LAIT À
corpuscules? sont-ils les éléments de la matière décomposée? forment-ils la base intégrante des corps? faut-il les regarder comme des particules inertes et passives, des principes terreux, salins, métalliques, qui s’égarent çà et là et s’attachent aux substances avec lesquelles ils ont le plus d’affinité? Ces corpuscules seraient-ils la matière subtile de Descartes, les monades de Leibniz? ou bien devons-nous les classer parmi les êtres doués d’une action inhérente, d’un mouvement spontané, de vitalité? Toutes ces Opinions ont été avancées, appuyées, combattues.
Buffon ne trouve dans les corpuscules infusoires qu’un mouvement d'inertie et de passivité. Il ne voit en eux ni forme constante ni organisation déterminée. Les parties dont on les croit composées ne sont pour lui qu'une illusion d'optique. Enfin ces molécules organiques, principes constitutifs des corps sont à ses yeux subordonnés à une force qui agit sur chaque point de la matière qui détermine leur ensemble, leur distance, leur volume, leur masse.
Needham appuie fortement ce système, il l’étaie d’un appareil séduisant d'expériences microscopiques ; il bannit le mot vague et insignifiant de moule intérieur auquel il substitue celui de force végétative. Cependant si ces atomes ou molécules ont des traits caractéristiques d’une vie agissante et invulnérable, s’ils sont liés avec les animaux par des rapports semblables, peut-on leur refuser une place dans l'immense série des êtres vivants ?
Les expériences de Spallanzani ne prouvent-elles pas ces traits caractéristiques et ces rapports? N’établissent-elles pas d’une facon irréfutable l’animalité des infusoires ? Résumons ces expériences.
Mouvement. — Les corpuscules infusoires n’ont pas un
PRO mouvement uniforme et régulier ; les uns se meuvent à la manière des anguilles, par ondulation ; d’autres se plient et se déplient de mille manières différentes; ceux-ci s’agitent avec vitesse; ceux-là avec lenteur ; quelques-uns pirouettent sur eux-mêmes; un grand nombre vont par sauts... En général, ils se poursuivent, s’évitent, fuient les obstacles qu’on leur oppose, changent tout à coup de direction, prennent une route opposée ; ils passent du repos au mouvement, sans choc externe, volontairement ils se réunissent dans l’endroit où abonde le liquide infusoire. |
Organisation. — Ils ont des nageoires, une bouche, un estomac, des voies aériennes ; ils n’offrent ni cœur, ni vaisseaux rouges; ils ont une forme ovale, longue, globuleuse, cruciale, généralement bizarre et irrégulière.
Nourriture. — Carnivores, féroces et voraces se disputant leur proie avec avidité, produisant dans l’eau une espèce de tourbillon qui précipite l’aliment nourricier. C’est ordinairement un individu plus faible : le petit est toujours la vic-
time du fort. C’est une loi constante dans la nature, dans le
monde microscopique comme dans tous les autres.
Elément. — L'eau est leur élément naturel; si elle leur manque, ils périssent.
Température. — Is périssent à une chaleur de 33, 34 ou 35°. (Les têtards, les grenouilles, les salamandres, ne supportent pas une chaleur plus forte.) Ils ne sont pas tous également sensibles au froid ; les uns succombent au degré de congélation, les autres à 5, 7, 9 degrés au-dessous : il en est de même des insectes.
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Odeurs. — Les odeurs et les liqueurs vénéneuses pour les insectes sont mortelles pour les infusoires. Ils périssent exposés aux émanations de camphre, à la fumée de la térébenthine, du tabac, du soufre, plongés dans les liquides huileux, salins, spiritueux.
Électricité. — T’étincelle électrique est un coup de foudre pour les animaleules infusoires ; aucun ne survit à son explosion.
Air. — Is périssent dans le vide de la machine pneumatique; ils cessent de vivre dans l'air qu’ils ont trop longtemps respiré. Quelle est la cause de cette mort? Elle ne provient ni de l'irritabilité affaiblie, ni de l’élasticité de l’air diminuée. On ne peut aussi l’attribuer à une altération du sang : plusieurs animaux survivent assez longtemps à l’écoulement entier de ce fluide... Se formerait-ilalors un nouveau gaz qui, agissant directement sur les nerfs, amènerait les convulsions auxquelles succombe l'animal? Telle était l’opinion de notre auteur, et elle n’était pas loin de la vérité; mais la chimie du temps ne permettait pas d’en approcher
de plus près.
Génération. — Ils multiplient dans toutes les saisons; l’été en voit cependant éclore un plus grand nombre. Le chaud favorise leur reproduction, le froid la retarde : la température de l’atmosphère est la plus favorable à leur propagation... Ils engendrent de différentes manières; le plus souvent par division, ou longitudinale, ou transversale, ou cruciale, etc. Le nombre des fœtus n’est pas constant; il est rare cependant qu'il en naïsse plusieurs à la fois; mais la multiplication est prodigieusement féconde, et l'accouchement infiniment
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rapide. Quelquefois celui-ci est suivi de la mort, qui à tou- Jours lieu dans le cas de multiplication par explosion, sans laisser même aucun vestige du père, dont les organes se sont changés en autant de nouveaux individus... Il y a des animalcules ovipares et'vivipares : les carnivores sont de cette dernière classe; on distingue facilement leurs fœtus.… Quelle est leur manière de féconder? Ont-ils des parties génitales? S’accouplent-ils? Il ne le parait pas; car ils engendrent
solitairement un à un: ils sont presque tous hermaphrodites.
Résurrection. — Les animalcules infusoires présentent un spectacle bien étonnant. Transportés hors de l’élément qui leur est naturel et nécessaire, ils périssent, ils se dessèchent et ne conservent aucune apparence de vie; ils ne sont plus qu'une matière terreuse friable, passive, morte. Si on les transporte dans un liquide, ou qu’on les arrose avec une seule goutte d’eau, ils s’animent peu à peu et deviennent sensibles comme auparavant à l’action des stimulus, ils offrent tous les caractères de mouvement et de vie.
Le second volume des Opuscules est spécialement consacré à l’examen des vers Spermatiques. Il y relève plusieurs erreurs échappées à Leuwenkoeck; il réfute Linné qui regardait ces vers comme des parties salines et Buffon qui ne les considérait que comme des molécules constitutives et organiques. Il pense que ces vers sont de véritables animaux. La semence est leur élément naturel; ils périssent dans un autre fluide; ils sont sensibles comme les infusoires à l’action du froid, du chaud, des odeurs, de l'électricité, ete.
Ils n’offrent aucun mode apparent de reproduction et on ne sait s'ils sont OVipares ou vivipares.
Vient ensuite l’histoire de quelques animalcules infusoires,
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