‹ Étude sur Scévole de Sainte-MartheChapitre 32 sur 35 · Voy. La Rochemaillet, Vie de Scévole de Sainte-Marthe · texte numérisé non relu

Voy. La Rochemaillet, Vie de Scévole de Sainte-Marthe

3. XXIf , 17 : " Scaevola nempe Sammarlhanus , in aureolo Elogiorum libeilo, digno, me judicc, omnium Bemborum cl Sadoletorum invidia. "

4. Éloges des hommes illustres qui depuis un siècle ont fleuri en France dans la profession des lettres, Paris, 1644 , in-4". A la fin du volume est la Pastorale sur la mort de Scévole, réimprimée avec quelques changements. — l>a traduction de Colletet est une parapiirase, qui ne laisse pas de plaire par la naïveté du style. Voici on (luels termes il parle des Éloges de Sainte- MarUie dans son Histoire des poètes françois : « Quant à moi , il faut que j'avoue que la lecture de ce livre, diversifiée de tant d'agréables matières, m'a ravi jusqu'au point que je n'ai pas teint (liésilé) de quitter mes autres études pour m'attaclier à celle-ci l'espace d'une année et demie : car ce fut pendant ce temps-là ((ue je voulus conmiuniquer à la France, ma chère patrie, un si rare et si précieux trésor. » Ce sont, ajoutait encore Colletet au début de sa traduction , <i les premiers éloges que l'on aura vus dans notre langue : tant les hommes sont avares de louanges envers ceux qui leur ont prodigué leur temps et leurs veilles. »

( 86 ) celui qu'on n'avait pas cessé d'appeler le grand Seévole'. Telles furent les productions de Sainte-Marthe, celles du moins qui nous sont restées : car il faut signaler eu outre des Mémoires sur l'histoire de France, que l'on ne retrouve plus^, et un panégyrique de Poitiers^ , devenu si rare que nous n'avons pu nous le procurer ; témoignage de sa tendresse presque filiale pour cette ville où s'écoula une grande partie de son existence. Il y vante, suivant Dreux du Radier, la situation de cette agréable cité et les avantages qu'elle rassemble ; au dedans, le nombre de ses églises, la noble architecture de ses édifices, son commerce actif, son université surtout, remarquable par le lustre que lui ont acquis plusieurs célèbres jurisconsultes; au dehors, la fertilité de son territoire , la riche variété de ses paysages , la pureté de l'air

1 . C'est ainsi que le nomme en effet Perrault, dans ses Hommes illustres.

2. On lit, à ce sujet, dans le manuscrit de G. Coiletet : << A sa liaute éloquence, Sainte-Martlie joignait une profonde connaissance des aftaires de l'État et de celles de la justice, de la police et des tinances, et une intelligence parfaite de toutes les histoires, et spécialement de celle de France, dont il dressa même des Mémoires utiles au public et glorieux à son nom, s'ils avaient été divulgués au monde. »

■■). La louange de la ville de Poitiers : cette pièce, adressée h Louis de La Ruelle, a été, suivant le P. Lelong , imprimée à Poitiers, en 1593. Mais, selon d'autres, et cela est plus croyable, fort antcrieuie à celte date, elle faisait partie d'une édition trèsrare des OEuvres mêlées de Sainte-Marthe, in-8", 1573, que je n'ai pu rencontrer. Au reste, pour découvrir cet opuscule, sans doute enfoui dans quelque recueil, j'ai interrogé vainement les bibliothèques de Paris; et M. Pressuc, bibliothécaire à Poitiers, qui a bien voulu me seconder en le cherchant également dans cette ville, n'a pas réussi davantage à le trouver. Qu'il me soit permis de saisir cette occasion pour remercier M. Pressac de l'extrême obligeance avec laquelle il m'a indiqué plus d'une source à consulter sur Sainte-Marthe.

( 87 ) qu'on y respire, la limpidité de ses eaux : ajoutons que, par un trait propre à nos vieux Gaulois, il n'oublie point de mentionner la beauté des femmes poitevines.

Ce morceau n'est pas compris dans l'édition générale des OEuvres de Sainte-Marthe , que son fils aîné a donnée au commencement du xyii" siècle, en la dédiant au cardinal de Richelieu^. Ou regrette que plusieurs autres pièces de la jeunesse de l'auteur n'y aient pas été non plus conservées. Quant aux éditions partielles publiées de son vivant, leur nombre suiiîrait pour prouver quelle a été, de son temps, la vogue de ses ouvrages'^ Politique intègre et citoyen dévoué, fort

1. Les exemplaires, lorsqu'ils sont entiers, conliennent aussi les œuvres d'Abel de Sainte-Marthe : » Opéra illius (parentis mai) nieaque tibi consecrare constitui, » dit celui-ci à Riclielieu , en raiipelant au cardinal que son propre père a été connu et honoré de Scévole. Voici, d'ailleurs, le Irontispice de cette édition trop peu complète et qui ne se recommande pas assez par la coirection : Scaevolœ et Abelii Sammartlianorum, patris et lilii, Opéra latina et gallica , quibus accessit Sca^vola; ipsius ïumulus; Villery, LutetiiB Parisiorum, in-4", 1633. — Sous ce titre général sont compris ensuite les titres particuliers de chacune des divisions : Gallorum doctrina illustrium... Elogia, Lutetise , Villery, 1630,

in-4".

Scœvola* Poeniata , ad Ilenricum III, Lutelia", Villery, 1629,

in-'j".

Les OEuorcs de Scévole de Sainte-Marthe j^ce sont ses poésies

françaises), Paris, Villery, 1629, iu-4''. Scaevolaî Tnmulus (ou Tombeau de Sainte-Marthe, renfermant sa vie, les oraisons funèbres, inscriptions, éloges, épitaphes et vers qui ont été faits à l'occasion de sa mort), Lutetia», Viennent enfin les OFAivrcs d'Abel.

').. La première de ces éditions, belles pour la plupart, est de 1569, Paris, Féd. Morel , in-8°. Klle est dédiée à M<jr le chevalier d' Angoulème : après une épître à ce seigneur, Scévole, s'adressanlau lecteur, lui dit « qu'ayant résolu de publier ses petites poésies, il a voulu commencer non par celles qui sont de son in-

( 88 ) eslinié de plus en qualité de jurisconsulte, il fut donc encore, ainsi que nous l'avons montré, poète, historien, orateur; et, à ces différents titres, il passa pour une merveille. De cette opinion, la postérité a beaucoup rabattu sans doute : son nom toutefois, parmi les doctes noms du seizième siècle, est resté l'un des plus populaires, et un rayon de poésie et de gloire y demeure attaché. En réalité, comme s'il avait survécu à son époque, Scévole ferma le cortège des hommes célèbres qu'elle avait possédés, représentant attardé d'une génération qui n'était plus. Cependant des astres nouveaux se levaient à l'horizon, qui allaient bientôt éclipser nos anciennes illustrations littéraires : Descartes se livrait à ses fécondes méditations; Corneille grandissait pour l'honneur de notre théâtre ; La Fontaine et Molière venaient de naître ; Pascal voyait le jour l'année même où mourait Sainte- Marthe.

Un souvenir semble dû, quoi qu'il en soit, à ceux qui ont aplani la voie à notre grand siècle. Sainte- Marthe a son rang marqué parmi eux. A la veille des chefs-d'œuvre, il a ému, par quelques vers heureux, l'imagination publique, et, en excellant à répéter l'harmonie de ces sons antiques qui charmaient la renaissance , il nous a préparés à goûter la perfection des vers

vention, mais par celles qu'il aliadiiiles ou imitées d'ailleurs. > Il y a une édition de 1 57 1 , une autre de i 573 (tout à l'heure citée comme rare et curieuse). Viennent ensuite celles de 157 5, 1579,1592, 1595, 1596, 1600, etc. Cliacnne d'elles présente, outre quelques pièces latines et surtout françaises dont la reproduction a été postérieurement omise, par un choix j.Uis capricieux qu'éclairé, des variantes considérables dont on aurait dû tenir compte. — La bibliothèque impériale ne possède qnc fort peu de ces éditions : néanmoins elle a celle de 1569, dont l'existence paraissait problématique à Dreux du Radier. La bibliothèque de l'Arsenal a les l'ditions do 1569, 1571 et 1600.

( 89 j de Racine; surtout, épris pour les lettres d'une passiou sincère , il a contribué , arec plusieurs de ses contemporains, à répandre dans la nation le goût des nobles jouissances de l'esprit. Si ses talents méritaient un regard de la postérité , ses vertus privées et publiques ne l'en rendaient pas moins digne. Il a offert un beau type de l'ancien caractère français. On se rappellera que les mêmes hommes, dont les loisirs ont alors produit des œuvres savantes et gracieuses, ont aussi, par leur courage et leur dévouement au pays , préservé la France de deux ennemis qui la menaçaient également, l'anarchie et l'étranger*.

1. M. A. de Saint-Priest, que icgietleiit les lettres, dans un travail sur les Guise (Revue des Deux-Mondes, n" du 1" mars 1851, p. 830), a cité ces paroles d'un homme d'État illustre de notre époque, qui sont, suivant nous, d'une parfaite vérité : <> Les Loisel, les Pithou, les Sainte-Marthe, les de Flarlay , les de Thou..., n'ont pas été seulement d'érainents magistrats ou de savants jurisconsultes ; ils ont été d'excellents et quelquefois môme de grands citoyens. Ils ont sauvé l'honneur de leur temps. »

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