DU CULTE DE SAINT GERMAIN DES SON EXALTATION JUSQU'EN
... Nirnis honorificati sunt amid tui, Deus.
Vos amis, 6 Dieu, sont honoris d'une fafon particulifere. Ps. cxxxvra, 17.
Messe en 1'honneur de Saint Germain.
Precedemment (1), faute de preuves suffisantes, nous n'avons pu dire si Saint Germain, avant son exaltation, avait deja une Messe en son honneur. Le doTite sur ce point n'est plus possible, des cette epoque. Nous avons nous-meme trouve, dans la sacristie de Talloires, parmi les vieux livres d'eglise provenant du monastere, deux messes differentes, intitulees : Missa Sancti Germani,
(I) Page 156,
Ces deux messes se suivent et sont sur feuilles isolees, formant un petit cahier qui s'adaptait au Missel. L'annee de 1'impression est 1638, Lyon, chez Guillaume Valfray. Ce n'est pas un seul exemplaire de ces deux messes que nous avons trouve, mais bien deux. L'un est plus complet que 1'autre ; nous le reproduisons (1). Apres les deux Messes, on y trouve le texte des Benedictions dont nous avons parle ci-devant (2), ensuite 1' approbation et la permission d'imprimer donnees par le Vicaire general du Cardinal Louis Duplessis de Richelieu, archeveque de Lyon, le docteur De Ville (3).
La premiere de ces Messes est votive : elle se disait dans le cours de 1'annee, aux jours permis. La seconde est exclusivement destinee au jour anniversaire de la translation de Saint Germain et de la consecration de son autel, c'est-a-dire au 28 octobre.
II s'eleve au sujet de ces Messes plusieurs questions de la plus haute importance. Sont-elles toutes deux de meme date et de meme origine ? La seconde est necessairement moderne. Saint Francois de Sales a-t-il eu quelque part a son institution? Est-elle anterieure ou posterieure aux Decrets d'Urbain VIII ? Comment a-t-elle ete maintenue apres ces Decrets ? etc., etc..: La reponse a ces questions serait fort interessante. Malheureusement, pour la donner, tout document nous fait defaut. Essayer d'y suppleer nous menerait bien loin et nous n'aboutirions qu'au doute. Le mietix
(l) Pieces justificatives (C).
(1) Page 152.
(3) Ce docteur De Ville, en 1615, etait a la suite de Mgr de Marquemont, archevSque de Lyon, venu k Annecy pour faire visite &, Saint Francois de Sales... ((Euvres du Saint, t, yn, p. 288.)
est done de nous abstenir de tout commentaire a Fendroit de ces Messes. Gonstatons seulement qu'elles se disaient dans la chapelle ou 1'oratoire de Saint Germain sur la montagne, et nulle part ailleurs. II en etait du moins ainsi dans le cours du XVIIP siecle. Dans les Us et Pratiques (1761), a 1' article : Fte de Saint Simon et Saint Jude, %8 oct., on voit (1.) que, ce jour-la, dans 1'eglise du monastere, rien ne rappelait la translation de Saint Germain faite autrefois en ce meme jour, excepte le carillon aux offices et le chant des premieres Vepres a Capitulo. Le moine reclacteur s'en plaint et il exprime ces regrets. Puisque, dit-il, Ton a transfere au lenclemain, soit au 29, 1'office de Saint Germain sub ritu duplici, pourquoi n'a--t-on pas transfere egalement au lendemain le carillon qui se fait le 28 ? Pourquoi la messe n'est-elle pas chantee le 29 ? Pourquoi ne dit-on pas, ce jour-la, 1'Oraison propre de Saint Germain, telle qu'elle se lit a la fin du Missel dont on se sert dans son eglise ?
Ges dernieres paroles nous disent clairement que, tout en recitant 1' office de Saint Germain le 29 octobre, les moines de Talloires ne disaient pas cependant son oraison propre. La Messe de ce jour au couvent etait done celle du Gommun, ou toute autre, mais non
la messe propre de Saint Germain ou se trouve son oraison. Que si cette Messe ne se disait pas me'nie au monastere , le jour ou Ton faisait 1' office du Saint, evidemment il faut en conclure qu'elle n' etait accordee
(l) Page 51.
et permise que dans la chapelle meme, oii elle se trouvait a ia fin du Missel.
Office en 1'honneur de Saint Germain.
Les questions que suscitent les Messes precedentes, se presentent, tout aussi nombreuses et presque les memes, a 1'occasion de cet office. Pour les memes raisons, force nous est de passer outre. En fait, nous ne savons, a 1'endroit de cet office , qu'une seule chose : Les moines de Talloires le recitaient bien veritablement le 29 octobre. Nous en avons deux temoignages irrecusables, celui des Us et Pratiques que nous venons de citer et un autre un peu plus ancien. L'auteur du Chronicon (1738) parlant de Saint Germain (1) dit, en effet, formellement : Nous celebrons son Office avec Messe de Rite double le 29 octobre, parce que la veille de ce jour se fit jadis sa translation.
La Messe de Saint Germain ayant ete imprimee, son Office dev'ait 1'etre aussi. Malgre nos recherches, nous n' avons pas reussi a en decouvrir le moindre vestige. Si Ton croit qu'il n'est plus a chercher, que la Ldgende que nous en avons donnee n'est pas autre chose que les trois legons de cet Office, nous le voulons bien, nous le croyons meme probable ; toutefois, deja nous 1'avons
(1) Page 521.
remarque (1), la feuille manuscrite qui contient celte Leyende n'en fournit par elle-meme aucune preuve directe et certaine.
C'est tout ce que nous pouvons dire au sujet de cet Office.
L'ermitage de Saint Germain devientune residence. Le P t Cl.-L. -Nicolas de Quoex s'y fixe pour le reste de ses jours.
Le projet qu'avait forme Mgr de Granier de terminer sa vie pres de la chapelle de Saint Germain n'avait ete qu'un reve. Le meme dessein, repris par Saint Franc, ois de Sales, n'eut pas un meilleur sort. A sa priere cependant, une petite habitation attenante a la chapelle avait ete preparee. La chapelle elle-meme, avons-nous dit, avait ete restauree avant la Translation, et 1'autel, devenu desormais le Reliquaire du saint ermite, reclamaitnecessairement une attention, un decor et des soins tout speciaux. Les moines de Talloires comprirent ce devoir. Le 17 mai 1627, Jean-Frangois de Sales, eveque de Geneve, delegue du Saint-Siege, visitant cette chapelle, la trouva bien garnie d'ornements et en bon Mat (2). On y montait sans doute frequemment du monastere, pour y offrir le Saint-Sacrifice. Mais ce n'etait pas assez. Pour 1'honneur du Saint et le plus grand bien des
(l) Page 45.
12) Archives de !'Ev6ch6 d'Annecy.
pelerins, il fallait desormais, pres de cette chapelle, un pretre re"sidant et celebrant chaque jour devant les saintes Reliques. Ce voeu general flit exauce avant 1630 (1), et le premier moine honore de cette garde fut le P. Claude-Louis-Nicolas de Quoex lui-meme. Aucun de ses Freres n'avait autant de droits a cette faveur ; car ayant toujours ete le docile instrument de Saint Frangois, c'etait lui qui avait eu le souci de toutes les ameliorations apportees recemment a la chapelle et a 1'ermitage de Saint Germain. On se souvient de sa grande joie et de toutes les consolations qu'il s'en promettait, lorsque le saint Prelat, apres la ceremonie de 1' exaltation, annonga et affirma son projet formel et arrete de venir finir ses jours dans cette solitude. Les desseins de Dieu sur 1'un et sur 1'autre etaient bien differents. L'annee suivante, 1622, le saint eveque echangea son projet de vie solitaire contre la paix et le bonheur du Ciel, et le Pere de Quoex, en 1623, se vit lui-meme decharge par les Religieux de ses devoirs de Prieur (2). Des ce moment, ce Pere se voyant libre, et ayant bien eu, dans la vie, sa bonne part de peines, tourna naturellement ses regards vers la sainte montagne. Saint Germain 1'y conviait. Saint Frangois ne semblait-il pas, en mourant, lui ceder sa place ? II demanda done a ses superieurs la permission
(1) Archives de la famille Costa de Beauregard : Memoire de Dom BenoU Thfophilon de Chivron. Voir aussi Inventaire de Talloires, p, 220, art. 94.
(2) Un dissentiment s'etablit entre le Prieur de Quoex et les moines. Ceux-ei estimaient la reforme impossible, tant que Talloires resterait dependant de Savigny. Le Prieur tenait pour la reforme et 1'union a Savigny. Urbain VIII, par son Bref du4 juillet 1624, brisa pour jamais le lien qui avait uni jusque-la ces deux vieux monasteres.
de s'y fixer pour le reste de ses jours. En 1630 il y etait installe avec un compagnon de solitude, pretre et Religieux comme lui, qu'il appelait clu nom de : Frere Pierre.
Si cette retraite avait pour le Pere de Quoex tous les charmes des plus doux souvenirs, la rencontre de ce Pere en ces lieux prenait aux yeux des pelerins un interet exceptionnel. Comme il avait toujours accompagne Saint Frangois de Sales dans ses ascensions au tombeau de Saint Germain, comme il avait ete sans cesse a ses cotes, pendant la ceremonie dela translation, infailliblement on se plaisait a lui en demander le recit : et la vue des lieux, la presence des Reliques de Saint Germain, la memoire de. Saint Frangois, la parole emue de ce vieillard longtemps son grand ami, tout contribuait a faire sur les pelerins 1' impression la plus heureuse.
Dieu accorda de tres-longs jours a nos deux solitaires. En 1656, ils vivaient encore tous deux dans leur cher ermitage. Le Pere de Quoex comptait alors 82 ans. Les commissaires apostoliques, etant arrives a Annecy, voulurent recevoir sa deposition. Elle dura dix jours, du 19 au 29 juillet. G'est un volume. Ce vieil ami de notre saint eveque n'eut cependant pas la joie^de voir, avant de mourir, Frangois de Sales proclame Bienheureux par le Saint-Siege. II mourut lui-meme le 14 Janvier 1660 et fut enseveli dans le cloitre de Talloires. Les Registres ne disent pas s'il termina ses jours au monastere ou dans son ermitage.
Pendant son long sejour sur la montagne, il n'est pas douteux que le P. de Quoex n'ait consacre tout son
zele aux interets du culte de Saint Germain. Tout ce qu'il fit dans ce but nous est inconnu. Pour nous, nous n'hesitons pas a lui attribuer 1'inscription qui se lit encore dans 1'interieur de la Grotte, si deja elle n'avait ete gravee entre 1'annee de la Translation (1621) et le jour de son entree dans I'ermitage (1). II est probable que ce Pere ameliora aussi 1'avenue de cette grotte.
Nous ne pouvons pas sans regret rappeler une autre de ses oeuvres qui aurait pu lui survivre. Nous avons w qu' environ vers 1637 il transcrivit et envoya a Saint- Germain-des-Pres les Memoir es du P. Clelte sur la vie de Saint Germain. A la fin de cet ecrit, il nous dit au sujet des miracles et des graces obtenues par 1'intercession de Saint Germain : J'en ay receu la deposition et relation veritable dez que je suis en Talloyres, et que je habite dez sept annees, en son hermitage, pour ce que je ni ay encore pas travaille a la fagon qu'on m'a invite de faire.
Ge Pere fit-il plus tard ce travail conseille ? II avait du moins regu les depositions, redige une premiere narration de toutes ces graces attributes a 1' invocation de Saint Germain. Pas un debris de ce precieux recueil n'est arrive jusqu'a nous.
L'exemple donne par le P. de Quoex etait meritoire et beau, il ne fut pas perdu. II avait passe environ trente ans au service de Saint Germain et de ses devots pelerins. Des lors un inoine du monastere fut toujours depute dans cet ermitage qui regut merne le nom de Prieure. Besson nous le dit expressement (2) : Le
(l) Yoyez, sur cette inscription, les derails donnes page 10. (3) Memoires, page 138.
monastere de Talloires y tient un Religieux, avec la qualite de Prieur , pour deservir cette eglise, et seconder la devotion de ceux qui s'y rendent en affluence dans la belle saison. Ge moine, gardien des Reliques de Saint Germain, est reste a son poste jusqu'au depart des moines en 1793 (1).
La chapelle de 1'ermitage est rebatie par les moines en 1663.
Avant la translation des Reliques de Saint Germain en 1621, son antique chapelle n'avait ete que restauree par le Prieur Gl.-L.-N. de Quoex. Trois ans apres la mort de ce Pere, en 1663, soit que cette chapelle fut insuffisaiite pour les pelerins devenus plus nombreux, soit que son etat inspirat de nouvelles craintes, les moines se deciderent a la reedifier et a 1'agrandir (2). Cette reconstruction qui honore le monastere , nous serait aujourd'hui tout-a-fait inconnue, si elle n'etait consignee sur une modeste pierre providentiellement . conservee et qui porte cette inscription : DES OPT. MAX. BEATO
GERMANO CON. BENEDICT 110 ANNIS CADUCA A DD REVERENDIS BENEDICTINIS TALLU um A FUNDAMENTIS ERECTA ET LATIUS
(l) Dom Marc-Antoine Dunand, d'Annecy, 6tait Prieur de Saint- Germain en 1758. Dom Anselme Gaffe le fut de 1781 a 1786. Enfln Dom Francois Dufour fut le dernier.
i2) l)om Romuald Pignier (de Chambe'ry) etait Prieur de Talloires en 1664. C'est apparemment k lui qu'il faut altribuer cette reconstruction de la chapelle en 1663.
RE^DIFICATA FUJI AN. 1663. Naturellement cette pierre commemorative fut placee sur la fagade de la chapelle reconstruite. On a ete bien inspire en la replagant de meme sur la fagade de 1'eglise actuelle. Nous n' avons rien retrouve concernant cetle reconstruction de la chapelle en 1663. L'autel depositaire des Restes sacres de Saint Germain dut recevoir lui-meme quelque modification et probablement la Relique du Saint (une dent) que nous avons vu renfermer dans le tombeau de cet autel, au jour de sa consecration, en fut alors retire" e. Nous ne nous expliquons pas autrement comment on trouve, pendant le XVIIP siecle, cette Relique hors de 1' autel qui 1'avait recue, et veneree isolement dans un petit reliquaire (1).
Les rnoines et la paroisse de Talloires montaient, a certains jours, a la chapelle de Saint Germain.
Nous avons vu que les lundi de Paques et de la Pentecote surtout, etaient, d' antique date, les jours destines a honorer la memoire de Saint Germain dans son oratoire. Dans les temps oii nous sommes arrives, c'est-a-dire depuis sa translation, 1' office du matin se composait de la messe en son honneur que nous connaissons et des Benedictions ou prieres sur les malades qui suivent cette
(1; Nous avons par!6 de cette Relique, page 172 et suiv.
messe. L' office du soir avait aussi lieu ces deux lundis et avec le concours des moines. Les Us et Pratiques du monastere nous en ont conserve les particularites (1). Lundi de Paques.... Les Vespres s'avancent en ce jour, afm que le P. M. avec les Novices ou les plus jeunes Religieux ayent le loisir de monter a Saint Germain, si le temps le permet ; quancl ils y sont arrives, le plus ancien de la compagnie prend le surplis et 1'etole, et entonne Vespres au pied de 1'autel, lesquelles se chantent par les deux choeurs qui se force ment. Apres Vespres, 1'onchante le Regina ccdi, etc., et le celebrant fait 1' aspersion de 1'eau benite sur le peuple en faisant le tour de 1'eglise, apres quoi il presente a baiser les Reliques de notre Saint.
Tout se passait absolument de meme aux Vepres du lundi de la Pentecote.
Le troisieme jour des Rogations, c'etait la paroisse reunie et conduite par les Religieux qui faisait la devote ascension. Lorsque nous sommes arrives au-dessus des tilleuls (c'est-a-dire devant la chapelle), notre R d Recteur (2), en surplis et en etole , nous presente de 1'eau benite, ce qu'il fait aussi au sortir de 1'eglise. En entrant, nous chantons le verset Sancte Germane intercede, etc., le susdit recteur oiuun autre religieux dit une basse Messe du Saint dont on fait I'Office.... Apres quoi le Superieur entonne Ylste Confessor, etc., et Ton va....
Cette procession du dernier jour des Rogations, ayant
(1) Us et Pratiques de Talloires, page 89.
(2) Soil Prieur de Saint-Germain.
pour terme ou station la chapelle de Saint Germain, devait remonter aune tres-haute antiquite". Une seconde procession generale a la meme chapelle fut decidee entre 1718 et 1725. Les Us et Pratiques (1) du monastere en racontent ainsi 1'institution : Les paroissjens en furent les premiers aulheurs, i]s vinrent supplier le Rme Abbe D. Sarrazin alors regnant.... de vouloir bien seconder la devotion qu'ils avoient de faire a 1'avenir tous les ans une procession generale et solemnelle a jeun et au lieu de la station pour obtenir de Dieu la conservation de leur recolte et la benediction sur les fruits de la terre. Quelques nombreuses et fatigantes que fussent deja a Talloires les processions, Ton crut ne devoir pas s'opposer a leurs pieuses intentions, il ne fut question que de choisir la station. L'on convint unanimement d'aller a Saint-Germain, soit parce que Ton n'en est pas bien eloigne, soit parce qu'il etoit tout naturel et meme dans sa place, d'invoquer un Saint que la paroisse a le bonheur de posseder. En effet de ce que Dieu daigne operer continuellement des merveilles par V inter cession de ce grand Saint en faveur des etrangers, Ton avoit lieu d'esperer que le bras du Seigneur n'etait pas raccourci pour les habitans de Talloires....
Suit la description du depart et de la marche de la procession.
Le Recteur de Saint-Germain la regoit en entrant et en sortant. L'on chante en entrant dans 1'eglise le verset : Sancte Germane ora pro nobis. Le S r Vicaire
(l) Page 99.
messe. L' office du soir avait aussi lieu ces deux lundis et avec le concours des moines. Les Us et Pratiques du monastere nous en ont conserve les particularites (1). Lundi de Paques.... Les Vespres s'avancent en ce jour, afin que le P. M. avec les Novices ou les plus jeunes Religieux ayent le loisir de monter a Saint Germain, si le temps le permet; quand ils y sont arrives, le plus ancien de la compagnie prend le surplis et 1'etole, et entonne Vespres au pied de 1'autel, lesquelles se chantent par les deux choeurs qui se forment. Apres Vespres, 1'onchante le Regina cceli, etc., et le celebrant fait 1'aspersion de 1'eau benite sur le peuple en faisant le tour de 1'eglise, apres quoi il presente a baiser les Reliques de notre Saint.
Tout se passait absolument de meme aux Vepres du lundi de la Pentecote.
Le troisieme jour des Rogations, c'etait la paroisse reunie et conduite par les Religieux qui faisait la devote ascension. Lorsque nous sommes arrives au-dessus des tilleuls (c'est-a-dire devantla chapelle), notre R d Recce teur (2), en surplis et en etole , nous presente de 1'eau benite, ce qu'il fait aussi au sortir de 1'eglise. En entrant, nous chantons le verset Sancle Germane intercede, etc., le susdit recteur ou un autre religieux dit une basse Messe du Saint dont on fait 1'Offi.ce.... Apres quoi le Superieur entonne Ylste Confessor, etc., et Ton va
Cette procession du dernier jour des Rogations, ayant
(1) Us et Pratiques de Talloires, page 89.
(2) Soit Prieur de Saint-Germain.
pour terme ou station la chapelle de Saint Germain, devait remonter a une tres-haute antiquite'. Une seconde procession generale a la meme chapelle fut decidee entre 1718 et 1725. Les Us et Pratiques (1) du monastere en racontent ainsi 1'institution : Les paroissjens en furent les premiers autheurs, i]s vinrent supplier le Rme Abbe D. Sarrazin alors regnant.... de vouloir bien seconder la devotion qu'ils avoient de faire a 1'avenir tous les ans une procession generale et solemnelle a jeun et au lieu de la station pour obtenir de Dieu la conservation de leur recolte et la benediction sur les fruits de la terre. Quelques nombreuses et fatigantes que fussent deja a Talloires les processions, Ton crut ne devoir pas s'opposer a leurs pieuses intentions, il ne fut question que de choisir la station. L'on convint unanimement d'aller a Saint-Germain, soit parce que 1'on n'en est pas bien eloigrie, soit parce qu'il etoit tout naturel et meme dans sa place, d'invoquer un Saint que la paroisse a le bonheur de posseder. En effet de ce que Dieu daigne operer conti nuellement des merveilles par ^intercession de ce grand Saint en faveur des etrangers, Ton avoit lieu d'esperer que le bras du Seigneur n'etait pas raccourci pour les habitans-de Talloires....
Suit la description du depart et de la marche de la procession.
Le Recteur de Saint-Germain la regoit en entrant et en sortant. L'on chante en entrant dans 1'eglise le verset : Sancte Germane ora pro nobis. Le S r Vicaire
(l) Page 99.
dit une basse messe apres laquelle le R d Recteur donne a baiser au peuple les reliques du Saint...
Dans les premieres annees de 1' institution de cette procession, elle se faisoit la veille de Pentecote... On la remit au lundi, ensuite au mardi d cause du grand concours des etrangers qui se rendent le lundi a Saint- Germain.
Le nom de Saint Germain est associfi a celui des premiers Saints de 1'Ordre Be'ne'dictin.
Nous venons de lire comment 1'in vocation publique : Sancte Germane, or a pro nobis, etait chantee, au nom de tout un peuple, a 1' entree de la chapelle du Saint. Les Religieux de Talloires, sous plus d'une forme, lui rendaient le meme culte d'honneur et de veneration. Nous en avons un exemple dans un diplome ou Lettres d'association signees par le Prieur en 1670. Un certain nombre de personnes nommement designees ayant demande la faveur de 1' affiliation spirituelle au monastere de Talloires, le Prieur la leur accorde en ces termes : Mettant notre confiance dans les merites et les prieres de la Rienheureuse Vierge Marie, ... du tres-saint precurseur Jean Raptiste, ... de notre tres-saint Pace triarche Benoit, des Saints Placide, Victorin, Fauste et leurs compagnons martyrs, de Maure, Germain et
Rodolphe confesseurs, de S te Scholastique Vierge et
des autres Saints et Saintes de notre Ordre, voulant
vous temoigner une affection speciale , nous vous
admettons a participer a 'tous les privileges, indul-
gences, prieres, jeunes et autres bonnes oeuvres de
notre Congregation... etc. (1).
c Le 23 avril 1670.
DOM ROMUALD PlGNIER PmEUR.
Ainsi, au monastere de Talloires et dans un acte public, Saint Germain etait couramment mis au nombre des Saints de 1' Ordre, apres les Saints Benoit, Placide, Maure, etc. On ne peut recevoir un plus grand honneur dans la famille Benedictine. En presence de ce fait si bien constate, nous nous demandons si Saint Germain n'aurait point ete un des Saints de 1'Ordre dont la statue decorait la fagade de 1'eglise priorale. D'apres le plan que nous avons sous les yeux, la porte principale etait flanquee a sa droite et a sa gauche de trois colonnes surmontees chacune d'une statue. La legende du plan dit : Sur ces six colonnes se voient des statues de Saints Religieux Benedictins.
Si 1' erection de ces colonnes et de leurs statues etait, comme le diplome accorde par le Prieur Dom Romuald, posterieure au 28 octobre 1621, nous n'he'siterions pas a dire que la statue de Saint Germain etait certainement une des six dont il est ici question. Puisque ailleurs Saint Germain avait place parmi les Saints de
(1) Cette pifece est aux. archives d6partementales d'Annecy.
1'Ordre, a plus forte raison il devait leur etre associe et avoir, comme eux, sa statue sur la fagade de 1'eglise de Talloires, qui etait, nous 1'avons vu, la grande ceuvre de sa vie de Prieur.
En 1'etat, nous n'osons rien affirmer, ces colonnes ayant ete, croyons-nous plutot, un des embellissements que recut la facade de 1'eglise vers 1528. Toutefois, deja a cette epoque, on avait tres-bien pu destiner a Saint Germain une de ces colonnes et de ces statues. Nous avons vu (1) que la niche pratiquee dans le rocher de sa grotte remontait a une epoque fort reculee. La petite statue veneree dans cette niche e"tait necessairement celle de Saint Germain. On n'en comprendrait pas une autre, dans ce lieu consacre par son seul souvenir. Si done, avant le 28 octobre 1621, Saint Germain avait deja sa petite statue dans la grotte, pourquoi ne lui en aurait-on pas eleve une grande , au frontispice de 1'eglise jadis batie par ses soins?