Quinte Curce, VII, v, 19; VIII, x
Les passions, les sentiments, les facultés intellectuelles sont autant d'entités agissantes et pensantes *, il en est de même des défauts ou des qualités. L'auteur nous montre la légèreté portée au crime ^, ou la cruauté et la licence se donnant carrière sans respect de l'âge ou du rang '.
En revanche, l'écrivain met la nature inanimée à contribution pour peindre l'homme ou ses actes.
Alexandre devient un soleil^; la flotte et l'armée perse s'étendent sur l'Europe comme une inondation ^. Tous les verbes qui expriment l'idée de brûler servent successivement à peindre l'excès des passions chez l'homme ^.
Ces mêmes verbes marquent d'un trait profond ou pittoresque certaines descriptions. Us nous peignent tour à tour des rivages ", des déserts de sable % brûlés par les feux du soleil, ou des soldats dont les entrailles et la bouche ^ se dessèchent sous l'influence de la chaleur. Ils prennent parfois place dans des alliances de mots plus hardies, et caractérisent l'effet de la neige et du froid '°, ou du vent *', du venin sur le fer ^^
L'image s'accentue encore en d'autres passages : « Ne brisez « pas dans mes mains — dit Alexandre — cette palme qui me « fait l'égal de Bacchus et d Hercule ^^ » — «Eh quoi! — s'écrie « Philotas, — moi qui ai aspiré au trône de Macédoine, je me « cacherais sous Vombre '* de cet homme. » Alexandre ne se laisse pas écraser par les soucis '^; il renfonce sa colère au fond
1. Cette personnification d'idées abstraites est parfois très hardie, et l'on ne peut en donner un équivalent français : IX, is, 2, anceps et cœca aestimalio augurabatur. — Cf. IX, u, 17, vanitas; VI, xi, 21, anceps conjectura; VI, XI, 40, quaestio.