H. jSissen, Op. L, page
2. Elle a été combattue par G. Peter, Zur Kritik der Quellen der àlteren Rômischen Geschichte, Halle, 1879, page 8, sqq., et surtout par 0. Brôcker, Op. l.
3. Plusieurs savants soutiennent d'autre part que rhistoire latine <l'Alexandre est tout simplement une traduction ou un remaniement d'une histoire grecque, de celle de Clitarque. .Malheureusement ils n'expliquent pas comment Clitarque a pu, à lui seul, fournir des documents si variés, et ils expliquent bien moins encore comment ce même Clitarque a pu connaître des détails géographiques qui sont dus à des écrivains postérieurs, à Mégasthène par exemple. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter plus longtemps à discuter cette assertion; elle n'a d'autre valeur que celle d'une opinion personnelle, dénuée de preuves. Celte opinion est d'ailleurs fort ancienne. — Pierre Daniel (préface du Bernetists, 4ol, cf. .\ppendice, page 318) :« Assero Clitarchum...slilo graeco hune librum conscripsisse alque opéra Q.Curtii in latinam linguam subinde fuisse translatum.» — C. Muller {Script. Rei-. Alex., préface) semble être de cet avis, quand il dit : « Sub Claudio Clitarchus toga romana donatw. » — C. Rau.n, Op. L, page 41, sqq.
biographie de Glitarquc, il a traduit ou remanié l'œuvre d'un historien grec, contemporain d'Auguste, qui, tout en suivant, dans ses grandes lignes, l'ouvrage de Glitarque, avait pu utiliser des documents de date plus récente, pris dans des ouvrages postérieurs à celui de Glitarque '.
Ces expHcations, que nous avons réduites à leur plus simple expression, sont ingénieuses, et souvent elles sont présentées avec un grand air de vraisemblance ; mais, à les examiner de près, elles perdent beaucoup de leur vérité apparente, et parfois même elles sont en contradiction formelle, semble-t-il, avec le principe qu'elles avaient pour but de défendre.
Dire que Quinte Curce a corrigé la tradition de Glitarque avec l'aide des sources d'Arrien, c'est en effet exprimer une idée fausse sous une forme ambiguë; car, de deux choses l'une : ou bien par les ^ sources d'Arrien » on entend simplement Aristobule et Ptolémée, ou bien on entend aussi les nombreux écrivains de toute époque cités par l'auteur de VAnabase sous les formules vagues que nous avons signalées à plusieurs reprises; dans la première alternative, on commet l'erreur des critiques qui ne tiennent aucun compte des documents empruntés par Quinte Curce aux écrivains postérieurs à Glitarque et, par là même, à Aristobule et à Ptolémée ; dans la seconde alternative, on est infidèle au principe que l'on s'était posé et l'on admet implicitement cette pluralité des sources que l'on voulait combattre.
Prétendre d'autre part que ces passages gênants, ces documents d'origine diverse viennent de ce que notre auteur a utilisé un recueil de documents paru à une époque postérieure à Glitarque, c'est compliquer inutilement la question et remplacer une solution par un problème ^.
L'existence de ce recueil ^ n'est en effet rien moins qu'établie.
1. C. F. Laudien, Op. L, page 38. — J. G. Droysen, Op. l., t. I, page 749. — A. ScBÔNE, Op. L, page 54. — R. Kôhler, Op. L, pages 39, 46. — J. Kaerst, Op. l., page 14. — Th. Vogel, Op. l., préface, l. I, page 6. — A. Fkankel, Op. L, page 461. Cf. supra, page 106.
2. A. ScHÔNE, qui défend celte opinion, place la date de ce recueil entre 194 el 196 av. J.-Cli. Cf. Op. /., page 36, et surtout page 42, Cf. J. Kaerst, Loc. l. L'existence de ce recueil a été combattue par A. Sch.efer, Neue Jahhûcher fur Phil. und PàcL, 1810, t. 101, u" o3, page 442, par L.\udien, Op. /., préf., III, et par Kôhler, Op. L, page 20.
3. R, Petersdoref {Eine neue Hauptquelle..., Op. L, page 47, note), sans se prononcer al'flrinati veinent en faveur de l'existence de ce recueil, cens-
164 OUINTt; CURCE HISTORIEN
Non seulement elle n'est allesLée par aucun écrivain ancien, — ce qui, à vrai dire, n'est pas un argument décisif, — mais de plus elle est invraisemblable et ne permet pas à ceux qui l'ont imaginée d'atteindre le but qu'ils s'étaient proposé.
Dans quelle intention ce recueil aurait-il été composé? quelle aurait été pour les anciens son utilité pratique? c'est ce que l'on ne dit pas et ce que l'on ne peut pas dire. Or, s'il en est ainsi, de quel droit supposer l'existence d'un ouvrage absolument inconnu? Cette hypothèse résout-elle du moins la question si complexe des sources de Quinte Gurce? Point du tout. Sans doute , elle nous donne dans une certaine mesure la raison des ressemblances qu'offrent entre eux les récils des historiens d'Alexandre, mais ce n'est pas assez; en bonne logique, une hypothèse doit, pour être admise, expliquer seule le fait à cause duquel on l'a imaginée, elle doit de plus expliquer toutes les circonstances relatives à ce fait; or l'hypothèse de Texistence d'un recueil ne remplit aucune de ces conditions; elle n'explique pas seule les ressemblances que présentent entre eux les historiens d'Alexandre, ces ressemblances pouvant tout aussi naturellement s'expliquer par l'emploi direct des sources; enfin, elle ne rend pas compte des différences qui séparent nettement les divers récits de ces historiens, c'est peut-être même par là qu'elle pèche le plus.
Diodore, Quinte Curce, Justin représentent la même tradition,
— la chose est admise, — ils doivent donc, sinon raconter toujours les mêmes faits, du moins ne jamais être en désaccord sur la manière de raconter tel ou tel événement. Il n'en est pas ainsi. Ces trois historiens se contredisent en plus d'un point et d'une manière indiscutable ', Dira-t-on pour expliquer ces contradictions que le recueil en question était assez étendu pour
tate que deux des formules vagues employées par Diodore (XVII, 65 : w; [aèv È'v'.oi ysypâaiTi, 118, 7:o).)ovî syyypaifïTi; jxr, TO/.[x.âv fÇii'\iOLi) correspondent à des formules analogues de Quinte Curce y, ii, 8; X, x, 14, 18). Cette coïncidence curieuse ne prouve rien, sinon que Diodore et Quinte Curce n'ont pas voulu choisir entre les opinions contradictoires que leurs sources leur fournissaient.
1. Sur Quiute Curce et Diodore, cf. page 134. Dkoysex, Op. l., t. 1, pages -480, '621. — A. Fh.eskel, Op. /., page 407, sqq. — R. Petersdokff, Eine ?ieue Ilauplr/uelle, Op. L, pagr; 37, sqq. — R. Kôhler, Op. /., page 48.. Sur Justin, cf. H. Kallesbero, Philolofju»-, t. XXXVI (1877), page 491, sqq.
— R. Peteusdokfk, 0]j. /., page 3:î, sqq.
Lli:S SOURCES DE QUINTli CURCE 163
fournir sur un même événement deux ou plusieurs versions différenles? alors tout est dit, ce n'est plus une discussion, c'est une simple logomachie, et nous ne voyons pas, nous l'avouons, quelle dilTérence il peut y avoir entre un recueil de documents aussi complet et les ouvrages séparés des divers historiens d'Alexandre. Se servir de l'un ou des autres, c'est, à notre avis, faire également usage de sources multiples.
L'existence de ce recueil étant plus que prohlématique, il serait — semble-t-il — inutile de s'occuper des hypothèses émises sur son auteur; il est cependant nécessaire d'en examiner au moins une qui pourrait avoir quelque chance de s'accréditer.
Strabon avait écrit un ouvrage sur Alexandre, et il l'avait composé sous forme de notes ou de mémoires, si ]"on en juge par le mot dont il se sert *. Partant de là et s'appuyant aussi sur certaines ressemblances qu'offrent entre eux, au point de vue géographique, l'histoire de Quinte Curce et le traité de Strabon, on en a conclu - que cet ouvrage historique, d'ailleurs complètement inconnu, était un recueil de documents relatifs à l'histoire d'Alexandre et qu'il avait été la source unique ou peu s'en faut de l'histoire de Quinte Curce. C'est aller bien vite en besogne.
Strabon composa son histoire avant sa géographie; c'est dire qu'il utilisa dans ce dernier ouvrage tous les documents dont il s'était servi pour le premier; c'est dire aussi que, si cette histoire de Strabon a réellement été la source unique oii Quinte Curce a puisé, la géographie du même Strabon doit renfermer tous les détails géographiques ou ethnographiques contenus dans l'histoire de Quinte Curce. Or il n'en est pas ainsi; Strabon, pour ne citer que quelques exemples, ne connaît ni Castabuhan ^, ni Onchx ^, ni les perroquets dont Quinte Curce a pris soin de signaler la présence en Inde "".
L'hypothèse d'un remaniement de Clitarque , utilisé par Quinte Curce, n'est pas plus justifiée. Elle est inutile, car les