‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 28 sur 35 · Dissertalions crilïqucs , VU (édit. in-folio de · texte numérisé non relu

Dissertalions crilïqucs , VU (édit. in-folio de

2. Elofjia (loctorum virorum, ub avorum memoria publicatis ingeriii monumenlis illustrium. On peut voir un chapitre de Tliomas , dans \' Essai sur les éloges (le XXV'), sur cet ouvrage de Paul Jove. Cet auteur, très-passionné et d'une vt'Tacité suspecte , a cependant été fort loué par Gui Patin : t. II , p. 482 de l'édition Reveillé-Parise.

( 76 ) sages, de plus riches développements. Car la brièveté de Sainte-Marthe est parfois extrême, comme on l'a remarqué de son vivant', et cette brièveté contraste d'une manière choquante avec l'importance de certains sujets. C'est ce qui arrive, par exemple, à l'égard de Clément Marot et de Rabelais. Une page environ , consacrée à chacun d'eux, ne paraîtra nullement suffire, si l'on veut être juste pour ce charmant poète, naïf avec art et capable de vigueur et d'élévation, malin avec délicatesse et sans amertume , que Turenne savait , dit-on , par cœur et se plaisait à citer ^; si l'on ne méconnaît pas tout ce qui se cache de bon sens pratique , d'originalité féconde et de génie réformateur, sous les grossièretés burlesques de celui qu'on a pu appeler un bouffon sublime ', A ce défaut de proportion , qui est sensible dans plusieurs endroits de l'ouvrage, se joint trop généralement l'absence de dates précises, de traits caractéristiques et de faits. Sainte-Marthe est plutôt orateur que biographe et l'on voudrait trouver dans ses éloges, avec moins de formules générales et moins d'allusions classiques, plus de ces particularités significatives qu'eût

1. Joseph Scaliger, dans une lettre du 22 juillet 1590 à Sainte- Marthe, où il le félicitait de ses Éloges, touchait délicatement ce point, en lui disant que tout le défaut de Vouvrage ctoit sa brièveté.

1. Contre son hahitude, Sainte-Marlhe épargne trop la louange lorsqu'il dit, à l'article de Marot : « Cui si adl'uissent litteraî, vix nllus erat futurus poeta melior; fuit enim a natura felicissimus. Primus in meliorem apte et dihicide loqueudi viam ingressus est. >< L. I, p. 28, ibid.

3. Sainte-Martiie se montre presque uniquement frappé de cette gaieté, que Rabelais, dit-il, érigeait comme médecin en régie d'hygiène : " Cum sanitati conservand.x' uiliil magis officiât quani mœror etaegrimonia, prudentis medici partes (esse dicebaf)non minus in mentibus hominum exhiiarandis quam in corporibus curandis laborare. » L. I , p. 27, ibid.

( 77 ) affectionnées un Plutarque [et qu'il ne cherchait pas assez '. C'est là ce que voulait faire entendre Gui Patin, lorsque , en apprenant à un de ses amis , à Falconet, qu'il avait ramassé de nombreux mémoires «pour composer des éloges latins des Français illustres en sciences, à l'imitation de Scévole de Sainte-Marthe, » il lui annonçait l'intention d'y travailler les soirées dès que ses malades lui eu laisseraient le loisir, et, « si Dieu lui en faisait la grâce, de donner des Éloges plus beaux , plus curieux et plus historiques que ceux de Sainte-Marthe, auxquels ils ne céderaient que pour l'expression ^. »

Cette dernière réserve rappelle ce qui fit principalement l'admiration des contemporains dans l'œuvre de Sainte-Marthe, et ce qui devait exciter celle de Gui Patin , fort épris de la bonne latinité. Cependant qui ne croirait que les Éloges eussent beaucoup gagné à être rédigés en français? On aurait sans doute bien étonné un savant de cette époque en lui disant qu'un jour, et ce jour n'était pas éloigné, on priserait, au-dessus de l'éloquence romaine de Scévole , notre vulgaire , qui , selon Montaigne lui-même ^ , n'avait encore ni assez de souplesse ni assez de vigueur pour ne pas « succomber à une puissante conception. » Mais, tracé dans

1. Le fils du pii^cepteur de Henri IV, Florent Chrestien, dans une lettre adressée à JosojjIi Scaliger (voy. les Épitres françaises à M. de la Scala , p. 62), s'exprime ainsi au sujet de son père, loué dans le liv. IV : « M. de Sainte-Marthe a fait son éloge; mais il semble qu'il n'ait pas pris beaucoup de peine d'en savoir les particularités, s'étant contenté d'en parler comme d'une personne qu'il connaissait fort peu. » La même lettre atteste, d'ailleurs, que Sainte-Marthe ne négligeait pas de profiter des secours qui lui étaient adressés, et même de se rectifier d'après eux : cf. p. 179 et 318 du volume cité.

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