‹ Étude Sur Un Prix De Revient AgricoleChapitre 9 sur 34 · AL NES · texte numérisé non relu

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profitera donc très directement à cette culture. Notre ferme utilisera une moyenne de 35 tonnes de fumier à l’hectare, c’est là, du reste, une moyenne très générale; certains fermiers fument à 40 tonnes et plus à l’hectare. M. N..., ancien fermier de la région de Changis (Seine-et-Marne), qui nous a fourni un certain nombre de renseignements très utiles, nous a déclaré qu’il employait 30 tonnes. Notre moyenne des 20 fermes de la région Parisienne, sur laquelle nous nous basons, fait ressortir un chiffre tout à fait voisin de 35 tonnes de fumier à l’hectare.

La question des engrais minéraux laisse beaucoup plus de place à l’imprécision. Toutes les terres n’ont pas la même valeur au point de vue chimique; par conséquent, il faudra leur donner de façon très variable les principes chimiques fondamentaux suivants : azote, chaux, ammoniaque, phosphate, potasse. Les types de produits, couramment employés, que pourra utiliser notre ferme sont les suivants : du superphosphate environ 5 à 6 quintaux à l’hectare, du sulfate d’ammoniaque ou du nitramo (ammoniaque nitré) 2 quintaux, du nitrate de sodium 3 ou 4 quintaux, du chlorure de potassium (en couverture) 2 quintaux environ. Pour compléter l’énumération des matières fertilisantes que l’on incorpore au sol, il est nécessaire de mentionner la marne ; c’est un engrais minéral, extrait de carrières assez peu profondes; répandue sur un sol, elle apporte à ce dernier la chaux dont il a besoin. La marne est un très bon engrais et le fermier qui marne sa terre prouve, par là même, qu’il tient à la soigner. Aujourd’hui on tend à marner bien moins qu’autrefois dans la plupart des fermes, car il est très difficile d’avoir des ouvriers marneurs ; c’est un travail pénible et qui nécessite une forte dépense. Il est vrai que, répandue sur

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le champ, la marne est considérée comme devant lui profiter pendant dix ans : l’amortissement de la dépense s'étendant donc sur dix ans, la somme à porter chaque année au prix de revient des cultures, qui se succèdent sur la pièce de terre considérée, est relativement réduite. Les fermiers de la Brie, par exemple, marnent encore très généralement leurs terres.

Aux alentours des sucreries, le marnage est remplacé par l’épandage des défécations de ces sucreries. Très souvent une dose un peu plus forte d'engrais, surtout d’engrais phosphatés, qui, à côté de leur rôle chimique, ont une influence certaine sur l’ameublissement du terrain, permet de compenser la marne absente.

Telles sont les matières incorporées au sol. Nous passons donc maintenant aux semences. Celles-ci ne sont pas obtenues dans la ferme elle-même, elles sont toujours achetées au dehors à des grainetiers spécialistes. La question des semences intervient souvent dans les contrats entre les planteurs de betteraves et les fabricants de sucre. Il existe, en effet, diverses espèces de betteraves dont les rendements en sucre sont très différents. Il se peut très bien qu’une graine donne une racine d’un fort rendement en poids mais d’une très faible teneur en sucre : le fermier qui livre sa betterave au poids y trouverait son avantage, mais le sucrier n’y trouverait pas le sien ; c’est pourquoi le sucrier base son prix d’achat de la betterave sur le poids de celle-ci, mais en exigeant une certaine teneur en sucre calculée d’après ce que l’on appelle la densité; et c’est

1. On l’obtient de la façon suivante : on soumet à un courant d’eau chaude, une certaine quantité de cossettes, c’est-à-dire du produit du râpage de quelques-unes des racines à traiter, on pèse alors au densimètre le liquide obtenu.

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pourquoi, souvent, il impose au planteur la graine que celui-ci doit utiliser.

Notre ferme emploiera une moyenne de 20 kilogrammes de graines à l’hectare.

Avant que le semis ne soit effectué, la terre a besoin de subir un certain nombre de préparations. Lorsqu'elle doit recevoir de la betterave, la terre supporte des façons très nombreuses et, par là même, très onéreuses, — un jardin n’en subirait certainement pas autant. Mais il y a cet avantage très considérable et déjà signalé, qu'après la récolte des betteraves, la terre absolument nettoyée, est, sauf un léger labour à donner pour enfouir les fanes, prête à recevoir la semence de blé qui constituera immanquablement la culture suivante ; par conséquent la préparation d’une terre à blé de betteraves sera des plus minimes.

En Septembre, ou même plus tôt, dès que la moisson sera terminée, on procédera au déchaumage des pièces de terre que l’on destine à porter la récolte de betteraves de l’année suivante. Pour cette opération préliminaire indispensable notre ferme emploiera une déchaumeuse attelée à un tracteur, ce dernier étant conduit par un spécialiste ; c’est un travail relativement rapide, surtout lorsqu'on emploie la traction mécanique. Dans de bonnes conditions, comme il est permis de les prévoir, étant donné la saison où est effectué ce travail, 3 hectares pourront être déchaumés en une journée.

Pour fixer davantage les idées, nous allons prendre une pièce de terre : elle a 7 hectares 5 de surface — ainsi qu'il ressort de la moyenne statistique obtenue en comparant les différentes surfaces des pièces de terre emblavées en betteraves, dans les 20 fermes de « l’Ile de France » qui nous servent de base — et nous allons suivre tous les travaux

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qui seront effectués sur cette pièce de terre au cours des saisons.

Toujours à la même époque, après le déchaumage a lieu le transport et l’épandage du fumier. Il est nécessaire d'employer pour le transport proprement dit, plusieurs charretiers conduisant chacun 4 chevaux attelés à un tombereau. Le chargement et l’épandage sont des travaux effectués à la tâche ; le premier travail étant une opération plus pénible que le second. Ce travail étant terminé, on pourra passer le rouleau croskill pour enfouir un peu le fumier mais surtout on procédera, en Octobre ou Novembre, au grand labour, labour que d’ailleurs l’on reprendra dans les mêmes conditions au mois de janvier. On emploie à cette fin des attelées de 3 ou 4 chevaux tirant chacune une charrue brabant. Ces labours sont très profonds (30 à 40 centimètres), destinés naturellement à aérer, à ameublir la terre et à y incorporer intimement les fumures répandues précédemmment. Une attelée laboure en général un hectare en trois jours.

Interviennent alors ce qu’on appelle les façons superficielles par opposition aux labours ; ce sont les travaux de roulage, émottage, hersage, extirpage : ils sont très nombreux et suivant l'expression commune « pour un oui ou pour un non » on passe la herse ou le rouleau. La terre à betterave demande énormément de roulage : si la terre durcit, parce qu’il est survenu une gelée, si le temps est très sec et que la terre ait été mise en motte au moment des labours, les façons superficielles interviendront pour égaliser le sol : il suffit de voir les champs en mars ou en avril pour constater l’état de planéité et de propreté parfaite qui y règne.

En Mars, on procède au semis des engrais chimiques

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avec des semoirs tirés par deux chevaux. Immédiatement après, les façons superficielles sont reprises : un roulage et un hersage.

En Avril-Mai ce sont les semis des graines de betteraves, semis effectués au semoir. Il faut noter ici qu'on emploie des semoirs à raies inégalement distantes de façon à laisser tous les trois rangs un espace plus large, destiné au passage plus aisé de la houe à cheval. Le semoir Smith par exemple présente en avant des socs distributeurs de petites herses triangulaires qui déchirent le sol, creusant une rigole où sera déposée la graine; de petits disques en fonte, situés derrière les distributeurs de graines, enfoncent la graine en terre : celle-ci se trouvera à une profondeur à peu près constante allant de 1 à 2 centimètres. On reprendra à nouveau les façons superficielles en effectuant un ou deux roulages. Dès que les betteraves commenceront à sortir de terre, on procèdera, en juin-juillet, à un premier binage à la houe à cheval, ensuite à l’épandage d’un engrais de couverture (du nitrate en général), puis à un roulage.

Interviendra alors le dégarnissage ou démariage. On ne peut laisser se développer toutes les racines qui ont levé : elles se nuiraient les unes les autres dans leur développement, il convient donc d’arracher les plants que l’on ne veut pas laisser. C’est un travail qui s'exécute à la maïn, par équipes et à la tâche. Les ouvriers employés sont, soit des Polonais, qui sont sédentaires (ils restent au village toute l’année), soit des Belges, qui forment une main-d'œuvre essentiellement saisonnière : ils viennent pour ces travaux de démariage, restent pour la moisson, exécutent les travaux de binage à la main, puis l’arrachage et s’en retournent ensuite dans leur pays. En principe, le démariage consiste à laisser 36 à 38 betteraves par 10 mètres de lon-

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