‹ Étude sur Préneste, ville du LatiumChapitre 18 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA VILLE ET LES VILLAS A LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE ET SOUS l’ëMPIRE.

On ne peut déterminer à quelle époque la partie du territoire de Préneste qui s’étend au pied du temple a commencé à être habitée. Peut-être des maisons s’y élevaient-elles bien avant la restauration du temple qui eut lieu au premier siècle avant notre ère; en tous cas, à la fin de la République et sous l’Empire, c’était là que se trouvait le centre de la ville. On a essayé plus haut d’en déterminer l’étendue. La ville était située entre l 'area du temple au N., le ruisseau qui passe au pont dei Sardoni à l’O., le ruisseau qui passe au pont dello Spedaleto à l’E., et au S. la vallée qui sépare la ville de la nécropole.

Y avait-il une enceinte fortifiée? Rien n’autorise à l’affirmer? Les blocs de tuf quadrangulaires que l’on trouve sur la route de Valmontone appartenaient peut-être aux fondements de quelque édifice.

Tl est fort difficile de donner une description exacte de cette partie des ruines de Préneste ; le terrain n’a pas encore été assez exploré.

Les monuments les plus importants sont les suivants, situés à l’E. et à l’O. de la ville.

1° A l’E. — A. Près du pont dello Spedaleto , un temple de forme polygonale octangulaire ; les historiens de Préneste lui donnent ordinairement le nom de temple du Soleil ou de Sérapis; aucune preuve certaine ne justifie cette dénomination. On voit, d’après l’écartement des briques , qu’il n’a pas été construit au premier siècle de l’Empire. Il daterait plutôt du temps d’Antonin ou de Marc-Aurèle. Les colonnes de marbre précieux qui ornaient ce temple ont été enlevées au dix-septième siècle pour orner l’église de la Madonna del Carminé.

B. C’est sans plus de raison qu’on donne quelquefois le nom

de Scola Faustiniana à des ruines qui sont situées à côté de ce temple. L’inscription sur laquelle on s’appuie n’autorise pas une identification de ce genre (1). Il est certain, du reste, que ces ruines ne sont pas de la même époque que le temple de Sérapis ; l’écartement des briques est beaucoup plus considérable.

IL Al’O. :

A. Sur le penchant de la montagne de Préneste , près du pont dei Sardoni, les traces d’un immense réservoir qui aurait été comblé à une époque assez récente. Les conduits , paraît-il , existent encore sous terre , et l’on pourrait s’en servir de nouveau.

B. Le pont dei Sardoni sur lequel passe la via Prænestina , (route de Gallicano) , et dont les soubassements semblent être en grande partie du moyeu Empire.

La beauté du site de Préneste et l’air pur qu’on y respire l’été, avaient engagé les Romains à construire, sur les collines des environs, un grand nombre de villas. Il est inutile de mentionner ici tous les passages des auteurs anciens qui rappellent les délices de Préneste , l’ombre de ses bois , la fraîcheur de ses vallées , la variété des productions de son sol , noix , olives , vignes , fruits de toute sorte : qu’il suffise d’indiquer ceux où il est expressément question des villas situées aux environs de Préneste (2).

C’est à Préneste qu’Horace relisait les œuvres d’Homère (3) ; Auguste avait aussi une villa (4) ; c’est là que Tibère guérit d’une grave maladie (5). Pline, décrivant sa villa de Toscane , mentionne aussi celle de Préneste (6) ; Juvénal fait allusion à la maison d’un riche chevalier romain nommé Cetronius (7). Symmaque

(1) Petrini , Inscr. CI. 3, n. 13, p. 328. = C. 1. G., 5998.

(2) Cecconi, Stor. di Pal., p. 83 et suiv., consacre un chapitre entier à la description des villas de Préneste ; il essaie d’en indiquer la place ; mais ses identifications ne sont la plupart du temps que des hypothèses. Il n’y aurait d’autre moyen de s’assurer de leur valeur que la découverte de conduits de plomb portant le nom du propriétaire.

(3) Horace, Ep., 1 , 2. Cecconi identifie cette villa avec un fonds de terre appelé communément S. Giovanni in Camporaccio. Il faut tenir un grand compte des traditions et des dénominations locales ; toutefois l’identification de Cecconi est bien hypothétique. Cf. Od., 3, 4, 21.

(4) Suétone, Aug., 72.

(5) Aulu-Gelle , 16, 3.

(6) Pline, Ep., 5, 6, 45.

(7) Juvénal , Sat., 14, 86 et suiv. :

Ædificator erat Cetronius et modo curvo Littore Caietæ, summanunc Tiburis arce ,

Nunc Prænestinis in montibus, alta parabat Cidmina villarum, græcis longeque petitis Marmoribus, vincens Fortunæ alque Herculis ædem.

résidait souvent à Préneste, comme on l’apprend par ses lettres (1).

Enfin , on a trouvé au siècle dernier, du côté de la porte San- Francesco, une inscription mentionnant l’existence d’une villa de la gens Flavia. Il est probable qu’elle était située au lieu même où l’inscription a été découverte ; c’est ia seule identification que l’on puisse admettre (2).

Les noms actuels des fonds de terre peuvent aussi , dans une certaine mesure , servir à reconnaître l’existence des grandes propriétés. Les endroits appelés Marcigliano et Ceciliano , tirent peutêtre leur nom de la gens Marcia et surtout de la gens Cæcilia qui , originaire de Préneste , dut de temps immémorial y posséder de grandes propriétés.

La villa la plus importante des environs de Préneste était celle qui est connue aujourd’hui sous le nom de villa d’Hadrien. Elle est située au sud de la ville, à l’extrémité du terrain appelé la Colombella, à l’E. de la petite route de Marcigliano. Elle a été fort endommagée dans ces dernières années ; on a construit un cimetière sur une partie de son emplacement , mais on peut toutefois en reconnaître encore aujourd’hui l’étendue.

Le front a 125 mètres de large ; le côté semble avoir à peu près 85 mètres. Les chambres sont remplies de décombres, et l’on ne peut y pénétrer qu’avec peine ; on n’y trouve , du reste , rien de particulier à signaler. Du côté du sud on voit une chambre voûtée et bâtie en opus incertum ; il ne semble pas qu’elle ait été construite en même temps que le reste du palais.

C’est dans les ruines de la villa d’Hadrien qu’a été trouvé le fameux Antinous Braschi ; on est certain qu’elle fut construite sous le règne d’Hadrien ; les marques empreintes sur les briques le prouvent. Le genre de construction est, du reste, tout à fait le même que celui de la villa d’Hadrien à Tivoli.

Un peu avant d’arriver à la villa d’Hadrien , sur le même côté du chemin de Marcigliano , se voit un édifice circulaire auquel on donne le nom de Thermes. Le mur ne s’élève pas de plus

(1) Symmaque, Ep., 1, 2 ; 3, 50 ; 7, 35; 9, 78.

(2) Cette inscription, bien que très détériorée, est intéressante : elle nous apprend l’étendue de cette propriété. Cf. Cecconi, p. 85. ... | ... ædifici // de///ter ... | ... tusa a FIÇavia ) T(iti ) f(ilia) Phœbe ... | ... V titulis monimenti ... | ... tabernar ( um ) scriptura \ complectitur \ continet \ p(lus) m(inus ) | jug(era) XI.... bes

I ... 1er | æ. cultæ præterea | et... p(lus) m(inus) jug(era) X- Cette propriété comprenait donc onze jugera de terres cultivées et dix probablement de terres en friche. Cette inscription n'a peut-être pas été transcrite par Cecconi avec le soin nécessaire.

d’un mètre et demi ou de deux mètres au-dessus de la surface du sol ; du côté qui regarde le sud était probablement un escalier.

Quelques autres fragments à'opus reticulatum se voient sur la route de Marcigliano et dans les terrains avoisinants ; on retrouve souvent, en labourant la terre, des fragments de marbres précieux. Toute cette partie , qui s’étend devant la nécropole , ôtait occupée , ainsi que les collines à l’B. et à l’O. de Préneste, par de riches villas.

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