‹ Étude sur quelques points de l'ataxie locomotrice progressiveChapitre 10 sur 21 · TUMEUR TUBERCULEUSE DE LA MOELLE. — ARTHROPATHIE · texte numérisé non relu

TUMEUR TUBERCULEUSE DE LA MOELLE. — ARTHROPATHIE

Perle progressive de la force musculaire dans le bras droit, puis dans le gauche. — Deux mois et demi plus tard, paralysie partielle des membres inférieurs. — Respiration diaphragmatique. — Vomissements fréquents. — Pouls rapide et faible. — Mort par épuisement après sept mois. — Tubercule strumeux dans la moitié inférieure du renflement cervical de la moelle épinière. (GüLLj Cases of par aplegia, case 32, in Guy' s hosp. Reports, 1858, 3e série, p. 206.)

Élisabeth W. .., à l’âge de 8 mois, perdit graduellement l’usage du bras droit ; au bout de quinze mois, le gauche s’affaiblit de la même façon. Elle entra dans mon service, b l’hôpital de Guy, 1 13 avril 1857, alors que la paralysie datait de deux mois. Les bras paralysés pendaient flasques et inertes.

La tête était rétractée entre les épaules, le cou raide. Les membres inférieurs étaient faibles, mais pouvaient être remués volontairement. Le système musculaire était généralement affaibli, mais surtout aux bras. La peau était constamment chaude et transpirait librement. Parfois, vomissements. Le pouls, rapide, était trèsfaible. Une tumeur strumeuse, du volume d’une petite noix, existait sur la peau du bras droit. Du côté du père, il y avait des antécédents scrofuleux.

Le diagnostic : un dépôt tuberculeux dans la portion cervicale de la moelle ou à sa périphérie. Dans la première moitié de mai, le genou droit devint le siège d’un épanchement dans la membrane synoviale, et à partir de cette date, les membres inférieurs devinrent partiellement paralysés; dans ces derniers, on remarquait des contractions spasmodiques fréquentes, plus marquées dans le membre droit qui était le plus faible. En juin, la respiration était précipitée et diaphragmatique; les vomissements fréquents; la déglutition difficile. Durant juin et juillet, une diarrhée continue, une grande chaleur de la peau, des sueurs profuses, des urines ammoniacales. Le pouls esta 1A0 et la respiration à AO. Les muscles longs du cou s’atrophièrent ; les épaules furent élevées par les muscles de l’omoplate. Il y avait encore à ce moment des traces de mouvement volontaire dans les membres inférieurs. La mort arriva le 12 septembre par épuisement.

Autopsie. — La portion cervicale de la moelle épinière fut seule examinée; le tissu environnant était sain; la moelle, dans la moitié inférieure du renflement cervical, en face de l’origine des sixième et septième nerfs cervicaux, paraissait élargie. Cet agrandissement était dû à la présence d’une tumeur strumeuse qui, à cette partie, avait causé une absorption complète du tissu propre de la moelle ; cette formation paraissait avoir eu son origine dans ies colonnes postérieures et postéro-latérales droites, d’où elle s’étendait, par dépôts successifs, jusqu’à ce que la moelle fût graduellement détruite ; il ne restait que de légères traces des colonnes antérieures où le tubercule était très-large. La partie principale de la tumeur, du centre b l’intérieur était opaque, friable, jaune ; elle consistait en granules, nucléoles dégénérés, cellules et graisse. Cette partie opaque était entourée par une couche transparente de plus récente formation, consistant en granules, nucléoles et fibres-cellules imparfaites avec des globules graisseux non libres. Au-dessus du tubercule, les deux feuillets de l’arachnoïde étaient solidement adhérents. Juste au-dessous du tubercule, la substance de la moelle était si molle qu’elle ne conservait plus sa forme lorsqu’elle n’était pas soutenue par les membranes.

Remarque. Dans ce cas, nous pensons que la lésion articulaire est sous la dépendance immédiate de l’affection spinale, laquelle a donné lieu à un affaiblissement profond de l’organisme. Invoquer le rhumatisme nous semblerait aventureux. Outre que cette maladie est extrêmement rare à cette époque de la vie, elle ne se manifeste pas d’une semblable manière.

Les deux observations qui précèdent, d’autres rapportées sommairement par M. Charcot (1) montrent que, dans les lésions traumatiques ou spontanées de la moelle, on voit apparaître, plus souvent qu’on ne se le figure habituellement, des accidents qu’aucune autre hypothèse que celle d’un trouble de la nutrition ne pourrait expliquer.

Il doit en être pour les arthropathies de même que pour les eschares, les cystites, etc, qui naissent à la suite des lésions de l’axe nerveux rachidien. Pour les eschares, le repos prolongé ne peut être invoqué puisque, dans certaines circonstances , elles apparaissent dès les premiers jours. Bien plus, alors qu’il qu’il n’y a sur la peau qu’une petite tache ecchymotique, fréquemment dans les couches musculaires profondes, il existe déjà des altérations. Même chose pour la cystle qui, apparaissant peu de jours après le début de la maladie de la moelle, ne peut être attribuée à la

(I) Voir B. Brodie, dans le Journal de physiologie, de Brown-Sequard,t. II, n° 5, p. 114.— Jeffrey’s, London , Med. and sur g. Journal, 1826, juillet, et Ollivier (d’Angers), Traité des maladies de la moelle épinière , 1. 1, p. 317. Paris, 1837; — Colling, dans Ollivier (d’Angers), loc. rit.

rétention d’urine. Nous concluons donc que lesarlhropathies, dont nous venons de parler, ont pour origine une perversion de la nutrition dépendant elle-même de la lésion spinale.

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