‹ Étude sur TurgotChapitre 18 sur 22 · VIII. Turgot était encore à Limoges lorsque · texte numérisé non relu

VIII. Turgot était encore à Limoges lorsque

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les intendants furent consultés par l'abbé Tei^ ray, sur les moyens de remédier h la grande disette qui affligeait alors (1770) la France, particulièrement les pays de montagne. Une certaine liberté dans le commerce des grains existait depuis 176i. Le contrôleur général, l'abbé Terray, mal conseillé sans doute par la plupart des intendants, en tout cas mal inspiré, et contrairement à l'avis de son correspondant du Limousin, ne trouva rien de mieux à faire qu'à révoquer l'édit de i764. Turgot lui avait cependant prouvé que les quatre intérêts engagés dans la question, ceux du propriétaire, du cultivateur, du consommateur et du commerçant, n'ont qu'à gagner à la liberté ; que si cette liberté existe dans le pays entier, il se forme alors dans tout ce pays un prix moyen, qui est l'expression vraie de la valeur de la denrée ; que si cette liberté existe aussi d'un pays ù un autre, entre tous les pays , le prix moyen qui en ré-

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suite est aussi celui qui exprime le mieux la valeur vénale du grain; qu'à la vérité, on peut alors payer le blé un peu plus cher dans les pays oti la récolte a été abondante, mais que c'est aussi un avantage pour le producteur, sans compter que dans les temps où la récolte sera au-dessous de la moyenne, on payera moins cher qu'on ne le ferait dans le système restrictif, et qu'ainsi on sera dédommagé des légers sacrifices qu'on aura faits dans d'autres temps. Il ny a donc rien de mieux à faire, dans l'intérêt de tous, qu'à laisser au commerce le soin d'établir l'équilibre dans les approvisionnements et les prix; son intérêt, l'activité qu'il ne peut manquer de déployer partout où il y a quelque ciiose à faire en ce sens, est un plus sûr garant que la sollicitude des gouvernements. Les lettres de Turgot à l'abbé Terray, qui n'avaient pas convaincu celui-ci en 1770, convainquirent Louis XVI en 1776, car elles lui furent en par-

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tîe communiquées. Malheureusement ces lettres (2", 3" et 4') étaient les originaux qui étaient jusque là restés entre les mains de leur auteur. Elles ne lui furent point rendues, et n'ont pas été retrouvées. On ne possède donc que le surplus de cet ensemble de lettres , ce que Turgot n'avait pas jugé nécessaire de communiquer au roi.

IX. Turgot avait aussi adressé au même abbé Terray une lettre sur la Marque des fers (1773). Cette marque était un moyen d'imposer un produit national, d'en favoriser les producteurs, en imposant plus fortement encore les fers étrangers. C'était déjà, comme on voit, la question de l'intérêt particulier des maîtres de forges en présence de l'intérêt beaucoup plus grand des consommateurs, du pays tout entier ; c'était, en même temps, une question d'impôt, une matière à l'asseoir. Cette assiette fiscale avait été imaginée par des financiers d'Henri IV (1608),

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et appliquée par Richelieu (1626), et amplifiée de 1628 à 1680. L'iadu&trie métallurgique ne ftit afiyànchie qu'en 4789. Mais le système protecteur qui a régné de 1815 à 183S, remplaça In marque, avec cette diSTérence que la marque proGtait au Trésor, tandis que la protection profitait surtout aux maîtres de forges. Sur ce genre de commerce comme sur tous les autres, Turgot était pour la liberté, et cela dans l'intérêt bien entendu du Trésor comme dans celui du public. Point de privilège, car tout privilège se paye au petit nombre par le grand. Or, la marque, les droits protecteurs quelconques sont des privilèges, et les privilèges tendent au monopole, et le monopole est l'inverse de la liberté commerciale. Cette liberté est particulièrement nécessaire pour les fers, par la raison que « le fer est l'instrument indispensable à la pratique de tous les arts. »

Ce n'est là qu'une esquisse bien imparfaite

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des services rendus par Turgot à l'économie politique. Rapprochée de celles qui vont suivre sur les ouvrages philosophiques du môme auteur, elle suffira sans doute pour faire comprendre qu'il n'y a rien d'exagéré dans le jugement qu'en porte un de nos plus célèbres économistes, J.-B. Say, lorsqu'il dit : a II n'est guère d'ouvrages qui puissent fournir au publiciste et à l'homme d'Etat une plus ample moisson de faits et d'instruction que les écrits de Turgot 1. »

fiv.

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