‹ Étude sur Saint Germain [microform], moine bénédictin d'abord prieur de Talloires ensuite solitaireChapitre 12 sur 38 · GERMAIN FAIT LE PELERINAGE DE TERRE-SAINTE · texte numérisé non relu

GERMAIN FAIT LE PELERINAGE DE TERRE-SAINTE

Et tibi reddetur votum in Jerusalem.

Et on vous rendra, Seigneur, des voeux dans Jdrusalem. Ps. 64.

D6part de Germain.

Ab Abbate facultatem illustrium Orbis terrse et prsesertim Terrse Sanctse ecclesias peregre invisere oppetit et obtinet, quibus in itineribus plurima incommoda in memoriam Christi passus est et sustinuit....

II (Germain) sollicite et obtient de 1'Abbe la per- . mission de visiter en pelerin les eglises celebres du monde et specialement celles de la Terre-Sainte. Dans tons ces voyages, il eut beaucoup a souffrir, en souvenir et pour 1' amour du Christ....

L'eglise et le monastere de Talloires acheves, nous

avons vu Germain reprendre la route de son monastere de Savigny oii il fut peut-etre rappele. Lui-meme put aussi demander la faveur d'y rentrer. Ce depart de Talloires n'etait pas un adieu. Ge prieure etait 1'oeuvre de Germain ; il y devait vivre et mourir. Mais, entre temps, rendu a lui-meme et decharge momentanement de toute superiorite, il pensa donner a ses annees de liberte, un emploi utile a son esprit autant qu'a sa piete. A cette fin, il sollicita la faveur de faire le pelerinage des plus celebres sanctuaires de la chretiente. En Occident, les eglises les plus en renom, a cette epoque, etaient celles de St-Jacques de Compostelle, de St-Martin de Tours, du Mont-Gargan, du Mont-Gassin, enfm celles de Rome. Germain visita-t-il en pelerin toutes ces eglises ? D'apres le texte de la Legende, on peut -le croire.

Mais un grand pelerinage n'etait pas complet, s'il ne comprenait pas Jerusalem et la Palestine. La Legende dit positivement que Germain alia jusqu'au tombeau du Sauveur. Bien d'autres, dans ce meme temps, cederent au meme desir (1).

II conste, en effet, qu'apres 1'an mil, surtout depuis 1030, le pelerinage de Jerusalem reprit un grand essor. Par escouades, c' etait trop peu ; par centaines et par milliers, on voyait les Chretiens s'acheminer vers I'Orient, conduits par un Abbe, un comte, un eveque : les Groisades commenQaient (2).

' (l) Rorbacher, tome xm, p. 464.

(2) On trouve quelques pfelerinages accomplis en caravane des le commencement du XP siecle. Vers 1012 (L6on d'Ostie dit : vers 1'an 1003) 40 pelerins Normands, revenant des Lieux-Saints, arrivaient a Salerne. En 1022, Saint Richard, abb6 de Saint-Vanne, y conduisait

Germain etait rentre a Savigny des 1030 ou 1031. Vu 1' extreme disette qui desola tout particulierement le royaume de Bourgogne, pendant les annees 1030, 1031,

1032, et qui ne finit qu'avec la recolte surabondante de

1033, on ne peut guere admettre qu'il ait songe a son depart avant 1'annee 1034. Vers ce temps-la, Germain demanda a son superieur la benediction du depart. Gomme tous les autres, il avait a la main le bourdon, et pendante a son epaule 1'escarcelle du pelerin. On le dit avoir souffert de nombreuses et de grandes incommodites dans ce pelerinage : c'etait la destinee commune. Les pelerins penitents voyageaient pieds nus, couverts d'un cilice et d'autres instruments de penitence. Germain n' etait pas de ceux-la ; il etait pelerin de devotion. Mais il allait a Jerusalem suivre les pas du Sauveur montant au Calvaire; comment, dans sa foi ardente, n'aurait-il pas parseme son voyage de penitences et d'austerites volontaires ? En tout cas, il eut a subir les fatigues et les privations inseparables d'un si dur et si long voyage, qui se faisait a pied ou sur quelque monture. Ce dernier adoucissement etait en effet permis aux moines voyageurs. Quelques annees plus tard, Pierre 1'Ermite fit toutes ses courses sur une mechante anesse.

La nuit venue, le pelerin demandait a quelque porte 1'hospitalite de la nuit, comme, sur tous les rivages, il sollicitait une place pour traverser le fleuve ou la mer.

Tant qu'il foulait la terre chretienne, il etait reli-

700 pelerins. Ce pfelerinage fit grand bruit. En 1034, Robert, comte de Normandie, partait avec lout un peuple. L'ann6e suivante, en voie de retour, il mourait a Nice"e. En 1038, rnourait aussi a Belgrade, Rambert, ev6que de Verdun, en route vers le me'me but.

gieusement, respectueusement accueilli ; la foi de ces temps faisait du pelerin comme une personne sacree. Mais tout autre devenait son sort, des qu'il arrivait chez les infideles ; les vols, les avanies, les mauvais traitements etaient ses moindres epreuves. Germain eut done aussi beaucoup a souffrir, dit la Legende, bien qu'elle n'entre, en cet endroit, dans aucun detail.

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