‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 22 sur 35 · Les Discours politiques et militaires · texte numérisé non relu

Les Discours politiques et militaires

2. On a vu (|iril était le |iiincii)al ilii collège de Bordeaux, « le meilleur de Fiance pour lors, » dit Montaigne, Essais, I, 25.

( 68 ) des libertés gallicanes, si respecté pour son jugement et l'intégrité de ses mœurs, que l'on recevait ses avis comme des oracles et que son approbation semblait aux gens de bien la plus précieuse des récompenses; d'Aurat qui excellait à initier un jeune auditoire au sentiment des chefs-d'œuvre, et le critique dont les auteurs attendaient l'arrêt souverain avec le plus de sollicitude; Pibrac, que les affaires avaient disputé aux lettres, mais que l'on ne craignait pas d'égaler à Démosthène pour son éloquence; Henri Estienne et Pasquier, dont nous avons raconté l'histoire.

Entre tant d'hommes pour la plupart demeurés célèbres, que l'on salue au passage, les yeux s'arrêtent avec intérêt sur ces poètes si vantés alors et trop dépréciés depuis, Lazare et Antoine de Baif , tous deux passionnés pour l'antiquité grecque et s'efforçant de la traduire; Joachim du Bellay, mort avant l'âge et cependant proclamé l'Ovide de son siècle; Ronsard, dont le regard plein de feu annonçait l'imagination inspirée ; du Bartas qui balança sa réputation et qui périt à quarante-quatre ans des blessures reçues près de Henri IV; Rémi Belleau, le peintre de la nature, et qui fut un vaillant soldat comme du Bartas; Passerai, dont l'extérieur peu prévenant dérobait au premier coup d'œil ce que son caractère et son esprit avaient d'aimable; Desportes, qui dut à ses talents l'opulence dont il faisait un généreux usage; Pontus de Thiard, Garnier et bien d'autres : mais qu'il suflîse de rappeler encore quelques femmes distinguées qui cultivèrent avec succès la poésie;. Marguerite de ISavarre, la sœur de François I^r et l'aïeule de notre Henri IV, qui crut pouvoir ajouter, par le mérite d'une plume ingénieuse*, à l'éclat de son rang;

1. Ses poésies ont paru en 1547 sous ce titre singulier : Mar-

( 69 ) l'épouse et les trois filles de Jean de Morel , poëte luimême, qui composaient des vers en latin comme en français et dont on comparait la demeure au temple des Muses*; les dames des Roches, aces deux perles du Poitou , » et surtout la belle Catherine des Roches, que Sainte-Marthe avait plus d'une fois entendue avec charme réciter ses productions ou celles de sa mère^.

A côté de ces gracieuses figures, d'autres figures plus sévères , que nous offre très-fréquemment l'ouvrage de Sainte-Marthe, sont celles des jurisconsultes qui ont fleuri dans cette période, Alciat, Duaren, François de Connan, Airault, Raudouin, du Ferrier, Rertrand d'Argentré, les Hotman, les Montholon : foule pressée où dominent Cujas, le Papinien de son temps, digne encore d'être étudié dans le nôtre*, et Charles du Moulin, qui

guérites (c'est-à-tlire perles, du latin margarita) de la Marguerite des princesses. On sait que François I" se plaisait à l'appeler la Marguerite des marguerites ; et, de son temps, on l'a surnommée la dixième Muse.

I. Élog., I. III : « Me adolescente, solehat hujus \iri honesta cum primis et pudica domus, tanquam sacra Musarum sedes, Luteliae, magna eruditorum freqnentia celé brari , cum et ejus uxor Deloina et filiœ très, bonis omnes disciplinis et moribus ornatissimaî, perelegantes utraque lingua versus inusitata felicitate concinerent, ipse autem, cbori dux et princeps, Apollinis interea vicem bellissime redderet ac reprœsentaret. » P. 78 de l'édition in-4° de 1630.

?.. «Subit illius temporis jucundissima recordatio, cum Rupeam matrem , doctissimam sane feminam, de omnibus disciplinis mira quadam facilitate et copia disserentcm filia non indoctior cxcipiebat. Quœ matris et sua ipsius lepidissiina carmina tanta venustate recitabat , ut omnium qui aderant animos in adniirationem converleret. Aderant autem quotidie plurimi litterarum et elegantiae amantes viri, qui ad iiiarum anles tanquam ad aliquam acadcmiam cupidissimo conlliiebnnt... » Ibid., L. III, p. 91, de l'édition citée.

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