‹ Étude sur Quince CurceChapitre 253 sur 398 · Quinte Curce, VIII, iv · texte numérisé non relu

Quinte Curce, VIII, iv

lo. Quinte Curce, IV, vi, 7, sqq.

16. Quinte Curce, VII, v, 28. 5 n. Qn.NTE Curce, IX, vu, i, sqq.

Drsines * ; et presque toujours, comme la légende que les artistes nattent au bas de leurs dessins pour en expliquer le sens, un mot, une réflexion nous indiquera la leçon morale qu'il faut îirer du fait que l'historien nous raconte.

Quinte Curce est moraliste, — ce que nous venons de dire suffit à le prouver, — mais on n'est pas moraliste sans adopter certaines idées morales de préférence à d'autres, sans incliner vers une doctrine philosophique.

Deux systèmes philosophiques, l'épicurisme et le stoïcisme, se disputèrent, dès leur apparition, les convictions des Romains. L'épicurisme, par la nature de ses doctrines, se dérobait aux regards, — l'histoire de son développement ne nous est donc qu'imparfaitement connue; — il semble cependant avoir eu un nombre assez considérable d'adhérents à Rome pendant l'empire ^. Il n'attira guère l'attention; ses partisans se tinrent à l'écart des fonctions publiques, et ils n'essayèrent pas de faire prévaloir leur système dans la littérature; ils pensaient sans doute que leurs prédécesseurs avaient assez fait. Le stoïcisme fut beaucoup plus en vue; il s'adaptait, sans contredit, infiniment mieux que l'épicurisme au caractère national des Romains; il convenait particulièrement à une époque où chacun, suivant la belle expression de Lucrèce, « cherchait à tâtons le chemin de la vie, » où chacun avait besoin d'un guide, pour le soutenir dans ses épreuves, pour le raffermir contre les coups imprévus du sort, pour lui apprendre à mourir. Aussi non seulement les œuvres philosophiques du i" siècle sont presque exclusivement stoïciennes, mais encore les hommes les plus recommandables par leur naissance, leur position sociale, leurs vertus ^, les écrivains de tout genre, Lucain *, Manilius °,

2. Cf. E. Zeller, Op. L, t. III, p. i, page 353. Sur les causes de la décadence de l'épicurisme au commencement de l'empire, cf. G. Boissier : La religion romaine..., Paris, Hachette, 1884, t. I, page 281.

3. Julius Cassius, Paelus Thraséas, Helvidius Priscus, martyrs du stoïcisme.

4. J. M. Ohhand, de Doctrina stoicorum in opère Pharsalico. Lorient, 1873.

5. Ferraz, de Sloica disciplina apud poêlas lati?ios. Paris, 1862.

Perse \ Sénèqne, Juvénal, Tacite sont imbus des doctrines du Portique, et leurs ouvrages témoignent de leurs croyances philosophiques.

Celte fois encore Quinte Curce ne semble pas avoir pensé autrement que ses contemporains ; on retrouve dans son ouvrage certaines théories particulières aux stoïciens, et aussi leurs idées sur la morale en général, leur éthique '.

Philotas, dans sa défense, s'approprie les idées stoïciennes sur la dignité personnelle, sur le respect de la vie humaine. « La défense d'un captif chargé de chaînes est — dit-il — super- « fine sans doute, elle est peut-être même dangereuse, car elle a « l'air plutôt d'une accusation que d'une défense: quoi qu'il en « soit, je ne m'abandonnerai pas moi-même et je ne ferai pas que « je sois condamné de mon propre aveu ^ » C'est un pareil langage que Thraséas, accusé et sur de sa perte, aurait tenu à Néron si. comme ses amis le lui conseillaient, il était venu faire « entendre au sénat un discours surhumain * ».

La réplique de Philotas à Cratère est très belle aussi et tout empreinte de cette fermeté d'âme qui a mérité d'être encore aujourd'hui appelée stoïcienne : « Allons, Cratère, dicte-moi ma « réponse ^. » On reconnaît de même l'injluence stoïcienne dans cette péroraison où Hermolaiis considère la mort comme une émancipation et fait la leçon à Alexandre : « Tu t'étonnes que « des hommes libres ne puissent supporter ton orgueil ! Qu'avions- « nous à espérer de toi, je te le demande, nous dont le sort était « de mourir innocents, ou, ce qui est pis que la mort, de vivre en « esclavage? Que si jamais tu peux te corriger, tu me devras beau- « coup : car tu as commencé à apprendre de ma bouche ce que « des hommes de sang libre ne peuvent souffrir ''. »

A côté de ce souci, tout stoïcien, comme on le sait, de la

1. Damaris von L. Giefsebrecht und Ed. Dohme, vol. IV (1864), page 2Go, sqq. C. Maiitha, Les moralistes sous Vempire romain, Paris, Hachette, iS12, page 101, sqq., et sur l'influence ea général du stoïcisme sur la littérature,

page 93. — Cf. D. Nisard, Études sur les poètes latins, Paris, Haciietle,

1849, t. I, pages 67, sqq., 226, sqq.

2. SAr.NTE-Cr<oix, Op. /., page 107, affirme que Quinte Curce est stoïcien, mais il n'en donne aucune preus-e.

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