‹ Étude sur Saint Germain [microform], moine bénédictin d'abord prieur de Talloires ensuite solitaireChapitre 18 sur 38 · DEPUIS SA MORT JUSQU'A SON ELEVATION SUR LES AUTELS, EN · texte numérisé non relu

DEPUIS SA MORT JUSQU'A SON ELEVATION SUR LES AUTELS, EN

Etiamsi mortuus fuerit, vivet.

Et bien qu'il soil mort, il vivra.

Joan., XI, 25.

Germain fut honore" comme Saint peu de temps apres sa mort.

Pour monter jusqu'aux honneurs d'un culte religieux populaire, il n'a jamais suffi de laisser, apres une mort precieuse, une memoire benie, des exemples de grande vertu, des preuves merae d'une vraie puissance d'inter-

cession pendant la vie : il faut qu'on puisse constater cette meme saintete, cette meme puissance aupres de Dieu apres la mort. De la cette sage reserve, cette espece d' abstention, d'hesitation en matiere de culte qui s'impose aux fideles apres la mort d'un Saint. Pour en sortir, on attend un signe de Dieu et 1'assentiment des Superieurs ecclesiastiques.

Chose precieuse ! Nous croyons tenir un document qui remonte a ce temps d'attente qui suivit la mort de Germain. G'est un projet d'epitaphe pour sa pierre tombale. II se lit, ecrit de la meme main et sur la meme feuille, incontinent apres le texte de la Legende dont il a ete beaucoup parle dans ce travail. Nous le donnons fidelement avec son en-te"te.

Quod sequitur epitaphium in veter. m. scri de S. Viro Dei Germ, conscrip. ex cer Talluer.

Omne quod est genitum natura constat ut ipsum

Unde fuit Redeat principiumque petat.

Sic Geremanus virtutum munere clarus

Ipsi in dando polo Reddidit ossa solo

Huic dum vita fuit patriam probitate Replevit

Gonfirmando bonos, ore placando Reos

Ad Dni laudem hoc templum struxit et sedem

Ne Xp5 vacuus adforet iste locus

Quo vitam monachus Gessit qui mitis ut agnus

Lesus non doluit ledere non voluit

Pro cujus voto die lector pectore toto

Det tibi perpetuam perpetuus veniam

L'dpitaphe qui suit (se lit) dans un vieux manuscrit

concernant le saint homme de Dieu Germain, manuscrit tiri

du monastere de Talloires.

<i C'est une loi que tout ce qui est produit par la nature Retourne a sa source et a son principe.

G'estainsi queGeremain (1) celeb re parle don desvertus En donnant son ame au ciel a rendu son corps alaterre

Durant sa vie, il fut dans son pays (2) un grand homme

[de bien

Par sa parole affermissantlesbonsramenantles mauvais Pour la gloire de Dieu il batit ce temple et ce saint lieu (3)

(1) C'est bien Geremanus (Geremain) qu'on lit dans celte e"pitaphe. Etait-ce vraiment le nom primitif de notre saint Prieur? I/usage a prevalu de 1'appeler : Germain.

(2) Nous traduisons : pairiam du cinquieme vers, par le mot pays, et non par celui de patrie, parce qu'e>idemment il s'agit ici du pays qu'a habit6 Germain, et non de la Belgique, qui 1'a vu naitre.

(3) Nous entendons par : templum et cedem construit par Germain, son oratoire de solitaire bati sur la montagne, et dont nous avons jusqu'ici beaucoup parl6. On pourrait nous objecter : Ces expressions appliquees k un petit oratoire sont exage"r6es, elles ne spnt pas naturelles. On sait que Germain fut pre"pos6 a la construction de la belle et grande e"glise d'Ermengarde a Talloires ; n'est-ce pas plut6t le souvenir de cette ceuvre que veul perp6tuer re"pitaphe ? Et voici ce qu'on pourrait dire en faveur de cette interpretation : Apres la mort de Germain, on aura pens6 tout d'abord descendre sa sainte d6pouille dans I'e'glise du monastere, Dans cet espoir, une 6pitaphe aura 6te projetee dans ce sens, c'est-a-dire en rappelant, a 1'nonneur de Saint Germain, qu'on lui devait cette belle 6glise : hoc templum et cedem. Le saint corps ayant e"te" enseveli et maintenu dans 1'oratoire, cette 6pitaphe, devenue un hors d'oeuvre, aura 6t6 re!6gu6e dans les archives pu elle a 6t6 retrouv^e.

Cette explication ne serait qu'ingenieuse. II s'agit bel et bien dans l'6pitaphe du petit oratoire de la montagne. Germain a bali ce temple, dit-elle, pour que ce lieu ou il avail v6cu ne fut pas sans le Christ : Christo vacuus. Or, cela ne peut convenir qu'k 1'oratpire, sans lequel en effet ce site ou avail v6cu Saint Germain n'aurait jamais 6t6 qu'un rocher vulgaire el lout profane ; tandis qu'k Talloires se trouvait, de vieille date, l'e"glise de la Celle primitive, 'pour servir encore de demeure a J6sus- Christ, si Germain n'eut pas trouve bon d'en construire une nouvelle. ,

Quant aux expressions : templum et cedem, il est vrai qu'elles forment pl^onasme, mais elles s'appliquent fort bien, niSme aux petites chapelles. Les pai'ens les employaient d6ja pour designer leurs temples, qui 6taient fort souvent de tres-petite dimension.

Afin que le Christ fut present en cet endroit Ou il a vecu moine. Doux comme un agneau

II ne se plaignit pas quoique offense, et refusa de se

[venger (1)

Selon son desir, 6 lecteur, dis de tout ton cceur Que 1'Eternel te donne un pardon eternel (2).

Cette piece, par sa latinite, se range d'elle-mme en plein Moyen-Age. Le XI 6 siecle peut la revendiquer sans difficulte. Elle porte cet autre caractere d'antiquite : on n'y trouve point le titre de Saint ou de Bienheureux accole au nom de Germain. Nous la regardons comme un premier jet, une ebauche d'epitaphe elaboree peu apres la mort de Germain. Cela ressort de la physiononaie meme de la piece. Elle celebre les vertus eminentes de Germain pendant sa vie , mais 1'eloge ne depasse pas la tombe. Selon le sens le plus naturel, on n'y prie pas encore Germain ; lui-meme, au contraire, demande qu'on sollicite son pardon aupres de 1'Eternel. Assurement ce n'est pas encore le Saint Germain que

(1) II se cache dans ce vers une allusion que nous n'essaierons pas de devoiler. I/histoire s'en taisant, comment, a une si grande distance, retrouver 1'auteur d'une persecution dpnt Germain fut 1'innocente victime ? On apprend du moins que Dieu ne lui 6pargna pas cette epreuve connue des Saints. Comme eux tous, Germain en triompha en jetant les yeux sur Jesus, TAgneau divin qu'il imita dans sa douceur.

(2) On trouve que ees deux derniers vers comportent deux sens. Le premier qui se presente comme le plus naturel est celui-ci : Selon son desir (d6sir de Germain), 6 lecteur, dis de tout ton coeur : Que 1'Eternel te donne (a toi Germain) un pardon eternel. A Tinstar de tant d'autres, cette epitaphe demande done une priere pour Germain lui-me'me.

Un arch6ologue fort savant auquel nous 1'avons soumise nous a suggere cet autre sens qu'il regarde comme possible : Selon son desir (d6sir de Germain), 6 lecleur, dis de tout ton eoaur : Que 1'Eternel te donne (a toi lecteur) un pardon 6lernel. Germain ne se recommanderait plus ici aux prieres du lecteur, il 1'engagerait plutol a solliciter lui-me'me le pardon de ses propres faules.

les graces obtenues et le concours des fideles vont rendre si populaire. Aussi ce projet d'epitaphe dut bien vite etre reconnu et abandonne comme insuffisant. On dut voir en effet se realiser dans 1'oratoire de Saint Germain ce qui se reproduit communement sur la tombe de tous les Saints. Les fideles avaient tenu Germain pour un Saint pendant sa vie, ils le crurent tel encore apres sa mort. C'est pourquoi ils ne purent se defendre de recourir a lui. Ils ne le firent d'abord que discretement, isolement et sans bruit. On le visitait, on s'agenouillait sur sa tombe. Dieu repondit a cette confiance par des graces visibles, probablement par. des guerisons. Bien tot ces graces furent connues ; le pelerinage s'en accrut, et enfin, de jour en jour, il devint tel qu'il s'etablit, dans son oratoire, une vraie devotion, un vrai culte en son honneur. Un de nos documents nous dit le petit nombre d'annees qu'il fallut pour en arriver a ce point : c'est 1'inscription de la grolte (1). Germain, dit-elle, mourut vers 1'an mil, et il est honore par les fideles des 1'annee mil quatorze. Nous avons discute ces dates. Quelle qu'en soil la valeur reelle , on pent clu moins et conclure qu'il etait reste, dans le monastere de Talloires, ce souvenir, cette tradition qu'il s'etait ecoule un intervalle bien 'court (environ quatorze ans) entre la mort de Germain et le jour ou les fideles lui aclresserent ouvertement un culte religieux. La vraie date de sa mort s'etait ensuite perdue. Ge detail de son culte si vite etabli etait reste. La tradition, qui -est la memoire du peuple, rend souvent de tels services a 1'histoire.

(1) Voyez page 10.

Ainsi le culte de Saint Germain, reconnu immemorial par Saint Frangois de Sales au XVII 6 siecle, remonterait en realite a une date fort voisine de sa mort, c'est-adire, selon nos appreciations precedentes, au commencement du XIP siecle. Ge culte populaire assurement ne put pas s'etablir ni se continuer sans 1'agrement de 1'autorite episcopale. Bientot, croyons-nous, il regut 1' encouragement d'une autorite plus haute, celle du Souverain Pontife lui-meme.

G'est un grand bonheur que dans le naufrage des documents anciens, il nous soit reste cette petite note marginale ecrite, au XVIP siecle, par le P. Nicolas de Quoex, sur la copie du Martyrologe (1). Cette note, selon nous, porte la preuve que le XIP siecle n'alla pas loin, avant que le nom de Saint Germain parvint a la connaissance du Pape.

Germain etait mort sur la fin du XP siecle, avonsnous dit ; et on Tinvoqua des le commencement du XIP. L'an 1145, monta sur le trone de Saint Pierre, un ancien moine de Giteaux, Eugene III. Ce Pontife, a la priere des moines de Talloires ou de 1'eveque de Geneve, accorda des indulgences a ceux qui recouraient a Saint Germain. Nous le deduisons du moins de la note du Pere de Quoex ainsi congue : Ce que nous disons ici de Saint Germain, nous 1'avons tire d'un vieux Codex manuscrit conserve dans ce monastere, et d'un antique diplome d'indulgences accordees par le tres-saint seigneur Eugene troisieme...

Gette note, a la verite, ne dit pas expressement que

(1) Voyez cette note h la page 7 et 8.

ces indulgences accordees par Eugene III etaient attaehees a quelques pratiques ou prieres en 1'honneur de Saint Germain, mais elle le dit equivalemment. Le Pere de Quoe'x nous y apprend qu'il avait trouve dans ce diplome d'indulgences, des notions sur Saint Germain. Si ce diplome, portant octroi d'indulgences, n'eut pas eu pour objet quelque priere en 1'honneur de ce Saint, ce diplome n'eut pas fait mention de lui, puisqu'il ne le concernerait pas. On sait que ces Actes de la Chancellerie apostolique se bornent rigoureusement a leur sujet. Si done ce diplome parlait de Saint Germain, c'etait parce que les indulgences octroyees regardaient quelque priere en son honneur (1).

Ge diplome d'indulgences etant perdu, nous n'en connaissons pas la date. On peut cependant la presumer. En 1145, Eugene III, dansune Bulle speciale, prit sous sa protection le monastere de Talloires avec tous ses biens (2). En 1147, ce meme Pontife passa les monts, stationna a Sion, a Saint-Maurice en Valais, sejourna plus d'un an en France, visitant les monasteres de Citeaux, de Glairvaux, etc., etc. Vraisemblablement Eugene III aura accorde ce diplome d'indulgences pendant ce dernier voyage, si deja il ne 1'avait fait en 1145, en donnant sa Bulle de protection pour Talloires.

(1) D'apres la discipline moderne (D6eret de la Congre"g. des Rites du 16 juin 1674), les Papes n'accordent plus d'indulgences en faveur d'un Saint, si son nom n'esl pas inscrit au Martyrologe remain, et s'il n'est pas au moins beatifi6 par le Saint-Sie"ge. 11 n'en fut pas toujours ainsi. Voir Benolt XIV, dans son trait6 : De Servor. Dei Beatif., Lib. iv, P. n, cap. xix, 12.

(2) Inventaire de Talloires, page 104, art. 4.

Le culte de Saint Germain continue pendant les XIII, XIV, XV

et XVP siecles.

Nous avons vu Saint Germain honore par les Fideles, et des indulgences accordees en sa faveur par le Souverain Pontife des le XIP siecle.

Dans le cours du XIIP et du XIV e , nous ne rencontrons dans YInventaire de Talloires aucune piece faisant mention du culle de Saint Germain.

Les documents qui nous restent du XV e siecle sont plus nombreux. Aussi dans le nombre il s'en trouve deux de tres-modeste apparence, mais en realite de tres-grande portee, parce qu'ils temoignent, en faveur de ce culte, non-seulement pour ce siecle, mais encore pour les precedents. Les voici : On lit dans YInventaire de Talloires : Albergement fait par Jean de Lornay, religieux sacri stain du Prieure de Talloires en septembre 1492, a Louis Clavei de Talloires, scavoir de deux fossores de terre sur le Viuz sous 1'introge de cinq florins employes a la reparation de 1'eglise de Saint Germain (1). Deduisons les consequences ressortant de la teneur de cet acte.

Germain y porte hautement le nom de Saint : Eglise de Saint Germain, y est-il dit, evidemment parce que tel etait son nom populaire. On ne parle plus ici de

(l) Invent, page 175, acte 163.

1'oratoire de Saint Germain, comme au moment de sa mort. Ce meme petit edifice est maintenant appele : Eglise de Saint Germain, sans doute parce qu'il avait ete agrandi et transforme en chapelle ou petite eglise.

En 1492, ce primitif oratoire, devenu chapelle ou petite eglise de Saint Germain, reclamait des reparations. Sous cette derniere forme, il n'elait done plus recent, il datait de loin.

Gette petite eglise ou chapelle de Saint Germain dependait du sacristain du monastere de Talloires. La qualite de cet administrateur demontre que cette chapelle n'etait pas sans quelques ceremonies, sans quelques pratiques de culte public.

Enfin le fait meme de cette chapelle etablie et toujours maintenue sur le tombeau de Saint Germain est, a lui seul, une preuve peremptoire de son culte, et de la persistance des pelerins a venir le prier en ce lieu.

La reparation de la chapelle de Saint Germain ne resta pas a 1'etat de projet. Nous avons sous les yeux, 1'Acte meme d'un albergernent du 22 mars 1499 fait par Robert de Mouxy, egalement sacristain de Talloires. En Gette qualite, il cede au meme Louis Clavel en albergement et emphytheose perpetuelle, environ deux fossorees decrites et bien designees, sous le servis annuel d'une obole de Geneve et sous 1'introge de trois florins d'or, lesquels trois florins il temoigne avoir deja regus et employes a la reparation de la Ghapelle de Saint Germain. Et quod inlrogium assent idem albergator implicuisse in reparations Capelle Sancti Germani (1).

(l) Get acte se conserve dans la famille Chappet, de Talloires.

Le XVP siecle arrive a son tour. L'etat de choses que nous venons de constater, ne pouvait que continuer. Un document de 1569 (1) nous apprend meme que les pelerins visitant la Ghapelle y deposaient une offrande. Nous lisons : Ascensement passe en 1569 par Dom Pelard, relligieux sacristain de Talloire qui admodie a M re Ame de Quoex toutes les oblations de 1'oratoire monachal de Saint Germain

Gette mesure prise par le Religieux sacristain est 1'indice d'offrandes appreciables. Partant le pelerinage etait toujours en honneur.

II fallait bien que cet antique ermitage de Saint Germain conservat, sur la fin du XVP siecle, tout son attrait, tout son parfum, puisque le pieux eveque de Geneve, Claude de Granyer, ancien Prieur de Talloires, gardait 1'espoir de s'y retirer pour y finir ses jours (2). Ge prelat savait, par sa propre experience, que cette charmante solitude, avec tous ses souvenirs, n'inspirait que recueillement, prieres et pensees de penitence.

Jours auxquels Saint Germain 6tait plus sp6cialement honor6

et invoquS.

Nous venons de constater le culte de Saint Germain jusqu'au XVIP siecle. Nous savons de plus les jours ou le pelerinage a son tombeau prenait des proportions plus

(1) Inventaire de Talloires, page 195, art. 89.

(2) La Vie du R m * Claude de Granyer, page 225.

grandes et devenait un vrai concours. Parlant des temps anterieurs a 1' elevation du Saint sur les autels, 1' article du Martyrologe s'exprime ainsi :

Cuj usque nomen ex eo tempore sic Deus diversis miraculis, illustre, et celebre reddidit, ut ejus corpus quod in ecclesia in eodem monte illi Sancto dicata, asservatur singulis fere anni diebus et prsesertim feria secunda Paschse, Pentecostes, ac in festo Gommemorationis omnium Sanctorum, summa celebritate colitur, convenientibus eo religionis et voti caussa, Ghristi undique fidelibus....

Desce temps la (1'epoque de sa mort), Dieu a rendu son nom si celebre et si illustre par divers miracles, que son corps conserve dans 1'eglise qui lui est dediee sur la meme montagne, est honore avec uiie tresgrande celebrite presque chaque jour de 1'annee, mais particulierement la seconde ferie de Paques, de Pentecote et en la fete de la Commemoraison de tous les Saints, les Chretiens accourant de toutes parts pour cause de religion et de voeu.

Ces trois memes jours de concours au tombeau de Saint Germain, nous sont de me" me indiques dans un autre document rapporte" au paragraphs suivant.

Cette affluence des fideles, si grande en ces trois fetes, avait certainement une raison qui se presente d'ellememe. Tous les lieux de pelerinage attirent une foule plus nombreuse en certains jours, parce qu'ils sont, ces jours-la, enrichis d' indulgences.

Chose remarquable ! La chapelle de Saint Ruph, au

Us

fond de son vallon desert, voyait d e meme affluer les pelerins aux trois memes fetes, a 1'exception de la Toussaint.

Le document qui contient ce detail est de 1487 (1), mais il etait lui-meme une reconnaissance, une constatation d'un etat de choses anterieur et plus ancien. Des indulgences etaient accordees a la visite de 1'eglise de Saint Ruph, ces trois jours-la; le document le dit en termes formels. On sait, d'autre part, que le monastere de Talloires et le pays avaient une bien plus grande consideration et devotion pour 1'eglise et le tombeau de Saint Germain que pour 1'eglise et le tombeau de Saint Ruph. Nous ne pouvons done pas douter que des indulgences ne fussent de meme accordees au pelerinage bien plus considerable qui se faisait a la chapelle de Saint Germain, dans les memes jours.

Survient la question : D'oii venaient ces indulgences ? des Papes ou des eveques de Geneve ? Nous ne pouvons pas donner de reponse precise. Mais nous avons vu le pape Eugene III, dans le X1P siecle, accorder un diplome d'indulgence qui devait concerner quelque pratique en I'honneur de Saint Germain. Ce diplome existait encore au monastere au XVIP siecle ; nous 1'avons vu servir de document au P. de Quoex, pour rediger la mention du Martyrologe. Les faveurs qu'il octroyait n'etaient done pas tombees dans Toubli. Des

(l) Livre de reconnaissance ou sont insets les privileges accorded

par les souverains comtes de Savoye au Prieur6 de Faucemagne ,

et encore la teneur de la concession des indulgences accordSes a son eglise (eglise dite de Saint Ruph) les seconds de Paques, de la Pentecote, et le jour de 1'Assomption de Notre-Dame... Le dit livre est de 1487 (Inventaire de Talloires, page 173, art. 152).

qu'on les connaissait, il va de soi qu'on s'empressait d'en profiter et de les recueillir, comme on avait fait jusque-la. Partant, nous ne voyons pas pourquoi Ton ne ferait pas remonter ainsi jusqu'a Eugene III toutes ou au moins une partie des indulgences qui, pendant si longtemps, ont attire les fideles au tombeau de Saint Germain dans les trois fetes precitees.

Ajoutons, a 1'endroit du lundi de 'Pentecote choisi pour honorer Saint Germain, une observation qui peut etre serieuse.

Les Bollandistes rencontrant, dans le cours du moyenage, un pelerinage, une procession etablie en 1'honneur d'un saint, le lundi ou le mardi de Pentecote, admettent volontiers qu'il faut voir, dans cette pratique, un reste, un memorial des: Cruces Bannales, Processionnes Bannales (1). On donnait ce nom, dans les X e , XP, XIP siecles, a des processions, a des visites faites par des paroisses en corps a d'autres eglises plus elevees ou plus notables, telles que des eglises cathedrales ou des eglises de monastere (2).

Le but de ces visites ou pelerinages, accompagnes d'offrandes, etait de temoigner de sa dependance ou de sa devotion envers 1'eglise visitee, et Ton choisissait, pour les faire, les jours de la Pentecote, en souvenir des premisses offertes au Seigneur, dans ce meme jour, sous la loi Mosai'que.

Plusieurs eglises (c'est le sentiment des Bollandistes), ont ainsi vu commencer le pelerinage aux reliques de

(1) Par ex. de B. Placidio, xn juin ; de S. Guenov., xxv oct.

(2) Voir du Cange, F Cruces Bannales, e\ les Bolland. au xxv octob. de S. Guenov.

leurs saints. Le petit oratoire de Saint Germain auraitil ete de ce nombre? Son pelerinage au lundi de la Pentecote serait par la-meme demontre de la plus haute et de la plus honorable antiquite.

Mais ce pelerinage ne se bornait pas aux trois fetes que nous venons de nommer. Presque chaque jour de 1'annee (1), nous a dit 1'auteur de 1' article du Martyrologe, Saint Germain etait visite sur sa montagne. Et nous sommes heureux de citer a ce sujet une tres belle page du Coutumier de Talloires. Les pelerins qui, dans le cours de 1'annee, traversaient Talloires, recevaient tous, au monastere, 1'aumone dite du mandat, mandati. Trois prebendes de pain de pur froment (environ six livres), trois potsde vin, trois prebendes de viande ou de fromage selon les jours (environ quatre livres 1/2) etaient distribues entre les pelerins et les pauvres etrangers qui etaient de passage (2). Si tous les pelerins, si tous les voyageurs peu fortunes avaient part a ce large secours, a plus forte raison etait-il toujours gracieusement departi a ceux qui venaient invoquer le Saint, du monastere. Ainsi, la charite des moines et la foi des Chretiens s'elevaient au meme niveau dans ces vieux siecles.

(l) Singulis fere anni diebus.

(2j Inter peregrines et extraneos pauperes Her eorum transeuntes.

Benedictions et pratique observes d'ancienne date, dans la chapelle de Saint Germain.

II n'est pas rare de trouver des prieres, des usages particuliers dans les sanctuaires frequentes par les pelerins. La foi, la devotion des fideles y prennent toujours un plus libre essor.

II nous reste trois benedictions usitees, dans 1'oratoire de Saint Germain, aux trois fetes ci-devant mentionnees. Apres 1' Elevation du Saint sur les autels, le 28 octobre 1621, elles furent continuees aux memes jours et pratiquees, de plus, au jour anniversaire de cette ceremonie. A la verite. ces trois benedictions avaient lieu ailleurs que dans la chapelle de Saint Germain. Les deux premieres sont tirees de 1'ancien Rituel du diocese de Geneve-; elles etaient done connues dans ce diocese. La troisieme est en grande partie la repetition de la deuxieme (1). Neanmoins, elles n' etaient pas d'un usage general ; et, des qu' elles se pratiquaient dans quelques eglises, elles deviennent un temoignage d'autant plus precieux du culte vraiment public que Saint Germain recevait dans sa chapelle (2).

(1) Elle est dans 1'Appendix du Rituel roaiain imprini6 en 1870 a Malines, chez H. Dessain.

(2) Ces trois Benedictions se trouvent in exlenso apres la Messe de Saint Germain. Yoyez aux Pieces justiflcalives (C).

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