Voy. V Histoire de d'Aiibigné, t. II, I. III , chap
2. On peut voir un arliclc consacre à Calvin dans un recueil à.''Élocjes latins (2 vol. in-S°, éiiit. de 1G38), œuvre d'un contemporain de Sainle-Martlie , Papire Masson, que notre auteur luimême a cité dans son livre.
3. Histoire de V Académie française , p. 308. — Voy. l'édition des Mémoires et des Lettres de Marguerite de Valois, donnée, en 18 42, par M. Guessard.
( 81 ) Marthe d'élargir son cadre , en y faisant entrer les hommes qui, hors de notre pays, s'étaient distingués dans les lettres. Le président de Thou, dont V Histoire remplit en partie le vide que nous signalons * , lui conseillait, dit-on, après l'heureux succès de ses Eloges, d'entreprendre de célébrer les grands capitaines. Il eût mieux valu que de nos savants français il rapprochât l'élite des savants qui avaient alors fleuri dans toute l'Europe : ce complément eût été plus naturel et plus approprié au goût si littéraire de Sainte-Marthe. Il n'a parlé que d'un seul étranger^, si l'on peut donner ce nom à Jules César Scaliger *, dont Agen , comme nous l'apprend le poète Jasmin , n*a pas perdu le souvenir. C'était la ville où avait longtemps résidé et où mourut cet Italien, brave soldat, fameux érudit et parfait médecin'', dont toute la personne respirait quelque chose d'héloique, et qui, par la noblesse de ses traits et sa fière démarche , rappelait la race souveraine dont on le croyait descendu ^ Mais près de lui , et en face de nos
1 . Les Éloges des hommes savants, extraits de ['Histoire utiiverselle, ont été réunis en deux volumes et publiés par Teiseier , in-12, Utreclit, 1696, avec un volume d'Additions, Berlin, 1704.
2. Il faut observer cependant que Commines était né dans la Flandre qui appartenait alors au duc de Bourgogne.
.3. On lit dans le Scali(jerana 11, au mot Summarthanus : •' Sainte-Martbe a dit qu'il mettrait mon père dans ses Éloges (c'est Josepb Scaliger qui parle), encore qu'il soit italien; car il a été citoyen français et aimait mieux dici Gallus que Italus. » — Voy. aussi, à ce sujet, les É pitres françoises à M. de. la Scala, p. 179 et 31 s. Au re.ste, les contemporains approuvèrent beaucoup (ette idée de Sainte-Marthe. « Gratissimum fuit milii, lui écrivait Casaubon , quod inter Gallos Italo illi capitalis ingenii viro et vere admirando heroi Caesari Scaligcro locum dederis. »
4. Voy. les vers de La Boétie à son. éloge et sur sa mort, p. 3«7 et suiv. des OEuvres comj)lèles de La Boétie.
;>. « . . . . Kximia quaedam oris et statura; dignitas, quae gène-
( 82 ) illustrations, ne voudrions-nous pas rencontrer dans ce livre le dictateur des esprits de son siècle, Erasme, d'une cQnception aussi vive que sa science était vaste, observateur malicieux et hardi , mais avec adresse et mesure, ce qui rend la hardiesse vraiment redoutable: le premier qui dans les temps modernes ait manié cette arme de l'opinion publique, supérieure à toutes les autres'; l'excellent et docte Casaubon qui, après être né à Genève, passa de nombreuses années à Montpellier ou à Paris; le fougueux Buchanan, errant de contrée en contrée, et, quoique précepteur d'un roi, écrivant contre la royauté; Bembo et Sadolet, Tasse et Arioste, dont Tltalie était presque également fière; Dousa, le Varron de la Hollande, et qui , comme Varron, fut guerrier, magistrat , savant universel et poète ; Juste Lipse, à qui nous devons de bien comprendre Tacite et de l'apprécier à sa valeur ; Thomas Morus, courageux homme d'État et rêveur honnête homme, s'attaquant avec verve, dans sou Utopie^ aux inégalités sociales et aux puissances injustes ; la belle et vertueuse Olympia Morata , native de Ferrare , qui expliquait les Paradoxes de Cicéron, parlait le grec comme sa propre langue, et mourut à vingt-neuf ans, victime des malheurs de son époque; Guichardin , l'honneur de Florence, servant doublement son pays de
rosaiTi iilaiii planeqiie heiuicam Scaligcrae stiipis indolem in eo quoque viscère, nec penitus cum avito Yeionae impeiio concidisse prieclarissinie testaietur. » EL, 1. 1, p. 29.— Par la suite, Sainte- MarUie ajouta à l'éloge du père celui du lils, Joseph Scaliger, que du IJiutas appelait « la merveille de notre âge, » et que Balzac confondait encore dans son admiration avec Jules César Scaliger, proclamant l'un et l'autre ■< les deux merveilles des derniers temps. »
1. Sainte-Marthe n'a parlé d'Érasme que pour dire de lui qu'il était jaloux de lîude : c'est dans l'éloge de ce dernier personnage. Cette jalousie n'ertt pas été fondée et n'était point probable.
( 83 j ses conseils et de son bras*, émule, dans son Histoire , des chefs-d'œuvre de l'antiquité ; le doux et grave Mélanchthon se consolant , dans l'étude , des chagrins que lui causaient les discordes religieuses ets'efforcant, a l'exemple de Ramus, d'instruire ses compatriotes à socmtiser; Camerarius, qui a écrit la vie de Mélanchthon , déployant dans l'érudition le zèle et le génie de la découverte , en même temps qu'il prenait aux affaires de l'Allemagne une part des plus efficaces, commandant le respect par son caractère non moins que par ses travaux, l'une de ces grandes âmes, comme disait Huet, qui , en aplanissant toutes les aspérités de la science, nous ont permis d'y parvenir sans beaucoup d'efforts?
Il est inutile de poursuivre cette énumération : nous laisserons à juger, sans citer d'autres noms, combien ces figures nouvelles auraient ajouté de variété et de grandeur au tableau de Sainte-Marthe ; combien il eût gagné à développer son ouvrage en y rassemblant toutes les supériorités intellectuelles d'un siècle, fécond pour la science comme pour la littérature, qui annonçait Galilée , Descartes et Newton, Nous nous contenterons d'observer que le simple rapprochement de ces portraits eût produit les contrastes les plus intéret<sants et les plus propres à éclairer cet âge si important de l'humanité. Dans l'activité créatrice qui le travaillait, la science avait des aspects très-divers, et l'on voyait s'y refléter les profondes différences qui, dans l'Eglise et dans l'État, séparaient alors les esprits et les âmes : ici elle avait un caractère précis et sévèrement investigateur; là, je ne sais quoi d'élégant et de facile qui, joint à un indiscret enthousiasme , rappelait le paganisme. Aux savants de l'Italie et de la France catholiques on
I. Patente di consiiio e pro dï maiw, disait-on de son temps.
( 84 ) conviendra qu'il eût été curieux d'opposer les savants de la Hollande et de l'Allemagne protestantes.
Mais trêve à nos regrets : au lieu d'imaginer ce que ce livre aurait pu être, ainsi modifié, bornons-nous à le goûter tel qu'il est et à eu jouir. Malgré les imperfections que la critique y a signalées, malgré les vœux, que nous avons exprimés nous-même , il n'en est pas moins une des œuvres les plus attachantes que nous aient léguées nos pères. Dans cette production de Sainte-Marthe, on sent circuler pour ainsi dire la sève de la littérature renaissante et le souffle des plus nobles passions. Ce qui lui prête son plus grand charme, c'est cet amour des lettres qui y respire et qui est une des marques distinctives de l'époque : on voit l'ardeur communicative de tous ceux qui les cultivaient, et, sauf quelques violences passagères, les relations cordiales qui les unissaient entre eux , les secours et les conseils qu'ils se plaisaient sans cesse à échanger*. De toute part aussi le travail de la société, qui se renouvelle sous l'influence de cet ensemble généreux d'efforts, éclate dans les Eloges. Gomme les Mémoires que de ïhou a laissés , ils témoignent des sympathies et des respects qui entouraient les savants , dépositaires de l'avenir. Il y a enfin, et surtout pour un temps où les caractères effacés de plus en plus perdent toute espèce de relief, comme une vertu viviliante dans cette lecture , où les personnages se montrent animés d'une volonté si puissante , avec des qualités si individuelles, avec des traits si fortement accusés.
Par ces motifs on nous pardonnera de nous être longtemps arrête sur cet ouvrage, dont le grand succès con-
1 . Alors il y avait dans Pétude comme uu plaisir de surprise t't de découverte au jour le jour, qui explique ces rapports continus des savants : voy., à ce sujet, la p. 49 de notre Essai sur II. Eslieune.
( 85 ) temporain ne saurait nous surprendre'. L'autorité en fut même si imposante, qu'une veuve impliquée dans un procès considérable et qui avait intérêt à établir que son mari était un homme d'un mérite distingué , ayant allégué pour preuve de ce fait , devant le parlement de Paris , qu'il avait sa place dans ce recueil , l'illustre corps agréa cet argument comme n'admettant pas de réplique ^ La réputation et le crédit des Éloges sont également attestés par Balzac lui-même, qui cite avec approbation, dans une de ses Lettres^, une phrase latine ou ce livre est qualifié de livre iVor. Vers le milieu du xvii« siècle il était encore assez prisé pour que Guillaume Colletet crût devoir traduire en français'' l'œuvre de
1. Entre autres témoignages de ce succès, voy. une lettre de Sainte-Marthe à Scaliger {Épitres françaises à M. de la Scala , j). 179) : " Je me sens bien iieureux, dit l'auteur, de ce que mon dessein de célébrer, autant que j'ai pu, les hommes savants de notre France a été approuvé des pren)iers personnages de ce temps. »