LA CULTURE DE LA BETTERAVE A SUCRE
SECTION I. — La ferme à betteraves de la Région Parisienne, type moyen de la grande exploitation se con-
sacrant à la culture intensive.
Nous avons limité plus particulièrement nos recherches à la région parisienne, surtout aux régions situées au Nord et à l'Est de Paris et qui comprennent les départements suivants : Oise, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne.
Dans ces départements, les fermes qui se livrent à la culture de la betterave sucrière sont à peu près toutes de grosses exploitations, leur superficie variant entre 100 et 400 hectares. Certaines, nous en connaissons dans la région de Meaux en Seine-et-Marne, atteignent 450 hectares d’un seul tenant.
Notre type moyen aura une superficie de 200 hectares environ ‘.
Il est nécessaire de préciser ainsi ce point, car il s’en faut que, dans les diverses contrées de France où l’on cultive la betterave spécialement en vue de sa transformation industrielle en sucre, on ait toujours affaire à de grosses exploitations. À cet égard, les départements du Nord de la
1. La surface moyenne des vingt fermes que nous avons prises pour notre étude statistique étant de 196 ha. 06.
France, gros producteurs de betteraves sucrières, présentent un aspect tout différent de celui de la région que nous nous proposons d'étudier : de très petites exploitations cultivent la betterave pour les sucreries. La propriété est extrêmement morcelée ; dans le département du Pas-de- Calais par exemple, ilin’est pas rare de rencontrer des exploitations d’une dizaine d’hectares, où un à deux hectares sont consacrés à la culture qui nous intéresse.
Il est alors évident qu'entre ces deux catégories de fermes Jes conditions de la culture, quant à l'établissement du prix de revient, seront très différentes .: par exemple, .différences dans la question des.frais généraux, dans la question des frais spéciaux ; différences dans les conditions de la culture tout court, ainsi questions d'emploi du matériel mécanique, de main d'œuvre payée à la tâche, même de salariés ordinaires. Il semble, par suite, difficile de comparer une ferme de 10 hectares du Pas-de-Calais et une ferme de 200 hectares de la Brie ou du Valois.
Dans la région que nous considérons, dans l’ « Ile de France », pourrions-nous dire, si nous prenons ces trois mots dans leur sens géographique ‘ét non dans leur sens historique, il apparaît à peu près inévitable que les exploitations agricoles soient toutes d'envergure assez large. La culture intensive du blé, comme des plantes industrielles, est appelée par la qualité et par la quantité des terres que nous y rencontrons ; celles-ci se trouvent dans une des régions de France des plus peuplées et des plus proches des grands centres urbains et industriels. La cherté rela- ‘tive du sol, une production abondante réclamée par les besoins des populations amènent nécessairement le genre de culture que l’on appelle intensive. Ces terres, qui produisent les céréales, sont aussi les plus aptes à produire la
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betterave ; «en outre, tous les fermiers savent que la :culture della betterave sur rune pièce de terre, prépare, d’une façon vraiment parfaite, les conditions ‘de culture des céréales qui viendront ensuite; üil «est alors naturel que la betterave :sucrière y fasse l’objet d’une culture intensive — sans entrer dans des considérations pécuniaires qui pourtant paraissent essentielles.
Au Nord de la Loire, en Beauce, au-dessus du calcaire de Beauce, dans la Brie au-dessus des argiles ét des meu- Jières -de Brie, dans le Soissonnais, au-dessus du calcaire grossier, dans le Vexin au-dessus de la craie, on trouve:une terre très spéciale, un ‘dépôt limoneux, c’est le limon des plateaux, composé de sable fin et d’argile, sans ‘cailloux, qui est le type même, dit M. Hitier',« de la bonne terre arable ». Au point de vue chimique, ce sol est pauvre en chaux et en acide phosphorique, mais sa profondeur peut atteindre 10 à 12 mètres. Dans cette terre franche, l’air ét l’eau circulent, les plantes ne souffrent pas dela sécheresse, car elles peuvent enfoncer leurs racines à de grandes profondeurs dans ce sol meuble et aéré.
Culture intensive, cela :signifie division du travail, spécialisation, emploi ‘aussi développé que possible de machines, ‘travaux à la ‘tâche, lorsqu'il y a nécessité d'exécution rapide et en masse (binage des betteraves, arrachage), cela ‘signifie également organisation générale de la ferme dans le but de réduire au minimum les frais généraux, productivité poussée au maximum : le morcellement n'existe généralement pas, l’emploi des machines «est facile et les pertes de temps sont évitées. Les heures de travail sont ‘exactement mesurées, les contremaîtres