SuÉTO.NE, RdiquicT..., éd. RfTsch., page 128. I
3. Teuffel, § 297, n. 9, page 212 de la traduction française, t. II.
définilive, faire de l'historien et du rhéteur un seul personnage est une simple hypothèse et une hypothèse qui n'a même pas le mérite de satisfaire notre curiosité, le rhéteur nous étant aussi inconnu que l'historien.
L'identification de notre historien avec le Gurtius Rufus de Tacite ' a été beaucoup plus vivement attaquée que soutenue. Ceux (jui en sont partisans ne donnent guère les raisons qui les ont déterminés; ceux qui ne Fadmettent pas au contraire s'évertuent à mettre en lumière les difficultés que présente une telle identification. Ils s'appuient surtout, pour nier toute parenté entre ces deux personnages, sur ce fait que les descriptions, particulièrement les descriptions de bataille, ont dans VHistoire d Alexandre quelque chose de vague, de flottant, d'indécis qu'elles n'auraient pas si elles avaient été écrites par un homme de guerre. L'objection a bien sa valeur; il ne faut pas néanmoins lui accorder une importance exagérée et en faire un empêchement absolu à l'identification des deux personnages. Il y a dans ces descriptions beaucoup moins de vague et d'obscurité qu'on n'a bien voulu le dire; y en eùt-il autant, ce ne serait pas une raison déterminante; l'habitude du commandement et du métier des armes ne confère pas nécessairement le don d'exprimer des idées avec clarté et précision.
Une autre objection a paru aussi vivement toucher tous les contradicteurs de cette opinion. Ni Tacite^, disent-ils, ni Pline ^ en parlant de ce Curtius Rufus, ne font la moindre allusion à des travaux littéraires quelconques, ils n'auraient pas manqué d'en parler, si la chose eût été possible; ce Curtius Rufus n'est donc pas l'historien. Une objection de cette nature, si elle était émise à propos d'un moderne, aurait quelque valeur, l'habitude des périphrases et des allusions aux productions littéraires ou à la situation sociale des personnes s'est en effet si bien introduite dans nos mœurs que des locutions comme « le plus grand poète du xix'= siècle » ou « le chantre de Rolla » sont devenues d'un usage courant et sont parfaitement comprises.
Les anciens en usaient tout autrement, et nous avons rappelé
1. Erycius Puteanus, éd. de Quinte Ciirce, préface. — J. N. Funccius, De imminenti... Op. L, page 512.