CONCLUSION
sur les champs de bataille, elle l'a peut-être empêché d'attacher autant d'importance qu'il aurait fallu au choix et à la critique des documents historiques.
Enfin cette préoccupation s'est traduite dans la composition, par des retours inutiles sur les événements déjà racontés, dans le style, par ces maximes, ces réflexions dont l'expression parfois compassée et froide contraste désagréablement avec la vivacité du contexte.
Sorti des écoles des rhéteurs, habitué par conséquent à ne voir dans les questions les plus complexes qu'un seul élément, celui qui prêtait le plus aux artifices oratoires, Quinte Curce n'a indiqué qu'en passant, et en termes peu exphcites, cette lutte solennelle qui mettait aux prises la civilisation et la barbarie * ; il n'a pas compris les talents politiques de son héros, il n'a pas deviné la grande idée qu'avait eue Alexandre de fonder un empire universel avec Babylone pour capitale, il n'a vu dans l'adoption des mœurs et du luxe des Perses que l'erreur d'un esprit enivré d'orgueil *, il a pris pour des accès inconscients de bonté les procédés généreux dont Alexandre usait envers les vaincus; il n'a pas rendu justice à ses talents militaires, et ici le Romain, jaloux de tant de gloire, s'est uni au rhéteur et au philosophe pour expliquer par le hasard une si prodigieuse fortune '.
L'influence des lectures publiques ne lui a guère été moins préjudiciable. Elle a entretenu et développé les habitudes^ les défauts qu'il tenait de l'éducation et du milieu où il
vivait.
Ce ton oratoire, dont la continuité nous choque, était le seul qui convînt au lieu où Quinte Curce lisait son œuvre; ces sentences, ces pointes, toutes ces recherches de style qu'on a tant critiquées, étaient commandées par le goût des auditeurs; quelque penchant que Quinte Curce ressentit pour les classiques, quelque admiration qu'il eût pour Tite Live, son modèle et peutêtre son maître S il lui fallait bien accorder quelque chose à la jeune école, à ces novateurs qui voulaient tout ignorer du passé