EN
Le long espace de temps qui s’écoule entre la conclusion du traité de 493 et la dissolution de la ligue latine, en 338, peut être divisé en deux périodes.
Le traité conclu par l’intermédiaire de Spurius Cassius fait des Latins les égaux des Romains ; aussi jusqu’à l’invasion gauloise, en 390, restent-ils , ainsi que leurs voisins les Herniques , alliés fidèles de Rome.
En 390 , l’affaiblissement de Rome , causé par un long siège et le sac de la ville, devient pour les peuples voisins une occasion de secouer le joug ; les Latins se soulèvent , et les habitants de Préneste en particulier, ainsi que ceux de Tibur, soutiennent contre Rome une guerre acharnée. Elle redouble de violence au moment où éclate la guerre du Samnium , et ne se termine que par la dissolution de la ligue latine , en 338.
Nous possédons presque en entier le texte du traité de Spurius Cassius dans les Antiquités romaines , et nous pouvons être presque certains de son authenticité. Cicéron, dans sa jeunesse, l’avait encore lu , gravé sur une stèle d’airain , derrière les rostres ; Vendus Flaccus , dans un passage rapporté par Festus . en mentionnait deux articles (1). Grâce à ces documents, on peut savoir d’une manière exacte quelle était la situation d’une ville latine , telle que Préneste , vis-à-vis de Rome , quelles étaient ses obligations et ses droits. On essaiera ensuite de déterminer les liens qui l’attachaient à la grande confédération latine et de pénétrer, autant que la rareté des documents le permet, dans son
(1) Cic., Pro Balbo , 23. 53. Tite-Live, 2, 33. Denys d'Hal., 6. 95. Festus, s. v. Nancitor.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE. 15
organisation intérieure au commencement du cinquième siècle avant notre ère.
Si les villes latines avaient eu intérêt à renouer alliance avec Rome pour se défendre contre les peuples voisins , aucune n’avait dû mieux sentir cette nécessité que Préneste. Elle se trouvait en effet , par sa position même , exposée aux incursions des Herniques , des Volsques et des Eques ; ces derniers étaient les plus redoutables par leur amour du pillage et par la nature de leur territoire. Comment espérer les atteindre et triompher d’eux au milieu des montagnes et des gorges qui s’étendent au nord de Préneste jusqu’à l’Anio? D’autre part, l’alliance de Préneste n’était pas moins utile aux Romains. Cette ville, en effet, ainsi que Labicum , défendait la vallée qui s’étend entre le massif des monts Albains et celui des moûts Prénestins. En cas de guerre, ses habitants pouvaient de ce côté barrer aux Volsques, aux Herniques et aux Eques l’entrée de la plaine arrosée par le Tibre.
Dans le traité conclu avec Tarquin le Superbe , Rome s’était arrogé une sorte d’hégémonie sur les autres villes du Latium ; le traité de 493 fut conclu entre Rome et les Latins sur le pied de l’égalité (1). Préneste n’était attachée à Rome par aucun lien de vassalité ; elle était indépendante et considérée , de même que les villes voisines , comme l’égale de Rome.
D’après les conditions du traité, Préneste , faisant partie de la confédération latine, jurait une paix perpétuelle entre elle et Rome, autant que dureraient le ciel et la terre. Les parties contractantes ne devaient pas se faire la guerre , ni se susciter réciproquement des ennemis , ni livrer un libre passage à travers leur territoire ; en cas de guerre , au contraire , elles devaient s’aider mutuellement de toutes leurs forces. #
Le partage du butin gagné dans une guerre commune devait être fait également entre tous ceux qui y avaient pris part. Quant aux jugements à rendre sur les contrats privés, ils devaient avoir lieu en l’espace de dix jours, à l’endroit même où le contrat avait été conclu. Il n’était permis de rien retrancher ni de rien ajouter aux conditions du traité, sans que les Romains et toutes les villes de la confédération latine n’y eussent consenti (2).
Quelques conditions manquent sans doute au traité analysé par
(1) Tite-Live, 8, 4 : « Sub uiribra fœderis æqui servitutem patimur. » Au quatrième siècle, à lepoque de la grande guerre latine, le fœdus æguiirn conclu en 493 était encore en vigueur.
(2) Denys d’Hal., 6, 95.
Denys d’IIalicarnasse. Si on y déterminait la part que chaque peuple devait avoir au butin commun , on n’avait pas dû négliger des questions d’une aussi grande importance que celles du commandement en chef de l’armée confédérée et du contingent que devait fournir chaque ville. Il est certain , du reste , que le texte du traité ne nous est pas parvenu dans son entier, puisque Yerrius Flaccus en cite deux articles qui ne sont pas compris dans le texte de Denys d’Halicarnasse (1). L’un devait se rapporter au droit de la guerre « pecuniam quis nancüor , habeto » ; si l’on devait partager entre Latins et Romains les conquêtes et le butin fait par les ennemis , chacun pouvait garder pour soi l’argent qu’il trouvait. L’autre réglait, sans doute, une question de droit civil (2).
La partie du traité qui concernait le droit civil n’était, pas moins importante que celle qui touchait aux questions militaires. D’après le texte même de Denys d’Halicarnasse , on voit que le droit d’échange , jus commcrcii , existait entre Préneste et Rome. La loi protège les contrats d’un côté comme de l’autre , et , en cas de différends , ordonne de les juger dans l’endroit même où ils ont été conclus. Quant au terme de dix jours , il est facile d’en comprendre la nécessité ; on ne pouvait plus longtemps retenir un marchand dans une ville étrangère sans s’exposer à faire un tort considérable à son commerce (3).
Dans l’antiquité, le droit de mariage, jus conubii , était presque indissolublement lié au droit de commerce ou d’échange ; partout où deux citoyens pouvaient conclure légalement un contrat, leurs familles avaient le droit de s’unir.
C’était, du reste, une vieille tradition dans le Latium ; l’union des Horatii de Rome et des Curiatii d’Albe était restée légendaire; %rquin avait donné sa fille en mariage à un patricien de Tusculum , Octavius Mamilius ; un peu avant la fin de la guerre , il y avait des femmes romaines dans un grand nombre de villes du Latium (4). Enfin Denys d’Halicarnasse désigne par le mot d’isopolitie les droits accordés par Rome aux villes latines confédé-
(1) Festus, s. v. Nancitor : Nancitor in XII ( Tabulis ) nactus erit, prænderit. Item in fœdere Latino : « pecuniam quis nancüor , habeto », et « si quid pignoris nasciscitur , sïbi habeto. »
(2) Schwegler, Rœm. Geschichte , tome 2, p. 313 et notes.
(3) Par suite du même principe, les crimes et les délits étaient peut-être aussi jugés dans la ville où ils avaient été commis , et par le magistrat de l'endroit.
(4) Denys, 6, 1 : fEx uyx^ov iroXXat Ttàvu Yvvaïxe; et; xà; àXXiâXwv iréXei; èxSeSo- (AÉvai, xat Sià xà crv»YY£vè; xat Stà çiXtav.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
rées (1). Il ne peut s’agir ici ni du droit de suffrage, jus suffragii ni du droit d’exercer les magistratures, jus honorum. Le refus fait parles Romains de partager ces deux droits avec les Latins fut une des causes principales de la dernière grande guerre latine. Il n’est question que du droit d’échange et du droit de mariage. On ne sait dans quelles conditions ce droit de mariage peut avoir été accordé; il est cependant presque certain que la distinction des ordres, à une époque où le patriciat dominait dans les villes du Latium aussi bien qu’à Rome, était rigoureusement observée.
Ainsi Préneste est alliée de Rome; en temps de guerre, elle fournit son contingent à l’armée de la ligue latine; attaquée par quelqu'un des peuples voisins, elle peut compter sur le secours de Rome : elle obtient sa part de butin ; ses marchands, ses cultivateurs peuvent aller vendre leurs produits aux nundines et en rapporter ceux qui leur sont nécessaires; les membres de ses premières familles peuvent s’unir aux patriciens de Rome. Malgré ce traité d’alliance , elle conserve une certaine indépendance : dans les premiers livres de Tite-Live et dans les Antiquités de Denys, on voit en effet assez souvent des villes latines combattre des ennemis de leur choix sans engager le reste de la confédération.
Quels étaient les rapports de Préneste avec la confédération latine dont elle était une des villes les plus importantes?
Vis-à-vis de cette confédération aussi bien que vis-à-vis de Rome, Préneste était une ville indépendante; dans le Latium l’ensemble des habitants de chaque ville portait le nom de « peuple » (2) ; il y avait donc un « peuple prénestin. » L’ensemble de tous les « peuples » appartenant à une même confédération était appelé « le nom, » nomen (3). Cette organisation confédérative, qui laissait à chaque ville une très grande indépendance, ne semble pas avoir été particulière au Latium; tous les peuples de l’Italie centrale, au cinquième siècleavant notre ère, étaient distribués de cette façon ; les auteurs anciens parlent aussi souvent du nomen etruscum , du nomen Volscum ou du nomen Hernicum , que du nomen Latinum.
La confédération latine tenait de grandes assemblées où l'on
(1) Id., 8, 53 : Aativoi àiravTe; otç vewaxl taoîtoXiTeiav 8e8(ona[itv. Cf. 8, 35, etc.
(2) Tite-Live. 1, 38, 45, 51, 52, etc.
(3) Nomen latinum, respublica nominis latini, commune Latium. Cf, Mommsen, I. R. N., n. 2211.
discutait les intérêts communs (1). On ne sait quelle part y prenait le peuple , ni même s’il y était admis ; au cinquième siècle les assemblées devaient se composer principalement des membres les plus influents du patriciat. A la tête était un dictateur ou deux préteurs (2). Dix députés, proceres Latinorum , étaient, après eux, les magistrats les plus importants de la ligue (3). Etaient-ils choisis directement par les villes , ou tirés d’un sénat composé pes patriciens des différentes villes? on ne saurait le dire. Quoi qu’il en soit , Préneste devait être représentée au moins par un député.
Les assemblées des villes latines étaient peut-être plutôt encore religieuses que politiques. Sans doute, dans le bois de Ferentinum on traitait surtout de la paix et de la guerre, des alliances et de tous les intérêts communs de la confédération ; mais d’autres réunions, auxquelles Préneste prenait part, avaient un caractère beaucoup plus religieux. A Lavinium toutes les villes confédérées célébraient avec grande pompe le culte de Vénus (4) ; c’était dans cette ville que se trouvaient les Lares et les Pénates du Latium (5). A Ardée, il y avait un temple de Vénus où les Latins se réunissaient; il faut rappeler aussi le bois sacré de Diane à Aricie, le temple élevé à cette même divinité sur l’Aventin pendant le règne de Servius Tullius, et le sanctuaire moins connu de Corne dans les environs de Tusculum (6). Enfin la grande fête religieuse du Latium était les fériés latines, qui se célébraient sur le sommet du mont Albain, dans le temple de Jupiter Latiaris. Préneste , de même que Rome , prenait sa part au banquet sacré dans lequel on consommait les restes des victimes (7).
(1) Concilia populorum latinorum. Cf. Tite-Live, 1, 50; 6, 10; 7, 25; 8, 3;
8 , 14. Après la guerre latine , 338 av. J.-C. , Romani latinis populis conubia commerciaque et concilia inter se ademerunt. Festus, s. v. Prxtor.
(2) Schwegler, Rœm. Geschichle, tome 2, p. 291, 292.
(3) Tite-Live, 8,3; decem principes Latinorum. On trouve dans Tite-Live, pour les désigner , les expressions suivantes : Latinorum proceres , principes Latinorum , primores populorum, capita nominis latini; dans Denys , ol npoea- Trçxo'reç tûv Acmvwv.
(4) Strab., 5, 3, 5.
(5) Mommsen, i. R. N. , n. 2211. Flamen sacrorum principiorum populi romani Quiritium nominisque latini aux apud Laurentes coluntur.
(6) Pline, H. N., 16, 91. Est in suburbano Tusculani agri colle, qui Corne appellatur, lucus antiqua religione Dianæ sacratus a Latio.
(7) L’expression consacrée pour désigner cette participation aux fériés latines était « carnem accipere. » Pline, fl. N., 3, 9, 69. Schol. Rob. in Cic. Plane., p. 256. Denys d'Hal., 4, 49. « Carnem petere. » Varron, De l. {., 6, 25. Oie., Pro Planco, 9, 2, « Carnem dare. » Tite-Live, 32, 1 ; 37, 3.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE. 19
Les détails sur l’armée de la confédération et ses ressources pécuniaires nous font absolument défaut ; il est vraisemblable cependant qu’il devait y avoir un trésor commun, provenant d’un tribut versé par chacune des villes de la ligue proportionnellement à son importance.
Si le droit de commerce et le droit de mariage existaient entre Rome et chacune des villes latines, à plus forte raison existaientils entre les villes faisant partie de la confédération. Tite-Live du reste rapporte qu’à la fin de la guerre latine on enleva aux Latins le droit de s’assembler, le droit de mariage et le droit de commerce (1).
Ce n’est que par une suite d’inductions qu’on peut se faire une idée du gouvernement intérieur de Préneste au commencement du cinquième siècle; aucun texte classique ne nous apprend rien à ce sujet.
Les Prénestins formaient un peuple, et, sous ce nom, il ne semble pas qu’il faille entendre seulement la réunion des habitants de la ville, mais aussi celle des habitants de tout le territoire ; or, au milieu du quatrième siècle, le territoire de Préneste comprenait neuf bourgs fortifiés qui furent pris en un jour par un dictateur romain (2).
On a déjà vu que Préneste était indépendante vis-à-vis de Rome et de la ligue latine. Une vieille formule de dédiiion conservée par Tite-Live nous montre que chaque ville avait le droit de disposer de son sort (3). Un peu avant la bataille du lac Régille, on vit Préneste se détacher de la confédération latine pour s’unir aux Romains.
Le magistrat suprême de la cité devait être un préteur ou un dictateur , comme dans la plupart des autres villes latines. A côté de lui existait sans doute un sénat composé des chefs des familles patriciennes. 11 semble en effet qu’à cette époque le patriciat ait joué un rôle aussi important dans les villes du Latium qu’à Rome même. A Ardée , par exemple , dominait le gouvernement aristocratique : là aussi, Tite-Live nous l'apprend, une lutte assez vive avait éclaté entre le patriciat et la plèbe (4). La constitution sociale de Rome ne fut certainement pas un phénomène
(1) Cf. p. 18, note 1.
(2) Tite-Live, 6, 29.
(3) Tite-Live, 1, 88, In sua potestate,
(4) Tite-Live, 4, 9.
isolé ; dans tout le Latium durent ss produire les mêmes événements.
Il n’appartient pas au sujet que nous traitons ici de raconter tout au long l’histoire de la confédération latine dans ses rapports avec Rome qu’il suffise de rappeler que, dans le courant du cinquième et surtout du quatrième siècle, ces rapports changèrent de nature. Rome, en 493, avait traité avec les villes latines sur le pied de la plus complète égalité ; elle ne tarda pas à leur faire subir son hégémonie. Attaqués par les Yolsques et les Eques, les Latins demandèrent souvent des secours à Rome ; quand ils les obtinrent, ce fut au pris de leur indépendance. Us entrèrent peu à peu dans les armées romaines, où ils eurent pour chefs, non plus quelqu’un des membres les plus influents de la confédération , mais les consuls romains eux-mêmes ; la ligue fut lentement dissoute , des villes perdirent leur indépendance. Au quatrième siècle , les Latins tentèrent de secouer ce joug ; ils refusèrent des contingents et se révoltèrent ouvertement ; mais il était trop tard. Rome était déjà trop puissante, et elle usa de sa victoire pour dissoudre la ligue latine en 338 (1),
Nous ne connaissons rien de l’histoire de Préneste au cinquième siècle avant notre ère ; les auteurs anciens ne nous en ont conservé que quelques faits insignifiants. En 487 le consul Aquilius, chargé de la guerre contre les Iierniques, vint camper sur le territoire de Préneste , à un peu plus de deux cents stades de Rome (37 kilomètres) (2) En 462, sous le consulat de L. Lucrétius Tricipitinus et de T. Yéturius Gémanus, les Herniques vinrent annoncer à Rome que les ennemis avaient pénétré sur leur territoire. Deux armées consulaires furent enrôlées; Véturius fut envoyé chez les Volsques pour y engager lui-même les hostilités. Tricipitinus, chargé d’arrêter les ravages de l'ennemi sur le territoire des alliés, ne s’avança que jusqu’au pays des Herniques. A la première rencontre, Véturius défait les ennemis ; mais, tandis que Tricipitinus est dans le pays des Herniques, une bande de brigands lui échappe , passe sur les hauteurs des monts Prénestins, descend dans la plaine, ravage les territoires de Préneste et de Gabies , et de là se dirige vers les collines de Tusculum (3). Préneste dut avoir à souffrir de la part de ses turbulents voisins ,
(1) Pour les détails de l'histoiré de la ligue latine, voir Schwegler, Rœm. Geschichte, tome 2, p. 335-347.
(2) Denys d’Hal., 8, 65.
(3) Tite-Live, 3, 8.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
es Eques , plus d’une attaque de ce genre ; pendant le cinquième siècle ils ravagent continuellement le pays qui s’étend entre les derniers contreforts de l’Apennin ou monts Prénestins et le massif des monts Albains ; c’est dans l’Algide, forêt qui couvrait toute la partie septentrionale de ce massif , qu’ils ont établi leur quartier général.
Au quatrième siècle , à deux reprises différentes , Préneste fut en lutte contre Rome. Sa puissance semble être devenue à cette époque assez considérable; il fallait, pour résister aux légions romaines, qu’elle eût des troupes nombreuses et que par conséquent elle possédât un grand nombre d’habitants. Pendant le quatrième siècle, Préneste et Tibur furent, après Rome, les villes les plus importantes et les plùs fortes du Latium.
Un historien allemand moderne (1) a essayé de donner un nouveau caractère à cette période de l’histoire du Latium ; sa thèse consiste à soutenir qu’après l’invasion gauloise , le Latium ne fit point défection , que Préneste était une ville èque et non une ville latine, et que la prétendue guerre latine, au commencement du quatrième siècle , aussitôt après le départ des Gaulois , ne fut que la continuation de la guerre perpétuelle faite par les Eques aux Romains pendant le siècle précédent. Il en est de même delà guerre de 338; elle fut surtout soutenue par les villes eques de Préneste et de Tibur ; c’est seulement après la dissolution de la confédération que ces deux villes commencèrent à être comptées parmi les villes latines. — Avant d’examiner la valeur de cette hypothèse, il faut exposer les faits, tels qu’ils nous ont été transmis d’après les témoignages anciens.
En l’an 389 avant notre ère , la situation de Rome était loin d’être prospère; l’invasion gauloise avait beaucoup diminué son prestige parmi les populations voisines ; aussi s’entendirent-elles pour regagner quelque chose de leur indépendance. « D’une part, les Volsques, ces anciens ennemis , avaient pris les armes pour anéantir la puissance romaine, d’autre part des marchands annonçaient que les représentants de toutes les villès d’Etrnrie s’étaient entendus au temple de Voltumna pour faire la guerre. Ce qui ajoutait le comble à la crainte, c’était la défection des Latins et des Herniques, qui depuis la bataille du lac Régille, environ cent ans auparavant , avaient été constamment les fidèles alliés du peuple romain (2). » Trois ans après, en 387, on s’entretint encore, au
(t) M. Clason, un des continuateurs de VBistoire romaine de fechwegler.
(2) Tite-Live, 6,2.
sénat, de la révolte des Latins et des Herniques ; mais l’Etrurie tout entière était sous les armes, et ce fut le principal sujet des préoccupations (1). En 386, les Latins et les Herniques prêtèrent secours ouvertement aux habitants révoltés d’Antium ; ils s’étaient unis aux Yolsques (2). Quand les Romains leur demandèrent raison de cette conduite, et pourquoi, pendant les années précédentes, ils n’avaient pas envoyé de contingents suivant la coutume, les assemblées des deux peuples répondirent que, si quelques-uns de leurs soldats avaient combattu dans les rangs des Yolsques , ce n’était point pour obéir ni à une décision ni même à une intention dont elles fussent responsables. Ils avaient, du reste, expié leur trahison, puisque aucun d’eux n’était revenu de cette expédition. Si on n’avait pas fourni le contingent ordinaire , c’était à cause des menaces des Volsques, ces ennemis perpétuels. Ces explications embarrassées ne satisfirent qu’à moitié le sénat (3). En 383 le Latium était encore menaçant : « Suspectum Latium (4). »
Ce fut seulement cette année que Préneste manifesta le projet de faire défection . Ses troupes firent quelques incursions sur les territoires des villes voisines, Tusculum, Gabies et Labicum; le sénat répondit aux plaintes avec douceur ; et on vit bien qu’il n’ajoutait pas foi à ces accusations , parce qu’il ne voulait pas qu’elles fussent vraies (5) .
En 382, les Prénestins vinrent au secours des habitants de Yelitræ , colonie romaine révoltée ; leurs troupes étaient presque plus nombreuses que celle des colons. Les Romains furent vainqueurs, mais n’assiégèrent pas la ville. « La dépêche envoyée à Rome, au sénat, pour annoncer la victoire s’exprimait en termes plus durs à l’égard des Prénestins qu’à l’égard des habitants de Velitræ. Aussi , par un sénatus-consulte et un décret du peuple , la guerre leur fut-elle déclarée. L’année suivante (381), les Prénestins unis aux Volsques emportèrent d'assaut Satricum , colonie du peuple romain , et se livrèrent à toutes sortes d’outrages contre les prisonniers (6). » M. Furius Camillus, malgré son âge avancé et ses infirmités , fut nommé à Rome sixième tribun avec pouvoir consulaire. Il réunit l’armée à la porte Esquiline , et partit pour
(t) Tite-Live, 6.
(2) ld., 6, 7.
(3) ld., 6, 10.
(4) ld., 6. 21.
(5) ld., 6, 21, De Prænestinorum quoque defectione eo anno primum fama exorta ,
(6) Tite-Live, 6, 22,
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Satricum. Les Volsques et les Prénestins, confiants dans le nombre de leurs troupes, qui était un peu supérieur à celui de l’armée romaine , attendirent l’ennemi. Tite-Live raconte longuement la bataille qui se livra sous les murs de Satricum et qui fut gagnée par les Romains (1).
L’année suivante, en 380, Préneste, menacée par la déclaration de guerre de l’année précédente , engagea elle-même les hostilités. A Rome, la plèbe et les tribuns murmuraient contre le sénat : on se plaignait de ces expéditions continuelles contre Antium, contre Satricum , contre Yelitræ, de la guerre qu’on voulait entreprendre contre les Latins, les Herniques et les Prénestins; on voulait user la plèbe dans ces campagnes ; de nouvelles légions devaient en effet être enrôlées contre les Prénestins. Ceux-ci étaient arrivés jusque sur le territoire de Gabies. « Ayant appris qu’aucune armée n’avait été levée à Rome , que l’on n’avait pas encore désigné de général , que patriciens et plébéiens étaient en lutte les uns contre les autres, leurs chefs saisirent cette occasion favorable ; ils marchèrent rapidement, dévastant tout sur leur passage, et arrivèrent jusque devant la porte Colline. La terreur fut grande dans la ville. On prit les armes, on courut aux murailles et aux portes, et , dans le danger commun , faisant trêve aux discordes , on créa dictateur T. Quinctius Cincinnatus. » Tandis qu’on enrôlait h Rome une armée , les ennemis établirent leur camp non loin de la rivière de l’Allia et ravagèrent tout le territoire alentour ; ils se vantaient entre eux d’occuper une position qui avait déjà été fatale à Rome : la panique et la fuite de son armée seraient les mêmes que lors de l’invasion gauloise. Les Romains, de leur côté, savaient assez qu’ils avaient à combattre un ennemi dont ils avaient déjà été victorieux, cent ans auparavant, à la bataille du lac Régille. Les Prénestins ne soutinrent le choc ni de l’infanterie , ni de la cavalerie. A la première charge, aux premières clameurs, leurs rangs furent rompus ; ne pouvant réussir à rétablir leurs lignes , ils tournèrent le dos, saisis d’épouvante , dépassèrent leur campement, et ne cessèrent leur course à la débandade que lorsqu’ils furent arrivés en vue de Préneste. Là ils choisissent un endroit qu’ils veulent munir rapidement de quelques défenses , craignant que s’ils se retirent derrière les murailles, leur territoire ne soit ravagé et qu’ensuite la ville elle-même ne soit assiégée par l’ennemi. Mais aussitôt que les Romains arrivent après avoir pillé le camp de l’Allia, cette position même est abandonnée ; se fiant
(1) Tite-Live, 6, 23-25.
à peine à la force de leurs murailles, les Prénestins se renferment dans la citadelle. Huit villes des environs étaient sous leur domination. On se tourna de ce côté ; on s’empara de ces villes sans grande résistance , et on conduisit l’armée devant Yelitræ , qui fut prise d’assaut. On revint alors sous les murs de Préneste, qui ne fut pas emportée de force, mais qui capitula. Quinctius, après avoir remporté une victoire en bataille rangée, après s’être emparé de deux camps ennemis , après avoir pris d’assaut neuf villes et reçu la capitulation de Préneste , revint à Rome. Lors de son triomphe , il porta au Capitole la statue de Jupiter Imperator , qu’il avait rapportée de Préneste. On la plaça entre la cella de Jupiter et celle de Minerve ; une inscription qui rappelait ces événements fut gravée au-dessous. Elle était à peu près conçue en ces termes : « Jupiter et tous les dieux ont permis que T. Quinctius dictateur prît neuf villes. » Vingt jours après être entré en charge, T. Quinctius abdiqua la dictature (1). Festus indique le poids de la couronne qui fut offerte par le dictateur à Jupiter : deux livres d’or et un triens (2).
A partir de l’année 380, les documents sur l’attitude des Prénestins vis-à-vis des Romains sont peu nombreux. Leur dédition n’avait pas été complète : ils avaient gardé leur indépendance : car, l’année suivante , ils se révoltèrent , cherchant à entraîner les < t peuples » du Latium dans leur défection (3). Six ans plus tard, en 373, eut lieu une nouvelle insurrection, mentionnée seulement par Diodore. Cette fois encore les Prénestins eurent le dessous (4).
Pendant toute la durée du quatrième siècle , des bandes gauloises n’avaient cessé d’errer dans l’Italie centrale ; on les vit tantôt aux environs de Rome , tantôt en Apulie, tantôt en Campanie. Des villes latines comme Tiburou Préneste ne craignirent pas de s’allier à eux pour contrebalancer les forces romaines. « Le bruit d’une guerre contre les Gaulois se répandait de jour en jour. Au milieu de la terreur commune , ce fut un soulagement de voir la paix accordée aux Latins sur leur demande ; ceux-ci envoyèrent , d’après l’antique traité , un fort contingent de troupes. Rome se sentant rassurée par ce secours , on attacha moins d’importance à la nouvelle que les Gaulois étaient déjà arrivés à Préneste et qu’ils
(1) Tite-Live, 6, 29.
(2) Festus, s. v. Trient em.
■ (3) Tite-Live, 6, 30 : ld modo extremo anno tumultuatum, quod Prænestini concitatis Latinorum populis rebellarunt.
(4) Diodore, 15 , 47 : Kaxà 5è tÿ)v ’IxaTiav Pai^aïot rcp à; npaivearivouç Tcapaxa- . Ç6(i.evoi *al vixrjcravTe: tovç 7t),eiaTovs x<2v àvTixaÇot|Asv(ov xaTEnô^av.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
campaient autour de Pedum (1). » Les Romains remportèrent une victoire sur les bandes gauloises qui se réfugièrent du côté des montagnes dans les forêts (2). Il doit s’agir dans ce passage des forêts qui couvraient sans doute les monts Prénestins et qui ont aujourd’hui complètement disparu. Quelques années après , vers 354, les Prénestins remuèrent encore, mais leur mouvement ne dura pas longtemps ; ils ne tardèrent pas à conclure une trêve avec Rome (3).
Ils jouèrent encore un rôle important dans la grande guerre latine qui précéda la dissolution de la confédération. En 339 , le Latium était en pleine révolte; Rome venait de lui enlever son territoire, Latinus ager (4) ; il ne se résigna pas à cette humiliation et se révolta l’année suivante : son armée fut encore vaincue et les différents peuples de la confédération se virent contraints à faire leur soumission (5). Une seule ville résistait encore ; c’était Pedum, bâti probablement là où s’élève le village moderne de Zagarolo. « Le consul Æmilius y conduisit son armée. Les habitants de Pedum avaient pour défenseurs les peuples de Tibur, de Préneste et de Velitræ : des secours étaient venus aussi de Lanuvium et d’Antium. Dans les rencontres, les Romains eurent le dessus ; mais ils n’emportèrent ni la ville de Pedum elle-même , ni les camps des peuples alliés, voisins de la ville. Sans que la guerre fût terminée, le consul, à la nouvelle du triomphe décrété à son collègue, vint subitement à Rome solliciter, lui aussi, les honneurs du triomphe, avant d’avoir remporté la victoire. Le sénat fut offensé de cette ambitieuse demande, et déclara qu’il n’obtiendrait le triomphe qu’après la prise ou la reddition de Pedum. Repoussé ainsi parle sénat, Æmilius eut un consulat semblable aux tribunats les plus séditieux (6). » « L’année suivante (338) sous le consulat de L. Furius Camillus et de G. Mænius, pour faire honte d’une manière éclatante à Æmilius, consul de l’année précédente , le sénat déclara qu’il fallait assiéger Pedum avec toutes les forces romaines réunies, et détruire cette ville de fond en comble. Les nouveaux consuls, obligés de terminer avant tout cette guerre, partirent pour Pedum. Les Latins étaient alors dans une situation telle qu’ils ne
(1) Tite-Live, 7. 12.
(2) Id., 7, 15.
(3) Diodore , 16, 40 : Kaxà 8 è xriv IxaXîav Pwpiaïoi xtpo; (ùv ïlpatvîaxtvou; àvojjSÉtç, 7tp ô; 8è lap-vixai; crvvQrixaç èuo nfaavxo.
(4) Tite-Live, 8, 11 : « Latium Capuaque agro multati. »
(5) Id'., 8. 12.
(6) Id., 8, 12.
voulaient ni la paix ni la guerre. Les forces leur manquaient pour entreprendre la guerre, et, irrités de la perte de leur territoire, ils ne pouvaient se résigner à la paix ; il leur semblait avantageux de tenir un juste milieu; ils se tenaient enfermés dans leurs forteresses, n’attaquant pas les Romains et ne leur offrant aucun prétexte de guerre; s’ils venaient à apprendre qu’on assiégeait quelque place, tous les peuples se réuniraient pour porter secours à la ville attaquée. Toutefois les habitants de Pedum ne furent soutenus que par un fort petit nombre de peuples. Les Tiburtins et les Prénestins , dont les territoire étaient les plus voisins , arrivèrent jusqu’à Pedum. Les troupes d’Aricie, de Lanuvium et de Yelitræ, au moment où elles opéraient leur jonction avec lesAntiates et les Volsques, furent surprises et taillées en pièces par Mænius aux bords du fleuve Astura. Camillus combattit à Pedum contre la solide armée des Tiburtins et remporta l’avantage. Une sortie des assiégés pendant le combat jeta un grand trouble dans les rangs ; Camillus lança contre eux une partie de son armée , les repoussa jusque dans leurs murailles, et, le même jour, après les avoir défaits eux et leurs alliés, escalada et prit la place (1). » A la suite de cet événement toutes les villes du Latium se soumirent.
Rome, après sa victoire, désarma ses anciens alliés; nous savons, par Tite-Live, quel traitement elle infligea aux villes latines. « Les villes de Tibur et Préneste furent privées de leur territoire , non pas tant à cause de leur récente rébellion dont ils partageaient la responsabilité avec d’autres Latins, que parce que, las de la domination romaine , ils s’étaient autrefois alliés avec les Gaulois, peuple barbare (2). »
Voilà les faits concernant l’histoire de Préneste au quatrième siècle, tels qu’ils sont rapportés par les auteurs. Examinons maintenant si la thèse soutenue par l’historien allemand mérite d’être acceptée ; elle est résumée dans le passage suivant : « Un cercle de villes comme Préneste , Tibur, Labicum et d’autres encore , qui, d’après la tradition, sont considérées dès leur origine comme appartenant au Latium , n’ont aucun droit à ce titre ; bien plus , aussi loin que nous pouvons remonter dans l’histoire, elles nous apparaissent comme purement èques ou sabines, et naturellement aussi au temps où les frontières romano-latines ne s’étendaient
(1) Tite-Live, 8, 13.
(2) Tite-Live, 8, 14 : Tiburtes Prænestinique agro multati , neqve ob recens tantum rebellionis commune crimen cum aliis Latinis , sed quod tædio imper li R omani cum Gallis, gente efferata , arma quondam consociassent.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
pas plus loin que Boise, c’est-à-dire à l’époque de l’invasion gauloise et dans la période qui la suivit. Par conséquent , si la tradition regarde les guerres entre Préneste, Tibur et Rome comme des guerres entreprises par des villes de la confédération latine révoltées contre Rome, elle se trompe et conclut faussement de la situation politique de ces deux villes, quand elles furent devenues colonies latines, à leur situation dans une époque antérieure (1). » Les guerres entreprises par Rome contre Préneste ne furent donc que la continuation des guerres èques. Il n’y a donc pas eu de révolte des Latins contre Rome avant le grand mouvement qui amena la dissolution de la confédération.
Le principal argument de la thèse est un argument topographique. Comment, à l’époque où les frontières de la confédération romano-latine ne s’étendaient pas au S.-E. plus loin queBolæ, Préneste, située sur le dernier contrefort de l’Apennin, n’auraitelle pas été comprise dans le territoire èque? Il faut d’abord remarquer que la situation de Bolæ est indéterminée, et M. Glason l’observe lui-même; d’après V Atlas antiquus de Kiepert, cette ville était située dans la plaine qui s’étend au pied de Préneste, entre les monts Prénestins et les monts Albains , et que traversait la voie Labicane. Ce n’est toutefois qu’une hypothèse.
De plus, il est certain que pendant le cinquième siècle, les Eques eurent une assez grande puissance et donnèrent même de l’inquiétude à Rome ; ils étaient établis dans l’Algide, partie N.-E. du massif des monts Albains, et de là menaçaient constamment le territoire de Tusculum et des villes latines voisines. Au quatrième siècle ils ne s’étendaient pas aussi loin : Bolæ , Labicum , Corbio n’étaient plus entre leurs mains.
De cette extension du territoire des Eques , doit-on conclure que Préneste était une de leurs principales villes? On a fait remarquer que , par sa situation même , elle appartenait plutôt au territoire èque qu’au territoire de la confédération latine. S’il faut tenir compte dans cette question des données topographiques, on pourrait répondre que la montagne sur laquelle est bâtie Préneste se détache comme un fort avancé du massif central auquel elle n’est jointe que par un col étroit; quand même Aoutes les villes voisines auraient été sujettes des Eques, Préneste isolée aurait pu encore conserver son indépendance. Mais nous savons qu’au
(1) Clason, Rômische Geschichte (continuation de Schwegler) , tome 4, p. 79, Perlin, 1873.
commencement du quatrième siècle cette ville était puissante, que son territoire était grand relativement à celui dé la plupart de ses voisines, puisque huit places fortifiées reconnaissaient son autorité.
Si l’on s’en tient seulement aux textes précédemment cités , il est évident que Préneste était , à l’époque de l’invasion gauloise , une ville latine , et que l’affaiblissement des Romains fut un prétexte de révolte pour quelques-unes des villes de la confédération (1).
On se débarrasse de tous ces textes en affirmant que la tradition s’est trompée ; mais alors Tite-Live a donc entièrement faussé l’histoire de Préneste et du Latium pendant la durée du cinquième et du quatrième siècle? — C’est douter de toutes les sources de l’histoire pour ce qui concerne cette période, et mettre une hypothèse qui n’est appuyée par aucun texte au-dessus de tous les témoignages de l’antiquité. La méthode critique de l’historien allemand tombe ici dans un grand excès. Douter du récit de Tite-Live, c’est douter de celui des annalistes qui l’ont précédé, c’est douter des sources premières auxquelles les annalistes ont puisé.
Or comment prouverait-on que Tite-Live a faussé la tradition? Cette tradition se fondait sur des témoignages dont le temps n’avait pas encore détruit la valeur à l’époque où vivait Cicéron ; on a vu que celui-ci lisait encore le texte de l’antique fœdus latinum gravé sur une stèle d’airain derrière la tribune aux harangues. C’est assurément la liste des peuples confédérés inscrite sur cette stèle que nous a rapportée dans ses Antiquités romaines Denys d’Halicarnasse. Strabon, qui ne se contente pas de donner des descriptions' topographiques , mais qui les accompagne ordinairement de détails sur l’origine des villes, compte Préneste parmi les villes latines , tout en faisant remarquer qu’elle a été fondée par des Grecs.
On a montré aussi les rapports qui existent entre les légendes prénestines et les légendes romaines , et il suffit de rappeler les traditions qui attribuent la fondation de Préneste soit à la famille
(i) Voici le résumé de ces textes : Tite-Live, 6, 2, novus quoque terror accesserat defectione Latinorüm ; 6, 6, De Latino Hernicoque bello mentio facta, in senatu ; 6,7, Antiates ingentem Latinorüm Hernicorumque conciverant ex integerrimis diulina pace populis ; 6, 10, Eodem anno ab Latinis Hernicisque res repetitæ ; 6, 21, Suspectum Latium id. de Prænestinordm quoqde defectione eo anno primum fama exorta ; 6 , 27 , Latinis Ilernicis Prænestinis jam intentari arma civium magis quam hostium odio ; 6, 30, Prænestini concitatis Latinorüm populis rebellarunt ; 8, 11, Latium Capuaque agro mullati.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
de Latinus, soit à Latinus lui-même, pour prouver clairement que compter Préneste au nombre des villes èques , c’est se mettre en contradiction non seulement avec tous les témoignages historiques, mais aussi avec les plus anciennes traditions du Latium. Ecartons donc l’hypothèse tout à fait invraisemblable que Préneste n’aurait été comptée parmi les villes de la confédération latine qu’au moment où celle-ci fut dissoute. Pendant tout le quatrième siècle, elle a été une ville latine en révolte contre Rome, et sa puissance lui a quelquefois permis d’entreprendre la guerre avec ses seules forces. Après la dissolution de la ligue, elle devint ville alliée du peuple romain. La période qui s’étend de 338 à la guerre Sociale est la plus brillante de l’histoire de Préneste ; nous la connaissons peu par les textes; mais nous possédons des œuvres d’art et des inscriptions appartenant à cette époque ; nous savons d’autre part que pendant ces deux siècles, Préneste, privée en partie de son influence politique, vit s’accroître son influence religieuse et devint, pour ainsi dire, la Delphes du Latium.