I. — ÉTUDE DES PROCÉDÉS DE FABRIQUE
La ciste est un ustensile de bronze de forme cylindrique ou ovale ; l’intérieur est quelquefois doublé d’une boîte de bois ou de paille tressée. Le fond est formé d’un cercle à peu près de la môme épaisseur que le cylindre. Le couvercle est la plupart du temps détaché de la ciste ; mais quand celle-ci est de forme ovale, il y est joint par une charnière. Quelquefois il entre dans le corps de la ciste , quelquefois il eu recouvre les bords.
A ces pièces principales viennent se joindre des pièces accessoires : 1° la poignée , ordinairement formée d’un groupe de personnages ; elle est attachée sur le couvercle par une soudure ; 2° les pieds , qui sont au nombre de trois pour les cistes de forme cylindrique , de quatre pour les cistes de forme ovale.
Les miroirs sont toujours formés d’une seule pièce. Un côté, le côté convexe, était poli ; le côté concave est orné de graffites ordinairement entourés d’une bordure de feuilles de laurier ou de lierre. Us sont ronds ou en forme de poire.
Les strigiles sont quelquefois d’un seul morceau , quelquefois de deux, quand le manche est formé d’une figurine de bronze.
Ainsi , parmi ces objets en bronze , il n’y a pas de variété dans les formes : les cistes sont cylindriques ou ovales , les miroirs sont ronds ou en forme de poire, les strigiles sont toujours exécutés d’après le même modèle. L’artiste n’a donc à étudier ni la forme du vase ni ses proportions ; le bronze , il est vrai , ne peut se plier à mille formes diverses , comme l’argile entre les mains du potier ; mais il y a dans la fabrication des cistes et des miroirs une sorte de monotonie qui laisse croire que c’étaient plutôt des objets de fabrique commune que des œuvres d’art.
Un autre argument sert à confirmer cette opinion. Le cylindre de la ciste est formé d’une plaque de bronze rectangulaire , travaillée au marteau et soudée dans sa hauteur. On gravait d’abord le dessin à la pointe sur la plaque de bronze, et c’était seulement après cette opération qu’on donnait à celle-ci la forme cylindrique. Il y avait des plaques de toutes dimensions, depuis 0m,20 de hauteur jusqu’à 0^50 ; on prenait les unes ou les autres , suivant la dimension que l’on voulait donner aux cistes. Mais il arrivait quelquefois qu’on n’en avait pas de la dimension voulue. On prenait alors , sur une plaque déjà gravée , la hauteur néces-
HISTOIRE DE L’ART A PRÉNESTE
saire , et on fabriquait la ciste sans se préoccuper des graffites. Sur une centaines de cistes trouvées jusqu'à présent , il y en a deux qui offrent un exemple de ce genre d’opération. L’une (1) n’offre aux yeux que la partie inférieure des personnages , ainsi que la galerie de palmettes qui se trouve au-dessous. L’autre (2) est formée seulement d’une galerie d’ornements et des bustes des personnages. Comme , sur la première de ces deux cistes , les graffites ne sont pas d’une exécution trop négligée , il est permis de croire que ce procédé s’appliquait à toutes les plaques gravées , dont beaucoup ont la même valeur , et dont quelques-unes sont d’un travail négligé.
La manière dont étaient attachés la poignée et les pieds, ainsi que les anneaux , tout autour du corps de la ciste, montre combien , dans les fabriques de Préneste , on s’occupait peu des dessins ; la plupart du temps ils sont recouverts par ces objets et quelquefois complètement gâtés. On ne regardait donc pas les graffites comme des œuvres d’art , mais comme des dessins qui ne méritaient pas d’être respectés. Ce fait s’est produit même pour la plus belle de toutes les cistes connues jusqu’ici , la ciste Ficoroni. Les pieds et la poignée sont placés de manière à endommager les graffites. On a dit que c’était une restauration postérieure, et qu’à l’origine cette ciste n’avait ni pieds ni poignée. Cette hypothèse semble tout à fait invraisemblable ; le même fait se reproduit pour tous les objets de ce genre ; il est bien peu probable que la ciste Ficorini , malgré l’exécution parfaite de ses graffites , ait fait exception. La plaque de bronze déjà gravée par un ouvrier plus habile que les autres, — on peut même dire par un excellent artiste, — est tombée entre les mains d’un autre ouvrier qui lui a fait subir l’opération ordinaire et a ajouté des pieds et une poignée.
Ainsi, quand on examine les objets en bronze provenant de Préneste , on remarque que l’art tient une place moins grande que les procédés de fabrique. Tous ces objets se font sur le même modèle , de la même manière , sans aucun égard à la délicatesse plus ou moins grande du dessin. Un certain nombre d’entre eux sont signés, il est vrai , comme la ciste Ficoroni ; mais ces signatures ont-elles une grande importance? L’artiste qui signe les vases grecs n’est-il pas remplacé , à Préneste , par un simple ouvrier, par un chef d’atelier ou un fabricant ?
(1) Mon. inéd., t. 8, pl. 7-8.
(2) Elle est conservée à la bibliothèque Barberinl.
Il est difficile de mettre en doute que les cistes et les miroirs n’aient pas été des objets d’une fabrication commune; aussi, malgré l’importance artistique de quelques-uns d’entre eux, ils ne peuvent donner une idée de l’art à une époque déterminée aussi bien que les vases peints avec les représentations qui les couvrent. D’un côté il y a une grande indépendance , de l’autre des procédés de fabrique. Les uns peuvent se comparer à des œuvres d’art signées , telles que celles de Benvenuto Cellini ou de Bernard de Palissy ; les autres, aux innombrables produits de l’orfèvrerie ou de la céramique moderne.