OBSERVATION IV
Mycosis fongoïdes accompagnés d’une éruption généralisée par plaques rougeâtres, etc, (Lorda, Gazette des hôpitaux, 35€ année, ne 61, samedi 24 ma 1862.) ;
R... (Louis), âgé de 60 ans, cartonnier, se présente à l'hôpital, le 9 mai 1862. luterrogé sur la santé de ses ascendants et de ses collatéraux, il ne nous apprend rien qui ait quelque rapport avec l'affection qu’il porte. Marié depuis l’âge de 22 aus, il n’a jamais eu {a moindre maladie; pas de symptômes de scrofule ni de syphilis. |
La maladie aurait débuté, il y a six mois, sur les jambes, par
de petites taches rouges: de là, l’éruption aurait envahi succes-
sivement de semaine eu semaine les cuisses, le tronc, les membres supérieurs, le cou: elle n’a respecté que la figure, les maius, la verge, le scrotum et la plante des pieds. Ges petites taches rouges, dit ce malade, s’élevaient d’abord en augmentant en longueur et en épaisseur, pour s’affaisser graduellement ensuite au bout de six semaines, sans jamais disparaître. El ÿ a un mois, aurait apparu sur la tête, une croûte, qui a toujours été en augmentant, el qui forme aujourd’hui une tumeur hémisphérique sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Avant d’eutrer à l'hôpital, le malade a pris des bains sulfureux, des bains alcalins et des bains amidonnés, il a fait des frictions générales avec la pommade au goudron, et il n’a pris à l'intérieur que la tisane de chicorée.
Aujourd’hui, 12 mai, voiei ce qu’on observe :
Sur les jambes et sur le dos des pieds, lieu où l'affection a débuté, on voit des plaques larges d'un rouge sombre, se rapprochant de la teinte cuivrée; ces plaques sont rugueuses, présentent une induration qu’on ne trouve point sur les parties voisines, et une légère desquamativn, absolument comme une affection squameuse en voie de résolution.
Aux cuisses, on peut chserver l’éruption à deux périodes bien distinctes: dans la moitié inférieure, ce sont des plaques identiques à celles déjà décrites sur les jambes; dans la moitié supérieure, au contraire, les plaques sont mieux limitées, forment
LE ADTIESS
une légère saillie sur la peau; leur coloration est plus rouge qu'aux jambes et ne présente pas de desquamation; aux avant-bras et au cou, l’éruption est au même degré et présente les mêmes caractères que sur les jambes. Mais nulle part l’éruption n’est mieux caractérisée qu’aux bras et sur le tronc: ici, eu effet, ou voit des plaques larges, de divers diamètres, les unes cireulaires, les autres d’une forme irrégulière, tantôt isolées, tantôt se touchant par leur périphérie, pour donner naissance à d'énormes plaques et présentant toutes une coloration d’uu rouge foncé caractéristique, une élévation très-considérable et qui est produite, ainsi que la sensation verruqueuse qu’elles donnent au toucher, par une très-grande hypertrophie des papilles, et l’exagération des plis de la peau.
Sur la tête, au niveau de l’angle postérieur et supérieur du pariétal droit, on trouve une tumeur hémisphérique, régulière, ayant un diamètre de 1 pouce et une hauteur de 8 à 10 millimètres. Cette tumeur, d’une coloration rouge sale, est indolente, saigne à la moindre pression; le malade sent à peine les piqüres qu'on fait avec une épingle sur cette tumeur.
L'éruption, du reste, ne donne aucune espèce de démangeaison; jusqu'ici elle n’a pas porté la moindre atteinte à la santé du malade, dont l’état général est excellent et qui dit n’en être nullement incommodé.
M. Baziu diagnostiqua un mycosis fongoïdes, et n'hésita pas à rapporter à cette affection les diverses éruptions présentées par le malade, et dont Îes caractères, l'aspect différaient beaucoup de l’eczéma, du pityriasis ordinaire.
Le traitement institué fut le suivant : iodure de potassium 0,50 par jour; tisane de chicorée:; baïns alcalins et bains simples.
Le malade quitta le service de M. Bazin, mais fut revu plus tard par M. Guérard, qui compléta l'observation comme il suit (4):
Interrogé de nouveau sur ses antécédents, cet homme nous à répondu que son mal datait au moins de dix-huit mois à deux ans. Sa mère est morte paralvtique, à un àge déjà avancé. Il a un fils qui jouit d’une excellente santé,
L'éruption a perdu presque complétement la teinte rouge sombre du début: elle offre encore sur certains points une coloration disposée en forme de larges taches irrégulières et sans limites bien déterminées.
(4) Guérard. Loc, eit., p. 12.
Le visage, déclaré idemne par M. Lorda, est maintenant couvert de plaques indurées en desquamation. Mais on est frappé par la déformation des pavillons auriculaires, qui rappelle l'éléphantiasis des Grecs. L’affection s'étend à toute la surface du corps et consiste principalement en larges plaques mamelonnées et rougeâtres, au milieu desquelles 'on rencontre des nodosités circonscrites et de véritables tumeurs. L’excroissance fongueuse du vertex existe encore, Une tumeur semblable existe surle sein gauche, au voisinage du mamelon; c'est la même forme, la même consistance, la même coloration rouge vif, la même indolence. Cette tumeur est de formation toute récente; quelques semaines lui ont suffi pour acquérir le volume d’une forte noix, et rien n'autorise à penser qu’elle soit arrivée au terme de son développement.
La sensibilité de ces tumeurs, interrogée très-attentivement par M. le professeur Bazio, lui a paru nulle sur quelques-unes, et notablement diminuée sur le plus grand nombre.
L'éruption, il y a quelques mois à peine , était exempte de toute sensation morbide, Ce fait, déjà relaté par M. Lorda, nous a été de nouveau confirmé par le malade lui même, Or, cet état d’indolence à cessé pour faire place à une hyperesthésie, qu paraît se traduire surtout par de vives démangeaisons.
Par tout ce qui précède, il est facile de concevoir que l’altératin ne se présente pas sur tous les points avec un aspect et des caractères identiques : sous les aisselles existaient de vombreux mamelons blanchâtres ou blanc- rougeâtres, pressés les uns contre les autres, séparés par des sillons, d’où s’échappait uu fluide d’une odeur spéciale, fétide, Cette altération avait un caractère sui generis, se rapprochant de l'affection décrite par M. Bazin, sous le nom d’acné élephantiasique.