Quiste Curce, VI, iv
conséquence du goût de l'époque pour les figures, goût constaté par Quintilien *? Faut-il au contraire y reconnaître une habitude de poète ou un procédé de peintre? On aurait tort d'essayer d'en décider; le tempérament, l'éducation et la mode ont simultanément, et dans des proportions qu'on ne saurait déterminer, concouru à développer dans Quinte Curce ce goût pour l'art de peindre par les mots -.
On n'en sera pas toujours réduit à l'incertitude. Ainsi l'emploi :1e l'imparfait dans la narration est bien un procédé de peintre; l'imparfait sert à prolonger l'action exprimée par le verbe, il l'immobilise sous les yeux du lecteur : « itaque, ut quse nec pro- .( hibere possent nec admittei^e auderent , nullo responso dato^ :( tacitse opperiebantur victoris arbitrium '. » Le parfait serait ici simplement narratif, l'imparfait est pittoresque ; il nous fait voir les parentes de Darius immobiles et muettes jusqu'à l'arrivée de leur nouveau maître *.
Le plus souvent, c'est l'influence de l'orateur qui se fait sentir.
Voltaire disait : « On ne peint pas des ânes à la bataille l'Arbèles; » cela signifie qu'il est certains détails que l'on doit négliger parce qu'ils semblent trop bas et pourraient nuireàTharnonie de l'ensemble. Vraie ou fausse, fausse plutôt, cette théorie ie l'art historique était celle de beaucoup d'historiens anciens, elle i été aussi celle de Quinte Curce ; son style le prouverait à lui seul. Polybe % quand il veut nous faire connaître les pays des Gaulois, lous donne des renseignements précis sur le blé, sur le prix du vm et de l'orge, il nous parle de l'exportation des porcs. Xénophon ^ veut-il nous peindre l'Arabie Déserte et ses bêtes sauvages, il énumérera tous ses animaux, les outardes, les autruches, les îhevreuils, les onagres. Mais pour tracer ces petits tableaux, jans lesquels le dessin est plus marqué que la couleur, il faut
1. QciNTiLiEN, de Institutione oratoria, IX, m, 1 : itaque si antiquum ser- Tionem nostro comparemus, pœne jam quicquid loquimur figura est.
2. La personnificat on des objets inanimés (cf. page 279) tient peut-être iependant à un sentiment plus vif de la nature. Cf. A. Biese, Op. L, Dages 11 o et 149.