‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 29 sur 35 · III · texte numérisé non relu

III

( 78 ) notre langage, combien ce tableau du xn^ siècle n'en aurait-il pas plus de vérité? Il faut appliquer aux Éloges l'observation si justement faite sur V Histoire du président de Thou. Le voile d'une langue étrangère masque la pensée, quelque habile que soit l'écrivain. Trop préoccupé d'imiter ses modèles, tandis que Sainte-Marthe prodigue les souvenirs antiques ^ ou les exclamations à effet et s'attache à une élocution d'une solennité un peu vague, la spontanéité lui échappe, comme la verve militaire de Henri IV disparaît dans les harangues où de Thou le fait parler à la manière de Tite-Live. Tel était, pour nos Français de cette époque, le fâcheux côté de l'emploi d'un idion.c éteint : il étouffait en partie, sous le costume uniforme de la période oratoire, le libre mouvement de l'esprit qu'eût favorisé au contraire l'indépendance de notre jeune idiome , et l'auleur tendait à s'effacer sous l'érudit; la périphrase rlègaute remplaçait le terme expressif. A son insu, on pensait en ancien , non plus en moderne; et, drapé dans la toge de Cicéron, on eût rougi de ces traits familiers que n'offrait pas l'orateur latin. C'est là ce qui a empêché Sainte-Marthe d'être assez simple et assez rigoureux dans ses détails , assez fourni de ces curiosités que nous aimons, assez complet dans ses jugements : c'est ce qui fait que les physionomies si attachantes de cette époque, empressée de s'ouvrir aux jouissances nouvelles de la société et des lettres, ne ressortent pas toujours chez lui avec assez de saillie et de \igueur.

Quel quesoitaussi le nombredes personnages loués par

1. C'est aiiibi que, dans un lang;ige ligiiré et nourri de l'ormes injtl)olog'qiies, il appelle les frères François et Pierre IMtliou Castor et Polhix; Turnèbe et Cujas sont pour lui les deux astres de la France, etc.

( 79 ) Sainte-Marthe (ce nombre n'est pas au-dessous de cent cinquante^), on peut cependant, comnae on l'a déjà indiqué, constater plus d'une omission. L'auteur n'a commencé son ouvrage que tard ^, et vers l'extrémité de sa vie il a cessé de s'en occuper-'. On n'y voit figurer ni Achille de Harlay, le digne chef de ces magistrats qui bravaient au besoin l'assassinat sur leurs chaises curules, non pas seulement gardiens et organes, mais soldats de la loi ; ni Auguste deThou, « cet ornement de son siècle, cet homme incomparable, » comme le nommait à bon droit Sainte-Marthe''. Là manquent également plusieurs poètes arrêtés par la mort au début ou au milieu de leur carrière : Jean de la Péruse, Olivier de Magny, Jacques Tahureau et Jodelle, dont la Cléopdtre charma la cour du roi Henri II ^ Parmi les hommes remarquables appréciés dans ce livre ^ on voudrait encore trouver Vauquelin de la Fresnaye, dont l'existence ne fut guère moins prolongée que celle de Sainte-Marthe ; Bonaventure des Périers, qui périt de sa propre main ,

1. Le nombre des éloges n'est qne de 137 , mais dans le même éloge il y a quelquefois deux et même trois personnages compris. C'est ce qui arrive pour les deux Baïf ( père et fils) ; pour les trois du Heliay, Guillaume, Martin et le cardinal de ce nom; pour Montaigne et La FJoétie, ainsi que nous l'avons remarqué, etc.

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