Tu. VoGEL, Op. L, t. I, page
2. A. Elssner, Philol'jgus, t. XXXII, page 5o9; l'imitation évidente de Tite-Live par Quinte Curce, ajoute .AI. Eussner, montre bien que notre auteur avait eu l'intention d'écrire une histoire et non un roman. — Th. ZoLLi.NG [Op. L, pages 17, 18, note 14) partage l'opinion de Vogel et d'Eussner.
NATURE DE l'oUYRAGE 301
parmi les arguments allégués par le critique dont nous parlons, les uns reposent sur une erreur din formation ' ou même de fait ^ et par conséquent doivent être écartés sans discussion; les autres, qui paraissent au premier abord plus probants, après examen, ne prouvent rien. Faut-il en effet le rappeler? l'anecdote de Thaïs et celle des Amazones, les nombreux récits de prodiges, l'ambassade des Carthaginois, l'épisode d'Abdalonyme ne suffisent pas à justifier l'appréciation qu'on a émise sur l'ouvrage de Quinte Curce. L'ambassade des Carthaginois ^ et l'épisode d'Abdalonyme * ont probablement un fondement réel; l'anecdote de Thaïs et celle des Amazones ont été rapportées par d'autres historiens •% les récits de prodiges sont nombreux dans Hérodote, dans Tite-Live, dans Arrien lui-même ®, et cependant aucun de ces historiens n'a reçu le nom de romancier que l'on donne si volontiers à Quinte Curce ".
Admettons-le cependant, tous les arguments qu'on a entassés reposent sur un fondement réel, et l'on n'a pas jugé Quinte Curce d'après les règles particulières d'une loi d'exception, il n'en restera pas moins vrai que le nom de roman ne convient pas à ['Histoire d'Alexandre. Le roman n'est plus sans doute, comme le définissait Huet, « une fiction d'aventures amou- « reuses, écrite en prose avec art pour le plaisir et l'instruc- « lion des lecteurs, » il a de bien autres visées; il ne se prive ni de chiffres abondants, ni de descriptions exactes, ni de renseignements pris à des sources scientifiques et sérieuses, mais il a un caractère distinctif : il relie tous ces documents par une intrigue de pure imagination. Ce caractère spécifique manque à l'œuvre de Quinte Curce; dans VHistoire d'Alexandre, il n'y a
1. M. Chassang croit à tort que les chifTres de Quinte Curce sont tous exagérés, cf. page 111, et Droyse.n, Op. L, t. I, page 266.