Voir. i>our iU3 UiïtolU, l'ouvrage cilii ii. Î67-1TJ
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futur évoque d'Auxerre, l'abbé de Cicé. Il y attaque le système de Law et r^ute l'abbé Terrasson qui s'en était fait le défenseur. Ainsi qu'il devait toujours faire par la suite, déjà il agrandit la question et la traite au point de \Tie général du papier-monnaie et de la valeur flduciaire qu'il peut avoir.
Parmi les questions économiques qu'a traitées Turgot, il en est qui intéressent plus parUculièrement le droit et la morale ; nous en parlerons plusloiD.lls'agitpour le momentdes écrits dont le caractère est plus spécialement économique. Tels sont la Question sur la Chine, les i(eflexions sur la formation et la dtstrtbutwn des richesses, les Valeurs des monnaies, les Foires et marchés, VElotjc de Goitmay, VImpôt, fa Grande et la petite culture, la Liberté dit cornmerce des grains, la Marque des fers.
I. Turgot était de ceux qui ne dédaignent aucune source d'instruction, qui la cherchent par-
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tout, et qui la prennent où ils la trouvent. 11 en savait assez déjà sur la Chine pour penser qu'en la connaissant mieux encore, il pourrait en recueillir quelque avantage pour son pays au point de vue économique. Il demande en conséquence des renseignements sur plus de cinquante points, qu'il classe sous quatre chefs ; et pour faciliter aux deux jeunes Chinois qui étaient venus visiter la France, la réponse aux questions qu'il leur adressait, pour les mettre mieux en état d'en comprendre l'esprit et la portée, et par conséquent d'y répondre avec intelligence, il rédigea à leur intention le petit traité d'économie politique intitulé : Réflexions etc.
II. Cet ouvrage élémentaire^ si clair, si plein et en général si vrai, est un chef-d'œuvre. C'est comme le catéchisme de l'Economique, le premier ouvra^ populaire du genre. Turgot, n'eûtil écrit que ce petit livre, eût bien mérilt; de
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1(1 science et de la civilisation. Ceux qui sa- \eiit combien les ouvrages de ce genre sont clilTiciles à faire, alors surtout qu'une science est encore b. son début, peuvent seuls en apprécier le mérite. La publication de cet opuscule précéda de dix ans celle de la Richesse des nations d'Adam Smith. Smith, il est vrai, avait longtemps professé l'économie politique avant de publier cet ouvrage, avant même de venir en France, et d'avoir eu l'occasion d'y rencontrer Quesnay et Turgot, avant, par conséquent, de connaître leurs doctrines; mais il resterait toujours à savoir si, dans leurs conversations scientifiques, il ne profita pas autant pour le moine de leurs connaissances qu'ils purent profiter des sionnes. Ce qu'il y a de certain, c'est la priorité du livre de Tiirgot sur celui de Smith, et les rapports de ces deux économistes à Paris en 1775, c'est-à-dire un an avant la publication des Réflexions, dix ans avant. celle de la Richesse.
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M. E. Daire, dans l'excellente notice qu'il a mise en tête de l'édition in-8° des œuvres de Tui^ot, résume ainsi ce petit traité : » La nécessité de l'échange, celle de la division du travail et de ses effets, la naissance et la formation du commerce, la classification de ses différents agents, l'origine et la nature de la monnaie, les causes qui ont fait consacrer les métaux précieux à cet usage, la révolution produite par l'introduction de l'or et de l'argent dans le commerce, la notion de la valeur en usage et de la valeur en échange, celle du capital et de ses divers modes d'emploi, le partage nécessaire des deux classes laborieuses en chefs capitalistes et en simples travailleurs, la légitimité de l'intérôt de l'aident, l'impuissance de la loi humaine pour en fixer le taux, les lois économiques qui le déterminent, et, enfin, l'analyse de tous les éléments de la richesse nationale : voilà les thèmes divers que la plume de Turgot a su re-
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lier avec un art admirable, pour en faire un ensemble scientifique auquel la précision la plus lumineuse sert de cachet. Jamais plus d'idées justes sur pareilles matières ne furent contenues en moins de pages. »
Pourquoi un livre élémentaire si lucide, si instructif, si utile, n'est-il pas répandu dans toutes nos écoles normales primaires comme un des meilleurs manuels d'économie politique que nous ayons jusqu'ici? S'il a le tort, — et c'est peut^tre le seul à lui reprocher, — de partager l'erreur des physiocrates, qui ne voyaient de source de richesses que dans l'industrie agricole, erreur qui conduit à cette autre que l'impôt ne peut porter que sur le produit net qui provient de ce genre d'industrie, sur la rente, et ne doit par conséquent être assis que sur la propriété foncière ; cette erreur et ce tort sont faciles à reconnaître et & signaler.
Il est cependant juste de dire que Turgot
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était moins exclusif en cela que les physiocrates, qu'il se rapproche de Gournay et de Smith qui a si bien démontré la participation des industries manufacturière et commerciale à la formation des richesses. Il serait néanmoins difficile de nier toute influence de ce point de la doctrine de Turgot sur nos lois ultérieures de finances; mais peut-être aussi y aurait-il une injuste exagération à dire , avec Blanqui, que Tui^ot " voulut faire supporter à la propriété foncière , comme source unique de richesses , tout le poids des impôts, et que cette erreur, partagée depuis par l'Assemblée constituante, a précipité la France dans un abîme de maux, en la privant pendant plusieurs années des ressources immenses qu'elle aurait trouvées dans les impôts indirects, dont le principe repose sur la production de la richesse immobilière comme l'impôt foncier sur la production de la richesse agricole. "
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Jamnis Turgot ne fut aussi absolu eu ce point; c'était sa tendance, il est vrai ; mais sa pratique fut à cet égard, comme à tous autres, pleine de ménagements.
III. Les économistes ont eu quelque peine à s'entendre sur la signiiication qu'ils devaient attacher au mot valeur. Ce qu'il y a de clair d'abord, c'est qu'en considérant les choses enelleamômes, on ne peut dire qu'elles ont une valeur ou qu'elles n'en ont pas. En les envisageant dans leurs rapports entre elles seulea, elles peuvent avoir telles ou telles propriétés, mais elles n'ont point de valeur encore. Ce n'est qu'autant qu'on les met en rapport avec nous et qu'on leur trouve quelque utilité , quelque propriété de satisfaire un besoin ou un autre, qu'elles peuvent avoir de la valeur. Ce qui faisait dire ù l'abbé Galiani que l'homme est la commune mesure de toutes les valeurs. Tout en acceptant cette maniôra de concevoir la valeur, Turgot la
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détermine en distinguant une valeur estimative des choses {leur valeur respective d'usage) et une valeur appréciative (leur valeur respective d'échange). Il est évident que la seconde est subordonnée, pour tout contractant, à la première, alors même qu'on n'achèterait que pour revendre ou qu'on n'échangerait que pour échanger encore : une chose aura d'autant plus de valeur commerciale ou d'échange, qu'elle sera plus recherchée par les usagers ou les consommateurs. La monnaie étant un moyen d'échange, une sorte de mesure commune de toutes les valeurs doit avoir elle-même une certaine valeur relativement moins variable que celle des choses dont elle sert à déterminer la valeur. La monnaie est, en conséquence, comparée parTurgotà une langue commune en laquelle toutes les autres seraient traduites et viendraient se rapprocher et se faire comprendre. Mais comme la monnaie n'est pas faite d'un seul métal, il y a
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lieu de comparer entre eux les divers métaux plus ou moins précieux dont elle se compose, et d'en déterminer la valeur respective, pour avoir l'estimation d'une chose par rapport k toute espèce de monnaie, dans un seul pays d'abord, et dans des pays divers, dont les monnaies peuvent différer d'un pays à un autre. Il y a là toute une série de comparaisons, de traductions ou de transformations que Turgot ne manque pas de suivre. C'est un travail d'analyse qui le conduit en outre à distinguer dans les choses une valeur moyenne ou par rapport à la plupart des acheteurs, et une valeur propre ou relative à tel acheteur plutôt qu'à tel autre. Il distingue également la valeur et le prix des choses, et fait voir le rapport qui relie entre elles ces deux notions ; le prix est renonciation (expressioti) de la valeur. Du reste, cet article, destiné au Dictionnaire du commerce de l'abbé MorelJet, n'a pas Ole achevé. ^
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IV. L'article Foires et marchés fut inséré dans l'Encyclopédie, qui devait en recevoir plusieurs autres du même genre. Mais ces articles ou ne furent pas faits ou ne furent pas insérés , à cause des entraves apportées par le gouvernement à cette entreprise scientifique et philosophique. Nous parierons, sous une rubrique plus convenable, celle du Droit naturel, de l'article Fondation. Nous dirons seulement, à propos de l'article Foires et marchés, qu'après avoir donné la synonymie de ces deux mots, l'auteur fait l'historiquedes deux choses, et envisage lesunes et les autres au point de vue des avantages industriels et commerciaux, comme à ceux de la consommation. C'était aussi une occasion de revenir sur la question de la liberté du commerce.
V. En louant M. de Gournay, Turgot ne pouvait manquer de parler de ses travaux administratifs , de ses principes en Economique, de
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ceux-là surtout qu'il parUigedt, celui de la liberté du travail, par exemple. En considérant cette liberté par rapport au producteur, au consommateur et à la chose publique, il est naturellement conduit à faire ressortir ce qu'il y a de vicieux dans la réglementation excessive à laquelle était encore soumis le travail industriel. VI. Mais un point administratif et économique du plus haut intérêt est celui de l'impôt. Comment l'asseoir et sur quoi? Gomment le répartir? Quelle en doit être la mesure? Quelle la destination? Gomment et par qui doit-il être perçu? Ces questions, et une multitude d'autres qui tiennent à celle-là, étaient faites pour appeler toute l'attention d'un publiciste et d'un économiste spéculatif et pratique. Il distingue fort bien d'ailleurs ce qui est désirable et ce qui est possible : la question de droit, d'équité et la question d'opportunité. Il est donc bien moins absolu ou systématique, bien plus accommodant
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que ses adversaires ne le disaient. It faut noter en outre que cette modération est d'autant plus remarquable qu'il n'avait pas encore affaire personnellement aux résistances intéressées qu'il devait rencontrer plus tard ; qu'il donne un simple avis qui lui était demandé par le contrôleur général Bertin; qu'il n'est par conséquent pas obligé de prévoir toutes les difficultés et d'en tenir compte. Il le fait cependant. On retrouve naturellement dans ce travail l'erreur déjà signalée de l'impôt unique, l'impôt direct ou foncier, à l'exclusion de l'indirect ou de consommation. Une des raisons qui avaient le plus de poids dans son esprit en faveur de l'impôt unique et foncier, est celle qu'on lit dans un fragment de mémoire adressé à Franklin sur ce grave sujet, une raison morale : la crainte de fausser la conscience du peuple, d'obscurcir ses idées en matière de juste et d'injuste par dos lois pénales pour des délits en matière de puro
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fiscalité : (( À la vue des peines et des supplices décernés pour des délits absolument étrangers aux devoirs primitifs de la société, dont la sanction est écrite, dans le cœur de tout homme honnête, pour des délits factices, pour des contraventions qui ne blessent que l'intérêt pécuniaire du fisc, l'humanité s'afflige et la politique doit craindre d'ébranler dans l'esprit du peuple les notions de la morale naturelle, d'affaiblir son respect et son amour pour les lois. » On trouve dans un rapport sur un concours à la Société royale de Limoges, sur la question De l'effet de l'impôt indirect sur les revenus des propriétaires de biens-fonds, des idées analogues à celles qui sont exposées dans le mémoire sur l'impôt. Cette question de l'impôt a été, comme on voit, souvent traitée par notre pubUciste. C'est dans ce dernier travail qu'il est conduit à comparer la progression de l'accroissement des subsistances par le travail avec la progression
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possible du nombre croissant des consommateurs, et qu'il aboutit à des conclusions, spéculatives au moins, qui ressemblent fort à celles d'un célèbre économiste anglais, h savoir que la population , si elle est abandonnée h sa libre tendance, ne peut tarder à produire la gêne, les privations, la misère.
VII. Les considérations qui précèdent touchent de trop près à la production, pour qu'elles n'aboutissent pas par quelques points à la question de la grande et de la petite culture. Pour lui, la grande culture est celle qui a lieu par des entrepreneurs-fermiers, et la petite celle des métayers. Si la première lui semble préférable, il reconnaît qu'elle n'est pas toujours possible. Il faut, pour la grande culture, un capital roulant, un cheptel, des ustensiles, des avances, des bâtiments. Un métayer peut avoir un petit chez-lui, un outillage aratoire, et quelques pièces de bétail. Le propriétaire qui n'aurait que
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sa terre, ne pourrait la faire valoir, fût-il laboureur. S'il fournit en outre au métayer ce qu'il faut pour cultiver, il est alors entrepreneur ; et c'est sur lui que retomberont les pertes, si elles atteignent le nécessaire, puisque le fermier doit vivre et ne pourrait les supporter. Le fermier qui est lui-même entrepreneur, peut avoir de plus gros bénéfices que le simple métayer, mais il peut essuyer aussi de plus grandes pertes. Si le propriétaire veut faire supporter au fermier , métayer ou autre, l'impôt de sa terre, il peut arriver, surtout si l'impôt est considérable, que le fermier en soit accablé, qu'il lui soit même absolument impossible de le payer. Alors on a le paysan décrit par La Bruyère, et l'égoïsme du propriétaire se trouve atteint par la nécessité de payer l'impôt de sa terre ou de la laisser en friche. Voilà comment la force des choses a fini par corriger en partie un injuste privilège.