‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 16 sur 35 · C'est-à-dire vous ravale, vous déprécie, vous abaisse · texte numérisé non relu

C'est-à-dire vous ravale, vous déprécie, vous abaisse

2. On regrette de dire que l'on n'a pu trouver à Poitiers aucun renseignement sur ce vieux peintre.

( â7 ) Henri de Chasteigner, qui s'était voué à la carrière des armes , avait péri à la fleur de l'âge , Yictime de nos guerres civiles; tandis que le père, lié avec l'élite des littérateurs , chargé d'ambassades et de gouvernements importants , s'y était fait remarquer par son éloquence , sa fidélité et sa sagesse. Il s'était en outre signalé comme militaire, et Sainte-Marthe rappelait les exploits qui, à Montmorillon et dans le Limousin, l'avaient rendu redoutable à la Ligue; il terminait par ces vers qui pouvaient lui servir d'épitaphe :

Ci-gît un chevalier, hâté de son destin , Qui fut tant amoureux de sa douce patrie, Que la voyant mourir et tirer à sa fin II voulut avec elle abandonner la vie '.

Sainte-Marthe n'a pas moins cultivé en français qu'en latin le genre de Tépigramme, si souple alors et si étendu, comme le prouve de nouveau ce livre, où tour à tour le poète loue le duc de Montpensier son patron, définit la valeur des anciens Romains, insère des épitaphes et complimente les beaux esprits en vogue. Dans les termes suivants, par exemple, il félicite Desportes, grand imitateur de l'Italie, et qui venait de lui emprunter le Roland furieux, dont il a traduit quelques épisodes :

L'art ne saurait jamais la nature égaler. Voyez-vous ce Roland , notre gloire éternelle , Qu'Ariostc avait fait si longuement parler Du peuple italien la langue maternelle.

Aujourd'hui que vers nous Desportes le rappelle, Lui faisant de langage heureusement changer, Il parle cent fois mieux sa langue naturelle Qu'oncques il n'a parlé ce langage étranger.

1. Louis de Chasteigner de la P.ocheposai a encore été loué ailleurs par Sainte-Marthe en prose latine et en vers latins.

( 58 ) Mais ce que l'on souhaiterait surtout dans le recueil de Sainte-Marthe et ce qu'il présente trop rarement, ce sont de ces courtes pièces dont la pointe est finement aiguisée, comme dans celle que voici, où il se raille «d'un médisant des poètes : »

Je confesse bien comme vous Que tous les poètes sont fous :

Mais, puisque poète vous n'êtes, Tous les fous ne sont pas poètes ' ;

dans cette autre qu'il dirige, dit Colletet, contre 0 quelque vain Narcisse de son siècle : »

Jean est amoureux de soi-même, Et en ses amours a cet lieur Que cherclie tout homme qui aime, C'est qu'il est sans compétiteur ^.

Ailleurs Sainte- Marthe condamne par ces paroles sensées ceux qui , eu pâlissant sur les livres , vieillissent avant le temps ;

C'est fureur qui les y convie; Celui vraiment s'abuse fort Qui veut mourir durant sa vie, Afin de vivre après sa mort.

Quelques-uns de ses vers sont l'expression de la douce philosophie du xvi« siècle, qui ne se retranchait aucune joie permise, et qui futcelle de Sainte-Marthe ; il l'a peinte à la façon d'Horace :

vivons , et , pour l'envie Des rêveurs médisans, Ne privons notre vie Du doux fruit de ses ans.

1 . L'abbé Goujet attribue mal à propos cette épigramnie au poète ïliéophile.

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