LA NÉCROPOLE
L’emplacement de la nécropole de Préneste est à peu près déterminé par des limites naturelles. Elle est située au pied de la montagne et de la ville sur un plateau entouré de vallées de tous côtés. Sa limite au S. est la villa d’Hadrien et la ligne que l’on tirerait de ce point à l’E. et à l’O. jusqu’à la route de Rome d’un côté, jusqu’au Val Pepe de l’autre; à l’E. elle ne s’étend d’une manière continue que jusqu’au Val Pepe ; à l’O. jusqu’à la route de Rome (rameau de la via Labicana ) ; au N. jusqu’à la vallée qui se trouve au-dessous de la ville, depuis San-Rocco jusqu’au pont dello Spedaleto. On a remarqué que les nécropoles de Tusculum et de Bovillæ étaient aussi orientées de la même manière , c’est-à-dire situées du côté du midi (1) ; il en est de même de celle d’Ardea. Peut-être faut-il voir dans cette disposition une règle presque toujours observée pour les sépultures antiques ; peut-être aussi cette coïncidence n’est-elle due qu’à la disposition même des lieux (2). En dehors de la nécropole proprement dite, où les tombeaux sont rapprochés les uns des autres, se trouvent encore des groupes de sépultures, à l’E. au carrefour des routes de Cave et de Valmontone, àl’O. sur le côté droit de la via Labicana quand on se dirige vers Rome.
La nécropole de Préneste doit avoir été bien connue dans l’antiquité, car un certain nombre de tombeaux sont vides; ils ont été violés par les Romains , peut-être à l’époque où Sylla établit sur les ruines de la cité une colonie militaire. Le même fait se
(1) Ann. de l’inst. archéol., 1855, p. 75.
(2) Les temples les plus anciens du Latium sont aussi tournés vers le midi ; on peut vérifier cette observation à Gabies et à Némi où les temples de Junon et de Diane Aricine sont toujours debout ; il en était de même pour les temples de Junon Lanuvina et de Jupiter Capitolin.
produisit à Gapoue ; les vétérans des guerres civiles avaient peu de respect pour les sépultures (1).
Ge fut au siècle dernier, vers 1738 , que fut découverte la nécropole de Préneste , bien qu’il y ait beaucoup de témoignages contradictoires à cet endroit et que le fait soit demeuré inaperçu. Il est probable, en effet, que la célèbre ciste Ficorini fut trouvée non pas entre Lugnano et Palestrina, comme l’ont écrit Ficorini lui-même et Maffei, mais derrière l’église San-Rocco, à la bifurcation de la route de Rome et de la route de Marcigliano, c’est-àdire sur l’emplacement même du fonds Galeassi.
On se souvient aussi dans le pays de fouilles qui auraient été faites au commencement du siècle près de la bifurcation des routes de Gave et de Valmontone ; elles auraient produit de très beaux résultats, mais on ne sait ce que sont devenus les objets qui en ont été tirés.
En 1825, un certain Fabrini explora une petite partie du fonds connu sous le nom de la Colombella, qui s’étend au N. depuis la vallée plus haut mentionnée, au S.-E. jusqu’à la villa d’Hadrien et à un petit bouquet de bois. On y découvrit quelques cistes.
C’est en 1855 que l’on fut, pour la première fois, assuré d’une façon certaine de l’existence d’une grande nécropole. Les découvertes qui avaient eu lieu en Etrurie depuis le commencement du siècle permettaient d’apprécier l’importance de ce fait pour les études archéologiques. Les fouilles de 1855 furent entreprises sur le terrain de la Colombella à l’E. de la route de Marcigliano, aux frais du prince Barberini. Elles furent conduites par un intendant, M. Constantino Giorgi, et surveillées par M. Gicerchia; MM. Henzen, J. -B. de Rossi et Braun écrivirent plusieurs articles à cette occasion (2) .
En 1858 les fouilles furent reprises à la Colombella par l’intendant, M. Nestore Marini; on en faisait en même temps de l’autre côté de la route de Marcigliano, c’est-à-dire à l’O., dans la vigne de M. Agapito Bandiera, près du fonds de M. le chanoine Galeassi où M. Domenico Mattia avait auparavant découvert une tombe très ancienne (3).
En 1859 on continua d’explorer la Colombella au S. -O. du ca-
(1) Suét., Cæs., 81 : Paucos ante mens es , quum in colonia Capua deducti lege Julia coloni ad exstruendas villas sepulcra vetustissima disjicerent, idque eo studiosius facerent quod aliquantum vasculorum operis antiqui scrutantes reperkbant.
(2) Voir Annales et Bullet. de l’inst. arcli., 1855, in-4°.
(3) Bullet. de l’inst. arch., 1858, p. 93.
sinoCecconi, bâti sur une construction ancienne. M. Cicerchia donna un récit circonstancié des fouilles, mais sans aucune indication topographique (1). La carte de la nécropole, dressée par le P. Garrucci (2) en 1864, supplée à cette omission. C’est des fouilles de 1855 et de 1859 que proviennent la plupart des objets conservés actuellement à la bibliothèque Barberini. Les fouilles de 1863 ont été dirigées par le P. Garrucci et décrites par lui (3). Elles avaient été précédées de quelques fouilles faites en 1862 par l’intendant, M. Marini, aux environs du bâtiment circulaire appelé vulgairement les « Thermes » et du casino Cecconi. On était arrivé à moitié chemin entre le casino Cecconi et la Madonna delle Grazie ; on explora le reste du terrain et l’on découvrit un certain nombre d’objets importants.
Des cistes et des miroirs conservés à la bibliothèque Barberini proviennent aussi des fouilles de 1866 (4). M. le chanoine Bonanni en donna la description. Elles eurent lieu près de la Madonna delle Grazie; M. Domenico Cecconi en fit en même temps dans la vigne voisine.
De 1866 à 1869 il n’y eut pas de fouilles importantes; mais on les recommença sur une assez grande échelle au mois de septembre 1 869 (5), en plusieurs endroits :
1° Dans la vigne de M. Galeassi, située derrière San-Rocco et appartenant à des chanoines de Palestrina.
2° Dans la vigne deM. Gaetano Pinci, appartenant à MM. Frattini. La première est à gauche de la route de Rome quand on quitte Préneste ; la seconde est à droite dans le terrain compris entre la route de Rome et la via Prænestina.
3° Au mois de février 1870 , M. Gaetano Pinci découvrit, dans une vigne appartenant à M. Annibale Bernardini , une chambre sépulcrale très profonde, avec trois niches et autant de sarcophages. Cette vigne, ainsi que celle de MM. Frattini, est située à droite de la route de Rome.
4° Des fouilles furent aussi entreprises près du couvent des PP. du Carmel, c’est-à-dire du même côté de la route.
5° On travaillait en même temps en face dans la vigne de M. Parmigiani, qui recueillit un grand nombre d’objets précieux, cistes, vases de terre, etc.
(t) Bullet. de Vlnst. arch., 1859, p. 35.
(2) Dissertazioni archeologiche. Roma, in-4°, 1864.
(3) La carte du P. Garrucci indique l'emplacement de ces différentes fouilles.
(4) Bullet. de l'Inst. arch., 1866, p. 133.
(5) Bullet. de l’Inst. arch., 1870, p. 97 et suiv. Idem, 1871, p. 72.
6° Enfin des fouilles furent faites dans la vigne de M. Angelo Ceprari et dans un fonds de terre près du pont dello Spedaleto , appartenant à M. Gialdea. On a trouvé là un souterrain avec des soupiraux. Les ouvriers occupés aux fouilles de MM. Frattini en ont aussi trouvé un ; ils ont remarqué qu’il avait plusieurs ramifications, mais n’y sont pas entrés.
En 1876 on fouilla le terrain dans le fonds Pinci, au S. du fonds Bandiera et du fonds Yelluti, qui avait été exploré par le P. Garrucci. On y trouva des cistes qui ont été vendues à un négociant d’antiquités de Rome. C’est la même année, à la fin du mois de février, que MM. Bernardini trouvèrent dans le fonds Frollano les objets qui ont été achetés par le gouvernement italien , et qui se trouvent aujourd’hui au musée Kircher. Ce champ est situé à l’O. de la route de Marcigliano, non loin de l’endroit où, en 1855, M. Constantino Giorgi fit ses premières découvertes. Ce point est important à remarquer, car les objets trouvés sur ces deux emplacements sont de même nature.
En 1877, on a fait quelques fouilles à gauche de la route de Rome , au premier coude , après l’église de San-Rocco ; elles n’ont presque rien produit.
Quelque temps auparavant , à droite de la même route , dans une vigne appartenant à la famille Bernardini, on avait trouvé de nombreux objets en terre cuite, pieds, mains, têtes, membres votifs de toutes sortes, petites statuettes, etc. Les fouilles ont été continuées sur ce point, au mois de janvier 1878, par l’Ecole française de Rome. Elles ont amené la découverte d’un dépôt de terres cuites appartenant , sans doute , à la fin du second siècle ou au commencement du premier siècle avant notre ère (1).
Du mois de novembre 1877 au mois de janvier 1878, M. Fiorentini entreprit des fouilles sur^l’emplacement de la nécropole , dans la Colombella. On trouva de 125 à 130 sarcophages en pépérin , dont la plupart ne renfermaient que des ossements , 25 inscriptions et plusieurs cistes.
Des fouilles faites au mois de janvier 1878 , dans le fonds Parmigiani , ont mis au jour deux petites statues en pierre calcaire fine.
Ainsi , les fouilles ont rayonné au pied de l’antique Préneste sur un espace assez étendu, puisqu’on a creusé le sol : 1° entre la via Prænestina et la. route moderne de Rome (rameau de la via
(1) M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome , m’en avait confié la direction. J’en ai donné un compte rendu dans la Revue arch., avril 1878.
Labicana) ; 2° entre la route de Rome et le chemin de Marcigliano ; 3° entre le chemin de Marcigliano et le val Pepe ; 4° entre le val Pepe et la route de Valmontone. Beaucoup de points n’ont pas encore été explorés. Les fouilles qui ont chance d’être le plus fructueuses seront celles que l’on fera encore dans la Colombella, où jusqu’à présent les groupes de tombeaux ont été trouvés plus rapprochés les uns des autres que partout ailleurs , et immédiatement à droite de la route de Marcigliano ; mais de ce côté le terrain a été fouillé à plusieurs reprises.
Pour terminer le catalogue des fouilles de Préneste , il ne reste plus qu’à rappeler celles qui furent faites en 1864 près des Quadrelle , pour retrouver la seconde moitié du calendrier de Yerrius Flaccus ; elles amenèrent la découverte d’une basilique chrétienne (1). Foggini, qui, au dix-huitième siècle, avait retrouvé ce calendrier , s’était imaginé , d’après une interprétation erronée d’un texte de Suétone (2) , que le forum de Préneste se trouvait en cet endroit , à une assez grande distance de la ville (1700 mètres environ), et qu’il avait découvert l’hémicycle de Yerrius Flaccus. Les fouilles de 1864 ont montré que les fragments de construction pris par Foggini pour l’hémicycle de Verrius Flaccus n’étaient autre chose que les restes d’un édifice chrétien annexé à la basilique.
Les tombeaux découverts dans la nécropole de Préneste appartiennent à différentes époques et se rencontrent dans différents terrains. Il est nécessaire d’étudier en détail toutes les circonstances qui ont accompagné les fouilles , afin de pouvoir établir la chronologie des objets trouvés dans ces tombeaux ou auprès d’eux.
En beaucoup d’endroits , au-dessous de la terre végétale , à une profondeur de trois ou quatre palmes (0m,75 ou 1 mètre), on trouve un banc épais de détritus de toute espèce : « Ce sont de petites pierres , des éclats de tuf et de pépérin , des fragments de terres cuites , d’objets de métal , de maçonnerie, d’os d’hommes et d’animaux, de monnaies romaines et de monnaies d’autre provenance. Le tout est si compacte que l’on a de la peine à le détruire avec la pioche. Ce banc est ordinairement profond de cinq à sept palmes (lm,25 à 1“,75) , et quelquefois va jusqu’à neuf ou
(1) Bullet. de l’inst. arch., 1864 , p. 70-71.
(2) De grammat. « M. Verrius Flaccus statuam habet Præneste in inferiori fori parte circa hemicyclium, in quo fastos a se ordinatos et marmoreo parieti incisos publicarat. »
dix (2m,25 à 2“, 50.) Après avoir enlevé ces détritus , on trouve la terre vierge , et c’est là que les anciens taillaient les fosses qui devaient recevoir les sarcophages. Cette terre , mêlée à la terre végétale , reçoit des ouvriers le nom de « terre mêlée. » Tamisée avec soin , elle servait aux anciens à couvrir les sépulcres , sur lesquels ils en entassaient une hauteur de plusieurs palmes. De telle façon , les sarcophages enfouis le plus profondément , si on en excepte quelques cas particuliers , se trouvent entre quinze et dix-sept palmes (3m,75 ou 4^,25) au-dessous du niveau du terrain cultivé , et entre sept et dix palmes (lm,75 à 2m,50) aux endroits où ne se rencontre pas le banc de détritus (1). »
Il semble que l’on doive distinguer trois époques dans la nécropole prénestine. Les sépultures les plus anciennes sont formées par des amas de pierre ou consistent en chambres funéraires. A la seconde période appartiennent les sarcophages de tuf ou de pépérin , ainsi que des monuments plus petits (pile) faits de la même matière. On range dans une troisième catégorie les sarcophages en tuiles ( casse a tegoloni). Viennent ensuite les sarcophages romains avec ou sans has-reliefs.
Voici comment , en 1855, M. Cicerchia, dans une lettre adressée à l’Institut de correspondance archéologique , décrivait les tombes les plus anciennes de la nécropole de Préneste. Il annonçait que des objets de caractère très archaïque avaient été trouvés dans une espèce de fosse recouverte de toutes sortes de pierres calcaires et de terre, sans voûte (2). Le P. Garrucci (3) soutenait une opinion contraire. Ces sépultures étaient couvertes d’une sorte de petite voûte de pierre, qui se rétrécissait vers le sommet de façon à avoir l’apparence d’un toit. Ces pierres, tombées ensuite, avaient brisé et écrasé de leur poids une grande partie des objets que la piété des parents avait déposés auprès du mort. Le P. Garrucci , après les fouilles de 1863 , rejeta tout à fait cette opinion et reconnut que c’était vraiment un mode antique de sépulture de jeter sur le cadavre un amas de pierres informes qui , de leur poids, brisaient les objets déposés dans la fosse. Il avait en effet reconnu que des tombeaux pareils existaient non seulement dans
(1) Les descriptions les plus importantes de la nécropole prénestine se trouvent ; 1° dans les Annales de Vlnst. arch. . 1855, in-4° , p. 75 et suiv. ; 2° dans les Dissertaxioni archeologiche, du P. Garrucci. auquel nous empruntons le passage cité, p. 148 et suiv.; 3° Mommsen, C. 1. L., t. 1, p. 28.
(2) Annal. del’Inst. arch., 1855, p. 76.
(3) Civiltà cattolica, anno VII , n. 137, p. 606 et suiv.
la nécropole de Préneste, mais aussi dans celle de Véïes. De plus, il en avait trois exemples : « Moi-même , » ajoute- t-il , « dans les fouilles de la vign-a Velluti , j’ai vu des squelettes placés sur de grandes tuiles (tegoloni) , et recouverts seulement par les pierres qui avaient été jetées là. Il est difficile que ces pierres puissent former une voûte ; elles ne peuvent en aucune façon s’ajuster les unes aux autres , étant tout à fait irrégulières. »
La découverte d’une sépulture faite, en 1876, dans le fonds Frollano, ébranle cette théorie peut-être un peu trop absolue du P. Garrucci. Il faut au moins reconnaître que, dans la première période de la nécropole prénestine, il y a eu deux modes de sépulture. On n’en saurait douter, car les objets trouvés en cet endroit sont parfaitement identiques à ceux que l’on avait découverts en 1-55 à la Colombella dans une sépulture formée d’un amas de pierres. La description suivante a été faite par M. Helbig, secrétaire de l’Institut de correspondance archéologique :
« Pendant quelques jours la terre avait été fouillée sans résultat. A la fin cependant on découvrit une fosse oblongue , un peu irrégulière, creusée dans la terre végétale ; les quatre côtés correspondaient exactement aux quatre régions du ciel. Les murs étaient faits de dalles de tuf oblongues; la plus grande mesure 0™,91 de longueur et 0m,90 de hauteur. Là où ces murs sont le mieux conservés , on voit quatre de ces dalles de pierre placées l’une sur l’autre. La paroi septentrionale et la partie méridionale sont longues de 5m,45 ; des deux autres, l’une a 3m,92 de longueur, l’autre a 3m,80. Comme le fond de la fosse, quand je la visitai, était déjà un peu recouvert par la terre qui était tombée dessus, la profondeur n’en peut être établie que d’une manière approximative. J’arrivai jusqu’à lm,70 ; mais il y a sans doute quelques centimètres de plus. C’était dans cette fosse qu’étaient déposés les objets qu’on décrira ci-après. On avait jeté dessus de la terre , et sur la terre, un peu au-dessous du bord de la fosse, on avait placé de grandes dalles de pierre calcaire et de travertin, qui étaient de nouveau recouvertes avec une couche de terre rapportée ; ainsi la superficie du terrain ne pouvait offrir aucune trace de l’existence de cette sépulture (1). »
Une chambre semblable a été trouvée dans les dernières fouilles de 1878; elle était vide : on n’y a recueilli qu’un anneau d’or. Il est besoin de nouvelles découvertes pour établir quel était de ces
(1) Bullet. de l'inst. a rch., 1876, p. 118-119.
deux modes de sépulture le plus communément employé dans les premiers temps de la nécropole prénestine.
Les sépultures de la seconde période sont les plus nombreuses. Elles consistent en sarcophages de pépérin ou plus souvent encore de tuf, d’un ou plusieurs morceaux. Les uns sont enfoncés plus profondément que les autres ; quelquefois le sarcophage le plus profondément placé servait de base au sarcophage supérieur ; quelquefois aussi la paroi d’un sarcophage entier servait de paroi à un autre composé de plusieurs morceaux. Ces tombeaux se sont toujours trouvés dans le terrain vierge. Ils étaient évidemment destinés à recevoir des cadavres entiers et non pas seulement leurs cendres.
Il faut donc faire une classe à part des petites caisses qui n’ont que trois palmes carrés (0m,75) au plus, et qu’on appelle pile. Elles servaient à renfermer les os des corps consumés par la flamme du bûcher. Ce genre de sépulture fut- il postérieur? L’incinération se substitua-t-elle à l’inhumation ? Yoici les remarques que fait à ce propos le P. Garrucci : « Il est certain que , dans les fouilles de 1855 , les sarcophages se trouvaient à quinze palmes (3ra,75) environ au-dessous du niveau du sol, et les pile à dix (2m,50) ; je puis ajouter que les trois pile trouvées par moi dans les fouilles de 1863 étaient placées au-dessus des sarcophages de tuf, tandis que je n’ai encore découvert aucun sarcophage à la profondeur de dix palmes; les sarcophages qui servaient à l’inhumation étaient probablement enterrés plus profondément que les pile pour une raison de salubrité publique (1). » Les sarcophages de tuf ou de pépérin sont ordinairement recouverts de grandes pierres taillées en forme de dos d’âne (2) .
Les fouilles de 1877-1878, auxquelles nous avons assisté, ont fourni de nouvelles indications. Dans la partie de la nécropole qui a été explorée, les casse , presque toutes vides, formaient plusieurs étages; elles n’étaient orientées en aucune façon. Les pile étaient pour la plupart de tuf rougeâtre, tandis que les casse étaient de tuf
(1) Le P. Garrucci (Diss. arch. , p. 156) attaque la définition erronée que M. Mommsen donne de ce genre de sépulture dans le Corpus Inscr. Lat. , t. 1, p. 28 : Cremandi ossaque colligendi consuetudo apud Prænestinos, cum hoc sepulcreto utebantur, nondum invaluerat ; hujus enim generis arcarum in eo non reporta sunt, nisi rara vestigia.
(2) Dans un sarcophage de pépérin on a trouvé, au mois d'octobre 1869, dans la vigne Galeassi, un très beau sarcophage de pierre, orné de colonnes d'ordre ionique. C’est une exception.
gris. On y a trouvé des os et des fragments d’æs rude. Les sarcophages et les pile ne formaient pas des étages différents.
Quelquefois ces sarcophages étaient placés dans des couloirs souterrains , comme on le remarqua dans les fouilles de l’hiver 1869-1870 (1). La même année près du pont dello Spedaleto (fonds Gialdea) , on trouva aussi un couloir qui avait la hauteur d’un homme et qui était éclairé autrefois par des soupiraux ; on y a recueilli des fragments de terres cuites , des vases , un chaudron avec un manche en bronze et une tête de cheval également en bronze ; peut-être aufond du couloir trouverait-on aussi quelque sarcophage.
On ne peut affirmer que ces galeries souterraines aient été creusées pour recevoir des sarcophages ; elles peuvent avoir existé bien avant l’époque qui correspond à ce second mode de sépulture. On en a trouvé en effet dans presque toutes les villes qui sont entourées de murailles cyclopéennes.
Les sépultures prénestines , situées assez profondément audessous du niveau du sol , étaient indiquées à fa surface par des espèces de stèles funéraires. Elles ont reçu le nom de pigne à cause de l’analogie de leur forme avec celle de la pomme de pin.
Elles consistent en un morceau de calcaire taillé en conoïde qui repose sur une hase , quelquefois striée au milieu, quelquefois ornée de feuilles d’acanthe comme le chapiteau corinthien. Là où manquent les feuilles d’acanthe et les stries , il y a un anneau au-dessous de la pigna et un listel au bas. Outre les pigne , on trouve encore des bases rectangulaires faites également avec de la pierre calcaire ; on croit en général qu’elles servaient de support à ces pigne , mais il est certain que quelques-unes d’entre elles portaient le buste de la personne défunte. En effet, ces carrés de pierre sont creusés au milieu de la partie supérieure, et ce creux est souvent ovale. Or, les pigne n’ont jamais cotte forme. De plus , on a trouvé dans les différentes fouilles des bustes sans inscription ou qui, unis au piédestal, ne formaient qu’un morceau. Il est donc permis de conclure qu’il était d’usage de poser sur ces bases qui portent des inscriptions ou une pigna ou le buste du défunt.
Cette manière de désigner l’emplacement des sépultures n’est pas particulière à la nécropole de Préneste ; on a aussi trouvé des pigne et des bases carrées dans les fouilles faites en 1857 à Zagarolo, sur le territoire de Palestrina. Il faut encore comparer à ces objets les cubes surmontés de boules , destinés à désigner en
(1) Bullet. de l’inst. arch., 1870, p. 97 et suiv.
Etrurie l’emplacement des sépultures, et les petites stèles représentant d’une manière informe quelques-uns des traits du visage humain, qui proviennent delà nécropole de Capoue.
Les sarcophages de la troisième classe sont faits avec des tegoloni ou grandes tuiles. Ordinairement cinq tegoloni remplacent le couvercle en dos d’âne des sarcophages de la seconde période ; à la place des pieds et de la tête se trouvent tantôt des tegoloni , tantôt des plaques de marbre. D’après le rapport fait par M. Henzen en 1855 (1), on pouvait croire que ces tombeaux étaient d’une époque relativement récente : « Quant à ces sarcophages , ils doivent certainement remonter à l’époque impériale. Car parmi les différentes marques de briques qui m’ont été communiquées par M. Cicerchia, deux proviennent de grandes tuiles qui servaient à former des sarcophages de ce genre; les liaisons des lettres sont évidemment postérieures à celles dont on se servait dans les derniers temps de la République et même au commencement de l’Empire. D'un autre côté, les observations du P. Garrucci, à propos de la description de M. Mommsen (2), laissent croire que ce genre de sépulture, s’il était usité pendant l’Empire, l’était aussi bien longtemps auparavant.
« En vérité , toutes ces assertions sont erronées. Les cadavres ensevelis dans les sarcophages en terre cuite ont été trouvés par moi et par d’autres à une très grande profondeur; quant à ceux que j’ai trouvés moi-même, ils étaient toujours à côté des sarcophages en tuf et quelquefois situés plus profondément que ceuxci, jusqu’à 19 palmes (4m, 75) au-dessous du niveau du sol; ils contenaient des vases peints , l’æs rude comme les sarcophages de tuf et non pas seulement 1 ’æs signatum , des colliers de verre , des amulettes d’os , etc. Je ne nie pas cependant que l’on n’ait pu trouver des sépulcres de ce genre à peu de distance au-dessous du sol, dans le banc de détritus et non dans la terre vierge; j’en ai trouvé plusieurs moi-même; mais ils étaient encore bien anciens , puisqu’ils ne contenaient que des monnaies frappées de la République, un as d’une once et un triens aujourd’hui possédé par M. l’avocat Lavatti avec la légende TAP (3). »
(1) Annales de l’inst. arch., 1855, in-4°, p. 76.
(2) Loc. cit., « Ter Lise ætatis sepulcra sarcophagi et ipsi sunt , sed facile distinguuntur a præcedentibus, primum loco, nam minus alte effodiuntur, et illis olim superpositi fuerunt ; deinde materia , tegulis enim constant ; denique rébus simul inventis : jam enim æri rudi ibi succedit signatum , neque quidquam reperitur præter monetam et ossa. »
(3) Dissertaxioni archeologiche, p. 156.
On n’a pas assez de détails sur les fouilles postérieures pour décider la question ; dans les descriptions qui en ont été faites , on s’est occupé plus souvent des objets découverts que des circonstances mêmes de la découverte. Il est possible que les deux opinions puissent se concilier; les sarcophages en terre ont pu être en usage à une époque assez reculée aussi bien qu’au temps de l’Empire ; sans doute ils étaient destinés à la sépulture des gens pauvres.
Mentionnons en dernier lieu des sarcophages de l’époque romaine avec ou sans bas-reliefs. Les routes qui conduisaient à Préneste , et spécialement la via Prænestina , étaient bordées de tombeaux comme la plupart des grandes voies romaines ; on en voit encore deux assez bien conservés sur la via Prænestina (route de Gallicano) à quelques centaines de mètres de la Madonna del Ristoro. Au mois de février 1870, dans une fouille faite sur une terre appartenant à M. Annibale Bernardini, on a trouvé une chambre sépulcrale très profonde de l’époque impériale. Elle contenait trois niches ; dans chacune d’elles se trouvait un sarcophage de marbre ; sur les côtés étaient sculptés deux boucliers et au milieu une hache; l’inscription était presque effacée; elle portait les mots : C. Gavidius Fortis (1).
Peut-on assigner des époques à ces différents modes de sépulture? Les sépultures composées uniquement d’amas de pierres non taillées n’ont aucun signe extérieur qui permette d’en reconnaître la date. On peut dire seulement qu’elles sont les plus anciennes 5 à en juger d’après la différence des objets que l’on y trouve avec ceux qui proviennent des sarcophages de tuf ou de pépérin. On verra plus loin qu’un certain nombre de ces objets sont considérés , avec assez de vraisemblance , comme ayant été fabriqués à la fin du septième ou au commencement du sixième siècle avant notre ère. Ces tombes, autant qu’on peut le supposer, seraient donc contemporaines des premiers rois de Rome.
Pour déterminer l’âge des sarcophages de tuf ou de pépérin , nous avons des données plus certaines. L'æs rude , que l’on trouve presque toujours , était regardé autrefois comme précédant Yæs signatum , qui l’avait remplacé d’une manière définitive. La découverte dans les tombeaux de Préneste d’æs rude à côté des monnaies frappées a contredit cette opinion. L’æs rude s’est conservé bien longtemps après que Væs signatum était déjà partout en usage , surtout dans les cérémonies religieuses.
(1) Bullet. de l’inst. arch., 1870, p. 97 et suiv.
Les documents épigraphiques fournissent un moyen beaucoup plus sûr de fixer l’âge de ces monuments. Ils sont de deux sortes :
1° Sur les cistes , les miroirs et les strigiles trouvés dans ces sarcophages , il y a souvent des inscriptions ; par la forme des lettres et l’orthographe, on peut juger approximativement la date de leur fabrication.
2° Les inscriptions trouvées sur les bases des pigne ou autour des pigne elles-mêmes fournissent des indications non moins précieuses.
On a constaté que ces inscriptions , gravées sur les cistes , les miroirs ou les pigne , sont les unes de la moitié du troisième siècle avant J. -G., les autres du second; quelques-unes des inscriptions des pigne sont d’une époque postérieure ; mais ces objets peuvent avoir quelquefois surmonté des sarcophages en terre cuite, au lieu de sarcophages en pépérin. Par conséquent, les indications qu’ils fournissent ne sont pas aussi précises que celles qui proviennent des inscriptions des cistes ou des miroirs. Les cistes et les miroirs, en effet, ne se trouvent jamais que dans les sarcophages de tuf ou de pépérin , ou autour d’eux. Ce mode de sépulture semble donc avoir été usité à l’époque des guerres puniques et jusqu’à la fin du second siècle avant notre ère. Ces limites toutefois ne peuvent être déterminées d’une manière précise.
Quant aux sarcophages en terre cuite , les documents nous manquent pour en déterminer l’époque.
Les objets trouvés dans les tombeaux diffèrent beaucoup entre eux. On peut en former plusieurs catégories , qui serviront ensuite à dresser le catalogue des antiquités provenant de Préneste.
C’est dans les tombeaux de la première période qu’ont été trouvés tous les objets de style archaïque, rappelant tantôt l’influence étrusque, tantôt l’influence phénicienne ou orientale. C’est de là que proviennent les coupes d’or et d’argent doré semblables à celles que l’on a trouvées à Larnaca, à Amathonte et, en Italie, à Cervetri; les objets d’ivoire qui sont conservés au musée Kircher et à la bibliothèque Barberini , et qui ont un caractère tout à fait archaïque ; les bronzes , trépieds , boucliers , patères, etc., avec des ornements semblables à ceux des objets analogues de la nécropole de Cervetri , des scarabées , etc.
C’est uniquement dans les tombes de la seconde période , c’està-dire dans les sarcophages de pépérin ou auprès d’eux , que l’on trouve les cistes de bronze avec ou sans graffites, les miroirs, les strigiles, les balsamaria , les objets ayant fait partie du mundus
muliebris , tels que les peignes, les boîtes à onguent et à fard , les discernicula , les aiguilles , etc. A la même époque appartiennent les plaques d’os sculptées de la bibliothèque Barberini , un grand nombre de petits vases , des lampes , des colliers de verre , des alabastres de toute grandeur, etc. Dans presque toutes ces tombes on a trouvé l’æs rude , obole payée par les parents du mort pour que son passage aux enfers s’accomplît heureusement.
Les sarcophages en terre cuite n’ont fourni que peu d’objets ; on n’y a trouvé la plupart du temps que les restes du mort avec Yæs signatum , quelquefois avec l’æs rude et des vases peints de peu de valeur.