SYMPTÔMES ET MARCHE DE LA MALADIE
La maladie décrite sous le nom de mycosis fongoüde se traduit par une série d’affections cutanées, qui se développent successivement à différentes périodes, se substituent les unes aux autres, et forment les symptômes du mal singulier qui nous occupe. Ces affections cutanées s’accompagnent de manifestations morbides portant sur d’autres systèmes organiques, et de symptômes genéraux. Nous allons les passer en revue, en nous attachant à en donner une description aussi exacte que possible : après ce travail analytique, nous pourrons tracer le tableau synthétique et rapide de la maladie dans son ensemble, et en faire saisir plus facilement la marche.
Arr. 1%. — Symptômes locaux ou cutanés.
Les manifestations cutanées du mycosis fongoïde se présentent sous plusieurs aspects différents, suivant l’époque de la maladie. 11 ne faut rien moins que l'étude suivie de leur évolution pour les rattacher à la même cause, à la même entité morbide. Nous Insisterons plus tard sur ce point.
On peut les diviser en deux groupes : le premier
renferme les symptômes cutanés du début de la maladie, et se traduit par des éruptions obseures, dont les caractères peu tranchés et communs à d’autres affections en font le plus souvent méconnaître la nature, dans les premiers temps du moins; le second groupe est formé par des tumeurs, des excroissances caractéristiques, qui appartiennent en propre au mycosis, et ont une grande tendance à s’ulcérer. Nous aurons donc à décrire successivement : À. les /aches congestives du début; B. les plaques lichénoïdes qui leur succèdent; C. les meurs fongoïdes ; D. leurs ulcérations et leurs cicatrices.
À. Taches congestives. — Elles constituent les premiers symptômes du côté de la peau ; au milieu d’une bonne santé, du moins apparente, surviennent tout d'abord au tronc (obs. 4, 5), ou sur les membres inférieurs (obs. 4), de petites taches arrondies, ou irrégulières, disséminées, sans saillie, très-rouges, et qui sont le siége de picotements. Ces taches se multiplient, deviennent confluentes sur certains points, mais ont {oujours pour caractères un état congestif très-prononcé de la peau, et une sécheresse remarquable de leur surface. Leur aspect est assez caractéristique pour qu’à plusieurs reprises M. Bazin ait pu affirmer, à leur simple vue, qu'on avait affaire à un mycosis, diagnostic qui s’est justifié sous les yeux de plusieurs de ses élèves. Ces taches peuvent devenir légèrement saillantes; mais au bout d’un certain temps, elles disparaissent sans laisser de traces : d’autres leur succèdent. Il résulte des observations que cette éruption, à mesure qu’elle progresse, s'accom-
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pagne de démangeaisons plus où moins vives (obs. 1, 3, 4, B) : les malades se grattent parfois violemment, et, sous l'influence de ce grattage, les surfaces malades peuvent s’excorier, suinter, et même se recouvrir de croûtes molles; elles ont alors une assez grande ressemblance avec un eczéma. La malade que nous avons observée avait présenté de ces surfaces eczémateuses suintantes, mais quireconnaissaient pour origine un grattage énergique, comme le prouvaient de nombreuses papules de prurigo écorchées, et les traces des ongles qui sillonnaient la peau, dans le voisinage de la partie malade. Quand les taches congestives ont existé pendant quelque temps, où quand elles ont été irritées, comme nous venons de le voir, elles se recouvrent de squames fines, el revêtent l’aspect d'un pityriasis ou plutôt d'un eczéma à la période de dessication.
Ces taches congestives persistent pendant fort longtemps : disparaissant complétement sur certains points, dans lesquels la peau reprend tout à fait son aspect normal, elles reparaissent sur d’autres parties de la surface tégumentaire jusque-là épargnées. Parfois l'affection paraît presque entièrement guérie, mais, dans ces cas même, il reste toujours quelques endroits malades, et, au bout d'une période stationnaire plus ou moins longue, de nouvelles régions sont envahies. (obs. 1, 3, #, 5.) C'est le plus souvent pendant l’hiver que se produisent ces améliorations trompeuses, et le printemps provoque le retour des accidents. Après plusieurs poussées, les taches deviennent de plus en plus saïllantes, la peau tend à s'altérer, s’épaissit,
AO devient rugueuse, et enfin prend une apparence lichénoïde.
B. Plaques lichénoïdes. — Elles succèdent aux précédentes modifiées en situ, ou naissent sur des parties de la peau encore indemnes; mais elles n'apparaissent pas ordinairement dès le début de la maladie. C'est . après un laps de temps assez considérable, de plusieurs mois, plusieurs années même, qu'elles se produisent. Elles se montrent sur toute la surface du Corps, Mais principalement au tronc et à la face. Elles sont ordinairement peu étendues, parfaitement circonscriles ; le plus souvent elles forment des plaques arrondies, ovalaires ou en demi-cercle, de 2 à 3 centimètres de diamètre ; elles s'étendent quelquefois sous forme de bandes (obs. 3): d’autres fois, elles se réunissent en se généralisant et couvrent une étendue considérable du tégument externe (obs. 4). Leur coloration est d’un rouge sombre; elles présentent une saillie prononcée à la surface de la peau; elles paraissent formées par un (épaississement et une induratioh de tout le derme, qui a perdu sa souplesse, Elles sont très-rugueuses au toucher, présentant de petites aspérités, des fissures: les plis cutanés ont disparu à leur surface, qui est presque toujours recouverte de squames blanches, très-sèches, très-adhérentes, rarement de croûtes. Plusieurs de ces plaques lichénoïdes, affectant une forme demi-circinée, avec leur coloration presque cuivrée et leurs squames, nous ontoffert un aspect qui se rapprochait de celui de certaines syphilides {obs, 1).
Les plaques lichénoïdes sont le siége d’un prurit vif pendant leur période de développement: mais il nous a paru qu'une fois arrivées à leur période d'état, pour ainsi dire, le prurit diminuait, mais ce fait n’est pas constant. Nous n'avons jamais trouvé d’anesthésie à leur niveau; cependant sur quelques-unes la sensibilité semblait émoussée.
Comme les taches congestives, les plaques lichénoïdes apparaissent successivement sur différents points; après être restées stationnaires pendant un certain temps, elles peuvent s’affaisser et disparaître complétement sans laisser de traces (obs. 1, 5).
C. Tumeurs fongoïdes. — C'est la principale lésion eutanée du mycosis fongoïde. Constamment précédée par les manifestations décrites plus haut, ce n’est jamais que plusieurs années après le début de la maladie qu’elles surviennent; mais alors elles prennent une rapide extension; il semble que la peau se prépare lentement à leur production et n'arrive que par degrés successifs à se laisser envahir par le tissu morbide qui les constitue.
Ces tumeurs surgissent sur tous les points de la surface tégumentaire, mais cependant il est des régions qu’elles semblent occuper de préférence et où elles acquièrent leur maximum de développement : en première ligne, le tronc (obs. 1, 8) et les membres inférieurs (obs. 4); elles affectent surtout la partie antérieure du tronc et la face interne des membres. Se montrent-elles dans les endroits qui ont déjà été malades antérieurement, ou bien peuvent-elles prendre
naissance sur des points de la peau jusque-là exempts de toute lésion? C'est ce qu'il nous est difficile d’établir, Les sujets atteints de cette rare affection n'ont pas été suivis assez exactement et pendant assez longtemps pour qu'on ait pu déterminer ce fait de l'évolution des excroissances fongoïdes. Cependant nous avons pu constater, comme l'avait déjà fait M, Guérard (obs. 5), que les tumeurs fongoïdes se montrent tantôt sur des plaques lichénoïdes, tantôt dans leur inlervalle, Mais en réfléchissant à la disparition complète de ces plaques et à l'absence de toute trace de leur existence antérieure, on comprendra qu’il soif impossible d'affirmer que les points de la peau, où se montrent les tumeurs, n’ont pas déjà été malades auparavant.
Ces productions fongoïdes varient beaucoup dans leur nombre, leur volume, leur forme et leur disposition. D'abord limitées à quelques points de la sure face cutanée, elles apparaissent rapidement dans d’autres régions et finissent bientôt par pulluler, On en trouve alors de toutes les dimensions. Le plus grand nombre offrent la grosseur d'une simple verrue, d’un pois ou d’une baie de genièvre (Alibert), ou d’une grosse noisette (obs. 1); les plus volumineuses ont les dimensions d’une noix. Lorsque les excroissances atteignent le volume d’un œuf de poule, ou le dépassent (obs. 1, 5), elles sont alors formées par la fusion, la coalescence de plusieurs tumeurs confondues par leur base, el présentent à leur surface des dépressions, indices de leur origine multiple. C’est dans ce cas que l’on reconnaît la justesse de la comparaison qu'en à
PATES faite Alibert avec les morilles ou les fruits du solanum lycopersicum (tomates), dontelles rappellent également parfois la couleur {1). Dans notre observation, toutes les tumeurs de cette dimension étaient ulcérées.
Leur forme est le plus ordinairement orbiculaire, hémisphérique, quelquefois allongée, ovoïde; les plus considérables constituées, nous l'avons dit, par l'aggrégation de plusieurs tumeurs voisines, offrent une forme irrégulière. Nous devons signaler la façon brusque dont elles font saillie au-dessus de la peau; dans le cas de la femme Battet(obs. 1), aucune tumeur ne se continuait par une transition graduelle avec le tégument voisin; toutes étaient parfaitement nettes, saillantes presque à pic, quelle que soit la largeur de leur base d'implantation; aucune cependant n'était pédiculée,
Leur coloralion varie du blanc ie au rouge violacé, suivant les cas : d’une façon générale, elle est rougeâtre. Il est probable que cette coloration doit changer et se prononcer davantage dans les poussées aiguës et prendre alors la couleur de tomate, signalée par Alibert et M. Bazin. Dans certaines circonstances, ces tumeurs sont. frappées de sphacèle et présentent une teinte d'un noir violacé, indiquée par Alibert, et que nous avons également observée. La peau quiles recouvre est lisse, comme vernissée, tendue, sans augmentation de vascularisation apparente. Les tumeurs fongoïdes nousont offert, chez la femme Battet, une apparence demi-gélatineuse, comme œdé-
(1) Alibert, loc. cit., p. 423. — Bazin, loc. cit., p. 374,
AT mateuse, mais la pression au doigt ne laissait aucune empreinte justifiant cette illusion.
En effet, la consistance des productions mycositiques est ferme, élastique, quelquefois même d’une dureté presque fibreuse (Guérard). Les plus volumineuses sont rénitentes, et quand elles sont sur le point de s’ulcérer, offrent à leur centre une mollesse qui ferait croire à un ramollissement de leur substance. Cette consistance particulière rapprochée de la forme des excroissances, de leur accroissement rapide, leur donne un aspect spécial, qui n’est pas sans analogie avec celui de certains champignons, et qu'on à pour cela même caractérisé par le mot de fongoïde (Alibert, Bazin).
La sensibilité est un peu émoussée à leur surface. M. Bazin aurait même constaté de l’anesthésie trèsprononcée; quant à nous, nous les avons toujours trouvées sensibles à la piqûre. Elles ne sont pas le siége de douleurs spontanées. Elles sont réparties très-irrégulièrement à la surface du corps : les unes solitaires, disséminées: les autres groupées sous forme d'énormes grosseurs multilobées ; d’autres enfin rassemblées sur certains points, présentent une disposition différente : elles ne sont plus confondues en une seule masse, comme les précédentes, mais simplement juxtaposées, formant ainsi de larges plaques irrégulières ou des traînées en chapelet (obs. 1, 3). Elles sont séparées par des intervalles de peau saine, ou bien par des plaques congestives et lichénoïdes, plus ou moins prononcées.
Le siége anatomique des tumeurs fongoïdes est
uniquement cutané; elles occupent toute l'épaisseur de la peau, mais ne la dépassent pas: même au niveau des plus volumineuses, la peau est mobile, et en soulevant l’excroissance fongoïde, on sent que le tissu cellulaire sous-cutané est complétement libre. Nous verrons l'examen microscopique vérifier l'exactitude de ce fait. À leur surface, on ne constate aucune dépression centrale, aucun caractère qui puisse faire croire à leur développement dans un élément spécial de la peau, glandulaire par exemple.
Quelle est l’évolution de ces tumeurs? Nous avons pu l'observer très-complétement à l’hôpital Saint- Louis. Elles débutent par une induration très-circonscrite, formant dans l'épaisseur de la peau saine ou déjà malade un noyau, au niveau duquel la surface tégumentaire prend une coloration plus foncée. Puis la peau se soulève, se boursoufle, et la grosseur augmente progressivement ; son accroissement est toujours assez lent. Parvenue à une certaine dimension, variable, comme nous l’avons dit, elle reste quelque temps stationnaire; et alors de deux choses l’une, ou bien la tumeur rétrocède ou bien elle s’ulcère.
La rétrocession des excroissances fongoïdes est un des faits les plus remarquables de lhistoire du mycosis. Nous l'avons déjà indiquée à propos des premières éruptions; M. Bazin la signalée depuis longtemps (1) : on la retrouve dans toutes les observations. Celte disparition momentanée des lésions
(1) Bazin, loc. cit., p. 376.
Len 0 ec cutanées a fait croire à de fausses guérisons. Mais nulle part elle ne frappe plus l'observateur que lorsqu’elle se manifeste sur de volumineuses excroissances. On les voit alors diminuer rapidement de volume, s’affaisser, fondre, pour ainsi dire, sans que la peau se plisse à la surface, ni s’exfolie. En quelques semaines, en quelques jours, parfois une tumeur, du volume d’une noix, a disparu sans laisser de traces. Ce phénomène se reproduit en général à plusieurs reprises dans le cours de la maladie. Chez la femme Battet, nous en avons été témoin deux fois, et chaque fois il à coïneidé avec l'établissement d'une forte diarrhée.
D. Ulcérations et cicatrices. — Petites ou grosses, les tumeurs fongoïdes sont susceptibles de s’ulcérer : la plupart même se terminent ainsi. [l nous reste à décrire les caractères de ces ulcères. D’après Alibert, il se formerait à leur surface des ampoules, qui, en crevant, donneraient issue à un pus sanieux, et laisseraient une peau ridée (1). Mais ordinairement les ulcérations se produisent par une destruction lente, par une sorte de gangrène moléculaire, marchant du centre à la périphérie de la surface de la tumeur. M. Bazin (2) et M. Guérard (3) ont bien décrit le siége superficiel des ulcères, leur aspect blafard, la sanie ichoreuse d’une odeur spéciale qui s’en écouie, Dans l'observation de Nicolas Herbette, citée dans son
({) Alibert, loc. cit., p. 426.
(2) Loc. cit., p. 376.
(3) Loc. cit., p. 7,
livre, M. Bazin signale la production de croûtes noIrâtres, épaisses, à la surface des ulcères. M. Guérard, au contraire, note l'absence de croûtes bien caractérisées : nous n’en avons pas rencontré non plus chez notre malade (obs. 1); il est vrai que les pansements réguliers avaient dû en empêcher la formation.
Nous ne pouvons pas donner une meilleure idée de l’aspect et de la marche de lulcération dans le mycosis, qu'en citant un passage de notre observation : c’est, la malade sous les yeux, que nous avons décrit les lésions :
Sur les tumeurs isolées, il se forme à leur point culminant une petite perte de substance, qui s’agrandit rapidement, et devient un petit ulcère de un demi-centimètre à un centimètre de diamètre, trèsrégulièrement cireulaire, taillé comme à l’emportepièce , à bords franchement à pic, rouges, sans décollement et sans induration calleuse. Get ulcère est peu profond en général; le fond est recouvert d'une matière grisâtre, pultacée. [1 y a une destruction moléculaire du tissu, une ulcération lente et progressive : cette marche s'explique très-bien par la dégénérescence du tissu lymphoïde qui constitue les tumeurs, comme nous le dirons plus bas. Sur les grosses tumeurs, les ulcérations deviennent énormes; leurs bords festonnés, irréguliers, prouvent manifestement qu'elles sont formées par la réunion d'un grand nombre d’ulcères primitifs devenus confluents ; les bords sont également perpendiculaires et très-nets : le fond de ces vastes ulcérations est anfractueux, fonœueux, couvert de pus; sur les plus étendues, la peau
PR. ls
entière est détruite, et la perte de substance a atteint le tissu cellulaire dont on voit les lambeaux grisâtres ou noirâtres, sphacelés, se détacher de la plaie; ils sont baignés dans un liquide sanieux très-abondant, et d’une odeur extrêmement fétide, particulière, différente de l'odeur du pus cancéreux. Dans ce cas, il y à un vrai sphacèle d’une partie de la tumeur; c’est alors que les tissus gangrénés, livides, macérés dans le pus, justifient la description d’Alibert : « Les progrès de la décomposition, dit-il, leur impriment successivement une couleur d’un noir verdâtre ou une teinte violacée sombre : on s'imagine voir des fruits se pourrir et se dénaturer sur chaque tige qui les supporte » (1).
Lorsque les tumeurs fongoïdes rétrocèdent et disparaissent sans s'ulcérer, elles ne laissent presque aucun vestige cicatriciel. Nous avons seulement constaté (ob. 1) qu’à la place des excroissances, complétement évanouies, la peau était amincie, dépigmentée, mais sans dépression, sans apparence vraiment cicatricielle. C’étaient plutôt des macules blanches, entourées d’une zone brunâtre, pigmentaire, qui les faisait légèrement ressortir: rapprochées les unes des autres, ces taches offraient par place un aspect marbré. Mais sur les points où avaient siégé des ulcéralions profondes, il existait de vraies cicatrices déprimées, rétractées, de tissu inodulaire, comme il s'en
forme partout où il y a eu réellement perte de substance.
‘1 Albert, loc, cit., p. 424.
DE Le
Telles sont les lésions cutanées du mycosis; elles peuvent se généraliser à toute la surface tégumentaire, mais leur répartition est très-mégale, et à une période avancée de la maladie plusieurs d’entre elles existent simultanément. L'accumulation des tumeurs en certains points, les modifications accidentelles que leur imprime la structure de la peau dans les différentes régions, occasionnent parfois des difformités hideuses. C'est ainsi que, dans notre observation, les seins de la malade, déformés par les excroissances fongoïdes, entières ou ulcérées, par des cicatrices anciennes, étaient {ransformés en grosses tumeurs bosselées, irrégulières. A la face, il peut arriver que des tumeurs multiples hérissent le front, les joues, le nez, les oreilles et rendent le malade méconnaissable, et rappellent quelque peu l'aspect repoussant de Ïa lèpre orientale; c’est du moins ce qu'a relaté M. Guérard (obs. 5).— Les mains peuvent également être le siége de tumeurs qui les déforment, mais qui restent cependant superficielles et n’occasionnent de gène que par leur situation et leur volume (Guérard, obs. 5).
Altérations des poils et des ongles.—Dans une maladie où la peau est atteinte de lésions si nombreuses, il n'est pas étonnant que l'on rencontre des altérations des poils ou des ongles, ces organes étant de simples dépendances du système tégumentaire. On les trouve, en effet, notées dans les observations, et nous avons constaté nous-même les phénomènes suivants (obs. 1j: Les cheveux étaient clair semés par places, aux points qui correspondaient, au dire de la malade, à des tu-
1869. — Gillot, 2
LR op
meurs du cuir chevelu, disparues depuis plusieurs mois. Les aisselles et le pubis étaient complétement glabres, et la chute des poils s'était produite lors de l’envahissement de ces régions par les éruptions mycositiques. Il en était de même des sourcils, presque entièrement épilés; le droit était occupé en grande partie par une plaque lichénoïde. — Les ongles des deux mains, surtout de la gauche, étaient jaunes, cassants, amincis, déformés, et comme soulevés à leur extrémité par une production épidermique abondante de leur matrice.
Arr. Il. — Symptômes de voisinage.
Sous ce titre, nous voulons parler de lésions importantes, que nous avons étudiées sur la malade du service de M. Hillairet :- c’est, en première ligne, l’augmentalion de volume des ganglions lymphatiques
Dans presque toutes les régions où les ganglions Iymphatiques sont accessibles à l'exploration superficielle, ils étaient beaucoup plus volumineux qu’à l’état normal, formant des tumeurs plus ou moins grosses, plus ou moins profondes. Partout les altérations des ganglions paraissaient en rapport avec les lésions du tégument externe. Ainsi, aux deux aines existaient des tumeurs sous-cutanées, profondes, sur lesquelles glissait la peau : leur surface paraissait léwèrement inégale, leur consistance très-élastique, donnant à leur centre une sensation presque kystique. Ces tumeurs jouissaient des mêmes propriétés de rétrocession que les excroissances cutanées: comme
ot elles, elles ont diminué rapidement de volume à une certaine époque, mais sans disparaître complétement. Sur l’une d’elles la: peau présentait une perte de sub- Stance, mais il était facile de se convaincre que ce petit ulcère, exclusivement cutané, n’intéressait en rien le ganglion.
La palpation, rendue facile par la maigreur et la flaccidité des parois abdominales, décelaii, dans les fosses iliaques, la présence de tumeurs profondes, bosselées, multiples, siégeant évidemment dans les ganglions pelviens. — Mêrne développement des ganglons axillaires des deux côtés. A la partie antérieure et inférieure de l’aisselle gauche, était même un ulcère profond, sanieux, à bords décollés, plongeant dans le tissu cellulaire sous-cutané, et qui nous a semblé résulter de l'élimination complète d’un ganglion lymphatique. — Les ganglions cervicaux étaient les moins malades : on les sentait rouler sous les doigts, avec une légère augmentation de volume et de consistance; chez notre malade, la tête était au reste la région la moins affectée. |
Ces bypertrophies ganglionnaires ont une grande importance dans l’histoire du mycosis. Tout d’abord, ce symptôme ne nous avait pas frappé : rien ne semblait plus naturel à expliquer par suite de l’irritation qu'avaient dû produire les lésions si répétées et si nombreuses de la peau. Mais en voyant les masses ganglionnaires rétrocéder à l'instar des tumeurs cu- tanées, nous avions soupçonné un rapport d’altération anatomique. L'examen histologique, en révélant la vérilable nature du mycosis fongoïde, nous a donné
ne l'explication de ces phénomènes, comme on le verra plus loin.
Que deviennent, au point de vue symptomatique, les fonctions des glandes de la peau, englobées dans les plaques, les excroissances du mycosis, ou situées dans le voisinage? Nous sommes peu renseigné à cet égard. Sur les plaques lichénoïdes, la sécheresse des surfaces semble indiquer le défaut de sécrétion sudorale ou sébacée. Mais, sur les tumeurs fongoïdes ellesmêmes, nous avons parfaitement constaté l'orifice des glandes sudoripares, et la sortie de la sueur en gouttelettes, ce qui démontre le peu d’altération de ces org'anes.
M. Guérard (1) a observé chez un malade une lésion qui lui a paru siéger dans les glandes sébacées de l’aisselle, et qu'il a comparée à l'affection décrite par M. Bazin sous le nom d'ané éléphantiasique. Les aisselles de ce malade étaient hérissées de mamelons blanchâtres, ou blane rougeâtre, très-nombreux, séparés par des sillons d'où sortait un fluide d’une odeur pénétrante (obs. 5).
Les manifestations principales du mycosis se passent donc du côté de la peau et du système lymphatique. Ce n’est que dans les cas d' ulcératio:1s énormes, de sphacèle des tumeurs fongoïides, que par suite d’une destruction complète de la peau, le tissu cellulaire peut être atteint. Mais, les muscles et les autres tissus sont respectés. Alibert, qui cherchait à rapprocher le mycosis fongoïde de la syphilis, s’é-
1) Loc. cit., p. 14.
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tonne lui-même qu'avec des désordres extérieurs SI horribles, on ne trouve rien de pareil aux exostoses, aux caries, aux ravages profonds de la syphilis (L).— Nous avons recherché si des lésions analogues à celles de la peau ne s'étaient point produites sur les muqueuses, et nous avons examiné en conséquence la muqueuse do la bouche, des organes génitaux, etc., sans y découvrir aucune altération, ni superficielle ,
ni profonde.
Arr. III. — Symptômes généraux.
Pendant longtemps, le mycosis fongoïde ne se traduit par aucun trouble fonction nel important; ce n’est qu’à la dernière période que les symptômes généraux viennent révéler la perturbation complète de l’organisme; et, ce sont alors ceux de toutes les maladies cachectiques. Nous allons les passer rapidement en revue.
L'habitus extérieur se modifie: les malades maigrissent considérablement, et quand il s'établit .une diarrhée abondante, l’émaciation devient extrême. — Dans la coloration de la peau, rieu ne rappelle la teinte jaune paille des cancéreux, ni l'aspect terreux des phthisiques; la peau devient seulementd’un blane mat, ou blanc jaunâtre ; elle prend l'apparence presque cireuse, qu'on remarque chez les sujets atteints d'anémie grave et de longue durée, quelle qu’en soit
l'origine.
(1) Alibert, loc. cit., p. 424.