Toyci notre oavrage sur Turgot. sa vie, elc , p. I
public des crimes dont on s'était rendu coupable envers lui et envers la chose publique. Deux moyens se présentaient : la calomnie vulgarisée par l'ironie de la chanson, et les formes judiciaires pour empêcher la lumière d'éclairer la situation et la vraie justice d'atteindre les vrais coupables. Encore la chanson, encore le parlement. La chanson, toujours aussi sotte que méchante, disait :
Inonder l'BUt de brigands,
Uultiplier les mendiants.
Des malheurs augmenter la soeaai
Et soulever les paysans.
Sont les résultats oITrayants
Ou système de ce grand liommu
Dont les Tous sont les parlUaas.
Riez, chantez, jieuple de Franco, Vous recouvrei lalibertù^ Quant & votre propriét6.
Le prince pu garde !a Rnance, - Et de ce fortunô bienfait Zéro sera le produit net.
Etc., etc.
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Le parlement, pour se donner des airs d'innocence , pour avoir l'occasion de dévorser le blâme sur sa propre victime, et pour empêcher le public d'y voir clair, réclamait la connaissance de l'airaire.Turgot, par un Ht de justice, ordonna l'onregistrement d'une proclamation royale qui - dltribuail la répression de la révolte à la juridiction prévôtale, conformément aux lois existantes. Le langage du roi fut ferme; mais ce n'était pas le sien. Après avoir dît, en congédiant l'Assemblée : <> Je compte que vous ne mettrez point d'obstacles ni de retardement aux mesures que j'ai prise», afin qu'il n'arrive pas de pareil événement pendant le temps de mon règne », il exprima de l'inquiétude et des doutes ù son ministre : « Au moins, dit-il, n'a- Vons-nous rien à nous reprocher? » Hélas 1 oui; il avait à se reprocher d'avoir rétabli lo parlement, contre l'avis de Turgot. Cependant, cette fois encore, il garda la parole qu'il lui avait
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donnée imnMSdiatement après avoir commiacDUe faute : « Soyez tranquille, je voue aoutiendrai. » Le miaistre avait donc encore la confiance du roi. C'était là le point que ses ennemis voulaient attaquer. II fallait trouver des vices au système et des torta à l'homme. On fora tout pour sembler y avoirréussi.
L'abbé ûaliani écrira dea dialogues sur le commerce des grains, où, faute de raisons et do loyauté, la plaisanterie . la dérision , le sarcasme et le sophisme seront prodigués à pleine main; il amusera la malignité, déversera le ridicule sur les économistes et leurs doctrines, et aum persuadé k plupart de eaux qu'il aura fait rire. S'il se trouve des esprtt» plus difficiles, Neolier leur sera réservé ; il écrira contre la liberté du Commerce des gpains, et portera l'attention sincère ou perfide des procédés Jusqu'à Communiquer son manuscrit à l'ui^ot avant de le l'endre public, avec l'assurance de no point le
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publier si le contnMeur général l'estimait de nature à contrarier les intentions du goQvemeraent. Turgot avait l'âme trop haute et des conYÏctions trop fermes pour cnûndre la contradiction, alors encore qu'elle eût été moins courtoise. Il l'avait bien prouvé dans une circonstance tout à fait analogue et oii se trouvaient deux coupatiles, dont un au moins aurait pu Ctre frappé, si Turgot n'eût pas été au-dessus d'un ressentiment qui aurait tenu de la faiblesse, puisqu'il eût ressemblé à de la vengeance. Cette générosité, — et ce n'est pas la seule de cette espèce dont Tui^t ait fait preuve, — ne fut pas comprise ou fut empoisonnée : on ne vit ou l'on ne voulut voir que de la faiblesse dans une conduite quin'ûtait cependant dictée que par la magnanimité '. Necker publia donc son mémoire.
La cabale et les gens de lettres en firent le plus
1. Voici commeot Bachaurnoot raconte le fail : a H. Turgot, instruit que M. de Sartines n'ignorait paa un propos im-
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grand éloge. Voltaire n'y vît qu'un « fatras, une petite drôlerie. » Morellet le réfuta ; mais tout en ayapt raison pour le fond, il fut malhabile dans la forme, et sa réfutation passa inaperçue- Linguet, dans son Journal de littéraUire et de politique, se déclare contre les économistes et l'application qui était faite de leurs doctrines. Gnmm et Mallet-Dupan se joignirent à lo cabale. Ce fut un fo//e général.
Turgot laissa dire et laissa faire, mais avec la résolution de marcher plus avant et plus largement dans sa voie. C'est alors qu'il tenta le
pudaDt de l'abbé Baudeau aiir son conijiLe, a cru devoir aller irouver ce ministre, lui déclnrer combien il était irrité lui-même de l'audace criminelle de cet éconoiuisto qui s'an repenUiC amèrement et ôtail dUposë à subir la peine (jù'il voudrait lui inQiacr, etc. Le secrétaire d'Etal do ta marine a élè reçu par le contrôleur génâral avec hauteur ; celui-ci lui a répondu qu'il se regardait comme fort au-dessus des injures de cet abbé. Il semble que H. Turgot, sans se prévaloir de la générosité du ministre rival, aurait dû chùtier son suppôt et n'en faire qu'un exemple plus éclatant. On désapprouve fort cette n
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grand coup qui devait retomber sur lui et l'abattre. « Son expérience administrative , dit Blanqui , lui avait fait sentir plus d'une fois combien il fallait apporter da ménagements môme dans l'exécution des améliorations les plus indispensables. Mais les résistances acharnées qu'il rencontra, irritèrent sa probité et ne lui permirent pas toujours de garder la mesure convenable au milieu du conflit des opinions,. .. 11 frappait sur tout : nobles, flnanciers, bourgeois, prêtres, gens de lois, monopoleurs, Il voulait tout plier au joug de ses réformes, et il semblait ne désespérer de rien. «. J'ose répondre, disait-il au roi, que, dans dix ans la nation ne sera pas reconnaissable. » Cette foi ardente, éclairée, convaincue en la possibilité du bien, lui faisait dire : « Ce que j'admire dans Colomb, ce n'est pas d'avoir découvert un monde; c'est d'être parti pour le rechercher, sur la foi d'une idée. » Lui nussi avait découvert un
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monde, mais un monde idéal, pratique cependant, et qu'il s'agissait de réaliser. Et à quelqu'un qui lui reprochait sa précipitation, il répondait : « Vous connaissez les besoins du peuple ; vous savez que dans ma famille on meurt de la goutte h cinquante ans, et voua trouvez que je suis trop pressé 1 »
Il fallait donc abattre d'un seul coup ce qu'il y avait de plus onéreux pour le peuple dans la féodalité. Clnij édlts furent proposés en même temps à la signature du roi : les principaux avaient pour objet l'abolition de la corvée, son remplacement par la confection et l'entretien des grandes routes à prix -d'argent, par conséquent l'affranchissement de l'agriculture ; la suppression des jurandes, des maîtrises, des corporations, c'est-à-dire la liberté de l'industrie.
Tupgot ne pouvait se faire illusion sur la résistance qu'il allait rencontrer au parlement, et
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sur le mauvais accueil qui l'attendait dans le monde influent des salons et des affaires. S'il en" eût pu douter jamais, les poursuites dont Boncerf et son ouvrage Sttr les inconvénients des droits féodaux furent l'objet, l'auraient infailliblement tiré de cette illusion. Et poiirtant Boncerf, ami de Turgot, premier commis des finances, n'avait rien proposé de bien révolutionnaire, rien d'essentiellement attentatoire à ce que les privilèges pouvaient appeler leurs droits. Sans demander que les seigneurs fussent forcés à recevoir le remboursement des redevances féodales, bien moins encore qu'elles fussent supprimées sans compensation, il démontrait seulement que s'ils consentaientà ce remboursement, ils pouvaient le porter à une valeur qui doublerait leur revenu. Eh bien ! cette ouverture paciOque passa pour un attentat; le parlement condamna l'ouvrage à être brûlé, et l'auteur dut s'estimer heureux d'en être quitte à ce prix.
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Voltaire, qui n'était pas trop hostile aux droits seigneuriaux et qui avait pour cela ses misons, en apprenant la condamnation du livre, écrivait à l'auteur : « Il me paraissait que vos vues no pouvaient que contribuer au bonheur du peuple et i la gloire du roi : j'en étais d'autant plus persuadé qu'elles sont entièrement conformes aux projets et à la conduite du meilleur des ministres que la France ait jamais eu à la tôte das finances. Vous m'apprenez, monsieur, que je me suis trompé, que Tjdée de faire du bien aux hommes est absurde et criminelle, et que vous avez été justement puni de penser comme M. Turgot et comme le roi. »
L'accord que suppose ici Voltaire entre le roi et son ministre, était une erreur; le roi inclinait plutôt àl'avis du duc deNivernois, qui ne voyait dans Boncerf qu' i< un fou , mais pas un fou fieffé. « Cependant les édits furent signés. Mais ils devaient être enregistrés. Le parlement les
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fit examiner pap une commission. La question, longuement débattue, aboutit à cette solution que, des «inq âdita proposés, un seul, un des moins important?, celui qui avait pour objet la suppression de la caisse de Poissy '> fut enr&> gistré. Les quatre autres ne le furent qu'eq vertu d'un do cos actes d'autorité connu? aous le nom de lit de justice, et qui étaient peu d'ftçeord 9,vec le caractère du f%)i. Aussi, en pi^sfiQce de ce refus du parlement, Iç conseil des minj^ très, présidé par le roi, fiit-il orageux. Tui^ot se trouva d'abord seul de son avis. Il eut sur-i tout à combattre le garde des sceaux , Hua de