‹ Étude sur quelques troubles respiratoires dans la chloroseChapitre 6 sur 15 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

« Nous avons cru avoir guéri des bronchites graves, des toux inquiétantes, peut-être même des phtisies commençantes ou confirmées, tandis qu'en réalité nous n'avons guéri que des chloroses » disait Rilliet (1) dans un article paru en 1855,

Plus loin le mème auteur ajoute : « La toux des chlorotiques a quelquefois dans son timbre et dans ses retours quelque chose qui rappelle la toux hystérique, d'autres fois elle n'a rien qui la distingue de la toux

(1) Raulliet. Chlorose simulant la phtisie. Archives générales de médecine, février 1855.

MO

des phtisiques, mais elle est souvent remarquable par la rapidité avec laquelle elle s'accroit; en peu de jours elle devient très fatigante, et elle contraste par son intensité avec l'absence complète de tout symptome stéthoscopique.

Cette comparaison de la toux chlorotique avec la toux hystérique n'a rien qui nous étonne. Certains auteurs, en effet, ont longtemps considéré la chlorose comme une maladie dépendant du système nerveux. Pour Sydenham, chlorose et hystérie reconnaissaient une cause unique, les troubles utérins. Morton appelait la chlorose phiihisis nervosa. Plus près de nous, Trousseau la classait au nombre des nérvoses, l’élément nerveux était pour lui primordial, l'anémie, secondaire. Nous ne donnerons pas des théories plus récentes localisant exactement le siège de la lésion dans le système nerveux : actuellement cette théorie n'est plus admise, on peut l'invoquer pour expliquer certains phénomènes que nous étudierons, par exemple/la toux, la dyspnée et certaines palpitations. L'hystérie, il est vrai, peut coexister avec la chlorose. Pour Hayem, les troubles nerveux seraient sous la dépendance de l'anémie ou de la dyspepsie. Le hoquet, par exemple, que l’on rencontre quelquefois, serait plutôt un trouble

dyspeptique que nerveux. De même, la chlorose peut

réveiller l'hystérie, la neurasthénie, maïs il ne faut pas oublier que certains troubles considérés comme nerveux dépendent uniquement de l’anémie cérébrale, ies palpitations et la dyspnée sont de ce nombre.

En 1864, parut une monographie importante de la

SR 2 chlorose due à Aug. Nonat (1). Cet auteur consacre plusieurs lignes aux troubles respiratoires observés chez les chlorctiques en dehors de la tuberculose. Parmi les symptômes généralement attribués à la chlorose, nous trouvons que la respiration est plus fréquente qu'à l'état normal, il y a quelquefois dyspnée avec essoufflements faciles surtout dans les efforts, la marche, l'action de courir et de monter; chez quelques malades on observe une {oux sèche, nerveuse. Plus loin, page 58, l'auteur ajoute : « Je ne m'arrêterai pas sur les troubles respiratoires que j'ai caractérisés plus haut en présentant le tableau général des symptômes de la chlorose. J'ajouterai seulement que l’essoufflement, la dyspnée, le toux ne se rattachent dans la chlorose simple à aucune lésion de l'appareil broncho - pulmonaire et ne se révèlent par aucun signe stéthoscopique. Ces troubles sont sous la dépendance directe de la diminution des globules sanguins. En raison de cet abaissement des globules, il se fait à chaque mouvement d'inspiration, une consommation insuffisante d'oxygène, d'où le besoin instintcif de respirer plus souvent, afin de renouveler plus fréquemment le contact de l'air avec le sang. Les troubles respiratoires peuvent être rendus plus intenses par la perturbation des fonctions du système nerveux. »

(1) Aug. Nonat. Traiié théorique et pratique de la chlorose, Delahaye, 1864.

Dans son article du Dictionnaire-de Jaccoud, 1867, P. Lorain, étudiant les troubles respiratoires chez les chlorotiques, s'exprime ainsi : «Les poumons sont troublés comme le cœur dans la chlore-anémie. Il y a souvent une oppression manifeste, une irrégularité, une sorte d'alaxie respiratoire causée par des soupirs, des eflorts d'aspiration exagérés, une respiration inquiète et troublée, tantôt accélérée, tantôt ralentie, en tout cas irrégulière. C'est le pendant des palpitations. Les causes morales agissent ici puissamment ; mais les mouvements violents, un simple changement d’attitude quelquefois, suffisent pour accuser fortement ce trouble nerveux de la respiration.

Monter, marcher vite, faire un mouvement brusque, sont des causes suffisantes pour produire et les palpitions et l'anhélation. Faut-il voir dans ce trouble un effet de l’atonie nerveuse, du défaut de tonicité, de la facilité avec laquelle se fait la désaptation, ou bien y a-t-il là une action déterminée par la diminution des globules du sang? Cette opinion est soutenue par Germain Sée sous cette forme : « Les capillaires du poumon ne pourront plus mettre assez de globules en contact avec l'air extérieur, l'absorption d'oxygène diminue; c'est le défaut d'oxygène, bien plutôt que l'excès d'acide carbonique, qui produit la dyspnée, car le sang n'offre pas le caractère veineux, et la coloration des téguments ne présente pas de trace de lividité. » Cette explication nous parait avoir besoin d’être confirmée, nous acceptons plus volontiers l'hypothèse suivante du même auteur : « Ce qui achève de /roubler

L Le

Page 1