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LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU PLANTEUR DE BETTERAVES FRANÇAIS

SECTION Ï. — La rémunération du planteur de betteraves et la crise betteravière.

Dès l’abord, il apparaît que le planteur, qui doit vendre sa tonne de betteraves 150 francs s’il veut obtenir une rémunération honnête, n’a pas vu ses désirs réalisés lors de ces dernières années; autrement dit, les fabricants de sucre ne lui offraient pas un prix susceptible de couvrir le prix de revient que nous avons dégagé. Il y a eu une crise betteravière, cas particulier de la crise agricole; si aujourd’hui cette crise paraît enrayée, ou plus exactement paraît bien moins désastreuse que dans d’autres domaines, c’est grâce à une série de mesures qui ont été prises et que nous exminerons plus loin, mais il est nécessaire de donner, auparavant, un aperçu de l’historique de cette situation.

Sans remonter jusqu’au xix® siècle, époque où la culture betteravière et la consommation du sucre ont commencé à se développer en France, nous pouvons examiner la situation existant dès avant la guerre. À cette époque, la situation est équilibrée; cela ressort des chiffres mêmes que nous avons pu consulter. Les données de l’annuaire de la Statistique Générale de la France sont les suivantes :

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dans les années 1903 à 1913, la consommation française annuelle de sucre s'élève de 564 millions de kgs à 652 millions de kgs. Simultanément, la production de sucre raffiné passe de 682.851 tonnes à 877.656 tonnes. Vers 1908, il y avait déjà eu une crise ; de 1909 à 1913 la situation est équilibrée grâce aux exportations, mais la crise menace de reparaître puisqu’en 1913 nous voyons la production de la France supérieure d’environ 229.656.000 kgs à sa consommation. La guerre arrive. Il se produit naturellement un arrêt brusque dans la production sucrière chez les pays belligérants, particulièrement en France qui voit la plupart de ses terres à betteraves comprises dans la zone occupée par les armées allemandes, en outre, la plupart de ses usines, pour bien des raisons, en cette époque troublée ne peuvent fonctionner (défaut de main-d'œuvre, de matière première, occupation, etc...).

Le nombre des usines qui avait décru régulièrement de 525 à 206 entre 1875 et 1913 tombe brusquement en 1918- 1919 251.

La surface cultivée en betteraves était en 1913-1914 de 206.000 hectares avec un rendement de 23,8 tonnes à l’hectare ; en 1919-1920 cette surface n’est plus que 65.259 hectares et, en grande partie à cause du manque de maind'œuvre et d'engrais, le rendement descendit à 16,7 tonnes. C’est ainsi que la production du sucre tomba également de 797.000 tonnes (valeur brute) en 1913-1914 à 122.000 tonnes en 1918-1919, ce qui représente une diminution d'environ 89 p. 100.

Les îles de Java et de Cuba, qui étaient déjà de gros producteurs de sucre, sont parvenues à augmenter fortement leur production pour pallier à la défaillance des pays belligérants. Grâce aux efforts entrepris par un institut

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scientifique sépcialement créé à cette intention, on est arrivé à obtenir la fameuse canne à sucre 2.878 P. O. J., qui, en quinze ans, de 1914 à 1929, à fait doubler la production de sucre javanaise avec une augmentation de superficie de 30 p. 100 seulement ‘.

A Cuba, l'augmentation de la production résultait surtout de l'accroissement de la superficie cultivée. Les sucreries de ces pays sont par ailleurs les mieux outillées du monde et arrivent à obtenir des prix de revient les plus bas que l’on connaisse.

Les choses, cependant, n’en restèrent pas là. Quelques années après la cessation des hostilités, la production du sucre ce betteraves, reprise par les anciens pays belligérants, remonte au niveau d’avant-guerre. Entre 1924 et 1928, en France seulement, la quantité de betteraves mise en œuvre oscille autour de 6.000 millions de tonnes, comme en 1912 et la production du sucre raffiné autour de 665.000 tonnes comme en 1912 également.

L’afflux du sucre exotique continuant, un engorgement du marché se produit, qui entraîne la chute des cours.

En 1930, surgit en outre une très grosse crise de surproduction, due à une récolte exceptionnelle * ; la quantité excédentaire de sucre qui ne va pas trouver preneur est alors de 200.000 tonnes et le stock atteint 304.000 tonnes.

1. A l’hectare,la canne à sucre donne une récolte de 100 tonnes, ce qui, avec un taux d'extraction de 10 p.100, donne 10 tonnes de sucre ; la betterave donne une récolte de 30 tonnes, ce qui, avec un taux d'extraction de 16 p. 100, donne 4,8 tonnes. La production à l’hectare du sucre de canne est donc en moyenne 100 p. 100 environ supérieure à celle du sucre de betteraves.

2. Le rendement moyen en France cette année-là a été de 33,5 tonnes à l’hectare. En 1931, la densité atteinte dans certaines régions a été de 99, alors que normalement on ne prévoit, dans les contrats, à peine plus de 89,5.

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- Les cours, qui étaient aux environs de 210 à 250 francs les 100 kgs, tombent, en novembre 1930, à 164 francs.

Or, la rémunération payée aux planteurs par les sucriers est justement calculée d’après le cours du sucre, plus exactement d’après le cours du sucre blanc n° 3 coté à la Bourse de Commerce de Paris.

C’est là une des clauses essentielles des contrats de bettevares. Il y a en effet de véritables contrats entre les planteurs de betteraves et les fabricants de sucre. Le planteur de betteraves, au point de vue vente de son produit, se trouve dans des conditions très particulières : un producteur de blé peut vendre son blé au loin, le blé circule facilement, mais la betterave ne peut circuler à cause de son volume et de son poids qui rendraient les transports très malaisés et très onéreux; elle reste donc en général dans un rayon de 15 kilomètres au maximum autour de la ferme qui l’a produite; on effectue son charroi soit directement à la la sucrerie, si celle-ci est assez proche, soit à une râperie qui commence à la traiter et envoie le jus, par pipe-line, à l'usine dont elle dépend, pour continuer la fabrication.

Si bien que le planteur est à peu près dans la situation d'un travailleur à domicile produisant sur commande pour le compte d’un grand magasin. Sans aller jusqu’au point de discuter si le contrat que passe le cultivateur avec la sucrerie est ou n’est pas un contrat d’adhésion, nous devons reconnaître que cette dernière a usé le plus souvent, si même elle n’a pas abusé, de sa position très forte.

D’après ces contrats, en général, les éléments de la rému-

1. Les autres clauses concernent la densité, la tare, les livraisons, les pulpes, les terres de chantiers, les mélasses, et le contingentement depuis les accords récents.

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nération du planteur sont les suivants : le poids, la densité et le cours du sucre; le prix payé est calculé en fonction de ces trois choses. La plupart des sucreries établissent une échelle de paiement de la tonne de betteraves dont le détail est assez compliqué. L’échelle est double; il y a deux cours de base : cours du sucre blanc n° 3 à 200 francs et cours du sucre blanc n°3 à 170 francs; à ces deux cours correspondent des prix de la tonne de betteraves pour 70,5 de densité pour 8° et 80,5, pour les degrés intermédiaires il y a lieu d'appliquer un pourcentage spécial qui vient s'ajouter en prime au prix de base. Si les cours du sucre tombent au-dessous du prix de base, il y a lieu à l'inverse de retrancher un certain pourcentage (le plus souvent 0,10 p. 100 par franc au-dessous de 200).

Quoi qu’il en soit, nous avons pu avoir quelques chiffres précis : en 1930, pour certaines sucreries de la région de la ‘Brie, les prix payés ont été les suivants :

Cours du sucre blanc n° 3 à 200 francs.

Pour une densité de 70,5 la tonne de betteraves est payée 146 francs.

Pour une densité de 8°, 156 francs et pour 89,5, 166 francs.

Cours du sucre blanc n° 3 à 170 francs.

Pour une densité de 70,5, 126 fr. 50 ;

Pour 8°, 135 fr. 30. Pour 80,5, 144 fr. 10.

Ce qui, en somme, représente des prix allant de 70 à 83 p. 100 du prix du sucre blanc n° 3.

En 1930, le prix de revient de la tonne de betteraves sucrières était plus élevé qu'aujourd'hui; le cultivateur ne s’y retrouvait que grâce à un rendement ou à une densité exceptionnelle, ce qui, du reste, s’est produit cette année là.

1. Une densité de 8° signifie que le jus pesé au densimètre correspond à un poids effectif de 1.080 grammes par litre.

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