I. On sait que le marcha da Poissy est parEloulièrement
alToctÉ à la vente du gros bétail at de* moutons destinés « l'alinienlatioa de ;Paris. Li caisse de Poisay avait élu ûtalilie paur pnycr comptimt auii inarctiands Ibruina la montant di> leurs ventes aux boucliers de Paris. Elle constituait, pour la corporation de ces derniers et pour les cap|lali3to3i un privilège d'autant plus oonsidârablo qu'ils n'a- 'vaieut pas do concurrence i, redouter; mais les boucbi'rs c'I les enpilalislea avaient & payer des droit? au Trésor,
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Miroménil, ancien président du parlement de Rouen, ayant tous les préjugés et toutes les prétentions de la haute 'magistrature, et poussé d'ailleurs à l'opppsition par -Maurepas. Il fut soutenu dans cette mauvaise cause par Sartioe et Vergetines, dont les raisons ne valaient pas mieviK que celles du garde des sceaujt, qui ne valaient rien, et dont TurgQt flt voir aisément la vanité. Le rpî s'étftnt prononcé en consiSquenoe, Maurepas, quoique hostile à Tui^gt, dit qu'il fallait se ranger à l'avis du roi. Ce fut le dernier triomphe de Tui^ot. Le parlement fut donc convoqué à Versailles le 12 rfiars 1776. Le garde des sceaux exposa au nom du roi les motifs des édita. Le président d'Aligre, et l'avocat du roi, Séguier, répondirent en cherchant à prouver que ces nouvelles mesures étaient désastreuses, qu'elles étaient le renversement de l'œuvre des plus grands rois et des ministres les plus éminents, d'Henri IV et de Louis XIV, de Sully et de
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Colbert. Séguier, dans l'emportemeni de sa déclumation, voyait dans « la réforme de l'oi^anisation de l'industrie et' du commerce la nécessitai de reconstruire, dans toutes s«s parties, la constitution politique elle-même. » Mais ce qu'il y eut de sérieusement bouffon dans ces remontrances, fut de prétendre que le peuple pourrait bien se révolter si on le privait de la corvée, si on le déchargeait de l'impôt des maîtrises! Voltflire, apprenant ce trait, fut si loin de voir dans les édits une aggravation de charges poar le peuple qu'il appela le lit de justice qui en a\'ait forcé l'enregistrement, un « lit de bienraisance, un lit d'éloquence digne d'un bon roi. «> Cctl€ éloquence, celle qui motiverait la mesure, était celle de Turgot, celle qui avait convaincu le roi, qui l'avait fait sourire de pitié en entendant les sophismes déclamatoires ou ridicules et absurdes des Séguier et des d'Aligre, celle enfin qui lui arracha à l'issue de la séance le mot
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resté célèbre : u Je le vois bien, il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple. » C'était, en un mot, l'éloquence du bon sens et de la vérité, celle de l'honnêteté et de la justice. Deux mois après, cependant, Turgot n'était plus ministre. Que s'était-il passé? On va le voir.
La cabale qui avait organisé la guerre des farines , le parlement qui en était l'&me, avaient été battus, mais non terrassés. L'agitation fut de nouveau fomentée dans quelques provinces. Le peuple menaça de ne plus payer les redevances féodales. Le 'parlement y trouva ■ une occasion de se montrer sous ses dehors de justice, et de déclarer dans son arrût que « quelques esprits ayant altéré par des opinions systématiques les principes anciens et immuables qui doivent servir de règle à la conduite des peuples, il en était résulté, en divers lieux, des commencements de troubles contraires à l'autorité du roi et aux droits de propriété des sei-
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gneurs. » L'allusion ne pouvut être plus trens* parente. C'est alors que parut la brochure manuscrite de Monsieur, frère du roi, dont nous avons déjà parlé, Le singe de M. de Mawqaai, et qui, suivant une lettre de Voltaire à M. de Chabanon, fut largement distribuée dans Paris, cette « grande basse-cour composée de coqs-d'ïnd» qui font la roue et de perroquets qui répètfipt de» paroles sans (es entendre, n C'était un eflOPPragement donné par la oour au parle-mant, OH pliltût un concert à renforcer, Le paiplentent n'y manqua pas; il condamna le livre qu'un économiste, Lanjuinais, venait de publier, Le parfait monarque, livre qui était dans le même esprit que C0lui de Bonoerf sur les droits féodaux. Dans son réquisitoire, l'avocat général Séguiep traitait le système de Quesnay et des autres économistes de « doctrine meurtrière, produit de l'efTeryescence que l'amour de la liberté indéfinie, dont toutes les nations sont
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tourmentées, a fait naître dans tous les cœurs ; n les propagateurs de cette doctrine étaient présentés oomme des « séditieuse, des prédicants insepsés et furieux, qui osaient se promettre de détruire tous les gouvernements, sous prétexte de le^ réformer. » Turgot, cette fois, se sentit blessé ; il Écrivit à 3égyipr pt se plaigne AU roi. Le parlement prit fait et cause pour l'ftvooat général, et le roi se laissa endoctriner par Maurepa», qui commença par cQntreoarreF Mialeafeerbea, seul attaché à Turgot, mais ai ennuyé ijt si fatigué des affaires qu'il fut aisément porté à les' quitter. Sa démission, acceptée avec empressement, affaiblissait, ébranlait le contrôleur général, qui devait bientôt tombw, A quoi bon, du reste, se tourmenter si fort en pure perte! Malésherbes était sans illusion sur le résultat des grandes tentatives de son ami : « Les peines que prend Tijrgot, disait-il, les épargnes qu'il effectue ne tourneront pas nu profit du
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peuple; il n'y a pas de remède possible au gaspillage. >> En sfTet, ceux qu'engraissaient les privilèges et les faveurs avaient juré la perte de Turgot. On vient de voir quelle guerre ouverte était faite à sa doctrine, quelles résistances étaient opposées ^à ses réformes, quels embarras suscités à son administration. Mais l'honnête homme restait encore debout. Il pouvait, tout en baissant comme spéculateur dans la conflaocQ du roi, conserver encore son estimu et son affection en qualité d'homme. Il fallait donc aussi le ruiner h. ce point de vue dans l'esprit et le cœur du roi, afin de mettre u un terme aux débordements économiques. »
L'économie, c'était, en effet, le crime irrémissible aux yeux de la mendicité dorée, des privilèges de tous ordres, des usuriers et des traitants, en un mot de toutes les sangsues de l'Etat. La calomnie avait osé beaucoup déjà; elle tentera davantage, et, cette fois, avec le succès désiré
Un courtisan des plus corrompus, aussi Kcond que peu scrupuleux en matière d'intrigues, le jeune marquis de Pezay, qui avait donné quelques leçons de lactique militaire au roi, encore dauphin, avait eu l'idée, pour se mainteni^ en cour et se donner quelque importance, d'entamer et d'entretenir une correspondance secrète avec le roi. Il trouva le moyen de lui persuader que le contrôleur général avait à Vienne un correspondant, un ami, avec lequel il se gênait peu sur le compte d'augustes personnages, en particulier de la reine.
Le stratagème réussit '. Tupgot fut renvoyé, i la grande satisfaction de tous ses ennemis, au grand désespoir de tous ceux qui avaient fondé sur son ministère de si nobles et de si justes espérances. On raconte que Marmontel, qui était
1. Voir, pour plua amples détails sur ce myalère d'iniquités, notre ouvrafçp sur Tiirg ■!, |i. 50-0(1,
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àVersailles le jourde la disgrflce de Targot, et qui observait dans un morne silence la joie tumultueuse des courtisans, des financiers et de tous ceux dont l'avidité, les prétentions ou les spéculations malhonnêtes trouvaient un frein ou une répression dans les principes et llionnôtelé du contrôleur général , répondit à quelqu'un qui lui demandait le sujet de son air attristé au milieu de la jubilation commune : « Je me représente d'après tout ce que je vois ici, l'image d'une troupe de brigands rassemblés dans la forêt de Bondy, à qui l'on vient d'annoncer que le grand prévôt est renvoyé. »
Voltaire n'en fut pas moins consterné : «Ah!
quelle funeste nouvelle j'apprends ! » écrivaitil. M Que deviendrons-nous ?... Je suis attérél... Nous ne nous consolerons jamais d'avoir vu naître et périr l'âge d'or !... Ce coup de foudre m'est tombé sur la cervelle et sur le cœur. »
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Louis XVI avait perdu dans Malesherbes et Turgot des serviteurs dévoués, dignes de lui. Il eut le malheur de ne pas les comprendre et le tort de ne. pas les soutenir. Mais cette erreur et cette faiblesse ne sont que trop concevables avec les dispositions intellectuelles et morales du roi et dans les circonstances où il se trouvait placé. Il reconnut, mais trop tard, hélas! que sa religion avait été surprise. Si Turgot eût vécu, nul doute que, comme celui de Malesherbes, son dévoûment n'eût été acquis au péril de sa vie à l'infortuné monarque, dont il avait pressenti la triste fin. Mais quelle eût été la sienne dans cette affreuse tourmente? C'est une des questions que se pose son ami Morellet en déplorant sa chute et sa mort précoce : « Je me suis demandé souvent, dit le bon abbé, quelles eussent été, dans nos désastres, les idées et la conduite de cet homme incapable de faiblesse et de dissimulation, et dont les intentions étaient
toujours droites et les vues profondes et justes. Eût-il exercé quelque influence sur l'état des affaires et sur les conseil du roi? Eût-il été dans les Dsouvements populaires le Si forte virutn quem conspexere silent? N'eût-il pas été emprisonné, égoi^, comme M. de Malesherbes, son ami? Aurait-il quitté la France? Dieu, en le retirant sitôt de la vie, a voulu peut-Ctre récompenser ses vertus. »
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CHAPITBE VI
DISflUGE DE TVII60T. — SA RETItRITE. — SON rORTMIT.
11 est impossible d'admettre que Turgot n'ait pu pressentir sa chute, surtout depuis la retraite un peu forcée de Malesherbes. 11 connaissmt le roi, sa faiblesse aussi bien que sa bonté. En arrivant au pouvoir, il fait entendre on ne peut plus clairement au roi lui-même qu'il craint d'en êlre mal soutenu, et peut-être sacriÛé. Des critiques ont même trouvé qu'un pareil langage, qui serait bien étrange, en effet, dans la bouche d'un courtisan, n'était pas fait pour se concilier la bienveillance du roi, et que de ce moment-là même Turgot eût pu être remercié de ses services. Mais ces critiques confondent une honnête
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