‹ Étude sur Quince CurceChapitre 98 sur 398 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Historique de la question.

Résultats (les premières recherches. — Leur diversité, cause de cette diversité.

« Pour bien juger du degré de créance que méritent les histoires de Tite-Live et de Denys d'Haliearnasse, il est nécessaire d'examiner sur quoi ils fondaient leurs relations '. » Ce principe de critique historique, formulé nettement pour la première fois par de Beaufort, a été depuis généralisé, et il est devenu le point de départ d'une rénovation des études historiques. La dissertation, qui est le développement clair et méthodique de ce principe fécond, adonné naissance à une foule d'ouvrages de forme un peu différente, mais inspirés du môme esprit, les monographies sur les sources des historiens anciens. C'est à partir du commencement du xix® siècle, et en Allemagne surtout, que ces monographies se sont multipliées. Chaque année en voit éclore au moins une douzaine, et, on peut l'affirmer sans exagération, il n'est pas un historien grec ou romain qui n'ait été étudié plusieurs fois à ce point de vue spécial.

C'est dire que les historiens d'Alexandre n'ont pas été oubliés. Plus que tous les autres d'ailleurs ils appelaient l'attention de

1. L. DE Beaufort, Dissertation sur Vincertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, éd. A. Blot, Paris, Maillet, 1866, page 110.

la critique. Ils ont été tellement accusés de légèreté, même par les anciens *, on a de telles preuves du peu de conscience historique de quelques-uns d'entre eux ^, que l'on se demande toujours s'ils n'avaient pas sur l'histoire les mêmes théories que Paul Jove, et s'ils n'auraient pas fait ingénument la réponse que G. Bouchet ^ prête à cet historien : « estant blâmé de men- « songe en son histoire, dit Fauteur des Sérces, P. Jove le con- « fessa, adjoutant néantmoins qu'une chose le confortait qui « estoit l'asseurance qu'il avoit que dedans cent ans il n'y au- « roit escript aucun, ne personne, qui dist le contraire de ce « qu'il avoit mis en son livre, et par ainsy que la postérité croi- « roit tout ce qui estoit couché dans son histoire. »

Plus d'un historien, parmi les contemporains d'Alexandre, eût pu répondre de même; en tout cas, plus d'un écrivit comme s'il professait intérieurement les mêmes opinions sur l'histoire que P. Jove. C'était donc pour la critique un impérieux devoir que de rechercher si quelques-uns de ces historiens fantaisistes avaient servi de guides à Diodore, Trogue Pompée, Quinte Curce, Arrien, Pkitarque. Ces écrivains, en effet, racontant des événements dont ils étaient séparés par trois ou quatre siècles, avaient dû faire un choix parmi les travaux de leurs prédécesseurs, et ils ne pouvaient prétendre à être considérés comme des historiens sérieux qu'à la condition d'avoir puisé à des sources sûres.

Cette enquête fort délicate a été sérieusement entreprise pour la première fois par Sainte-Croix ^; après lui, elle a été continuée par de nombreux savants, dans des histoires générales de la Grèce ^, dans les éditions des divers historiens d'Alexandre, dans des travaux particuliers. La question des sources de Quinte Curce, la seule qui doive nous occuper, n'a véritablement été traitée à fond que dans ces vingt dernières années. Elle avait été cependant soulevée et assez légèrement résolue à une époque bien antérieure. Dès le xv^ siècle, les savants l'avaient examinée, mais ils n'avaient pu trouver une solution qui les mît tous

i. Cf. Sthabox, XV, page 480.

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