‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 27 sur 35 · De Tlioii, de Vita sun , lib. II · texte numérisé non relu

De Tlioii, de Vita sun , lib. II

2. " Le savoir, la prinlence et rintégrité doivent recommander les magistrats, et non autre diose,» disait le chancelier Olivier; Harangiic prononcée clans le Parlement en lî-so, lors delà rentrée du roi à rarix.

.3. Voy. l'éloge de Cliantecler, 1. 11. 4. De Tliou, de Vita sxia , lib. I.

( 73 ) fatigues de leurs graves fonctions, ou, selon le langage ligure du temps*, unissaient le culte d'Apollon à celui de Thémis.

Ce dont on conviendra d'ailleurs sans peine, conformément à l'aveu de Sainte-Marthe^, c'est que, parmi ceux qui ont pos^édë les premières charges de la robe et dont il fait l'éloge, quelques-uns, comme Jean de Morvilliers, Hurault de Chiverny et Pomponne de Bellièvre, ont été plutôt les protecteurs des lettres qu'ils ne s'y sont appliqués eux-mêmes. Mais on ne le blâmera pas d'avoir accordé une trop large place à ce corps, la gloire de notre pays, où l'on trouvait les sentiments d'honneur, non la témérité frivole , de la classe militaire et qui , dans sou commerce habituel avec les anciens, puisait je ne sais quelle joyeuse humeur jointe à une énergie et une capacité singulières. Il est plus juste de reprocher à Sainte-Marthe d'avoir apprécié en général avec une indulgence poussée à l'excès, ou plutôt avec une complaisance aveugle , les auteurs dont il nous parle.

Parmi les illustres qu'il célèbre, combien sont aujourd'hui obscurs ! Et qui a jamais entendu citer Brisse, Chalvet, Bouju, Aleaume, Goupil, etc.? C'est que les mots et les idées passent ainsi que les livres, et le plus souvent avec eux la mémoire des écrivains. Qui ne le sait ? bien peu dans chaque époque sont destinés à survivre. On concevra donc que plus d'un de ces noms ait été emporté par le temps. Nous saurons même gré à Sainte-Marthe d'avoir disputé à l'oubli quelques éru-

1. Voy. Sainle-Marllie , Éloges, I. III, él. de Jacques Mangot.

2. 11 dit en parlant de ses Éloges, ilans une de ses lettres à Scaliger (p. 17'J du recueil des Épi/res cité) : <• Vous y pourrez trouver des choses qui semblent contrevenir au titre du livre, mais l'obligation (|ne j'avais à plusieurs personnages de grande qualité m'a porté à cela, n'ayant pu omettre ce qui les touchait.»

( 74 ) dits, quelques-uns de ces ouvriers modestes qui ont apporté au travail commun leur part d'efforts ; nous excuserons encore son enthousiasme pour Ronsard , lorsque avec de si bons esprits , L'Hôpital , Pasquier et deThou, il le proclame a le plus grand poète qui ait paru depuis Virgile*. » Mais, ce que l'on ne saurait admettre, c'est qu'à tout propos , et pour des hommes qui n'ont fait aucune illusion à leur siècle, il tombe dans des exagérations semblables. D'après son sentiment, Pierre Fauveau (c'était un Poitevin) a imité Sénèque le tragique avec tant d'art et de perfection que ses œuvres, s'il avait pris soin de les conserver, « auraient défié le cours des années.» Nicolas Bourbon, le père de celui qui appartint à l'Académie française, « lui semble avoir disputé le prix à l'auteur des Géorgiques et de V Enéide. » A l'en croire aussi, il s'en est peu fallu que Dampierre « n'eût dans sa poésie toutes les grâces de celle de Catulle. » Il serait aisé de multiplier ces exemples d'une admiration trop prompte et trop facile ^ qui ont attirée Sainte-Marthe une sévère remontrance de Balzac, l'accusant d'avoir mis à trop vil prix la qualité d'illustre. «Est-il possible, a dit l'auteur du Socrate chrétien, latiniste consommé lui-même, que Scévole, qui faisait si bien les vers, ait jugé si m.al de ceux d' autrui? Je voulus lire dernièrement un livre d'épigrammes qu'il a vanté dans ses Eloges. En conscience, je n'en trouvai pas une seule qui valût le papier

1. On sait aussi que Montaigne jugeait que Ronsard, et, aims lui, du Bellay, « n'étaient guère éloignés de la perfection ancienne, au moins dans les parties où ils excellaient. " Ess., I!, 17.

2. Sainte-Marthe dit encore de L'Hôpital, considéré comme poète : (i Verborum nitorc et sententiarum gravitate Horatium aequavit, carniinis ccrte lenilate superavil; » et, en parlant de Muret : « In versihus tam erat Catulle similis, quam ipseCatullus sibi , « etc.

( 75 ) sur lequel elle est imprimée. Dans toutes, il n'y avait pas un grain de sel. Il nous veut faire passer pour d'excellents poètes des gens qui n'étaient pas seulement de passables versificateurs : sans doute, parce qu'ils étaient de ses amis. Mais c'est se moquer de son siècle et de la postérité ^ »

Pour les qualités morales de ses personnages , il faut bien l'avouer, Sainte-Marthe n'est pas moins prodigue d'hyperboles que pour leurs talents. Ce ne sont partout que des citoyens accomplis et les meilleurs des hommes, Çà et là quelque chose d'incisif et de mordant romprait à propos la suite continue de ces formes élogieuses, d'où résulte à la longue un peu de monotonie et de fatigue pour le lecteur. Ou a dit que les Éloges de Paul Jove ^ avaient toujours je ne sais quoi d'aigre et de médisant. A ce compte, ils sont tout l'opposé de ceux de Sainte- Marthe, trop doux et trop flatteurs; et, pour leur avantage commun , il faudrait tempérer les uns par les autres. Paul Jove, plus curieux d'argent que de gloire, prétendait lui-même, à ce qu'on rapporte, « qu'il avait deux plumes, l'une d'or et l'autre de fer, pour traiter les princes suivant les faveurs ou les disgrâces qu'il en recevait. » Il serait aussi à souhaiter que, pour de plus honnêtes raisons , la plume de fer remplaçât par intervalles la plume d'or entre les mains de Sainte-Marthe. Son œuvre, plus variée, en aurait plus de piquant et d'attrait. On désirerait en outre , dans différents pas-

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