‹ Étude sur Quinte Curce [microform]Chapitre 249 sur 386 · Quinte Curce, III, vi, 6; VI, x · texte numérisé non relu

Quinte Curce, III, vi, 6; VI, x

4. Quinte Curce (VI, x, 8, sqq.). — Cf. Sénèque {Ep. 82) : «< interrogatiun-

QUINTE CURCE MORALISTE

Il ne faudrait pas conclure de tout ce qui précède que Quinte Curce soit un stoïcien rigoureux; ce serait méconnaître absolument le caractère romain. A Rome, les esprits étaient éminemment pratiques et ils cherchaient volontiers avant tout le profit moral , comme dans un tout autre ordre de choses ils cherchaient le profit matériel. Aussi philosophes et moralistes — ces derniers surtout — ne se faisaient aucun scrupule de passer d'une école à une autre; ils le déclaraient du reste hautement *. Et cela s*explique — on l'a fait remarquer avec justesse - — par ce fait que la morale, s'efforçant avant tout d'être pratique, c'est-à-dire de s'appliquer aux circonstances, change aisément avec elles. Sénèque, qui aimait à se couvrir de l'étiquette stoïcienne, a emprunté aux épicuriens ses plus belles pensées sur l'amour de la vertu, sur le mépris de la souffrance et de la mort, sur la fuite des plaisirs.

Quinte Curce, qui nous est jusqu'à présent apparu comme un stoïcien, a néanmoins plus d'une théorie morale en contradiction avec les doctrines du Portique. Il semble admettre — contrairement à l'opinion stoïcienne — que l'âme et le corps sont de nature différente. « Puisqu'il ne nous reste d'Alexandre, dit « Perdiccas, que ce qui ne saurait avoir de part à l'immortalité, « acquittons-nous au plus tôt de ce que nous devons à son corps « et à sa mémoire ^. » Les stoïciens avaient une foi aveugle dans la divination *; Quinte Curce n'y croit pas et ne laisse échapper aucune occasion d'en montrer la vanité, de s'emporter contre cette superstition ^. Il n'admet pas davantage la théorie carac-

culas nectis; » et sur l'abus de la dialectique chez les stoïciens, Friedl.cn- DEK, Op. L, t. IV, page 401, sqq.

1. Horace, Épitrcs, I, i, 14 : nullius addictus jurare in verba luagistri. — Sénèque {Ep. II, 5) : soleo enim et in aliéna castra transire, etc. — Cf. C. Mahtha, les Moralistes, Op. L, page 42.

2. G. BoissiER, la Religion romaine^ Op. t., t. II, pagû 64, et sur l'écleclisiue des Romains en général, t. Il, page 91.

3. Quinte Curce, X, vi, 7. — Cf. G. Boissier, la Religion romaine, Op. /., t. II, page 67, sqq.

4. A Bouché-Leclercq, Histoire de la divination....^ Paris, Leroux, 1879, t. I, page 58.

5. Quinte Curce, IV, vi, 12; x, 7, xv, 26; V, iv, 1; VII, vu, 8, 21; iv, 18, etc. Il faut remarquer cependant que certains stoïciens, Panctius par exemple, ne croyaient pas à la divination. Cf. E. Zeller, Op. L, t. III, Ifc partie, page 317. — Sénèque avait écrit contre la superstition, cf. G. Bernhardy, Op. l., page 300.

térislique du suicide *, que Sénèque loue si fort ^ Il a eu des idées très larges en matière philosophique; il s'est laissé entraîner à ses souvenirs, il a subi rinfluence de toutes les doctrines qu'on professait autour de lui; il les a même dépassées; n'a-t-il pas été soupçonné de christianisme et n'a-t-on pas rapproché une de ses maximes d'une parole de saint Paul ^?Par cette liberté d'allures, Quinte Curce est bien de son temps; il est éclectique comme l'avait été Horace, comme l'était Sénèque *. Quinte Curce est moraliste et philosophe éclectique, et cependant, en lisant ces innombrables maximes qui n'appartiennent proprement ^ ni à la philosophie, ni à la rhétorique, mais qui participent un peu de toutes les deux, en songeant à ces réflexions d'une banalité vulgaire sur « l'audace heureuse qui ne sait s'arrêter ^ » ; sur « la flatterie, ce malheur éternel des rois" »; <( sur la gloire que souvent on doit plus au hasard qu'au cou- « rage ® » ; sur « la peur qui exagère tout ^ »; « sur les caresses « de la fortune dont l'homme ne sait pas assez se défendre *° », on en vient à se demander si c'est bien à un moraliste et non pas à un rhéteur que l'on a eu affaire ; on hésite, on ne tarde pas cependant à le reconnaître, Quinte Curce est bien moraliste, mais c'est un moraliste qui, comme Crassitius **, a passé par l'école du rhéteur avant de suivre les leçons des philosophes.

i. QuiME Curce (V, xir, 11) : « Forsitan mireris qiiod vitam non (iniam : alieno scelere quam nieo mori malo. »

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