CHAPITRE V
HISTOIRE DE PRÉNESTE SOUS L’EMPIRE ROMAIN JUSQU’a LA FIN DU QUATRIÈME SIÈCLE.
Au moment de l’établissement du principat, Préneste était une colonie militaire. Un passage du Liber Coloniarum de Frontin mentionne une répartition du territoire faite par des quinqueviri ; on assigna toutes les terres en culture , c’est-à-dire la plaine qui s’étend au pied de la montagne ; quant au reste du territoire , la partie rocheuse et infertile, elle resta, suivant l’expression des agrimensores romains , in absoluto : elle ne fut ni partagée en lots ( limitata ), ni assignée ( assignata ) (1). Cette division semble se rapporter plutôt à l’époque d’Auguste qu’à celle de Sylla ; toutefois , on 11e saurait préciser aucune date.
Ce fut seulement sous le règne de Tibère que Préneste recouvra son titre de municipe. Le prince était tombé gravement malade dans une villa située sur la limite de ce territoire ; revenu à la sauté , il témoigna sa gratitude aux Prénestins en rendant à leur cité l’indépendance municipale. Il existait encore à cette époque une grande différence entre la situation du « municipe » et celle de la « colonie » vis-à-vis de Rome ; plus tard , cette différence disparut , et au second siècle , l’empereur Hadrien , dans un discours au sénat , s’étonnait que les habitants d’Italica et d’autres municipes , au lieu de se gouverner suivant leurs lois et coutumes , demandassent à devenir colonies romaines (2) .
(1) Frontin. , Lib. Coion., éd. Lachmann , p. 236, 1. 14 : Præneste oppidmn ■. Ager ejus a quinque viris pro parte in jugeribus est assignatus [ ubi ] cultura [est] : ceterum in absoluto est relictum cirça montes, lter populo non debetur.
(2) Aulu-Gelle, 16, 13. L’empereur Hadrien, dans un discours adressé au Sénat, signale la différence existant entre un municipe et une colonie : Prænestinos autem refert maximo opéré a Tiberio impcratore petisse orasseque , ut ex colonia in municipii statum redigerentur : idque illis Tiberium pro referenda gratia tribuisse, quod in eorum finibus, sub ipso oppido ex capitali morbo revaluisset.
Malgré ce nouveau changement de condition , Préneste garda longtemps , dans des documents officiels , le nom de « colonie; » on le trouve même plus fréquemment que celui de « municipe » (1). Bien qu’elle eût acquis une plus grande indépendance et qu’elle fût devenue capable de se donner des lois , sa constitution municipale demeura ce qu’elle était à la fin du premier siècle avant J.-C.
Les principaux magistrats de la cité étaient toujours les duumvirs , élus chaque année dans l’assemblée du peuple. Au-dessous d’eux étaient placés les édiles et les questeurs. Tous les cinq ans, les duumvirs en charge prenaient le titre de quinquennales ; ils faisaient la liste des citoyens, dressaient V album de la curie et s’occupaient aussi sans doute de la surveillance des finances (2). Les quinquennales jouissaient, dans le ipunicipe ou la colonie, d’une grande considération ; ceux qui avaient exercé cette charge siégeaient dans la curie immédiatement après les patrons de la ville (3). Aussi des membres de la famille impériale acceptaientils cette dignité; ils se faisaient suppléer par des præfecti dans l’exercice de leurs fonctions. Ce fait eut lieu une fois à Préneste. Auguste avait plusieurs fois accepté le titre de préteur ou de dictateur dans les villes du Latium; Tibère, suivant la même politique , permit à Germanicus et à Drusus de prendre le titre de quinquennales ; deux citoyens de Préneste , Gominius Bassus et M. Petronius Rufus, furent nommés præfecti (4).
(1) Une inscription de la fin du second siècle de l'Empire, dédiée à T. Flavius Germanus , mentionne encore le titre de patronus coloniæ Prænestinorum (Gruter, 411 , 11 — Wilmanns, n. 1273). Trois autres inscriptions non datées, mais très probablement d’une époque postérieure au règne de Tibère , contiennent le même titre , patronus coloniæ (Petrini , classe 2, 6 = Fabretti, 5, 352. — Petrini, 2, 22 = Gruter, 374 , 2). Une autre inscription est dédié à C. Septimius Severus , patronus municipii (Petrini, 2, 13 = Gruter, 467, 6). On voit donc que pendant l’Empire les deux termes de colonia et de municipium étaient indifféremment employés.
(2) Cf. Orelli-Henzen, 7163. — Wilmanns, 1273.
(3) Cf. l'album de la curie de Canusium. Mommsen, 1. R. N., n. 635 — Orelli,
(4) Orelli , 3874 — Petrini , 3 , 3 :
... RMANICVS • CAESAR • DRVSVS • CAESAR • QVINQ...
COMINVS ■ BASSVS ■ QVINQ VENN ALI