‹ Étude sur Préneste, ville du LatiumChapitre 13 sur 75 · LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE

Les renseignements que nous avons sur le temple de la Fortune proviennent de deux sources : des textes classiques et épigraphiques, et de l’étude des ruines qui subsistent encore (1).

Les textes concernant le temple de Préneste sont rares et peu précis. Les ruines du sanctuaire de la Fortune, au contraire, sont assez nombreuses , mais elles sont dispersées dans toute la ville moderne; il faut visiter toutes les caves, tous les jardins pour les découvrir, et, malgré une recherche minutieuse, il est difficile sur bien des points de se prononcer et de ne pas se contenter seulement de conjectures. Les genres de construction employés peuvent servir à déterminer, d’une manière générale , les différentes phases de l’histoire architecturale du temple.

On ne sait à quelle époque fut élevé le premier sanctuaire de la Forluna Primigenia. Cicéron, dans un texte qui a été commenté plus haut (2), n’assigne pas de date précise à la fondation du temple, qu’il regarde néanmoins comme très ancienne. Elle n’est certainement pas postérieure au sixième siècle avant notre ère ; car on a vu combien , à cette époque , le culte de la Fortune était en honneur non seulement à Rome, mais encore dans tout le Latium. Aucun témoignage relatif à la disposition , aux divers agrandissements de ce sanctuaire, avant les guerres civiles, ne nous est parvenu.

Une inscription mutilée qu’on lit encore sur les frises de deux arcades situées au pied de l’hémicycle supérieur fait mention de

(1) Cf. le plan des ruines du temple il la fin du volume.

(2) Cicéron, Ve divin., 2, 41.

constructions faites et de statues relevées par ordre des décurions et du peuple prénestin :

Or do D'ËGurionum POP ulusq. PrænesTlNus FA ciendum GOER (avit). ET. SIGNA. RESTIT(mî) (1).

Les lettres, autant qu'on peut en juger, n’offrent aucune trace d’archaïsme, et par conséquent l’inscription n’est pas antérieure à la seconde moitié du deuxième siècle avant J. -G. Elles sont, de plus, gravées sur une construction faite en opus incertum. Or, les archéologues attribuent en général ce genre d’appareil à l’époque de Sylla et des guerres civiles ; si on ne peut dire à quelle époque on a commencé à s’en servir, on sait du moins que, vers le milieu du premier siècle avant notre ère , l 'opus incertum fut remplacé par l 'opus reticulalum; les constructions de l’époque de César sont faites de cette manière , bien que les losanges ne soient pas encore parfaitement réguliers. L’inscription dont il est question, n’est donc pas postérieure à l’an 50 environ avant notre ère.

Quant au titre de décurions donné aux sénateurs de Préneste, il ne peut être du second siècle, les inscriptions archaïques ne faisant mention que du sénat. Les décurions durent remplacer à Préneste les anciens membres du sénat municipal , de même que les duumvirs succédèrent aux préteurs et les quinquennales aux censeurs (2). D’après ces raisons, l’inscription ne peut avoir été gravée qu’entre les années 90 et 50.

Petrini se sert, pour la dater, d’un argument emprunté à la numismatique. Parmi les monnaies de la gens Plætoria (3) , il y en a une qui représente au droit un buste de femme au-dessus d’une sorte de base sur laquelle sont écrits ces mots : SORS.AR.R.; une autre représente au droit une tête de femme dont les cheveux sont retenus par une résille; au revers, le fronton d’un temple. Eckhel et les numismates postérieurs ont cru que la tête de femme figurée sur la première monnaie représentait la Fortune prénestine dont les oracles ( sortes ) étaient renommés dans toute l’Italie; quant au fronton, ce serait celui du temple de Préneste. Il est en

(1) Petrini, Memorie Prenestine. lnscr., cl. 3, 2. = C. I. L., t. 1, n. 1135. Cette inscription , qui se lisait encore bien à la fin du siècle dernier, est aujourd’hui à moitié effacée.

(2) Voir, sur les changements qui eurent lieu dans la constitution municipale au commencement du premier siècle, la première partie de ce travail, p. 58.

(3) Eckhel , D. N. V , t. 5, gens Plætoria. Cf. Cohen , Méd. consulaires. Cf. C. /. £., t. 1, 460.

effet probable que ces deux représentations ont trait au culte de la Fortune; mais cette divinité était aussi adorée dans une ville voisine, à Antium; les auteurs nous l’apprennent et les monnaies de la gens Rustia portent l’effigie de la double Fortune antiate. Il s’agirait donc de déterminer si c’est la Fortune d’Antium ou celle de Préneste qui est représentée sur les monnaies de la gens Plætoria. D’autre part, Petrini remarque qu’un Plætorius fut édile en l’an 68(1). Y a-t-il connexité entre ces deux faits? Cet édile surveilla-t-il la construction des nouveaux bâtiments? Ce n’est qu’une conjecture ingénieuse; on peut seulement regarder comme un fait certain que l’inscription de l’hémicycle mentionne des embellissements qui ont été faits au temple de la Fortune entre l’an 90 et l’an 50 environ avant notre ère.

Deux textes de Pline complètent la série des informations laissées par les anciens sur le sanctuaire de Préneste. Dans l’un de ces passages, il est question du pavé en lithostroton dont Sylla avait orné le delubrum de la Fortune (2) ; l’autre texte a rapport aux légères feuilles d’or appelées bracteæ par les Romains et à une statue de la Fortune qui en était couverte (3).

Les données de l’archéologie sur le temple de la Fortune à Préneste sont plus précises et plus nombreuses, bien qu’un certain nombre de questions ne puissent recevoir de solution. C’est à une époque relativement moderne qu’ont disparu la plupart des constructions anciennes du temple de Préneste, lors delà destruction de cette ville par le pape Boniface VIII. Une pièce importante, retrouvée par Petrini dans les archives du Château Saint-Ange, fait allusion à l’état de la ville avant l’année 1298. C’est une demande faite par les Colonna à la cour pontificale pour recouvrer leurs biens :

« Item dicunt incivitale Penestrina que totaliter supposita fuit exterminio et ruine cum Palaciis suis nobilissimis , et anliqmssimis , et cum templo magno et solenni , quod in honorem Brute Virginis de-

(1) Petrini, Memorie Prenesllne, p. 41.

(2) Pline, H. N., 36, 25 (64). Lithostrota acceptavere jam sub Sylla : parvuiis certe crustis exstat hodieque quod in Fortunæ delubro fccit. Il ne s'agit pas ici de la grande mosaïque conservée au palais Barberini à Palestrina , mais d'une marqueterie de marbre semblable à celles qu’on voit dans toutes les maisons de Pompéi.

(3) Pline, H , N., 36, 25 (64). Crassissimæ ex his Prænestinæ vucantur, eliamnum retincntes nomen , Fortunæ inaurato ibi fidelissime simulacro. Petrini, Mem. Pren., p. 71, rapporte que Francesco Alighieri, qui vivait au seizième siècle sous Paul III , avait vu cette statue avec des restes de dorure.

dicatum erat , edificatis per Julium Gæsarem imperatorem , cujus civitas Prenestin. fuit antiquitus , et cum scalis de nobilissimo mar-

MORE , AMPLIS ET LARGIS, PER QUAS ETIAM EQUITANDO ASCENDI POTE-

RAT in palatium et templum prædicta , que quidem scale erant

ULTRA CENTUM NUMERO. PALATIUM GæSARIS EDIFICATUM AD MODUM UNIUS G PROPTER PRIMAM LETTERAM NOMINIS SUI , et TEMPLUM PALA- TIO INHERENS OPERE SUMPTUOSISSIMO ET NOBILISSIMO EDIFICATUM AD

modum s. m. rotunde de urbe. Que omnia per ipsum Bonifacium et ejus tyrampnidem exposita fuerint totali extcrminio et ruine , et cum omnibus palaciis et edificiis et domïbus ejusdem civitatis , et cum

MURIS ANTIQUISSIMIS OPERE SARRACENICO FACTIS DE LAPIDIBUS QUA- DRIS ET MAGNIS... etc.

» Item in Castro montis Prænestin , quod similiter totaliter dirui fecit , ubi erat rocca nobilissima et palacia pulcherrima , et mûri an-

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