ÉPILEPSIE SPINALE
Quelquefois dans la marche de l’ataxie locomotrice progressive surviennent des phénomènes d’excitabilité réflexe de la moelle qu'il est important de signaler. « Dans l’ataxie complète, dit M. Jaccoud, la motricité réflexe de la moelle est toujours exagérée et il en est ainsi pendant une période souvent très-longue. Aussi, alors même que les malades ne présentent pas ces mouvements, en apparence spontanés, qui résultent des excitations périphériques, il est toujours facile de provoquer chez eux par les moyens ordinaires, des mouvements réflexes dont l’intensité, la vivacité et l’étendue annoncent clairement l’hyperkinésie spinale. »
Cette opinion n’est pas tout à fait exacte. Les cas où l’excitabilité réflexe est accrue, loin d’être la règle, constituent plutôt des exceptions, ainsi que le faisait encore remarquer récemment Benedikt, dans son Traité d'èlectrothèrapie. C’est sur ces exceptions elles-mêmes que nous voulons insister.
Et d’abord en quoi consiste l 'épilepsie spinale ? Naguère, on appelait de ce nom les épilepsies dépendant d’une lésion de la moelle, et ayant pour cortège les phénomènes habituels du morbus sacer. M. Brown Se-
quard (1), et avec raison, a changé la signification de ce mot. Aujourd’hui, par cette expression, épilepsie spinale, il faut entendre les spasmes des membres inférieurs, soit cloniques, soit toniques, en relation directe, au point de vue palhogénique, avec une lésion de la moelle exagérant l’excitabilité réflexe.
L’épilepsie spinale, ainsi comprise, offre, d’après M. Charcot, deux variétés importantes. Tantôt l’accès, si l’on veut, se compose d’une série de secousses tétamiques avec raideur des membres inférieurs. On les observe à une certaine période de la sclérose en plaques disséminées , des paraplégies par compression, de la sclérose des cordons antéro-latéraux, de la myélite chronique, etc. Diverses manœuvres contribuent à leur donner naissance, telles sont : l’application du froid sur la peau ou la compression des muscles paralysés, la flexion énergique du pied, etc.
D’autres fois, — variété clonique, variété saltatoire, — les secousses convulsives ont une étendue plus considérable, sont plus lentes ; il y a alternativement des contractions violentes des fléchisseurs et des extenseurs, entremêlées dans quelques circonstances de contractions des muscles adducteurs ou abducteurs. Il résulte de là un ensemble de phénomènes tout particuliers. Le malade, impuissant à modérer ces mouvements convulsifs, projette ses jambes de tous côtés, se blessant ou blessant les spectateur? si l’on n’y prend garde. L’une des malades
(1) Researches on Êpilepsy, Boston, '1857, p. 28, et Leçons sur le diagnostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs , Paris, 1 864, p. 68 et 107.
(obs. XV) se plaint en même temps de douleurs à l’épigastre; une auire éprouvait de vives souffrances dans les membres inférieurs et le long du rachis. Ces crises ont une durée indéterminée. Le plus souvent, pour les faire cesser, il faut de toute nécessité exercer sur les membres une compression mécanique, et de plus recouvrir quelquefois la malade. Mad... (obs. XV) nous fournit la preuve de cette assertion.
Dans certains cas, ces convulsions se produisent sous l’influence du simple contact, ou lorsqu’on applique un corps froid sur les membres du malade, ou quand on lui enlève ses couvertures. Aussitôt on voit ses membres sauter de côté et d’autre, à l’instar des jambes d’un polichinelle, sans qu’il puisse en rien modifier la direction ou la violence des mouvements.
La variété d’épilepsie spinale que nous venons de décrire est celle que l’on rencontre dans l’ataxie locomotrice, bien qu’elle ne lui soit pas spéciale. Comparée au nombre des ataxiques, sa fréquence est rare. Ainsi, sur douze malades du service de M. Charcot, une seule en fournit un exemple. Toutefois, grâce aux indications de M. Charcot, nous en avons réuni deux autres : 1° celui de la malade Gruyer (obs. XIV); 2° celui de Roth, publié par MM. Charcot et Vulpian (1). Voici à grands traits l’histoire de celte dernière malade.
(I ) Sur l'emploi du nitrate d’argent dans le traitement de l'ataxie locomotrice progressive , p. 47, 1862.
XIIIe OBSERVATION.