M. Hitier. Exploitation d’un domaine rural
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exercent une surveillance constante sur le personnel et le rendement utile de la main-d'œuvre est bien plus élevé même qu’en moyenne exploitation ; les frais généraux de l’entreprise et l'amortissement se répartissant sur un grand nombre d'hectares sont plus faibles que partout ailleurs.
La circulation du capital étant, en agriculture, toujours assez longue, puisqu’un agriculteur qui fait des «avances » à sa terre ne rentrera dans son argent qu’au moment où il aura vendu sa récolte correspondant aux avances envisagées, c’est-à-dire au minimum un an après, la culture intensive nécessite de gros capitaux, exactement comme une industrie.
Notre ferme-type est donc une grande usine terrienne dont tous les rouages sont agencés pour concourir à la production commune. Réunie au village dont elle constitue au moins tout le côté d’une rue, ou bien isolée au milieu du domaine, elle s’annonce par ses granges aux toits de tuiles, le plus souvent aujourd’hui, et par la masse et l’importance des constructions en pierre de taille qui la composent. Une grande porte entre deux pilastres en indique l'entrée ; elle est bordée de droite et de gauche par des étables et des granges, des remises et des écuries. Pour compléter et fermer le quadrilatère, face à la porte se dresse la maison d'habitation du fermier exploitant (car il est bien rare que le propriétaire du sol l’exploite luimême). Cette habitation de maître est de forme régulière, construite en pierre meulière, à un étage, spacieuse, claire, aménagée avec un confort tout moderne, Nous avons dit qu'autour de la grande cour à peu près carrée, les remises, les étables, les granges, les magasins apparaissent solidement édifiés en pierre de taille : dans un bâitment
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spécial se trouve la force motrice, c’est en général une locomobile ou un moteur fixe à vapeur — l’emploi de moteur électrique pour les installations fixes s’est, du reste, généralisé et c'est cette catégorie de force motrice qui aujourd’hui fait marcher un grand nombre d'appareils dont on se sert couramment et qui ne nécessitent pas, pour leur marche, une dépense d’énergie trop considérable ; ainsi la batteuse restera entraînée par la locomobile.
Aux alentours de la ferme, près de l’entrée, nous trouvons une mare cimentée, qui sert surtout à la baignade des chevaux et bien plus accessoirement à celle des canards.
Immédiatement en arrière des bâtiments sont les fosses à pulpes où s’emmagasinent les provisions d'hiver. Elles avoisinent une petite pâture sans arbres et bientôt sèche où vagabondent quelques rares génisses. Là également se trouve la grande fosse à fumier. De petites maisons réparties autour de l'exploitation sont occupées par les ouvriers sédentaires ; elles sont composées d’un simple rezde-chaussée comprenant deux ou trois pièces. Une maison, spécialement construite en briques creuses, sert de logement aux Belges qui viennent biner les betteraves et ne repartent qu'à la fin de l'automne.
Le maître de céans est un gentleman-farmer. Généralement instruit, très souvent aujourd’hui, ancien élève d’une de nos écoles d’agriculture, il se considère avec raison comme l’égal de l'industriel : il a ses contremaîtres, ses commis de culture, qui transmettent ses ordres au personnel, ce qui ne l’empêche pas d'exercer lui-même la haute surveillance sur les mille détails de l’exploitation. Les marchés aux grains de la région le voient quelques fois ; par contre, c’est un habitué fidèle de la Halle aux Grains à Paris, le mercredi.
Le chef d'exploitation a la haute direction de cette grande usine. Il ÿ a un personnel nombreux, dont la composition est extrêmement variable suivant les fermes — mais qui ne peut cependant, pour 200 hectares, descendre au-dessous d’un certain minimum. Il y a toujours au moins un spécialiste, c’est-à-dire un employé, qui, étant plus apte à telle ou telle tâche très particulière, la remplit d'habitude : la conduite des tracteurs est une fonction de spécialiste. Il y a un certain nombre d'hommes de cour, qui ne sont aptes à aucune spécialisation. Nous trouvons un ou deux bouviers, trois charretiers au moins, avec un premier charretier qui a la surveillance de l'écurie et du départ des attelages, un vacher, un berger dans certaines fermes bien qu’on en rencontre de moins en moins, état de chose existant déjà avant la guerre. Des femmes, enfin, sont employées, soit aux travaux intérieurs dé la ferme, soit aux travaux extérieurs, au moment où il y a un effort à fournir en masse, au temps de la moisson surtout.
Les animaux de travail sont nécessairement nombreux, pour le travail des champs on compte une attelée par 30 hectares — une attelée comprend 4 chevaux ou 6 bœufs, — pour une culture portant sur 200 hectares on trouvera donc au minimum une dizaine de bœufs et une vingtaine de chevaux.
Il faudrait pour être plus complet tenir compte également des animaux de rente : bœufs engraissés, pores, moutons, mais ceci n’est que très secondaire. Il faudrait parler aussi des produits de basse-cour qui sont nombreux et que l’on rencontre toujours.
Le matériel d’une telle ferme est en fonction de son importance : il y a toujours un tracteur et naturellement
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tous:les instruments nécessaires à la culture: déchaumeuses; charrues, brabants (grosses charrues à double soc pour: labours profonds de 30 à 40 centimètres), herses, rouleaux, émotteuses, croskills (rouleaux portant des roues dentées de: fonte qui pulvérisent les mottes de terre), extirpateurs: I y a encore les semoirs à semences, les semoirs à engrais, les tombereaux, chariots et autres pour ne citer que le matériel plus spécialement utilisé dans la culture de la betterave et sans compter tout le matériel fixe que l’on trouve. à la ferme (batteuse,. coupe-racines,. hache-paille, concasseur, etc...). Outillage si considérable que certaines fermes s’adjoignent parmi leur personnel un mécanicien et.un maréchal — mais ce n’est pas là la généralité des cas. Nous ne citerons que pour mémoire le petit matériel secondaire, les fournitures (cordes, fils de fer, pièces mécaniques;. courroies:..); qui n'apparaissent pas, au premier abord; mais qui, dans les comptes d’une exploitation, tiennent une place qui n’est pas du tout négligeable.
Nous avons. donc là: une usine qui, ainsi que nous: le voyons dans l'industrie, à sa: vie propre, qui: dispose de moyens matériels et financiers considérables et qui, par là, reste tout à fait apte aux cultures à grand rendement, en particulier aux: cultures des plantes industrielles; celles-ci nécessitent l'engagement de gros frais, mais apportent une rémunération tenue pour avantageuse, ou des moins défi-citaires, ce‘ qui, en notre période de crise, paraît encore être um avantage.
SECTION II. — La culture proprement dite de la betterave à sucre.
Læ culture de la betterave: nécessite une: préparation: très: longue, souvent reprise, exigeant du personnel, du: