‹ Étude sur un cas de linite plastiqueChapitre 9 sur 17 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

- Telle est l’histoire aussi minutieuse que possible de notre malade. Après cet exposé il nous semble utile de faire un retour en arrière et de voir ce que, jusqu'à présent, les nombreux auteurs qui ont étudié cette affection ont pensé de sa nature.

C’est en 1840 que pour la première fois on trouve mentiennée dans le traité d'anatomie pathologique d’Andral une lésion stomacale consistant dans l'hypertrophie fibreuse de toutes les tuniques, Pour lui cette affection était une sclérose du tissu sous-muqueux.

Presqu’à la même époque, Cruveilhier, dans son Anatomie pathelogique du corps humain, décrit une maladie n'ayant pour lui aucun rapport avec le cancer et caractérisée par l’hypertrophie et l’induration des parois de l’estomac.

Wilks, puis Hare donnent chacun une observation et concluent également à la sclérose gastrique accompagnée d’'hypertrophie musculaire. Pour Wilks il y aurait propagation inflammatoire d’une rétropéritonite.

C’est alors en 1870 que Brinton, dans son Traité des

maladies de l'estomac, devait décrire cette affection et

= dl — *

surtout lui donner un nom qui depuis lui est resté. Ce nom, il le tira de l'aspect présenté par la lésion et de la force hyperplasiante particulière que fait supposer l'abondance de la néoformation. A

Il rejette l’idée d'une gastrite, les glandes stomacales étant peu lésées et penche plutôt vers la cirrhose analogue dans lestomac à la cirrhose hépatique; et en 1873, Jaccoud, dans son Traité de pathologie interne, parle de la gastrite interstitielle ou cirrhose de Brinton, lésion qui donne lieu à un épaississement uniforme ou limité de l'estomac et qui peut simuler le cancer. I1 admettait l'opinion de l'école allemande qui faisait de la linite une gastrite chronique.

Trousseau, en 1876, rapporte dans ses Cliniques un cas de linite. À l'examen histologique on ne trouva que de l’hypertrophie fibreuse. |

En 1877, Ballet fait paraître une observation et, la même année, de Marignac en fait paraître une très intéressante dans les bulletins de la Société anatomique. Cette observation fut présentée comme rétrécissement de l'intestin; l'estomac était cependant atteint: il était petit et ses tuniques étaient hypertrophiées, mais Pexamen histologique de cet estomac fut négligé par suite de la prédominance des lésions coliques et rectales. On trouve de plus mentionnée dans cette observation, l'existence de nombreux nodules blanchâtres, disséminés sur le mésentère. L'examen histologique fait au laboratoire de Vulpian montra dans les coupes portant

sur le rétrécissement rectal seul l’éxistence de tissu

conjonetif très dense dans la celluleuse. Ce tissu était, de plus, parsemé de noyaux.

En 1878, nouvelle observation de Hanrot publiée dans la Gazette des hôpitaux. Cette observation ne fut

pas accompagnée de l'examen histologique. La lésion

stomacale coexistait également avec des lésions intestinales. à

I faut arriver en 1882 pour trouver la première observation parfaitement étudiée au point de vue histologique, celle de MM. Hanot et Gombault. Chez un malade mort très cachectique, avec ascite et œdème des jambes, ils trouvèrent à l'autopsie un estomac dont la

paroi était très hypertrophiée et le pylore rétréci. Il y

avait, de plus, une péritonite chronique sus-ombilcale :

et c'est pour la première fois que nous trouvons mentionnée la rétropéritonite calleuse que, seul jusqu'ici, Wilks semblait avoir aperçue.

L'examen histologique leur montra la désorientation et la compression des glandes gastriques par un tissu de selérose issu de la sous-muqueuse, l’absence de toute ulcération de la muqueuse, Fintégrité de la

musculaire muqueuse.

A la suite de leur observation, les auteurs conclu-

rent à une gastrite chronique avec phénomènes ïnflarmatoires si intenses que toutes les tuniques seraient atteintes, péritoïne compris.

Jusqu'ici il semblait bien done admis par tous et établi que la lésion était de nature seléreuse et indé-

pendante de tout néoplasme. Les observations de Du-

ae

bujadoux; Durand Fardel, en 1883, celles de Kahlden, Formad, Viti, relatées par M. Tourlet dans sa thèse, - venaient encore à l'appui de cette opinion.

Mais en 1892 paraît la thèse de Garret sur le cancer conjonctif SOus-muqueux. Après l'étude de Ja linite, il admet que si elle peut exister en tant qu'inflammation simple, dans le plus grand nombre des cas c’est un cancer.

Bret et Paviot, dans un article de la Revue de médecine, viennent encore appuyer cette opinion. Dans deux cas de linite plastique, ils trouvèrent l’estomac intimement unis aux organes voisins. De plus, dans ces cas, existait une généralisation à distance, le colon, les ovaires ayant été envahis par la méoplasie.

Dans tous ces organes, ils trouvèrent à l'examen microscopique, des traînées de cellules d'aspect: épithélioïde. Cet aspect, cette généralisation font conclure les auteurs à la nature cancéreuse de l'affection. La linite devient un cancer épithélial infiltré, à stroma prédominant et à cellules cancéreuses essentiellement métatypiques, rares et étouffées au milieu des éléments conjonctifs.

Le débat sur la nature de l'affection était ouvert.

En 1896, M. Chaput, dans le bulletin de la Société anatomique, rapporte un cas où il conclut à la nature non cancéreuse affirmée par le professeur Cornil. On trouvait cependant à l'examen, infiltrées dans le tissu conjonctif, des cellules polygonales mal définies et

d'aspect -épithélioïde.

La même conclusion, l’année suivante, est acceptée par MM. Gérard Marchand et Demoulin, basée sur les observations de plusieurs auteurs. M. Curtis, dans son article paru dans-les Archives de médecine expérimentale, croit devoir écarter ces observations. Il s'agirait, dans ces cas, de sténoses locales, suite d'anciennes inflammations. ;

Enfin en 1902, M. Tourlet, résumant dans sa thèse de nombreuses observations, conclut également à Ia nature non cancéreuse de la linite, simple hypertrophie du tissu conjonctif sous-muqueux. Cependant, dans ce travail, six observations sont mentionnées qui sont nettement du cancer et bientôt les observations vont se multiplier toutes ou presque toutes concluant à la nature cancéreuse de la linite plastique.

M. Hoche, tout d’abord, dans un article paru dans la revue de médecine, considère la maladie comme le résultat de l’infiltration épithéliale d’un tissu de sclérose, post-ulcéreux le plus souvent. Le plus grand nombre des linites seraient une sorte de squirrhe avec énorme prolifération fibreuse. De plus, il attire l'attention sur ce fait que l’on doit, pour dépister le cancer, avoir soin de multiplier les coupes, ce qui permettra toujours de rencontrer des points vraiment caractéristiques.

MM. Gayet et Patel, en 1904, dans les archives générales de médecine publient une observation très détaillée. Dans la sous-muqueuse très hypertrophiée, on

rencontre des formations épithéliales, de forme très

variée, allant jusqu’à reproduire un acinus complet. La musculeuse présentait les mêmes lésions d’infiltration conjonctive et épithéliale. Ils conclurent à une infiltration carcinomateuse, évoluant sur ün terrain d’'inflammation chronique. Cette observation est ra ppelée en, 1905 dans la thèse de M. Schacher, ainsi que plusieurs autres dans lesquelles l'examen histologique montra nettement du cancer. De l'examen de ces. cas et de celui qui fait le point de départ de sa thèse, l’auteur conclut qu'il n’y a pas que des linites plastiques simples, que celles-ci sont en minorité et que, de plus en pius, on doit faire une large part au cancer dans la nature de cette affection. -

La même année, M. Brelet, dans la Gazette des hôpitaux, déclare: & La linite plastique semble donc de (€ plus en plus devoir être considérée comme une for- « me spéciale de cancer squirrheux avec réaction fi- « breuse excessive », et il rappelle la recommandation de Hoche: « réduire en coupes tout le tissu pathologi- « que si l’on ne veut avoir négligé et méconnu des lé-

« sions importantes. )

Plus près de nous, MM. Jonnesco et Grossmann reviennent à la théorie inflammatoire, concluant malgré le décès de leur malade, à la bénignité de l'affection.

M. Curtis, la même année 1908, concluait de même: que la linite était une inflammation chronique, dans un premier travail paru dans les archives de médecine expérimentale. Mais, peu après, à la suite de nouveaux

examens, il déclarait à la Société anatomique avoir

ee

trouvé un point cancéreux évident dans un des rétrécissements intestinaux qui coexistait avec la lésion stomacale, et pour lui l’affection devenait une sorte de neurofibromatose carcinomateuse, étant donné la localisatioen de certaines lésions aux nerfs du tractus gastro-intestinal.

La même année, M. Letulle, à la suite de la présentation de deux observations dont celle qui fait le sujet de notre thèse, disait que la linite était toujours cancéreuse.

A la suite de cette séance, plusieurs cas furent rapportés, tous concluant à la nature cancéreuse de V’affection. +

Page 1