œuvre du Séminaire, où son testament fondait une bourse à perpétuité pour un membre de sa famille (1). Ces vingt mille écus furent réclamés par le Chapitre de la Cathédrale comme provenant des revenus de l'Evêché, Tabbé de St-Paul les réclama pareillement comme héiitier de l'Evèque, autrefois religieux, puis abbé de son couvent après la mort du Cardinal de Lorraine. Mais pendant qu'on se disputait ainsi le trésor laissé par l'illustre défunt, le roi de France terminait le débat en s'en emparant.

Tant de vertus, Messieurs, avaient fait chérir Nicolas Psaulme, et de son peuple et de son clergé.

Aussi ce fut avec une douloureuse et profonde Derniers émotion que toute la ville apprit, dans les premiers moments de jours du mois d'août 1575, que la maladie de son ivicoias saint et généreux Evèque, rQjcloublant de gravité, rsauimc. ne laissait plus aucun espoir.

[l] Le dernier membre de la famille de noire Evèque qui jouil de celle bourse fut Etienne Psaume, mort Iragiquemrnl en 1828. lilienne Psaume avait commencé ses éludes ihcologiqucs au Scmi— nairc de Verdun avant la grande révolution.

Nicolas Psaulme vit approcher la mort, non seulement avec le froid courage de riiomme fort qui accepte sans murmures cette loi commune et inévitable, mais surtout avec la consolante résignation du Chrétien qui voit dans la souffrance une expiation et dans la mort un passage à une vie meilleure , avec cette calme sérénité du juste qui a le sentiment du devoir accompli , dans la mesure de ses forces, et qui espère, s'il a failli par faiblesse, dans la bonté d'un Dieu miséricordieux à tout repentir.

La veille de sa mort, il demanda lui-même les secours de la religion. Les portes du palais épiscopal furent ouvertes au peuple, et la foule assista grave, recueillie, éplorée, à la solennelle administration des derniers Sacrements , que l'auguste mourant reçut avec une piété édifiante. Fortifié par le suprême Viatique, Nicolas Psaulme sembla revivre un moment, pour dire un dernier adieu à son peuple et à son clergé et pour leur adresser encore quelques conseils, les exhortant, avec cette imposante autorité que la parole emprunte en passant sur les lèvres d'un moiibond, à vivre et à mourir dans la foi catholique. Sa mort. Lc 9 aoîit 1 o7-'3 , Nicolas Psaulme rendit son âme à Dieu.

La nouvelle de sa mort causa un deuil général dans la Cité, comme l'eut fait un malheur public : le peuple de Verdun aimait son Evèque parcequ'il se savait grandement aimé de lui.

Le lendemain le Conseil de la Cité se réunissait à riiùlel Montauban et prenait la délibération sui-

vante : « Messieurs ont ordonné que tous en- » semiile ils se trouveront le plus honorablement 2> que faire se pourra, à Tenterrement et obsèques » de feu Monseigneur N. Psaulme, évesque et » comte de Verdun, décédé le jour d'hier environ » les neuf heures du soir (1). »

Les funérailles du vénérable défunt eurent lieu Les en réglise Cathédrale avec une pompe inaccou- Funérailles, tumée. Mais le recueillement et l'émotion de Tassistance, mais les regrets et la tristesse de tous, mais les larmes versées rendirent le service funèbre plus solennel et plus touchant, à coup sûr, que ne pouvaient le faire le brillant cortège de Seigneurs et de nobles Citains qui entourait le cercueil, la foule qui se pressait aux portes et dans les nefs de la vieille Basili{(ue , la magnilicence des cérémonies religieuses , tous les honneurs enhn qu'on rend aux restes inanimés des puissants de ce monde.

Le corps de Nicolas Psaulme fut inhumé dans Son la chapelle du St-Sacrement, au bas de la Cathé- tombeau, drale. Trois années auparavant le pieux Evoque, ahn de se familiariser, pour ainsi dire, avec la |)cnsée de la mort, avait fait exécutei', sur le bloc de marbre noir qui devait recouvrir son cercueil, sa statue en habits pontiticaux, couchée dans l'allitude du dernier sommeil. Sur un des côtés du marbre avait été gravée cette modeste épitaphc (ju'il composa lui-même :

NicolauH Psalmœus a Calvomonte ad fluvium Erram Jmmilibus quidem sed piis nalus parenlihus, prim Sancti Paidi ad Virdutii mœnia

(1) Ilej^islrcs des délibcialions du Conseil de la Cite.

Abbas , poslca ad Episcopatum Virdunensem vocatm, sanctè et rcligiosè de fulurd resurreclione cogitans, sepulchrum hoc, cum adliuc in vivù ageret , sibi exlruendum curavit, anno Domini 1572.

Je traduis, iMesdames, celte épitaphe.

— Nicolas Psaulme, de Chaumont sur la rivière d'Aire, né de parents à la vérité obscurs mais pieux, d'abord Abbé de St-Paul près des nuirs de Verdun, puis appelé à l'Evèclié de Verdun, saintement et pieusement occupé de la pensée de la Résurrection future, se fit construire ce tombeau pendant qu'il était encore en vie, l'an du Seigneur

Le lendemain de sa mort, on ajouta à cette é[)itaphe les paroles suivantes :

In eo vero mortui corpus Cleriis Populmque Virdunensis mœstissmi posucre , anno Domini MDLXXV, die X mensis Augusti.

— Dans ce tombeau, le Clergé et le Peuple de Verdun, très-aiïligés, placèrent le corps du défunt, l'an du Seigneur 1575, le X*jour du mois d'août.—

Ce qu'est Messieurs , ni le tombeau , ni les cendres de devenu Nicolas Psaulme ne furent lespectés aux mauvais jours de la Révolution. Ses cendres sont sans doute mêlées à celles des autres Evé(iues de Verdun (ju'on a pu retrouver, ou peut-être ont-elles été jetées au vent. Le marbre de son tondjcau enlevé a été oublié pendant (juelques années dans un coin, jiuis brisé i)ar d'ignorants démolisseuis. Une |)ai'tie de ces débris, sur les(|uels on peut voir encore (juehiues traces de sculpture et (juchiues

son lumbcau.

lettres, servait il y a six mois à soutenir des terres au chevet de la Cathédrale. Je désire leur donner asile dans l'église du Collège.

Mais le cœur du pieux et saint Evêque a été conservé.

A sa dernière heure le Fondateur de notre Son cœur Collège n'oublia point son œuvre. Ne pouvant plus '^''"^ l'Egiise rien pour ses chers élèves, il leur léi^ua son cœur, „ ,,"

"^ Collège.

comme s'il eut voulu leur dire par là qu'ils étaient les fils de sa prédilection, et qu'à tout jamais il leur demandait une prière en témoignage de reconnaissance.

Cette auguste relique. Messieurs, est placée dans notre église du Collège, au pied du grand autel sous une dalle de marbre noir, avec cette inscription si touchante dans sa simplicité :

Mcolaus Episcopus amicus vester dormit.

Orale pro eo. Obiit die 9 Augusti anni MDLXXV, œtatis suce anno LVII. — Nicolas Psaulme voTtîE

AMI DORT sous CETTE PIERRE. PrIEZ POUR LUI. Il

mourut le 9 août de l'an MDLXXV, dans la LVII' année de son à2;e. —

Oui, illustre Pontife, vous êtes au milieu de vos amis, de vos enfants ! Tous, et la jeune génération qui occupe aujourd'hui ces bans , sur lesquels depuis trois siècles tant d'élèves sont venus s'asseoir, et les Maîtres qui, s'inspirant de votre esprit et de vos paroles, lui donnent les bienfaits d'une instruction et d'une éducation religieuse, tous, nous garderons votre ca'ur comme le plus précieux de tous les souvenirs, et nous transmettions à

ceux qui viendront après, votre nom glorieux et vénéré comme celui d'un Bienfaiteur !

Mesdames et Messieurs, la tâche que je m'étais imposée est finie. Loin d'avoir été une peine, elle a été pour moi une source de délicates jouissances. Je me suis pris d'affection pour cette noble figuie (le Nicolas Psallme , pour ce tils d'un laboureur de Chaumont, devenu Evêque et Comte de Verdun, et Prince du St-Empire; or, la fatigue disparaît lorsqu'on aime son travail.

Du reste, j'ai été grandement soutenu et encouragé par l'attention et la sympathie avec lesquelles vous avez bien voulu m'écouter durant les longues heures de nos Conférences. Je vous en remercie et j'en garde le souvenir comme l'un des |)lus chers de ma vie.

Au moment où s'achève l'impression de ce modeste ouvrage, la Ville de Verdun se prépare à recevoir son nouvel Evéque , Monseigneur AUGUSTIN HACQUARD.

Elle Tattend avec une rcspeclueuse impatience, elle Taccueillera avec allégresse, elle lui rendra les honneurs dus à sa haule dignité , et l'Evéque et son peuple demeureront unis pour de longues années dans les liens de la Charité.

Il y a trois siècles passés, notre Cité saluait en Nicolas Psaulme , faisant son entrée solennelle en ses murs , un chef du peuple et un pasteur des âmes. Aujourd'hui le Pontife ne porte plus d'épée ; il n'a d'autres armes que la Croix.

« Bénit soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

Lundi do Mai 1867.

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