‹ Étude sur Saint Germain [microform], moine bénédictin d'abord prieur de Talloires ensuite solitaireChapitre 13 sur 38 · I II · texte numérisé non relu

I II

Germain revient des Lieux Saints a son Prieur6 de Tailpipes.

Et in testimonium siue peregrinationis plures Reliquias ab Hierusalem in suo csenobio Tallueriarum asportavit et reliquit : quarum nomina et memoriale hoc in parchameno describuntur et annotatur...

En temoignagne de son pelerinage, Germain apporta et deposa plusieurs reliques dans son monastere de Talloires. Les noms et le catalogue en sont decrits et annotes dans ce parchemin...

Ordinairement a son retour, le pelerin deposait, aux cotes de 1'autel, le baton de son pelerinage, et quelquefois une palme apportee de Jerusalem. Germain, plus heureux. revint avec des souvenirs beaucoup plus precieux. Pour comprenclre avec quelle joie, quel enthousiasme sa jeune eglise de Talloires dut le recevoir, il faut se rappeler le haut prix que la foi de cet age attachait aux saintes Reliques. Les empereurs et les rois ne savaient pas alors echanger entr'eux un plus beau gage

d'amitie, et ils rivalisaient a qui les enchasserait avec plus d'art, de gout et de richesse. Uri suzerain se defiaitil d'un vassal ? II ne doutait plus de sa fidelite, des que ce vassal lui en avait fait le serment, la main posee sur un reliquaire. On voit les saints Abbes, les pieux eveques de ce temps recourir a leurs cheres Reliques, quand approchait la derniere heure ; pour mourir, ils voulaient les avoir, ou dans leur main defaillante, ou placees sur leur coeur.

Si par bonne fortune, une eglise recevait la faveur d'une Relique un peu insigne, sans tardei 1 elle devenait le but d'un grand concours, d'un grand pelerinage.

Un monastere nouveau s'elevait-il? il lui fallait des Reliques; parce qu'apres son annee de probation, le novice venait, au nom des Saints du monastere et devant leurs Reliques, demander aux superieurs la grace d'etre admis a la profession (1).

Le Prieure de Talloires devait etre dans ce cas. Releve depuis peu, probablement il manquait encore de Reliques. Se tromperait-on, en supposant que le desir et 1'espoir de lui en procurer ne fut pas le dernier mobile du pelerinage de Germain ? Dans nos con trees, on ne possedait encore a cette epoque que peu de Reliques, et les eglises qui en etaient depositaires, s'en montraient plus que jalouses. A Rome meme, on en avait perdu la rneilleure source, en oubliant, en laissant s'obstruer le chemin des catacombes. L' Orient etait done le point de mire, le reve de tous ceux qui desiraient en

(l) Mabillon, Prsef. I in 4 m Saec.

obtenir. II faut croire aussi qu'avant le schisme consomme (il le fut en 1053), les eveques d' Orient etaient assez disposes a faire part de leurs saintes richesses a leurs freres d'Occident. G'etait les soustraire aux rapines certaines des musulmans deja maitres de Jerusalem, et manifestement en route sur Constantinople.

La Legende nous dit que Germain fut assez heureux pour obtenir ainsi plusieurs reliques dont on gardait les noms a Talloires. II faut en conclure, ce nous semble, que Germain ne parut pas en Orient comme un pelerin de condition commune. II dut, on presenter de hautes recommandations, ou voyager en la compagnie de quelque personnagede marque (1).

Le catalogue de ces reliques par lui apportees de Jerusalem, ne nous est pas parvenu : nous en ignorons done le nombre etle prix. Seulement, il nous conste que la tradition du monastere mettait, au nombre de ces reliques dues a Sain I Germain, la parcelle de la vraie Croix que nous avons ci-devant mentionnee (2). Gette insigne relique est restee a Talloires jusqu'au depart des moines et on 1'y tenait en grand honneur. Au commencement du XVIIP siecle, Dom Martene et Dom Durand 1'ont signalee dans leur Voyage de deux Benediclins (3) : Nous vimes (a Talloires) un morceau de la vraie Croix avec laquelle on donne la benediction au peuple a la porte de 1'eglise... Les Us et Pratiques du

(1) Les Me'moires disent au sujet de ces Reliques : Nous croyons qu',il (Germain) les obtint par la requeste d'Ermengarde.

(2) Page 16.

(3) Voyage de deux Bdne'dictins, Paris, 1717, page 119. Le Chronicon Tallueriense parle de cette Relique absolument dans le me'me sens, page 518.

monastere mentionnent frequemment cette Relique. Elle etait enchassee dans une petite croix patriarchate et se gardait dans le tabernacle lui-meme. Un pretre la portait, avec une eeharpe, aux principales processions de 1'annee; et, tous les jours, apres la Messe conventuelle, le Celebrant s'avangant jusqu'a une des portes de 1'eglise, benissait le temps avec cette croix. Cette benediction, lit-on dans les Us et Pratiques, nous rappelle deux choses : 1 qu'elle est tres ancienne dans cette maison...-:.; 2 que le bois de la Sainte Groix qui est enchassee dans celle avec laquelle on benit le temps a ete apporle, dit-on, de Jerusalem, par notre Saint Germain, dans le voyage qu'il fit dans la Terre Sainte... Notre Relique est sans authentique ; mais le culte, avec lequel nous 1'honorons, n'est pas cependant sans fondement, puisqu'il est appuye sur une ancienne tradition, qui de main en main est parvenue jusqu'a nous... (1).

Apres quoi, 1'auteur remarque fort judicieusement que Saint Germain pourrait bien avoir apporte cette Relique de Constantinople plutot que de Jesusalem : ce qui, vu le temps, est en effet plus probable. Malheureusement nous ne trouvons plus trace de cette Relique, a Talloires, apres la Revolution. A-t-elle peri dans le naufrage ? Ou bien, apres avoir fait la joie du monastere pendant plus de sept siecles, les moines, au jour de leur fuite , Tont-ils emportee comme leur plus cher tresor et une supreme esperance ? Nous le croyons plutot, et, franchement, nous ne saurions leur en faire un reproche.

(1) Us et Pratiques de Talloires, page 119.

GHAPITRE IV.

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