ORDINE • EX • S • C PRAEF
M ■ PETRONIVS RVFVS C • DINDIVS • CN ■ EGNATIVS • AED C • LVCIVS ■ RVFVS • C THORENAS Q CN • PONTIVS ■ RVSTICVS • FLAMEN CAESARIS • AVGVSTI
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
Le sénat comprenait un certain nombre de membres nommés à vie qui étaient inscrits sur V album par les soins des duumviri quinquennales. A Préneste , comme dans toutes les autres villes de l’Empire, il était désigné tantôt sous le nom de senalus , tantôt sous le nom d'ordo decurionum , tantôt seulement sous celui d’onZo. Les actes officiels étaient dressés avec les formules suivantes -.Decuriones populusque colonise Prænestinæ (1), senalus populusque Prænestinus (2), or do populusque civitatis Prænestinæ (3). Nous ne possédons aucun renseignement particulier sur la composition du collège des décurions à Préneste ; elle devait être semblable à celle du collège de Canusium , dont l'album nous a été conservé. Il comprenait deux classes de personnes : celles qui avaient le droit de donner leur avis au sénat , et celles qui n’étaient que de simples auditeurs. Dans la première étaient compris les patrons de la ville ( clarissimi viri , équités Romani) , les quinquennalitn , c’est-à-dire ceux qui avaient exercé la charge de quinquennales , les allecti inter quinquennales , les duumviralicii , les ædilicii , les quæstoricii et les pedani qui faisaient partie de l’ordre des dêcurions sans avoir jamais exercé aucune charge. Dans la seconde se trouvaient les prætextati ou fils de décurions , admis seulement à assister aux délibérations. Pour faire partie du sénat, il fallait être de naissance libre et justifier d’une fortune déterminée; c’était seulement par exception que l’on pouvait entrer dans la curie sans avoir payé la somme honoraire (4) . Il fallait aussi remplir certaines conditions d’âge ; une inscription de Préneste fait mention d’un jeune homme de dix-sept ans qui avait été admis par faveur dans Yordo decurionum (5) .
Quant aux palroni , qui formaient la première classe des décurions , c’étaient ordinairement des personnages considérables jouissant d’une grande estime à Rome. Ils plaidaient pour les
( Ge)rmanicus Çæsar, Drusus Cæsar quinquennales. Cominus [Cominius?] Bassus quinquennali ordine ex s(enatus) c(onsulto) M. Petronius Rufus præfecti, C. Dindius Cn. Egnatius æd(iles), C. Lucius Bufus C. Tliorenas q[uæstores), Cn. Pondus Ruslicus, flamen Cæsaris Augusti. Les præfecti portent aussi quelquefois le titre de præfecti quinquennalitatis Cæsarum. Cette inscription est antérieure à l'an 19 de notre ère.
(1) Petrini, classe 1, 55.
(2) Petrini, classe 2, 55.
(3) Inscription de la fin du troisième siècle gravée en l’honneur d’Anicius Auchenius Bassus. Orelli, 105. Cf. Bull, de l’Inst. arch., 1859, p. 90 et suiv.
(4) Summa honoraria Cf. Digest., 50, 1, 20, § 4. —50, 4, 14, § 3. Cf. Marquardt, Rœm. Verwaltung, t. 1, p. 498-499.
(5) Decurio adlectus (in) curia Prænesle... annorum XVII. Petrini , 2 , 24.
villes qui étaient dans leur clientèle et s’efforcaient par tous les moyens possibles d’en être considérés comme les bienfaiteurs. Le choix du patronus se faisait par un décret des décurions, à la suite de l’assemblée du peuple dans laquelle on l’avait coopté , c’est-àdire, reçu dans le municipe. On dressait une double copie de cet acte; c’est ce qu’on appelait la tabula hospitalis ou tabula patronatus (1) ; la curie gardait un des exemplaires , l’autre était exposé dans un endroit de la maison du patronus. Une inscription de Préneste fait mention de cette tabula hospitalis (2) ; souvent le patronat était héréditaire. Les patroni de Préneste portaient presque tous le titre de patroni colonise , même après le règne de Tibère ; il n’y a qu’un seul exemple d’un patronus municipii (3).
En 180 après J. -G., Préneste avait pour patron T. Flavius Germanus, qui avait eu une grande influence sous le règne de Commode (4). On l’avait coopté comme patron de la ville où il avait été auparavant duumvir et quinquennalis . La série des honneurs dont il avait été revêtu ou des charges qu’il avait exercées, est énumérée tout entière dans l’inscription gravée en son honneur.
Dans le second siècle aussi probablement, L. Statius Prospéras fut patron de la colonie prénestine. Ce n’était pas un personnage aussi illustre que T. Flavius Germanus ; quand il fut coopté , il était seulement au commencement de sa carrière ; il avait été décemvir stlitibus judicandis et il était alors sévir turmæ secundæ (5).
Vers 243 , Préneste comptait au nombre de ses protecteurs P. Acilius Paullus qui appartenait à la tribu Menenia et était peut-être originaire de Préneste. Il y avait, du reste, exercé toutes les magistratures, sans parler de nombreuses curatelles (6), dont il sera question plus loin.
Citons encore un chevalier romain , A. Munius Evaristus , appartenant aussi à la tribu Menenia ; c’était sans doute un décurion de la cité qui, possesseur d’une grande fortune, avait pu atteindre le cens nécessaire pour faire partie de l’ordre équestre. Un consulaire , M. Barbius Fastus , et des procurateurs de l’Empereur furent également honorés de la tabula hospitalis (7).
(1) Orelli-Henzen, 6413 et suiv.
(2) Petrini, 3,12 = Gruter, 172, 7.
(3) Cf. page 61, note 4.
(4) Gruter, 411, 11 = Wilmanns, n. 1273.
(5) Petrini, 2, 6.
(6) Orelli, 2391 = Wilmanns, 1799.
(7) Petrini, 2, 12 = Gruter, 440, 1. — Petrini , 2 , 22 — Gruter, 374, 2. — Petrini, 3, 6.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
Une des institutions municipales qui appartiennent à l’époque de l’Empire, et eurent à Préneste, comme dans toutes les autres villes, un très grand développement, fut celle des Augustales. Ils formaient un ordre intermédiaire entre les décurions et le peuple; plusieurs inscriptions le prouvent (1). Les problèmes qui se rattachent à l’étude de cette magistrature sont très nombreux , et ce n’est pas ici le lieu de les examiner en détail.
Tous les renseignements fournis par les inscriptions de Préneste se bornent aux suivants :
1° Aucune des inscriptions mentionnant les augustales ou seviri augustales n’est d’une époque bien reculée ; je ne crois pas qu’il en soit une seule qu’on puisse attribuer au principat d’Auguste (2).
2° Parmi les augustales de Préneste, comme parmi ceux des autres municipes , il y a à côté d’hommes libres un grand nombre d’affranchis; qu’il suffise de citer un pantomime, M. Aurelius Agilius, qui jouissait à Rome d’une grande renommée (3).
3° Les augustales de Préneste formaient un collège qui devait avoir pour président un magister (4) , et qui , pendant le second siècle , eut un curator , comme toutes les autres branches de l’administration municipale. Us avaient un bâtiment dans lequel ils se réunissaient et célébraient ensemble des banquets (5).
Il est généralement admis qu’à l’origine les Seviri Augustales furent institués dans les municipes pour célébrer le culte d’Auguste et celui de la gens Julia. Leurs fonctions correspondaient à celles des Sodales Augustales établis en l’an 14 après notre ère (6).
D'autres honneurs semblent avoir été rendus aux empereurs à
(t) OrelLi, 4047, 4009, 3976, 3807, 3062, 3690. — Cf. Egger, Revue archéologique, année 3, livr. 10 et 12, et Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne d’Auguste , append. ii. Recherches nouvelles sur l'histoire des institutions municipales chez les Romains, p. 357 et suiv.
(2) L'inscription de Q. Verrius Flaccus (Petrini, 2,2 — F’abretti, 6, 162) doit en effet être regardée comme apocryphe. — Les inscriptions où il est question des Augustales de Préneste sont les suivantes : Petrini, 1, 16 = Gruter, 75, 12. — Petrini, 2, 3, 8 = Gruter, 313, 8 — Orelli, 2627 = Wilmanns, 2626. — Petrini, 2, il = Orelli, 2391. = Wilmanns, 1799. — Petrini, 2, 14 — Gruter, 483, 9. — Petrini, 4, 80 = Gruter, 457, 7.
(3) Petrini, 2, 8 = Gruter, 313, 8 = Orelli, 2627 = Wilmanns, 2626.
(4) Petrini, 4, 25. Mag(ister) august[alium) design(atus) .
(5) Si le fait est incontestable, on ne peut l'appuyer sans réserve sur une inscription de source ligorienne (Petr., 3, 29) gravée en l’honneur de M. Creperius : Cenation[em) ædefic[ium) pro us(u) collegi August(alium) sua impensa exornavit.
(6) Marquardt, Rœm. Verwallung, t. 1, p. 514, note 3.
Préneste. C’est ainsi, par exemple, qu’avant l’an 19 de notre ère, il existait déjà dans cette ville un flamen Cæsaris Augusti , du nom de Cn. Pontius Rusticus (1).
Plus tard, des personnages importants, comme T. Flavius Germanus à la fin du second siècle (2), P. Acilius Paullus au milieu du troisième, portèrent le titre de flamen Divi Augusti (3).
La constitution municipale de Préneste, telle qu’elle vient d’être décrite , ne dut guère subir de modifications avant le règne de Trajan ou celui d’Hadrien.
Sous l’Empire , l’aspect de la ville de Préneste changea tout à fait de nature. Jusqu’à la fin du premier siècle avant J.-C., c’était une grande place forte, entourée d’énormes remparts et, par suite , un peu triste , malgré la beauté du paysage. A partir de l’époque d’Auguste, Préneste devient un séjour d’été, et son territoire se couvre de villas; c’est là qu’Horace relit les œuvres d’Homère (4). L’empereur Auguste y vient quelquefois oublier les affaires politiques (5) ; Tibère y fait aussi de fréquentes visites (6) ; Pline y possède une maison de campagne, qu’il n’aime pourtant pas autant que sa villa de Toscane (7) , où il est entièrement délivré de l’étiquette du monde officiel; à Préneste, rendez-vous de la société élégante, et peut-être même de la cour impériale, il faut conserveries habitudes de Rome. Sur remplacement de l’ancienne nécropole, l’empereur Hadrien se fait bâtir une riche villa, ornée des marbres les plus rares ; Antonin élève aussi un palais , à l’E. de la ville , dans la direction de Genazzano (8). En un mot , jus-
(1) Petrini, 3, 3 = Orelli, 3874.
(2) Petrini, 4, 5 — Wilmanns, 1273.
(3) Petrini, 2, 1 1 = Orelli, 2391 = Wilmanns, 1799. Dans l’inscription citée à la note précédente , le titre de flamen divi Augusti ( Marc-Aurèle ?) , suit la mention du duumvirat et précède celle de la quinquennalité : dans l'inscription de P. Acilius Paullus, ce titre suit la mention du duumvirat et précède celle de différentes curatèles. C’était donc après avoir exercé les magistratures de la cité que l'on pouvait devenir flamen divi Augusti.
(4) Hor., Ep., 1,2. — Odes, 3, 4, 23. — Martial, 4, 64, 33 ; 9, 61, 3 ; 9, 74, 3. — Juvénal, 3, 190; 14, 88.
(b) Suét., Aug.fc. 72 : Ex secessibus præcipuc frequentavit marilima, insulasque Campaniæ ac proxima Urbi oppida Lanuvium , Præneste, Tibur. — C. 82 : Itinera lectica , et noctibus ferme , eaque lenta ac minuta faciebat, ut Præneste vel Tibur biduo procedebat.
(6) Aulu-Gelle, 16, 13.
(7) Pline, Ep., 5, 6 : Habes causas cur ego Tuscos meos Tusculanis , Tiburlinis Prænestinisque meis præponam. Nam super ilia quæ retuli, altius ibi olium et pinguius, eoque securius, milia nécessitas togæ, nemo arcessitor ex proximo.
(8) Voir dans la description topographique de Préneste le chapitre concernant les villas.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
qu’à la fin de l’Empire , tous les riches seigneurs romains se font élever des maisons de campagne sur les collines de Préneste ou dans la plaine qui s’étend au pied. Encore aujourd’hui les environs de la ville sont remplis de fragments de constructions appartenant à toutes les époques ; on voit , à côté de l’appareil réticulé du siècle d’Auguste , les constructions grossières en briques du quatrième siècle.
Les riches Romains qui venaient passer à Préneste le printemps ou l'été, apportaient de la ville leurs goûts fastueux. Les portiques de leurs habitations étaient ornés de statues de marbre , les pavés étaient de mosaïque. Dans l’une de ces villas même se dressait un obélisque dont on a retrouvé les fragments au siècle dernier. On comprend donc que le territoire de Préneste , comme celui de Tibur, ait rendu à la lumière une grande quantité d’œuvres d’art.
La plus célèbre de toutes les statues qu’on y ait trouvées est l’Antinous Braschi, actuellement dans la salle de la Rotonde , au musée du Vatican. Il a été découvert , en 1733 , parmi les ruines de la villa d’Hadrien. Antinous est représenté sous la figure de Bacchus. Sa tète est ornée d’une couronne de fleurs et sa chevelure bouclée retombe sur ses épaules. Du milieu de la couronne sort une fleur de lotus épanouie (1). Un bas-relief de la même provenance représente Ariane; un autre, les exploits d’Hercule (2).
Les monuments publics n’étaient pas moins ornés que les demeures des particuliers. On a découvert sur l’emplacement de l’ancien forum un assez grand nombre de statues et do bas-reliefs ; il faut citer surtout le Mercure Agoreus (3) , qui est du travail le plus fin , et un bas-relief représentant Hercule qui étouffe les serpents (4). Plus tard fut élevée sur le même emplacement la statue de Julia Soemia, conservée, comme les précédentes, au musée du Vatican (5). Quelques textes nous donnent encore des renseignements sur la décoration du forum. Le mur de l'hémicycle qui en terminait la partie inférieure, était recouvert do tables de marbre; c’est là que le célèbre grammairien Vendus Flaccus avait fait graver ses Fastes (6). Ce monument important fut retrouvé au
(1) Description of lhe Vatican Muséum by Hercules Massi. Rome, 1877. Salle de la Rotonde, n. 540.
(2) Id. Galerie des Statues, n. 416. — Cabinet des Masques, 432, 434, 441.
(3) Id. Belvedere, n. 34.
(4) Id. Galerie des Candélabres, n. 228.
(5) Id. Corridor Chiaramonti, n. 639.
(G) Suct. : De illust. Gramm. Slatuam habet Præneste in inferiori Fort parte
siècle dernier par Foggini dans un autre emplacement, à un mille et demi de la ville, et des fouilles ultérieures ont démontré qu’ils avaient été transportés là pour orner un édifice chrétien (1). La statue de Vendus Flaccus s’élevait sur le forum, à côté de celle du célèbre M. Anicius et probablement aussi de celles des empereurs. Dans un des monuments de la ville, peut-être dans le temple, se trouvait une œuvre de Théodore de Samos ; elle avait dû y être apportée par Sylla à son retour de Grèce. C’était un petit quadrige en bronze d’un travail si fin , que l’aile d’une mouche également on bronze recouvrait à la fois le quadrige et le cocher. Cet objet avait ôté enlevé à une statue , œuvre du même artiste , qui le représentait tenant de la main droite une lime et de l’autre ce petit char (2).
Le temple de la Fortune, enrichi des offrandes de toute l’Italie, devait être aussi décoré avec le plus grand luxe. Pline rapporte que la statue de la déesse était couverte d’une épaisse couche d’or et que ce genre de dorure avait pris de là le nom de bracteæ Prænestinæ (3). La grande mosaïque du palais Barbcrini est la seule partie de l'ornementation du sanctuaire qui ait été conservée. Elle est très probablement du règne d’Auguste ou do celui do Tibère. On a écrit des volumes sur l’interprétation du sujet qui y est représenté; on est d’accord aujourd’hui qu’il faut renoncer à toute explication historique; le sujet de cette mosaïque est simplement un sujet de style alexandrin (4).
contra hemicyclium in quo fastos a se ordinatos et marmoreo parieti incisos publicarat. Ils sont conservés à Rome, au palais Vidoni.
(1) BuUet. de l’Insl. arcli., 1864, p. 70 et suiv.
(2) Pline, H. N., 34, 83. Ed. Teubner.
(3) Pline, Iî. JY., 33, 61. Ed. Teubner : Crassissimæ ( bracteæ ) ex iis Prxnestinx vocanlur etiamnum retinente nomen Fortunæ inaurato fidelissime ibi simulacro.
(4) Giacomo Lombroso , Âneddoli di archeologia Alessandrina. Turin, 1874. P. 23 et suiv. — Dans un très intéressant article, intitulé Influença délia civiltà Alessandrina presso i Romani, l’auteur montre combien le style des constructions, des peintures, des objets d’art égyptiens était en faveur pendant l'Empire. Qu'il suffise de rappeler le « Canope » de la villa d’Hadrien, les sujets égyptiens si fréquemment traités sur les peintures murales d’Herculanum et de Pompéi , la mosaïque de style alexandrin trouvée sur l’Aventin et conservée à Rome au musée Kircher, etc. — M. Maspéro , dans un récent travail, a cru reconnaître dans la mosaïque de Palestrina des sujets semblables à ceux qui ornaient les tombes égyptiennes : « La mosaïque de Palestrina n’est pas une œuvre originale due à la fantaisie d’un artiste gréco-romain ; c’est l’interprétation par un artiste gréco-romain d’œuvres égyptiennes remontant aux anciennes époques. Le dessin et la composition de chaque scène sont conçus dans l’esprit des peintres d’Occident; le sujet de la plupart des scènes et la composition de l’ensemble sont empruntes aux œuvres des peintres d'époque pharaonique » ( Gazette archëol., 1879, p. 83-84).
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
La ville de Préneste, pendant les deux premiers siècles de l’Empire , était donc une des plus riches et des plus fastueuses du Latium. On y célébrait des jeux ; Cicéron déjà mentionne, dans une lettre à Atticus , les fêtes qui y avaient été données ; elles avaient duré huit jours (1). Vers l’époque de Claude, on avait dû construire un amphithéâtre ; un habitant du pays , Varenus , avait permis qu’on en élevât la moitié sur un terrain qui lui appartenait (2). Plus tard , on y adjoignit un ludus gladiatorius et un spoliarium , qui furent donnés à la ville par Cn. Vœsius Aper (3). Les gladiateurs étaient fort nombreux à Préneste ; sous Néron, ils tentèrent de se soulever , et l’on craignit un instant à Rome de voir se renouveler la guerre de Spartacus ; mais les troupes qui étaient chargées de leur garde vinrent aisément à bout de cette sédition (4). Il est plusieurs fois question , dans les inscriptions de Préneste, des jeux donnés au peuple par les magistrats ou les personnages les plus importants de la cité ; au deuxième et au troisième siècle, le titre de curaior muneris publici (5) est souvent mentionné.
La renommée de l’oracle de la Fortune contribuait aussi beaucoup à la vie et à l’éclat de la ville. Les sorts prénestins étaient demeurés en honneur , et peut-être même furent-ils plus consultés à l’époque de la décadence du paganisme que sous la République. On venait en pèlerinage au temple do la Fortune de tous les coins du Latium et même des autres parties de l’Italie ; deux empereurs, Domitien et Alexandre Sévère, consultèrent l’oracle, qui prédit à l’un sa mort prochaine, à l’autre son avènement à l’Empire [6).
Les deux premiers siècles sont donc les plus brillants , sinon les plus intéressants de l’histoire de Préneste. A partir de 200, les documents écrits commencent à faire défaut. Mais quelques in-
(1) Cic., Ad Alt., 12, 22.
(2) Cecconi , Storia di Pren., p. 79. = Petrini , 3, 9. Cecconi donne une partie de l'inscription qui n'existait plus, lorsque Petrini composa son ouvrage : M. Varenus Clari l(ibertus ??) ( T)yran(nus ) amphitheatri partem dimidiam in so(lo suo fieri permisit?).
(3) Petrini, Inscr., classe 2, n. 3.
(4) Tacit., Ann., 15. 46 : Per idem tempus gladialores apud oppidum Præneste tewptata eruptione præsidio militis, qui cuslos adcsl, coerciti suntjam Spartacum et vetera mala rumoribus ferente populo, ut est norarum rerum aipiens pavidusque.
(5) Orelli , 2391 = Wilmanns, 1799. — Petrini, 2, 14 = Gruter, 483, 9. — Petrini, 2, 3.
(6) Voir 2l 2 3 4 5 6 partie, chap. 2.
scriptions , dont quelques-unes sont importantes, donnent encore des détails sur l’administration municipale de la ville.
Déjà , dès le deuxième siècle , s’ébranle la constitution de la cité , telle que nous l’avons exposée au commencement de ce chapitre ; l’administration impériale est obligée de faire intervenir son contrôle dans l'administration municipale. La surveillance do l’Etat s’exerce surtout sur la gestion des finances , et par suite les fonctions des duumviri quinquennales , quand elles no sont pas tout à fait supprimées , deviennent de moins en moins importantes. Un commissaire spécial, nommé par l’Empereur, prend en mains l’administration des revenus do la ville ; il porte le titre de curator. Sa mission est limitée à l’origine ; mais plus tard le curateur devient un magistrat régulier ; il prend sur lui une si grande part des fonctions des quinquennales , qu’on a cru longtemps voir dans les curatorcs les mêmes magistrats que les quinquennales. Aucune inscription de Préneste, datant de la fin du second ou du troisième siècle de notre ère, ne mentionne de quinquennales , mais on trouve sur l’inscription do Junius Crispinus le titre de curator civitatis (1). On sait du reste, par des monuments épigraphiques , que les villes voisines de Préneste , comme Tusculum et Lanuvium, vers le milieu du troisième siècle, ôtaient administrées par des curateurs (2).
Il y avait aussi des curateurs qui remplissaient plusieurs autres fonctions; on les trouve plusieurs fois mentionnés dans les inscriptions de Préneste :
1° Le curator annonæ , sur une inscription de l’année 243; il était chargé de l’approvisionnement de la ville ; cette fonction était annuelle ; toutefois elle pouvait être donnée plusieurs années de suite ( curator annonæ triennio continuo ) (3) ;
2° Le curator calendarii, mentionné sur la même inscription; il tenait le registre sur lequel ôtaient inscrites les sommes prêtées par la cité à des particuliers ; c’était aux calendes de chaque mois que les intérêts devaient être perçus ;
3° Un magistrat spécial était chargé des jeux ; c’était le curator muneris publiai, ou rnuneris publici gladiatorii ; on pouvait plusieurs fois exercer cette fonction (4).
Ce sont les seules curatelles dont il soit fait mention dans les
(1) Petrini, 2, 16.
(2) Petrini, 4, 31 = Gruter, 381, 1, 2, 3. — Wilmanns, n. 1217.
(3) Petrini, 2, 3.
0) Id. Cur(alor) muneris publici gladialori 111.
HISTOIRE DE LA VILLE DE PRÉNESTE
inscriptions de Préneste ; il en existait probablement quelques autres que l’on retrouve dans les autres municipes : les curatores operum publicorum avaient hérité des fonctions des édiles qu’ils partageaient avec les curateurs chargés de l’entretien des routes (< curatores viarum slernendarum) (1).
Ainsi, d’après les documents qui nous ont été conservés, on peut affirmer que le régime municipal de Préneste subit entre le deuxième et le troisième siècle, la grande transformation qui eut lieu dans tout l’empire romain.
Un fait non moins important de l’histoire de Préneste à cette époque est le développement du christianisme. Il n’appartient pas au cadre de cette étude de s’en occuper en détail ; il faut toutefois signaler la tradition du martyre de saint Agapitus. Les actes de sa passion sont postérieurs à l’époque de l’empereur Aurélien sous le règne duquel il mourut, et ils ont été remaniés plusieurs fois. Il y a cependant, au milieu de tous les détails ajoutés postérieurement, une vieille tradition dont il faut tenir compte. Saint Agapitus fut exposé aux lions dans l’amphithéâtre de Préneste et décapité, près de la ville, à un endroit où se trouvaient deux colonnes (2). Une basilique dut de bonne heure être élevée dans la ville en son honneur ; elle est mentionnée dans la vie du pape Léon III (3). L’église bâtie sur l’acropole (San-Pietro) fut également fondée à une époque très reculée ; il en est question dans un dialogue de saint Grégoire le Grand (4) .
Le temple de la Fortune, fermé lors du triomphe de l’Eglise à l’époque de Constantin, se rouvrit probablement sous le règne de Julien à qui la ville dédia une inscription (5). C’est peut être à
(1) Cf. Henzen, Ann. de l’insl. arch., 1851, p. 15.
(2) Acta Sanctorum (18 août). Août, t. 3 , p. 539 A : Statimque ministri ejus ( imperatoris Aureliani ) duxerunt sanctum Martyrem in civitatem Prænestinam ; et paraverunt ampliitheatrum et circumstante populo diversarum urbium, leonibus eum projecerunt... Tune ministri diaboli rapuerunt sanctum Agapitum de medio leonum ; et duxerunt ilium non longe a civitate ut interficerent eum. Venientes autem contra civitatem, in loco, ubi sunt duæ columnæ, genu posito in orationc, ibi eum gladio percusserunt sub die XV kalend. seplembris.
(3) Lib. pontif., Léo III : Prædictus vero venerabilis Pontifex sarta tecta basilicæ beati Agapiti martyris , quæ ponitur in urbe Prænestina , nec non et sarta tecta alterius basilicæ juxta eamdem basilicam sitæ quæ jam præ nimia vetustale ruitura erant, omnia noviter in melius restauravit.
(4) S. Grég., Dialog., 3, 33 , dans la Patrologie de Migne, tome 77, p. 275. Tîjç npaive<mv7i; ■KÔXe.ui; ôpo; ÛTtrépxettai , sv w toü jxaxaptou IléTpou toü ’A7TO<tt6Xou
(Aovaffirjpiov imputai.
(5) Petrini, 2, 18 : D(omino) n[ostro) Cl(audio) Juliano Victori ac triumfatori semper Aug(usto) ordo populusq(ue).
propos de cet oracle aussi bien que de l’autel de la Victoire qu’eurent lieu les derniers combats du paganisme mourant contre la religion nouvelle. Symmaque possédait une villa à Préneste et y séjournait volontiers (1). Ce n’est peut-être pas sans intention que ce défenseur convaincu des vieilles croyances était venu se placer sous la protection de la déesse qui portait avec elle le sort de l’empire romain.
La période de l’histoire de Préneste que l’on s’est proposé d’étudier se ferme sur un nom illustre, celui d’Anicius Bassus. On a vu le rôle important joué par la famille Anicia pendant la République ; elle avait encore sous l’Empire gagné en considération. Anicius Auchenius Bassus, à qui les Prênestins élevèrent une statue à la fin du quatrième siècle, est appelé Restüutor generis Aniciorum ; il fut consul et préfet de la ville ; sa carrière politique s’étendit depuis le règne de Gratien jusqu’au règne d’Honorius; les événements auxquels il prit part à Rome lors de l’invasion d’Alaric sont bien connus et appartiennent à l’histoire générale de l’Empire (2).
Ainsi sous les Césars, les Flaviens et les Antonins, Préneste avait été le rendez-vous de la haute société romaine; c’est alors qu’elle avait joui de la plus grande prospérité. Les événements qui se passèrent dans les deux siècles suivants sont moins counus; il est certain pourtant, — et c’est un point sur lequel les découvertes de l’archéologie jetteront sans doute un jour quelque lumière, — que la lutte du christianisme contre le paganisme dans une des villes saintes de l’Italie fut le fait capital de cette période.
(L) Symmaque, Episl.. 1, 2 ; 3, 50 ; 7, 35 ; 9, 78.
(2) Orelli, 105. Cf. Bull, de l’Inst. archéol., 1859, p. 90 et suiv.