‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 14 sur 35 · Pœdotr., fin · texte numérisé non relu

Pœdotr., fin

2. Vauquelin de la Fiesnaye, faisant allusion à cette traduction commencée, célèbre doublement Sainte- Marthe ,

Quand , latlD et français , Imitant la nature , il cliaote des enfants la chère nourriture.

(47 ) Qui donc aura le plaisir, ajoute-t-il ,

De voir son premier ris qui nous semble connaître, D'ouïr les premiers mots et le doux gazouiller De sa langue enfantine essayant à parler?

On sait que Sainte-Marthe rappelait, en terminant , les pieux pèlerinages accomplis par le roi et la reine à l'effet d'obtenir un fils. C'est dans les termes suivants qu'il se montre implorant du ciel par d'ardentes prières la naissance d'un héritier du trône :

Que je voie un fleuron plein de haute espérance Naître comme un bel astre au milieu de la France! Que je voie la cour de mille ébats jouir, Les villes s'égayer, les champs se réjouir, Voler les feux de joie en signe d'allégresse , Et le peuple assuré témoignant sa liesse. Voyant continuer ce beau sang de Valois, Dont il a si longtemps goûté les douces lois !

Plusieurs, à défaut de Sainte-Marthe, devaient, par une louable envie « de faciliter à tous le fruit de ce poème, » le faire passer entièrement dans notre langage. On remarquera parmi eux un petit-fils de Scévole^ dont la version est en prose, et Pierre Joyeux , médecin du roi, qui l'a rendu en vers française La Pœdotrophieb. été aussi reproduite dans la plupart des autres idiomes modernes.

Scévole lui-même fut, au reste, bien éloigné de négliger sa langue naturelle. Il s'associa aux nobles efforts de l'école nationale , qui , par l'organe de du Bellay , Pasquier et Ronsard , réclamait en faveur de ce vulgaire trop longtemps dédaigné au profit des idiomes classiques, de telle sorte qu'on eût dit que pour beaucoup de Fran-

1. « La manière de nourrir les enfants à la mamelle » , Paris, in-12, leys.

çais la langue étrangère c'était l'idiome maternel. Qu'on se souvienne, en effet, des généreux accents de l'auteur de la Franciade, déclarant que «c'était un crime de lèse-majesté d'abandonner le parler de son pays , vivant et florissant, pour vouloir déterrer je ne sais quelle cendre des anciens.» En s'adressant, dans son époque, aux divines têtes et sacrées aux Muses , il les suppliait « de prendre pitié , comme bons enfants , de leur pauvre mère délaissée : » on rendra à Sainte-Marthe la justice de reconnaître qu'il avait entendu et même prévenu cet appel ; car ses poésies françaises , dont quelques-unes remontent assez haut dans le xvi^ siècle, ne sont guère moins nombreuses que ses poésies latines. Les titres des diverses parties dont elles se composent suffiraient pour l'attester : ce sont les Métamorphoses sacrées et autres Poésies chrétiennes , la Poésie royale^ la Poésie mêlée, le Bocage de sonnets, les Épiyrammes , les Vers d'amour et les Alcyons , enfin les Imitations.

Le recueil de ces poésies, ([ui fut depuis fort augmenté, parut en 1579'. Sainte-Marthe avouait, au commencement de sa préface , « que de tout temps il avait été plus studieux de la poésie latine que de la française : » on n'a pas oublié toutefois qu'en ce dernier genre quelquesunes de ses productions dataient de sa première jeunesse. Colletet a signalé notamment, parmi ses essais , une pastorale française, imitée du latin de Flaminio^ et intitulée le Tombeau de Brunette. Le sujet était la mort d'une bergère, victime de l'infidélité de son amant, et Sainte- Marthe qui pleurait, à la faveur de ce cadre, la perte

l. In-4", chez Mamerf Pâtisson.

1. Autrement dit Marcus Antonius Flaminhis, poète élégiaque de la première partie du xvi° siècle : de TUou parle de lui dans son Histoire , à Tannée 1551.

(49 ) d'une affection réelle , avait composé cette petite pièce à dix-huit ans *. 11 est vrai que ce fut plus particulièrement dans sa vingt-quatrième année et en 1560, comme il a eu soin de nous l'apprendre, qu'il se joignit à cet aventureux essaim de poètes dont les tentatives fort inégales et souvent bizarres ont rendu en somme de sérieux services à notre langue.

Sous le nom de Métamorphoses sacrées, il faut entendre celles dont nous devons la connaissance à l'ancien Testament. Après un coup d'œil jeté sur le séjour primitif d'Adam , et la félicité dont il jouissait, Sainte- Marthe raconte en vers la faute de la mère du genre humain , que le mauvais esprit trompa sous le» dehors du serpent. Ensuite il montre le péché envahissant la terre , Sodome détruite par le feu du ciel , Loth sauvé avec sa femme, mais celle-ci, victime de sa curiosité, transformée en montagne de sel. Il s'arrête surtout au sacrifice d'Abraham qui avait suggéré peu auparavant, à Théodore de Bèze, un drame d'un pathétique si déchirant que la seule lecture en faisait couler les larmes, au rapport de Pasquier^. Dans la poésie naïve de Sainte-Marthe, qui rappelle les anciens mystères, Abraham, près d'immoler Isaac, lui fait envisager le bonheur d'une telle mort : car elle est, lui dit-il, une preuve de la faveur céleste ,

Qui séparant ton destin du vulgaire Veut que tu sois immolé par ton père Devant le maître et le père de tous, Afin, mon fils, que partant d'avec nous,

1. L'abbé Goujet, dont le jugement sur Sainte-Marllie pèclie par trop de rigueur, s'est trompé gravement en disant qu'il ne commença à s'exercer dans la poésie française qu'à l'âge de plu» de trente ans.

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