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CHAPITRE III

DE LA DISSOLUTION DE LA LIGUE LATINE EN 338 A LA GUERRE sociale (90 av. J.-C.).

Aucun texte ne donne la date exacte à laquelle Préneste devint une ville alliée du peuple romain ; il est probable toutefois que ce fut peu de temps après la dissolution de la confédération latine. Les difficultés et les périls de la guerre du Samnium avaient amené Rome à user d’une grande rigueur envers ses voisins rebelles ; si elle se résolut à traiter avec plus de douceur quelques villes du Latium , comme Tibur et Préneste , elle dut conclure presque immédiatement avec elles le traité d’alliance qui lui assurait, en cas de guerre, des subsides importants. On sait du reste qu’en 319, dans une expédition contre les Samnites, les Romains emmenèrent avec eux un contingent prénestin ; leur préteur s’était conduit avec peu de bravoure ; il faillit être condamné à mort par Papirius Cursor (1), rigoureux observateur de la discipline militaire.

On essaiera d’abord de déterminer les conditions dans lesquelles Préneste se trouvait vis-à-vis de Rome, en tant que cité alliée, et les rapports qu’elle eut avec elle pendant cette période ; on étudiera ensuite son histoire intérieure, sa constitution ; puis , en réunissant tous les éléments que fournissent les textes des auteurs anciens, les inscriptions et les objets d’art découverts sur le territoire de cette ville , on pourra peut-être se faire une idée de ce qu’était la civilisation d’une grande cité latine pendant les deux premiers siècles avant notre ère.

A partir de 338, les relations entre Préneste et Rome furent réglées par un traité, fœdus, conclu entre les deux cités suivant les anciens rites religieux. On sait, par plusieurs témoignages, que le

(1) Tite-Live , 9, 16.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

texte des traités était toujours gravé en double sur des tables d’airain ; l’une était conservée à Rome , au Capitole ou dans un monument public; l’autre était placée sur le forum ou en quelque autre endroit de la ville avec laquelle Rome avait fait alliance (1). Nous ne connaissons pas les conditions du traité conclu entre Rome et Préneste; mais il semble qu’elles ont dû. être favorables à Préneste, déjà assez durement punie par la perte d’une partie de son territoire ; ce ne fut peut-être plus un fœdus æquum semblable à celui de 493 ; mais Préneste fut traitée avec ménagement, ainsi que Tibur.

Le territoire d’une ville alliée lui appartenait en propre ; elle en avait non seulement la possession , mais aussi la propriété; suivant les règles du droit qui subsistèrent jusque sous l’empire, ce territoire était considéré comme une propriété particulière appartenant à un étranger ( ager privalus ex jure peregrino) (2). Rien par conséquent n’était changé dans l’organisation intérieure de la cité; elle conservait intacte sa constitution municipale, et sous aucun prétexte Rome n’avait le droit de s’immiscer à ses affaires. Quant à ses citoyens, ils étaient regardés comme des étrangers.

De cette indépendance vis-à-vis de Rome découlaient deux droits : le droit d’asile et le droit de monnayage.

C’était un principe généralement admis dans l’antiquité qu’un homme ne pouvait être à la fois citoyen de deux villes ; si quelqu’un quittait Rome pour s’établir dans une ville fédérée, il perdait son titre de citoyen romain et devenait citoyen de cette ville; dès lors on ne pouvait plus exercer aucune poursuite contre lui; c’eût été une violation du droit des gens. Aussi Polybe nous apprend-il qu’il était permis de s’exiler à Néapolis, à Préneste et à Tibur ainsi que dans toutes les autres villes fédérées (3). En 171 avant J.-C. un Furius s’exila à Préneste, un Matidius à Tibur (4).

Quant au droit de monnayage, si Préneste le possédait en principe, il est difficile de savoir jusqu’à quelle époque et dans quelles limites elle l’a exercé (5). On ne connaît aucune monnaie d’argent

(1) Josèphe, 14, 10, 10 : ’Ev ôéXxotç àva0sîvai 8i7rxéx<>K- Cf. Mommsen, Annalet del’lnst. archéol., 1858, p, 191, 199, et Marquardt, Bœmische Verwaltung, tome 1, p. 347, note 5.

(2) Cf. Marquardt, Rœmische Verwaltung, tome 2 , p. 175.

(3) Polybe , 6, 14, 8 : Igx t S’àatpàXsia xotç çeuyoua-iv iv xe x^j NsairoXix<3v xaî IIpaivEtm'vtüv Ixi 6s Tiëovpi'va>v tcôXsi xal xaïç àXXai;, xcpà; a; ë/ousiv ôpxta.

(4) Tile-Live, 44, 2.

(5) On s'en tiendra sur ce point aux indications données par Mommsen dans

qui y ait été frappée. « Il semble du reste que depuis l’année 268 av. J. -G., Rome ait centralisé dans la capitale la fabrication de la monnaie d’argent... On adopta certainement la même ligne do conduite que l’on suivit plus tard pour l’introduction de la loi Sempronia ou pour l’interdiction des Bacchanales. Au fond c’était une violation du droit strict ; mais si on voulait sauver les apparences , on pouvait exercer une pression sur les villes alliées, afin de les forcer à ratifier ( fundurn fieri ) les mesures prises par Rome comme l’exigeaient les traités (1). » Il est probable que Préneste, éloignée de Rome seulement d’une distance de huit lieues et en rapports constants avec elle, dut adopter presque immédiatement après la conclusion du traité la monnaie d’argent romaine.

On possède peut-être quelques échantillons de monnaies de bronze frappées à Préneste ; mais les numismates ne se sont pas encore prononcés d’une manière définitive sur cette question. « Quant aux monnaies de bronze et à l'æs grave , quand elles ne remontent pas au delà de l’époque où les villes d’Italie ont fait alliance avec Rome , elles paraissent convenir à celles qui avaient conclu des traités d’alliance sur un pied d’égalité. On sait qu’il en était ainsi pour Iguvium, et rien n’empêche de l’admettre pour Tuder et les villes de l’Etrurie , ainsi que pour les Vestini. Pour ce qui concerne Tibur, Préneste et ce qui restait encore de vieux Etats , il est probable que ces villes ont eu leurs monnaies particulières ; mais leurs pièces se trouvent confondues dans la masse de Yæs grave anépigraphe de ce pays, et on peut ajouter que ce monnayage a dû cesser en même temps que celui des colonies latines situées entre le Tibre et le Liris , lorsqu’en 268 Rome se réserva exclusivement cette branche de l’administration (2). » On regarde généralement comme ayant appartenu à Préneste ou peutêtre aussi à Tihur deux séries d’æs grave ; dans les deux , on voit une tête de divinité coiffée du casque phrygien en bec d’oiseau avec ou sans la massue dans le champ. La principale raison qui les fait attribuer à l’une ou l’autre de ces villes est que , malgré leur rareté, elles ont fourni au dépôt du Monte Mario , aux portes mêmes de Rome, un nombre assez considérable de pièces (3).

Ainsi des deux principaux droits laissés aux villes avec lesquel-

son Histoire de la monnaie romaine, trad. du duc de Blacas. Tome 1, p. 186. Annexe G, p. 332. Tome 3, p. 196 et suiv.

(1) Ouvrage cité p. 204.

(2) Mommsen, ouvrage cité, tome 3, p. 206.

(3) Id., tome 1, p. 186.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

les Rome concluait un traité d’alliance , Préneste a sans aucun doute exercé l’un pendant longtemps, et a dû être dépouillé de l’autre dans le courant du troisième siècle.

Quoiqu’elle eût conservé son indépendance municipale , elle avait toutefois à l’égard de Rome des obligations à remplir. On peut penser avec vraisemblance qu’une stipulation semblable à celle du traité de 493 défendait aux Prénestins de s’allier contre les ennemis de Rome ; mais la question la plus importante était celle du service militaire.

Une ville fédérée n’envoyait pas de troupes aux légions; d’après les conditions du traité , elle fournissait un nombre déterminé d’auxiliaires (1) (auxilia). Ce contingent était envoyé chaque année et soldé par les alliés eux-mêmes (2); l’administration romaine ne fournissait que les vivres (3). Les troupes étaient levées par la cité ; un édit du consul indiquait le jour et le lieu du rendez-vous. Ainsi en 216, au moment de la bataille de Cannes , les Romains demandèrent un contingent aux Prénestins , et ceux-ci ne furent point exacts au rendez-vous (4).

Quelquefois , dans des circonstances pressantes , et principalement lors de la guerre d’Hannibal , Rome demanda aux villes fédérées plusieurs contingents en une année (5); c’était peut-être une violation faite aux conditions du traité, mais les nécessités de la guerre l’excusaient même aux yeux des alliés.

Quelques renseignements laissés par Tite-Live et Polybe font connaître quelle était l’organisation des corps auxiliaires. Les alliés latins qui avaient primitivement servi dans les légions et qui encore , pendant la guerre latine , étaient divisés, comme l’armée romaine, en manipules et en centuries, formèrent le plus ordinairement des cohortes, au moins jusqu’à la fin des guerres puniques. Le contingent de Préneste formait la cohorte prénestine qui joua un rôle 'important à Casilinum, après la bataille de Cannes (6). Il était commandé par un chef national appelé par Polybe

(1) Tite-Live, 21, 3; 26, 17; 33, 26; 38, 25; 41, 5, 9; 43, 9, etc., et surtout 9, 16. Voir aussi Marquardt, üœrri. Yerwaltung, tome 2, p. 78 et suiv.

(2) Tite-Live, 27, 9.

(3) Polybe, 6, 39, 14-15.

(4) Tite-Live, 23, 17 : Hi ( Prænestini ) non confecto ad diem dilectu.

(5) Tite-Live, 21, 17 : Sex in eum annum decrelæ legiones et socium quantum ipsis ( consulibus ) videretur.

(6) Tite-Live, 22, 17 et suiv. On trouve aussi dans le récit de l'affaire de Casilinum le terme s Perusina cuhors ; » or on sait que Perusia aussi bien que Préneste était une civilas fœderata. On peut aussi rappeler les expressions Cu-

(ju<rôoScm]ç (1) et désigné par Tite-Live sous le nom de prætor ou de præfectus (2). En 319, pendant la guerre contre les Samnites, c’est un préteur , c’est-à-dire le premier magistrat de la cité , qui est à la tête des troupes auxiliaires fournies par Préneste (3). Il en fut de même un siècle plus tard , pendant la seconde guerre punique ; ce fut le préteur Anicius qui s’enferma , en 216 , dans la ville fortifiée de Casilinum (4).

Toutefois au-dessus des officiers nationaux , il y avait des officiers romains , les præfecti sociorum , nommés par les consuls (5).

Les alliés ainsi rangés en cohortes, sous le commandement immédiat de chefs nationaux et le commandement supérieur d’officiers romains, ne formaient pas un corps séparé; ils étaient partagés en ala dextra et ala sinistra; mais dans les guerres hors de l’Italie, ils formèrent plutôt le centre, tandis que les ailes étaient surtout composées de corps étrangers.

Parmi les troupes fournies par les alliés , on créait un corps d’élite , les extraor dinar ii , auxquels Polyhe donne le nom d’Im- Xtxroi (6). On ne sait s’ils étaient recrutés également parmi toutes les cohortes, ou si quelques-unes d’entre elles jouissaient du privilège de fournir un nombre plus considérable de soldats d’élite : on peut seulement assurer que ce corps des extr aor dinar ii comprenait le cinquième du contingent de leur infanterie.

Quel était le chiffre du contingent envoyé par la ville de Préneste? Aucun document ne fournit de réponse précise à cette question. En 225 (7), le nombre total de l’infanterie auxiliaire des Latins était de 80,000 hommes , celui de la cavalerie de 5,000 hommes. Pour répartir ces chiffres , il faudrait d’abord savoir exactement quelle était à cette époque la limite du Latium et le nombre de villes qu’il renfermait , puis connaître dans chacune

man æ cohortes, cohortes Camertum, cohors Samnitium, cohors Marrucina et Peligna, etc. Cf. index de Tite-Live.

(1) Polybe, 6, 39, 15.

(2) Tite-Live, 25, 14; 23, 19.

(3) Tite-Live, 9, 16.

(4) Il est possible que ces personnages n’aient pas commandé les troupes avec le titre de prætor, mais avec celui de præfectus cohortis Præneslinæ. On trouve aussi en 340 avant J.-C. un préteur du nom de Milionius à la tête des auxilia de Lanuvium. Tite-Live, 8, 11.

(5) Tite-Live, 33, 36. - Polybe, 6, 26, 5.

(6) Polybe, 3, 107, 2.

(7) Marquardt, Rœm. Verw., tome 2, p. 380 ; Tite-Live , Epitom. , 20 , Eutrop., 3, 5; Orose, 4, 13; Pline, H. N., 3, 138; Polybe, 2, 24 : Karaypaipai Sè àvrivéx- 07)<7av, Aaxtvwv piv ôxxaxKTpvpioi ixeÇoi, 7t6vTaxnTX^l°i 8’lixjxeïc;.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

d’elles le nombre des habitants. Or Polybe comprend sous le nom de Latium non seulement l’ancien territoire de la confédération , le vetustissimum Latium , auquel était peut-être aussi annexée une partie du pays des Yolsques et des Herniques, mais encore toutes les colonies latines. Il s’agit , dans ce texte , de tous les alliés du nom latin , socii nominis latini. Le contingent des auxiliaires latins était donc recruté parmi les trente-trois colonies du nom latin déjà établies en l’année 225 (1) et parmi les villes alliées du Latium, telles que Tibur et Préneste. Le nombre des villes latines fournissant des auxiliaires était peut-être de quarante ou de quarante-cinq.

Si l’on répartissait également entre ces quarante ou quarantecinq villes le contingent de 85,000 hommes indiqué par Polybe, chacune d’elles aurait envoyé un peu plus ou un peu moins de 2,000 hommes. Mais il faut tenir compte de l’importance relative de ces villes : Préneste doit certainement être rangée parmi les plus puissantes ; on peut donc croire avec assez de vraisemblance que son contingent, à l’époque de la seconde guerre punique, était de 3,000 ou 3,500 hommes. En tout cas , ce serait une erreur de considérer comme son contingent normal l’envoi d’une cohorte de 500 hommes au moment de la bataille de Cannes (2) ; c’était une levée supplémentaire qui avait été ordonnée par le consul.

On voit que le service militaire était le véritable lien qui rattachait à Rome une ville alliée comme Préneste. Celle-ci ne cherchait pas à s’en affranchir ; bien au contraire , pendant la guerre d’Hannibal, les Prénestins firent preuve d’une grande énergie, comme tous les alliés auxquels Rome , après la dissolution de la confédération latine , avait laissé leur indépendance.

Les documents sur l’histoire politique de Préneste, pendant la période qui s’étend entre l’année 338 et l’année 90 avant J.-C., sont très rares ; les uns ont rapport à l’invasion de Pyrrhus, les autres à l’histoire de la seconde guerre punique.

Quand Pyrrhus débarqua en Italie pour porter secqurs aux Tarentins , Rome craignit qu’un certain nombre de colonies et de villes fédérées ne fissent défection; aussi y envoya-t-elle de nombreuses garnisons. On murmurait à Préneste et on répétait un vieil oracle , peut-être rendu par la Fortune , d’après lequel les Prénestins devaient un jour posséder 1 ’ærarium de Rome. On em

(1) Voir dans Marquardt , Rœm. Verwaltung, tome 1 . p. 49 et 50 , la liste des colonies latines dressée par Mommsen et Madvig.

(2) Tite-Live, 23, 17 et suiv

mena plusieurs de ceux qui avaient fait courir ce bruit , on les enferma dans Værarium et on les y mit à mort : la prédiction s’était ainsi vérifiée (1).

Après sa première victoire, le roi d’Epire ravagea toute la Campanie et arriva jusqu’à Préneste ; Florus raconte qu’il aperçut Rome du haut de la citadelle de cette ville (2).

Jusqu’à l’époque de la seconde guerre punique l’histoire extérieure de Préneste reste inconnue. On sait qu’alors son contingent faisait partie des troupes auxiliaires du nom latin ; Silius Italicus, qui s’appuyait sur des témoignages historiques, énumère les troupes qui combattirent contre Hannibal à la bataille de Cannes :

Hinc Tibur , Catille , tuum , sacrisque dicatum,

Fortunæ Prœneste jugis..., etc. (3).

En 217, après la bataille du lac Trasimène, Hannibal se dirigea en droite ligne sur Spoletium, dont il ne put s’emparer grâce à l’héroïque résistance de ses colons, et entra dans le Picenum ; après avoir ravagé les territoires des Prætutiani , des Hadriani , des Marrucini , des Mar si et des Pæligni , il arriva autour d’Arpi et de Luceria.

A Rome , Q. Fabius Maximus venait d’être nommé dictateur ; il reçut l’armée du consul Flaminius , traversa une partie de la Sabine et arriva à Tibur, où avait été donné le rendez-vous pour les nouvelles recrues. De là il se rendit à Préneste, probablement en passant par l’emplacement des villages modernes de San-Gregorio et de Poli, puis, par des chemins de traverse, il rejoignit la voie Latine (4).

Ce fut surtout après la bataille de Cannes que le rôle des auxiliaires prénestins fut important; les passages de Tite-Live qui s’y rapportent, sont trop intéressants pour qu’il soit permis de les abréger. On se contentera donc de les traduire en les faisant suivre des observations nécessaires : « Hannibal, après avoir pillé et

(1) Ce récit se trouve dans Zonaras (Collect. Byz., tome 2; 8, 3) qui n'indique pas à quelle source il l'a emprunté.

(2) Florus, 1, 13. Ed. Halm : Prope captam urbem a Prænestina arce prospexit et a vicensimo lapide oculos trepidæ civitatis fumo ac pulvere implevit. — Cf. Eutrope, 2, 12 (Ed. Dietsch. Teubner) Campaniam depopulatus est atque ad Prxnesten venit miliario ab urbe oclavo decimo. On donne encore le nom de Campo di Pirro à un plateau situé à l'ouest de Préneste, sur le côté droit de la Via. Prænestina , quand on se dirige vers Rome.

(4) Tite-Live, 22, 12.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

incendié Acerræ, apprit que le dictateur romain avec ses légions était parti de Casinum (?) (1) ; craignant que la proximité des ennemis ne jetât Capoue dans la terreur, il conduisit son armée devant Casilinum (2). Gasilinum était alors occupé par cinq cents Prénestins et un petit nombre de Romains et d’alliés du nom latin qui s’y étaient réunis à la nouvelle de la bataille de Cannes. Gomme l’enrôlement n’avait pas été achevé à Préneste au jour désigné, ils étaient partis en retard, et, arrivés à. Casilinum avant la nouvelle de la défaite, ils s’étaient joints à d’autres soldats romains et alliés et avaient quitté la ville en assez grand nombre. La nouvelle de la bataille de Cannes les fit revenir sur leurs pas. Ils passèrent quelques jours à Casilinum, suspects aux Campaniens et les redoutant, occupés à se prémunir contre leurs surprises et à leur en dresser eux-mêmes. Quand ils furent informés que Capoue se préparait à faire défection et à recevoir Hannibal, ils massacrèrent une nuit les habitants de Casilinum et occupèrent la partie de la ville située en deçà du Volturne (ce fleuve traverse Casilinum). Telles étaient donc les forces des Romains à Casilinum. Il faut encore ajouter une cohorte pérusienne de quatre cent soixante hommes qui s’y étaient retirés quelques jours auparavant, comme les Prénestins, à la nouvelle de la bataille. La garnison était presque suffisante pour défendre une ville dont l’enceinte avait peu d’étendue, et qui, d’un autre côté, était protégée par le fleuve ; mais le manque de blé la faisait trouver trop considérable. »

« Quand Hannibal fut près de la ville , il détacha les Gétules , sous le commandement d’Isalcas; il chargea cet officier, s’il trouvait quelque moyen de parlementer, d’amener la ville par des paroles bienveillantes à ouvrir ses portes et à recevoir une garnison ; si Ton persistait à se défendre, il fallait user de force et essayer de pénétrer par quelque côté dans la place. Quand les Gétules furent sous les remparts, le silence qui régnait partout

(1) Le texte de cette phrase n’est pas établi d'une manière définitive ; voici celui que donne Madvig : Hannibal, Acerris direptis atque incensis , quum a Casino dictatorem romanum legionesque f nirnis accipi f nuntiassent (Madvig propose de lire -. venire Numidæ citi), ne quid , tam propinquis hostium castris, Capuæ quoque moveretur, exercitum ad Casilinum ducit. Weissenborn donne une autre leçon : Hannibal, etc., ... legionesque nimis accipi nuntiassent , ne quis tam propinquis hostium castris Capuæ quoque oreretur lerror, exercitum ad Casilinum ducit. Tite-Live, 23, 17. On adoptera la dernière leçon.

(2) Casilinum était situé sur les deux rives du Yolturne ; la partie méridionale correspondait à l'emplacement de la ville moderne de Capoue.

leur fit croire que la ville était abandonnée et le chef barbare, persuadé que la garnison s’était retirée par crainte, se préparait à enfoncer les portes. Tout à coup les portes s’ouvrent et deux cohortes, prêtes à ce mouvement, s’élancent avec un grand bruit et massacrent l’ennemi. Après l'insuccès de cette première attaque, Maharbal, envoyé avec des forces plus considérables, ne soutint pas mieux la sortie des cohortes. Enfin, Hannibal luimême, vient camper devant les murailles et se dispose à assiéger cette petite ville, défendue par une si faible garnison, avec toutes ses forces et avec la plus grande vigueur. Tandis qu’il presse , qu’il harcèle la garnison après avoir entouré la ville d’une ceinture de troupes, il perd quelques soldats parmi les plus braves, frappés par les assiégés du haut des tours et des remparts. Une fois que ceux-ci tentèrent une sortie , ils furent presque coupés par les éléphants qu’on lança contre eux, et ramenés en désordre dans la ville, après avoir fait beaucoup de pertes, eu égard à leur petit nombre. Le désastre eût été plus grand si la nuit n’avait mis fin au combat. Le lendemain on excite les troupes à l’assaut , on leur promet une couronne d’or murale ; Hannibal reproche aux vainqueurs de Sagonte d’attaquer avec tant de mollesse une petite place en plaine; il rappelle à tous et à chacun Cannes, Trasimène et la Trébie. »

« On commença à employer les mantelets et les mines ; mais tous les efforts des assiégeants étaient déjoués par la force ou par l’art ; les alliés des Romains élevaient contre les mantelets des ouvrages de défense, faisaient des contre-mines , repoussaient toutes les attaques ouvertes, toutes les surprises. Enfin la honte même arrêta Hannibal ; il fortifia le camp, y laissa un petit corps de troupes afin de ne point paraître abandonner l’entreprise, et alla prendre à Capoue ses quartiers d’hiver. »

« Quand la saison s’adoucit (1) , Hannibal fit sortir ses soldats de ses quartiers d’hiver et revint à Casilinum ; bien qne les opérations du siège eussent été suspendues, l’investissement complet avait réduit les habitants et la garnison à une extrême détresse. Tib. Sempronius commandait l’armée romaine (2) en l’absence du dictateur, parti pour Rome afin de reprendre les auspices. Aussi bien Marcellus aurait voulu porter secours aux assiégés ; mais il en était empêché par la crue des eaux du Yolturne et par les prières des habitants de Nola et d’Acerræ, qui redoutaient les

(1) Tite-Live, 23, 19.

(2) Il semble que T. Sempronius se soit trouvé alors à Calatia à l'est de Capoue-

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÊNESTE

Gampaniens, si les Romains s’éloignaient. Gracchus, campé près de Casilinum, ne bougeait point : le dictateur lui avait défendu formellement de rien engager en son absence; et cependant on recevait de la place des nouvelles capables de faire renoncer à la patience : on savait que des malheureux, ne pouvant plus tolérer la faim, s’étaient précipités du haut des remparts, que d’autres se tenaient sans armes sur les murs , offrant leurs corps nus aux traits des ennemis. Gracchus était désespéré ; il n’osait pas engager une bataille contre les ordres du dictateur, et il fallait en venir aux mains pour ravitailler ouvertement la ville; il n’espérait pas davantage introduire du blé secrètement : il en fit ramasser dans les environs, en remplit un grand nombre de tonneaux et fit avertir le magistrat de Casilinum d’arrêter au passage lestonneaux que porterait le fleuve. La nuit suivante, toute la garnison, ranimée par la nouvelle qu’avait apportée le messager romain, surveillait attentivement le fleuve ; quand les tonneaux arrivèrent portés par le courant , le blé fut partagé également entre tous. Il en fut de même le lendemain et le surlendemain ; c’était la nuit qu’on envoyait et qu’on recevait les tonneaux ; on trompait ainsi la surveillance des Carthaginois. Mais bientôt, à la suite de pluies continuelles, le courant acquit une force inaccoutumée qui jeta les tonneaux sur la rive gardée par l’ennemi. On les aperçut arrêtés par les saules qui croissaient sur le bord, et on en donna avis à Hannibal qui prit les plus grandes précautions pour que rien de ce que le Yolfcurne porterait à la ville ne pût échapper. Toutefois les Romains jetaient dans le fleuve des noix qui, emportées par le courant , arrivaient à Casilinum et y étaient recueillies par des filets (1). Enfin les assiégés en vinrent à une telle extrémité, qu’ils arrachaient les courroies et les peaux de leurs boucliers et les amollissaient dans l’eau bouillante pour essayer de s’en nourrir. Les rats et tous les autres animaux furent dévorés; on arrachait toutes les herbes, toutes les racines qui croissaient au pied des murailles. Et comme l’ennemi avait labouré tout ce qu’il y avait de terre végétale en dehors des murs, ils y jetèrent de la graine de raves (2). « Dois-je donc rester devant

(1) Cf. Festus , s. v. Nuculas Prænestinos antiqui appellabant , quod inclusi a Pœnis Casilini famern nucibus sustenlaverunt.

(2) Ce fait est aussi rappelé par Frontin, 3, 15, 3 : cum etiam, herbas alimentis eorum Hannibal arato loco qui erat inter castra ipsius et mcenia, præriperet , semina in præparatum locum jecerunt, consecuti, ut habere viderentur , quo victum . sustentarent usque ad satorum proventum. Cf. Zonaras, 9, 3, — Strabon, 5, 10. i§(i)v 8’aùtoù; 7t),r]<7iov toù Tei^ouç trrcetpovTaç yofY’jXïiv ÈOaup-aïev ô ’Avviëa;.

Casilinum jusqu’à ce qu’elles soient poussées? » s’écria alors Hannibal, et lui, qui , jusqu’à ce jour, n’avait voulu entendre parler d’aucune condition, souffrit qu’on commençât à traiter du rachat de la garnison et des conditions de sa liberté. Le prix de chaque soldat fut fixé à sept onces d’or. Ces conditions acceptées, les assiégés se rendirent; ils furent retenus captifs jusqu’à ce que tout l’or eût été payé, puis renvoyés avec la plus parfaite loyauté. (1). Ce récit est plus exact qu’un autre, d’après lequel quelques-uns auraient été tués par un escadron de cavalerie envoyé à leur poursuite (2). Ils étaient en grande partie de Préneste ; des cinq cent soixante et dix hommes qui composaient la garnison, il en périt un peu moins de la moitié par la faim ou par le fer. Les autres revinrent sains et saufs à Préneste avec leur préteur M. Anicius, qui avait été scribe auparavant. En souvenir de cet événement , on lui dressa une statue sur le Forum ; il était représenté couvert d’une cuirasse, vêtu de la toge et la tête voilée : l’inscription suivante était gravée sur une lame d’airain : i M. Anicius , au nom des soldats qui formaient la garnison de Casilinum, a rempli son vœu. » La même inscription fut mise au pied de trois statues placées dans le temple de la Fortune (3) . Casilinum fut rendu aux Campaniens et on y mit une garnison de sept cents soldats de l’armée d’Hannibal, de peur que si les Carthaginois s’en éloignaient, les Romains ne la prissent d’assaut. Le sénat romain accorda aux soldats de Préneste une double paie et l’exemption du service militaire pendant cinq ans : on leur donna aussi le droit de cité en récompense de leur bravoure ; mais ils ne voulurent pas changer de cité (4). Le sort des Pérusiens est moins connu; il n’a été rendu célèbre, ni par aucun monument ni par aucun décret des Romains (5). »

(1) Dans tes anciens textes on trouve : remissi Cumas cum fide. Weissenborn et Madvig ont adopté la leçon : remissi summa cum fide.

(2) Les vieilles éditions donnent : équité in abnuentes immisso. Dans cette phrase le mot abnuentes n’a absolument aucun sens.

(3) Ces quelques lignes ayant été l’objet d’un grand nombre de corrections, en voici le texte d’après l’édition de Weissenborn : « Ceteri incolumes cum præ< « tore suo M. Anicio — scriba is antea fuerat — redierunt. Statua ejus indicio fuit, Præneste in foro statuta, loricata, amicta toga, velato eapite, [et tria signa] cum titulo lamnæ inscripto, M. Anicium pro militibus qui Casiliniin præsidio fuerint , votum solvisse. Idem tilulus tribus signis in æde Forlunæ posilis fuit subjeclus. » Tite-Live, 23, 19.

(4) Ce passage s’explique par ce qui a été dit plus haut : on ne pouvait être citoyen de deux villes à la fois.

(5) Tite-Live, 28, 9.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

Neuf ans après, en 207, les deux consuls Salinator et Néron se donnèrent rendez-vous sous les murs de Préneste ; les habitants de la ville ne jouèrent dans cette circonstance aucun rôle important.

La guerre terminée, les prisonniers carthaginois furent internés dans différentes places fortes ; Préneste en reçut un certain nombre. En 198 on craignit une conjuration, et le préteur L. Cornélius, venu de Rome, en condamna cinq cents au supplice (1).

Tels sont les faits relatifs à l’histoire de Préneste jusqu’au commencement du deuxième siècle avant notre ère. Elle n’est plus indépendante pendant cette période, mais elle n’en joue pas moins un rôle fort important. Les membres d’une de ses plus influentes familles, delà gens Anicia, entrent dans la cité romaine et remplissent des magistratures. En 304 avant J.-C. , une trentaine d’années seulement après la fin de la guerre latine, un Q. Anicius était édile curule avec Cn. Flavius (2). On a vu plus haut avec quelle énergie le préteur M. Anicius S’était conduit pendant la seconde guerre punique (3). Il imita sans doute l’exemple de ses compatriotes et renonça au droit de cité que Rome lui offrait. Mais d’autres membres de la même famille furent chargés de missions importantes.

L. Anicius, fils de Lucius, fut préteur en 167 av. J.-C. (4). Envoyé contre Gentius, roi d’Illyrie, allié de Persée, il termina

(1) Tite-Live, 32. 26.

(2) Pline. H. N., 33, 17. Edit. Teubner. Frequentior autern usus anulorum non ante Cn. Flavium Annii filium deprehenditur . Hic namque public atis diebus {astis quos populus a paucis principum quotidie pelebat , tantum gratiam plébis adeptus est — ut ædilis curulis crearetur cum Q. Ânicio Prænestino qui paucis ante annis hostis fuisset. De ce que Q. Anicius fut édile curule, il ne faut pas conclure qu’il ait été admis dans le patriciat de Rome, comme l’avaient été, quelques siècles auparavant, les Claudii venus de la Sabine. L'édilité curule appartint pendant quelques années aux seuls patriciens ; mais déjà, à la fin de la guerre latine , elle était donnée indifféremment à des patriciens et à des plébéiens. Cf. Tite-Live, 7, 1 : Verecundia imposita est senatui ex patribus jubendi ædiles curules creari : primo ut alternis annis ex plebe fièrent convenerat , postea promiscuum fuit.

(3) Le véritable nom du préteur qui commanda la garnison de Casilinum est M. Anicius et non pas Manicius, comme on les trouve dans d'anciennes éditions. Il est vrai qu’on a trouvé dans les inscriptions archaïques de Préneste le nom de Manicius ( Ephem . epigr., tome 1 , n° 79. Cf., Garrucci, Syll. inscr. lat., n° 694); mais on n'en a qu’un exemple, tandis que le nom d’ Anicius est trèsfréquent.

(4) Tite-Live , 44 , 17 (L. Anicio ) provincia peregrina et si quo senatus censuis-

la guerre en trente jours (1). A son retour, le sénat décréta des supplications pendant trois jours et l’honora du triomphe (2), Le même personnage fut consul en 160 (3), et en 154 il fit partie d’une ambassade envoyée à Prusias pour lui ordonner de cesser la guerre contre Attale (4).

Un Cn. Anicius, peut-être fils du précédent, fut en 168 légat de L. Æmilius Paullus pendant la guerre de Macédoine (5).

Nous ne retrouvons plus ensuite aucune mention de la gens Anicia jusqu’au milieu du premier siècle avant notre ère. Une Anicia était cousine de Pomponius Atticus et avait épousé M. Servius (6). On compte aussi un C. Anicius parmi les amis de Cicéron (7). Il était d’ordre équestre et faisait en Afrique de grandes opérations commerciales. Un autre membre de la famille, T. Anicius, fut chargé en 54 par Cicéron de l’achat d’un suburbanum (8). Sous l’Empire , la gens Anicia fut considérée comme une des grandes familles de Rome.

D’autres familles prénestines entrèrent-elles dans la cité romaine ? Aucune indication précise ne permet de l’assurer; mais il est probable que les Anicii ne furent pas les seuls Prénestins qui s’établirent à Rome ; ainsi une vieille légende faisait remonter l’origine de la gens Cæcilia à Cæculus , le fondateur de Préneste. Ce furent ces familles municipales reçues dans la cité romaine qui firent, à l’époque de la République, la grande force delà plèbe; en venant à Rome, elles perdaient le rang patricien qu’elles occupaient souvent dans leurs municipes, mais elles se mettaient à la tête de la plèbe, elles la dirigeaient avec intelligence, et elles lui donnaient une véritable puissance politique.

(1) Plut. Æmil. Paul., 13.

(2) Tite-Live, 45, 3, 43; Polybe, 30, 13 = Athénée, 14, p. 615 A; Velleius Paterculus, 1, 9, 5 ; Fasti triumphales, an 586 :

(L. Ani) CIVS . L . F . M . N . GALLVS PRO . PR . DB . REGE . A . DXXCYi |] {de Gen) TIO . ET . ILLVRIEIS . QVIRlNALIBVS.

(3) Fasti Capitolini. An 594 , C. 1. L., t. I. — Polybe 32, 21. — Térence. Adelphi. Anicio et Cornelio coss. — Cic., Brutus, 287, 83 ; n ut si quis Falerno vino delectetur, sed eo nec ita novo , ut proximis consulibus natum velit nec rursus ita vetere ut Opimium aut Anicium consulem quærat.

(4) Polybe, 33, 6.

(5) Tite-Live, 44, 46.

(6) Cornélius Nep., Atticus, 2, 1.

(7) Cic., Fam., 12, 21 ; 7, 26. Cf. Ad Quintum fr., 2, 10, 3. Anicius ayant eu en l'année 44 une legatio libéra en Afrique pour ses affaires , negotiorum suorum causa, Cicéron lui donna pour Q. Cornifîcius une lettre de recommandation , d’après laquelle on voit qu’ Anicius était membre du sénat.

(8) Cic., ad Q. fr., 3, 1,7, 23.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

Pour étudier l’histoire intérieure et la constitution de Préneste, il ne nous reste d’autres renseignements qu’un nombre assez restreint d’inscriptions archaïques; on essaiera de les compléter par les autres documents que nous a transmis l’antiquité sur l’organisation du régime municipal.

A Préneste, les magistrats suprêmes, correspondant aux consuls de Rome, étaient deux préteurs. La préture et la dictature étaient les plus anciennes magistratures du Latium; après la révolution de 510, les consuls avaient porté indifféremment à Rome le nom de consuls et de préteurs , et, jusque sous l’Empire, il y eut dans plusieurs villes des environs de Rome des préteurs ou des dictateurs à la tête de l’administration municipale. Pendant la période dont il est question dans ce chapitre, un assez grand nombre de villes situées aux environs de Préneste étaient administrées par deux préteurs : c’étaient Lavinium , Gora , deux des plus anciennes villes du Latium, les colonies latines de Signia, de Setia et les villes herniques qui depuis 486 avaient été reçues dans la confédération latine : Anagnia, Capitulum Hernicorum et Ferentinum (1).

La première mention qui soit faite d’un préteur de Préneste est de l’année 318 (2). Ce magistrat était à la tête du contingent envoyé àl’armée romaine. Le préteur Anicius, en l’année 216, est aussi mentionné seul ; mais deux inscriptions archaïques , probablement du deuxième siècle , permettent d’affirmer qu’il y avait régulièrement à Préneste deux préteurs (3). Ils furent remplacés à une époque que l’on ne peut préciser, vers le commencement du premier siècle avant notre ère et peut-être après la guerre Sociale, par des duumviri. Une inscription semble porter la marque de ce changement dans la constitution municipale de la ville ; C. Orcivius et Saufeius auraient été préteurs et en même temps duumvirs (4).

Comme chefs de la cité , les préteurs portaient le nom de magistratus , et ils étaient , comme les consuls à Rome, éponymes pour

(1) Marquardt, Rœm. Verwaltung, tome 1, p. 475-476.

(2) Tite-Live, 9, 16.

(3) BuU. de l’inst. archéol., 1863, p. 123. — C. Vatronius. L. Orcevius. Cf. C. L JL., tome 1, n° 1136, 1137. C. Magulnius Scato Maxsimus. C. Saufeius Flacus.

(4) Petrini, Memorie Prenestine. Inscriptions. Classe 3, n°20. C. Orcivius Saufei... Pr(ætores) isd(emque) Duum(viri). On possède du reste quelques inscriptions mentionnant le titre de prætores duumviri, à Abellinum (Orelli-Henzen, 7027), à Grumentum (Orelli-Henzen 7028), à Telesia (Orelli-Henzen , 7029, 7030) et en Gaule, à Narbonne (Herzog. Galliæ Narbon. Hist., Appendice, n° 16).

l’année. Ils possédaient la juridiction suprême; car, Préneste étant une ville alliée de Rome et par conséquent indépendante , on n’avait aucun recours contre les arrêts prononcés par eux ; peut-être existait-il seulement comme à Rome un droit de provocatio ad populum. Les préteurs avaient la présidence du sénat et de l’assemblée du peuple ; ils nommaient les magistrats élus et les proclamaient ( facerecreareque ) et en temps de guerre commandaient la cohorte envoyée par Préneste (1).

Dans l’ordre ordinaire des magistratures, l’édilité était inférieure à la préture. Une seule inscription mentionne l’existence d'édiles à Préneste (2). A quelle époque ont-ils été institués? Etait-ce une magistrature régulière comme la préture ou une mission particulière confiée par le sénat? C’est ce qu’on ne saurait déterminer. Qu’on se rappelle qu’à Rome, à l’époque de la République, l’édilité n’était pas comprise dans le cursus honorum : cette magistrature occupait une place à part dans la série des honneurs.

Y avait-il des questeurs à Préneste? C’est encore une question douteuse. On a découvert, au mois d’octobre 1877, une inscription portant le nom de (Cf) Lutatius en. f. Cerco q (uæstor) (3). Mais ce personnage était plutôt un Romain appartenant à la gens Lutatia qu’un citoyen de Préneste.

Quant aux quinquennales , que l’on trouve plus tard, dans les inscriptions du temps de l’Empire, ils n’ont pas encore apparu au commencement du premier siècle avant notre ère.

Les magistrats étaient, comme dans tous les autres municipes, nommés dans l’assemblée du peuple. On peut chercher dans des documents d’une époque bien postérieure à celle dont on s’occupe ici, les éléments nécessaires pour se représenter ces assemblées. On retrouve dans la loi de Malaga les restes des plus vieilles coutumes de Rome et par suite du Latium tout entier, comme la division du peuple en curies. Il est donc bien probable qu’à Préneste , le peuple était partagé en curies ; on sait du reste que dans une ville voisine du Latium, à Lanuvium, cette division existait encore à l’époque de l’Empire (4).

(1) Marquardt. Rœm. Verwaltung, tome 1, p. 481.

(2) C. I. L., tome t, n° 1142. C. Saufeius M. Saufeius Pontenus Aid(iles) ex S(enatus) C(onsulto). La date de cette inscription ne peut être donnée d’une manière exacte ; peut-être est-elle postérieure au changement de constitution qui eut lieu à Préneste après la guerre Sociale.

(3) Cf. mon article , Les dernières fouilles de Préneste, Revue arch., avril 1878.

(4) Orelli , n° 3740 : Viritim divisit decurionibus et Augustalibus et curiis , n. XXIV.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE. 4

Non seulement le peuple dans ses assemblées élisait les magistrats, mais il faisait les lois et prenait des décisions de toutes sortes ; la formule si souvent employée à une époque postérieure Decuriones populusque Prænes t in us , prouve l’importance qu’avaient, à l’époque de la République, les assemblées du peuple.

On ne connaît ni la constitution du sénat, ni son mode de recrutement; suivant l’antique coutume des villes latines, il était sans doute composé de cent membres, appartenant au patriciatde Préneste.

Ungrandnombre d’inscriptions funéraires , dont quelques-unes sont du troisième siècle, nous donnent les noms des principales familles de Préneste : plusieurs d’entre elles, comme la gens Orcevia et surtout la gens Saufeia , fournirent à cette ville un grand nombre de magistrats.

On a cité plus haut la gens Anicia dont plusieurs membres entrèrent dans la cité romaine et formèrent une nouvelle branche de la famille ; toutefois les Anicii restèrent nombreux à Préneste : on a retrouvé beaucoup d’inscriptions archaïques portant leur nom ; les plus anciennes, celles de C. Anicio, de L. Anici 0. f. et de L. Anicio , sont antérieures au deuxième siècle avant notre ère.

Les gentes Caltia et Camélia sont mentionnées dans des inscriptions de la même époque, ainsi que la gens Comenia et la gens Epuleia.

Quelques-unes de ces familles portent des noms que l’on ne rencontre nulle part ailleurs dans l’onomatologie romaine; il n’existe de Dindii: qu’à Préneste. Citons encore, parmi les grandes familles de cette cité, les Etrilii , les Fabricii , les Flavii , les Herennii , les Junii , les Manicii , les Metilii , les Mutilii , les Orcevii , les Papii, les Petronii , les Plautii , les Poldii , les Pomponii, les Pontii, les Pullii , les Saufeii , les Selicii , les Servii , les Tampii , les Tutii, les Vatronii, les Vebidii , les Vehilii , les Vettn, les Vibuleii et les Volentilii.

Au-dessous de cette aristocratie, se trouvait la plèbe; on ne sait quelle était sa condition dans les municipes aux troisième et deuxième siècles; les auteurs sont muets à ce sujet. La plèbe avait elle subi le contre-coup des révolutions qui s'étaient produites à Rome? s’était-elle fait sa place dans la cité? Ou demeurait-elle encore, conformément aux vieilles traditions latines, dans un état d’infériorité vis-à-vis du patriciat ? La première hypothèse semble la plus probable : la population de Préneste était active et industrieuse ; la prospérité de la ville pendant l’époque qu’on étudie ici suffit à le prouver. Un grand nombre de ses habitants se livraient

au commerce ; d’autres étaient à la tête de grandes manufactures qui répandaient leurs produits dans le Latium et les échangeaient contre ceux de la Grèce ou de l’Etrurie.

Préneste, en effet, a peut-être été la ville du Latium où dans des temps reculés, l’industrie s’est trouvée le plus développée. Quelques inscriptions archaïques qui remontent soit au deuxième siècle , soit à la fin du premier , nous apprennent qu’il y avait à Préneste des collèges d’artisans composés pour la plupart d’affranchis et peut-être aussi d’esclaves ; ils formaient sans doute dans la clientèle des plus riches citoyens de la ville et travaillaient pour eux. A côté du collège des bouchers (lanii) (1) et des marchands de bestiaux (pequarii) (2), il y avait celui des fabricants de voitures ( cisarii ) (3) ; les fabricants de cistes et d’objets de toilette formaient sans doute aussi une corporation. Ces collèges avaient à leur tête des magistri , probablement élus par tous les membres de l’association ; c’étaient eux qui administraient les finances de la corporation et exécutaient ses décisions ; c’est ainsi que les magistri des corporations des bouchers, des marchands de bestiaux et des fabricants de voitures offraient au nom de tous les associés des ex-voto à la Fortuna Primigenia.

Le luxe paraît avoir été très développé à Préneste , autant qu’on peut en juger par les objets découverts dans la nécropole. Des cistes en bronze, ornées de grafütes servaient à renfermer les objets de toilette ; c’étaient pour la plupart des produits de fabrication commune ; mais quelques-uns approchaient de la perfection des œuvres grecques. Les miroirs de métal , en partie importés d’Etrurie , étaient d’un usage aussi répandu que les cistes ; les manches de strigiles étaient parfois formés par des figurines de bronze finement travaillées. Enfin on a retrouvé une si grande quantité d'objets ayant servi à la toilette des femmes, que l’on s’explique la sévérité du vieux Caton à l’égard des Romaines et qu’on excuse les épigrammes décochées contre elles par le grand comique de cette époque , par Plaute. Ce sont de longues épingles de cuivre ou d’ivoire, semblables à celles que portent encore aujourd’hui les Romaines ; des boîtes à parfum dont le couvercle représente soit un oiseau, soit une biche, soit tout autre animal ; on y trouve

(1) C. 1. L ., tome 1, n° 1131 = Wilmanns, n° 86.

(2) C. L L., tome 1, n° 1130 = Wilmanns, n° 291.

(3) C. I. L., tome 1, n° 1129. — Cisariei , corporation des fabricants de cisia ,

sorte de voitures légères dont se servaient les Romains pour parcourir rapide-

ment de grandes distances.

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE

encore parfaitement conservé le fard dont se servaient les femmes les jours où elles se rendaient solennellement en procession au temple de la déesse. Les tombes de la nécropole de Préneste ont vraiment rendu à la lumière ce que les anciens appelaient le mundus muliebris , c’est-à-dire tout l’attirail de la coquetterie (1).

Autour de la ville était établie une population agricole. La plaine qui s’étend au pied de la montagne et les petits coteaux qui se détachent du massif principal sont composés en partie de terrains volcaniques, et par suite très fertiles. Peut-être dans l’antiquité la partie dénudée de la montagne entre le temple et la citadelle étaitelle recouverte de bois. Il est probable, cependant, que les ombrages de Préneste, tant vantés par les poètes latins, consistaient, comme aujourd’hui, en bouquets de bois étagés sur les derniers contreforts de la montagne. Ce territoire , qui produit encore un vin d’assez bonne qualité, était célèbre dans l’antiquité par sa fertilité ; on y récoltait l’iris (2) qui servait à fabriquer un parfum fort recherché à Rome , le lychnis (3) et des roses renommées à l’égal de celles de Pæstum (4). Les noix de Préneste sont également mentionnées par plusieurs auteurs. Caton dans le Liber de re rustica , dit que l’on doit propager par boutures la vigne , le figuier , les noyers d’Abellinum et ceux de Préneste (5). Non seulement Préneste répandait à Rome et dans tout le Latium les produits de son territoire , mais elle avait encore des relations de commerce au dehors de l’Italie et particulièrement avec Rhodes (ô).

(1) Voir les détails dans la partie de cet ouvrage consacrée à l'histoire de l'art.

(2) Pline, 13, 5 : Irinum Corinthi diu maxime plaçait, simili modo Rhodinum Phaseli , quam gloriam abstulere Neapolis , Capua , Præneste. — Id. , 19 , 97 : Bulbos non nasci nisi e semine priores tradiderunt , sed in Prænestinis campis sponte nascuntur, ac sine modo eliam in Remorum arvis.

(3) Pline, 21, 20 : Præcox Campana est, sera Milesia, novissime tamen desinit Prœnestina.

(4) Toutefois leur culture n'a peut-être été introduite qu’assez tard. Pline, U. N„ 21, 16 : Généra ejus nostri fecere celeberrima Prænestinam et Campanam.

(5) Pline, 17, 97 : Cato propagari præter vitem tradit ficum... nuces Abellanas et Prænestinas. — Cf. Ribbeck, Comicorum fragmenta, p 9-10. Macrobe, 3, 18, 5 : Nux hæc Abellana seu Prænestina quæ est eadem , ex arbore est quæ dicitur corylus, de qua Vergilius dicil Corylum sere. Est autem natio hominum juxta agrum Prænestinum qui Carsitani vocanlur onzà tùv xapûwv , cujus rei meminit Varro in Logistorico qui inscribitur Marius de Fortuna : inde scilicet Prænes~ tinæ nuces. Est et illud apud Nævium in fabula Ariolo, etc. — Cf. Festus, S. v. : Nuculas Prænestinos antiqui appelldbant , quod inclusi a Pœnis Casilini famem nucibus sustentaverunt.

(6) Bullet. de l’inst. archéol., 1865, p. 72-78.

On connaît l’importance des inscriptions empreintes sur les anses des amphores antiques , et particulièrement des amphores rhodiennes; on les retrouve dans les régions les plus éloignées, et elles fournissent sur le commerce d’importants documents. Jusqu’en 1853, on n’avait guère trouvé d’amphores rhodiennes qu’à Alexandrie en Egypte, en Sicile, à Athènes et sur toutes les côtes de la mer Noire; en 1859, on en découvrit quelques-unes en Sardaigne, et en 1865 les fouilles de Préneste en donnèrent vingttrois, avec des inscriptions importantes. La forme des lettres correspondait à celle que Franz dans son canon épigraphique (1) , détermine pour la période qui s’étend de la prise de Corinthe à la bataille d’Actium; les unes avaient un caractère plus archaïque, les autres un caractère plus moderne ; elles semblaient pour la plupart appartenir à la fin du deuxième ou au commencement du premier siècle avant notre ère. Les vins de Rhodes étaient donc importés en Italie en grande quantité ; on a trouvé une anse d’amphore pareille à celles dont il a été question dans la grotte de Yulci. Toutes les villes importantes de l’Etrurie et du Latium avaient , pendant les deux derniers siècles avant notre ère, établi avec la Grèce des relations suivies.

Quelle était la voie par laquelle ces produits arrivaient à Préneste ? Il est possible qu’ils aient été apportés soit à Ostie , soit à Rome même par des bateaux grecs ; peut-être aussi le port d’Antium était-il en communication par quelque route avec Préneste.

Les nombreuses inscriptions archaïques trouvées tant sur les stèles funéraires que sur les cistes et les miroirs , donnent sur la langue des habitants de Préneste de précieux renseignements ; quelques auteurs nous ont aussi transmis des détails à ce sujet.

On sait qu’aujourd’hui encore en Italie, il y a non seulement des dialectes appartenant à des provinces entières, mais aussi des dialectes locaux qui varient d’une ville à l’autre ; aussi a-t-on pu dire avec justesse que l’italien est une langue écrite plutôt qu’une langue parlée.

Il en était de même dans l’antiquité ; dans chacun des grands dialectes, tels que l’étrusque, le latin, l’osque, etc., il y avait des subdivisions. Chaque ville du Latium, par exemple , possédait, avec le fonds commun de la langue , un certain nombre d’idiotismes, de tournures grammaticales, d’abréviations, etc.

C’est ainsi que Quintilien considère la langue des Prénestins comme formant un dialecte particulier qu’il compare à celui des

(1) Franz, Elementa epigr. græc., p. 231,

HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE. 49

Etrusques et des Sabins (1). Les Prénestins abrégeaient les mots; ils disaient, par exemple, Conta au lieu de Ciconia (2), tammodo au lieu de tantummodo (3) ; ils avaient quelques termes particuliers tels que tongitio au lieu de cognitio (4) ; ils prononçaient nefrontes au lieu de nefrendes (5). Aussi bien ces altérations dialectales se remarquent-elles sur d’anciennes inscriptions. Si on omet les particularités propres à la langue latine archaïque , on voit plusieurs exemples des abréviations signalées par Plaute : Agamemno s’écrit Acmemeno, Tyndarus , Tondrus. La prononciation des Prénestins devait se rapprocher de celle des habitants de la Sabine dont ils n’étaient séparés que par les Eques, population de même race.

En même temps que Préneste, par le développement de l’industrie, de l’agriculture et du commerce, acquérait ainsi une grande importance, elle tombait peu à peu comme toutes les autres villes de l’Italie, sous la domination absolue de Rome; le fœdus qui avait été conclu après la dissolution de la ligue latine commençait à perdre son autorité. Préneste, comme tant d’autres villes, eut à souffrir de l’insolence des magistrats romains. Une anecdote racontée par Tite- Live montre combien on avait peu de respect et de ménagements pour une ville fédérée. Une décision du sénat avait envoyé en Campanie le consul L. Postumius Albinus pour fixer les limites du territoire public et des propriétés particulières. Ce personnage était violemment irrité contre les Prénestins; une fois, en effet, que, sans aucun caractère officiel, il s’était rendu chez eux pour offrir un sacrifice dans le temple de la Fortune , on ne lui avait décerné aucun honneur, ni en particulier, ni en public. Avant de partir de Rome, il écrivit h Préneste que le magistrat eût à venir à sa rencontre, qu’on lui fît préparer un logement aux frais de la cité et qu’on tînt prêt tout un équipage lorsqu’il sortirait de la ville. Aucun autre consul, en aucune circonstance, n’avait imposé de charges, ni de dépenses aux alliés. Quand les magistrats se rendaient dans leurs provinces, on leur fournissait un convoi de hêtes de somme, des tentes et tout l’attirail militaire,

(1) Quintilien , Instit. orator, 1, 5, 56 : Taceo de Tuscis et Sabinis et Prænestinis quoque ; nam ut eorum sermone utentem Vectium Lucilius insectatur quemad modum Pollio deprehendit in Livio Patavinitatem.

(2) Plaute, Trucul., 3, 2.

(3) Actius ad Festum : Tammodo inquit Prænestinus pro tantummodo ; at nunc Romæ passim.

(4) Festus, s. v. Tongere.

(5) Festus, s. v. Nefrendes.

et ils ne commandaient rien de pareil aux alliés. Ils avaient des hôtes privés qu’ils traitaient avec réserve et courtoisie; leur maison à Rome était ouverte aux hôtes chez lesquels ils avaient l’habitude de descendre. Quant aux ambassadeurs qu’on envoyait inopinément quelque part, ils commandaient une mule à chacune des villes par lesquelles ils avaient à passer; c’était la seule dépense que les alliés eussent à faire pour le compte des magistrats romains. La vengeance d’un consul qui, eût-elle été juste, n’aurait pas dû être exercée durant sa magistrature ; le silence que par modération ou par peur gardèrent les Prénestins, semblèrent consacrer le fait et donnèrent le droit aux magistrats de renouveler ces exigences avec une tyrannie chaque jour plus révoltante (173 av. J.-G.) (1).

Depuis le milieu du deuxième siècle j usqu’à la guerre Sociale , la position des alliés empira sans cesse; ils envoyaient un nombre de troupes double de celui des Romains; ils les soldaient euxmêmes , et presque toujours ils étaient traités sans égards ; après le triomphe , ils recevaient une somme moindre que les soldats romains; quand il s’agissait d’un partage de terres, leur lot était toujours moins considérable.

Déjà avant les Gracques, les Italiens, mécontents de cette infériorité outrageuse et des vexations arbitraires des magistrats romains , s’efforcaient par toutes sortes de moyens d’entrer dans la cité; en 125, sous le consulat de M. Fulvius Flaccus, ils demandèrent ouvertement le jus civitatis. Les Prénestins durent, comme tous leurs voisins, être entraînés par le courant de l’opinion commune, et un certain nombre d’entre eux étaient assurément compris parmi les Italiens qui furent chassés violemment en l’an 95 avant J.-G. par la loi Licinia Mucia. L’anéantissement des espérances qu’avait fait concevoir aux alliés le tribun M. Livius Drusus amena la guerre Sociale.

(1) Tite-Live, 42, 1.

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