DIAGNOSTIC
Le diagnostic de l'affection est souvent difficile. Je dis souvent, et non toujours, car il est des cas, où il suffit d'être prévenu de la possibilité de rencontrer une inflammation lymphatique, pour que le médecin ne se méprenne pas, lorsqu'il rencontrera, dans l'exploration vaginale, une tumeur du volume d'une petite noix, dans la portion sus-vaginale du col, roulant sous le doigt, douloureuse.
Alors on ne peut songer à autre chose. Mais lorsque l'inflammation est dénaturée, soit par les traitements déjà employés, soit par sa longueur, ou qu'elle a passé au stade de suppuration, alors le diagnostic devient des plus difficiles.
Le praticien a néanmoins dans ces conditions, plusieurs éléments de diagnostic basés sur l'étude des symptômes de l'affection.
La douleur au-dessus du pli de l'aine, la tumeur adhérente au puhis, et la direction de cette tumeur vers le trou ovale.
Il faut y ajouter comme autre élément non moins important de diagnostic, Vahsence de mobilité de V adéno-lymphite. Si ces tumeurs étaient situées dans le ligament large, leur bord supérieur devrait être mobile.
Enfin, disparition rapide de cette tumeur, sous Vinfluence des révulsifs.
A côté de ces symptômes doivent prendre part, d'autres éléments négatifs.
Dansl'adéno-lymphite, l'utérusn'est jamais immobilisé ; on ne le sent pas enveloppé de toute part, comme dans une gangue. La tumeur est le plus souvent unilatérale, jamais circonférentielle. L'utérus reste à sa place, il n'est pas abaissé et rapproché de l'orifice vulvaire.
Un autre caractère négatif, c'est la tension peu exagérée du ventre, sa dépression facile, et surtout le moins grand retentissement sur l'économie. Le péritoine n'est pas pris, ou dans des limites très-restreintes ; on conçoit que l'on n'observe ni le refroidissement des extrémités, ni la petitesse du pouls que donnent les péritonites.
Les affections qui sont le plus facilement confondues avec l'adéno-lymphite sont le phlegmon du ligament large et la pelvi-péritonite. Jusqu'au travail de M. Alph. Guérin,
ces deux affections englobaient tous les cas d'adéno-lymphite. Depuis les leçons du chirurgien de l'Hôtel-Dieu, d'autres auteurs ont insisté sur l'importance de l'adénolymphite, mais personne n'a paru comprendre la signification des travaux de M, Alph. Guérin. Mon maître n'a point, en effet, la prétention d'avoir découvert les vaisseaux lymphatiques de l'utérus et leur inflammation; tout cela était connu avant lui, mais ce qui constitue une importante découverte, c'est d'avoir démontré que les signes de l'adéno-lymphite sous-pubienne sont absolument ceux qui ont été attribués par tous les gynécologistes au phlegmon du ligament large. Ceux qui ont cru comprendre que la maladie décrite par M. Guérin, siège dans les replis du ligament large, n'ont pas lu avec assez d'attention ce qu'il a écrit.
C'est donc, à priori, avancer que le diagnostic de l'adénolymphite avec le phlegmon de ligament large est très-ditficile. Le phlegmon du ligament large est toujours la conséquence de l'accouchement. Dans les cas oil l'on observe à la suite d'une simple vaginite, il faut se défier et voir si on ne trouve pas les caractères de l'inflammation ganglionnaire. Dans le phlegmon du ligament large, la tumeur est plus considérable. Elle n'est pas appliquée contre le pubis. Le doigt peut passer entre la symphyse et la tumeur. Dans l'adéno-lymphite la tumeur est collée contre le pubis. Du reste, la difficulté du diagnostic reste encore grande dans bien des cas où l'adéno-lymphite se généralise à tout le pourtour de l'utérus.
Dans plusieurs observations d'adéno-lymphite, on a pu croire à une pélvi-péritonite. Or, on trouve dans la pelvipéritonite du ballonnement du ventre une douleur plus généralisée, des symptômes sympathiques plus intenses,
état grippé de la face, vomissements et petitesse du pouls, qui n'existent pas dans l'adénite. L'utérus est fixé et | comme enveloppé dans une gangue, il est abaissé et rap- * proché de la vulve.
VARIÉTÉS d'adÉNO-LYMPHITE PÉRI-UTÉRINE. |
Nous mentionnons à part deux variétés d'adéno-lym- ] phite. 1 1° 'L'adéno-lymphite, suite de chancre sur le col. 2° U adéno-lijmiphite cancéreuse.
Si on lit dans la clinique médicale de M. Bernutz sur les maladies des femmes l'observation XVI, que la \ brièveté exigée par ce travail nous empêché de reproduire j ici, on y verra qu'à la suite d'un chancre diphthéritique | siégeant sur le col de l'utérus, les symptômes survenus ont | été les mêmes que dans l'adéno-lymphite blennorrhagique, | le point de départ seul a différé. i
Le savant gynécologiste, à cette époque où l'attention n'avaitpas encore été appelée sur l'adéno-lymphite, pense à l'angioleucite pelvienne ; cette hypothèse lui paraîtrait aussi séduisante que celle d'une pelvi-péritonite. j
Quant à l'adéno-lymphite cancéreuse, nous ne lui con- | sacrerons de même que quelques lignes; sa symptomato- | logie est beaucoup moins intéressante^ masquée qu'elle est par l'affection de l'utérus. Avant de commencer ce court travail, j'avais eu l'intention de prendre comme | sujet de ma thèse, les terminaisons du cancer utérin, il ] m'a été donné d'en voir des cas nombreux, et toujours lors- \ que j'ai recherché l'engorgement ganglionnaire, je l'ai j rencontré. Un ou deux ganglions du volume d'un œuf de pigeon, parfois plus gros, siégeaient au ni veau du trou ovale.
C'est même une des raisons qui m'ont déterminé à limiter l'étude de l'adéno-lymphite commune à la fosse obturatrice, parce que dans le carcinome utérin, les ganglions lombaires étaient souvent indemnes, ou peu volumineux. A priori donc, sans avoir fait des injections, l'anatomie pathologique comparée apprenait que les ganglions obturateurs étaient les vrais récepteurs des lymphatiques utérins.
Cette adéno-lymphite peut-elle se dénoter pendant la vie? Le toucher vaginal indique le refoulement d'un des culs-de-sac, ou des deux, lorsque les lésions du côté de l'utérus ou du conduit vaginal ne sont que peu' avancées.
Peut-elle servir comme moyen de diagnostic? Elle ne peut servir que dans les cas où la tumeur perçue dans les culs-de-sac est dure, a une consistance ferme, occasionne peu de douleurs, tous caractères qui se rattachent à cette variété d'adéno-lyraphite, et qu'en même temps on trouve une ulcération sur le col de nature douteuse.
Dans les cas où un chirurgien croirait pouvoir intervenir, la rencontre de cette complication devrait à elle seule le dissuader d'une intervention chirurgicale active.