OBSERVATION I
Rougeole sans complication broncho-pulmonaire grave.
VAUTRIN (Auguste), âgé de 10 ans. Tempérament nervososanguin. COBSLRUrION vigoureuse.
Commémoratifs : depuis le 15 jusqu’au 20 mai, légère pesanteur de tête, mais appétit apparemment conservé. S’alite dans la journée du 21 ; il est courbaturé, ressent des maux de tête, et de légers frissons suivis de chaleur et de sueur. Anorexie. Soif.
Nous constatons un catarrhe oculaire qui provoque une légère photophobie, un coryza caractérisé par l’écoulement d’un mucus sénu et enfin une toux assez vive avec douleur à la gorge. L’auscultation révèle dans la poitrine quelques ràles sibilants. La température prise à laisselle, est de 385; le pouls donne 118 pulsations à la minute. Nous prescrivons sirops d’ipéca et de tolu, à 75 gr., à prendre par cuillerée à soupe,
a LIU NES
mélangés à une infusion de guimauve et de bourrache miellée ou légèrement sucrée. Quatre cuillerées de sirop par Jour.
22 mai. Notre malade continue à garder le lit. T. 38°. Pouls 116. La langue est sèche et la toux assez vive. On continue à lui donner des tisanes mélangées de sirop expectorant en lui faisant prendre un peu de bouillon que d’ailleurs il ne réclame pas avec ardeur. L’auscultation révèle des ràles sibilants en plus grand nombre et il y a expectoration de crachats limpides et muqueux.
23 mai. 1. 39°. Pouls, 125." Il n'y 4pas de rales sotscrépitants, ce qui indique que les petites bronches sont indemnes, mais les crachats sont plus épais et commencent à s’arrondir. Diarrhée accompagnée de nombreuses garde-robes.
24 mai. T. 40°. Pouls 130. Eruption au visage et sur la partie antérieure du thorax ; elle est caractérisée par de petites saillies rouges, parfaitement appréciables au toucher, de formes inégales et laissant des espaces où*la peau conserve sa couleur normale sur la poitrine, elles sont plus confluentes, à tel point que la rougeur de la peau est presque uniforme. Continuation des prescriptions antérieures.
25 mai. T. 40°. Pouls 127. La diarrhée continue à donner des selles séro-glaireuses abondantes et multiples. L’éruption est complète, car elle a envahi les membres. On prescrit pour faire cesser la diarrhée, 2 centig. 1/2 d'extrait thébaïque, mélangés à 40 gr. de sirop de sucre, le tout à prendre dans la journée et on suspend les tisanes.
26 mai. T. 39°. Pouls 120. La diarrhée a presque complètement cessé ; l’'expectoration se fait facilement ; l’éruption persiste vive et fleurie. Il semble même qu’elle soit plus confluente que la veille, le corps est couvert d’abondantes sueurs.
27 mai. T. 39°. Pouls 119. Même état que la veille.
28 mai, T. 38. Pouls 108. L’éruption tend à s’effacer, cependant on ne remarque pas encore d’exfoliation au visage, mais là coloration des papules est moins nette. Continuation des tisanes pectorales.
di
29 mai. T. 38° Pouls 100. L'’expectoration diminue ainsi que la toux. La desquamation commence à s’opérer sur la poitrine et les membres qui sont couverts d’une espèce de poussière épidermique.
30 mai. T. 37°. Pouls 80. La desquamation continue sur toutes les parties du corps et principalement au visage, où l’on voit parfaitement une espèce de son se détacher de la peau. La toux a cessé presque complètement, bien que le malade évacue encore de temps en temps quelques crachats. On donne de l’eau vineuse et du bouillon.
31 mai. T. 37°. Pouis 79. La langue est humide et le malade réclame quelques aliments solides. La convalescence s'accuse.
Un fait digne de remarque, dans cette observation, c’est que Padministration de l’opium, en arrêtant la diarrhée, a provoqué d’abondantes sueurs et favorisé le développement de l’exanthème, ce qui d’ailleurs résultede ses vertus diaphorétiques.
OBSERVATION II Rougeole sans exanthème ou fruste.
ViLLEMIN (Alfred), âgé de 9 ans. Tempérament lymphatique. Constitution robuste. Comniémoratifs : léger malaise général depuis le 17 mai. S’alite le 22 au moment où il est pris d’épistaxis assez abondantes avec coryza. Eprouve des maux de tête et quelques frissons qui se répètent de 8 à 10 fois dans les 24 heures, suivis de chaleur et de sueur. Douleurs de gorge et toux. \
Appelé à lui donner nos soins, nous découvrons dans la poitrine des râles sibilants mélangés à des räles sous-crépitants, ce quiindique que le catarrhe morbilleux occupe les petites bronches. De plus, ilexiste un certain degré d’oppression. Température prise à l’aisselle 39°. Pouls 119. On gorge en quelque sorte le
EE) ee malade, qui accuse une grande soif, de tisane de réglisse et de guimauve édulcorées avec du sirop de tolu, tenant en suspension sept centigr. de tartre stibié. ,
Le 23. Pouls ettempératurestationnaires. L’oppression persiste ainsi que la soif. L’expectoration donne des crachats épais surnageant dans un mucus glaireux. Continuation des mêmes prescriptions.
Le 24.T. 395. Pouls 125. L’oppression semble moindre. Le corps est couvert de sueur. On continue les tisanes et le sirop expectorant.
Le 25. T. 39. Pouls 120. L’auscultation indique que les râles sous-crépitants tendent à se transformer en ràles muqueux. La soif est moins vive.
Le 26. T. 38°. Pouls 117. Les ràles sous-crépitants se transforment en ràles muqueux et sibilants. Arrivé au 2° jour du stade d’invasion, le malade n'offre pas trace d’éruption.
Le 27. T. 38°. Pouls 115x Râles muqueux et sébilants. Boissons acidulées.
Le 28. T.38°. Pouls 100. Râles sibilants qui diminuent de nombre et d'intensité. Point d’éruption, mais un peu de diarrhée avec rachialgie. Cependant la toux persiste.
Le 29. Râles sibilants deviennent de plus en plus rares. On commence à donner quelques aliments au malade. En même temps que naît la convalescence, apparaissent des dartres exzémateuses sur la face antérieure du bras droit et à la face antérieure des cuisses, lesquelles furent rebelles à toute espèce de traitement, sauf aux frictions faites avec une pommade composée de goudron et d’acide phénique, probablement parce qu’elles étaient entretenues par un miero-organisme.
Il est supposable que c’est la complication bronchopulmonaire apparue, dès le premier jour de l'invasion, qui a entravé, dans ce cas, la production de toute manifestation cutanée, car, il n’y eut absolument aucune efflorescence si éphémère, si pâle qu’on eût pu la souçonner.