‹ Étude sur une forme myélopathique du blenno-rhumatismeChapitre 18 sur 39 · PRONOSTIC ET DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC ET DIAGNOSTIC

Ce qui fait la particularité dominante de là forme-myélo: pathique du blenno-rhumatisme, que nous étudions, e’est. son évolution vers une guérison presque toujours complète.

Dans les formes légères (névralgies, arthralgies) le pronostic est, en effet, des plus bénins et la guérison est la règle. Certaines douùleurs cependant persistent parfois très longtemps (talalgie, douleurs aux attaches métatarsiennes) et sont réveillées à la suite d’une fatigue, d’un surmenage nerveux, souvent même sans qu'il ÿ ait eu de nouvelle poussée d'infection gonococcique.

Si, dans sa forme grave, le blenno-rhumatisme se manifeste par des troubles alarmants, s’il condamne, pendant un certain temps, le malade à une impotence absolue, s’il peut même conduire à la cachexie, il n’a heureusement pas un pronostic aussi sombre qu’on pourrait le penser tout d’abord. On voit souvent, en effet, les articulations atteintes reprendre leurs caractères normaux et retrouver leurs fonctions physiologiques. Il en est de même des troubles trophiques qui disparaissent avec une plus ou moins grande rapidité.

M. Jacquet a beaucoup insisté sur la bénignité relative de ces formes d’arthro-blennoragisme, sur leur marche vers la guérison, même chez des malades qui semblaient s’acheminer vers la cachexie et la mort,

Le malade, que M. Chauffard présenta à la Société médicale des Hôpitaux, se rétablit, bien qu'il ait présenté des

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arthropathies nombreuses et graves qui ne permettaient guère de prévoir un résultat aussi heureux. De même, M. Duflocq, à l'appui de cette évolution particulière de ces arthropathies, citait le cas d’un homme qui, ayant présenté des arthrites généralisées à presque toutes les articulations, avec déformations et atrophies musculaires qui lé clouèrent au lit de longs mois, était absolument rétabli quand il le revit deux ans après. Toutes les articulations avaient repris leur souplesse et leurs mouvements physiologiques, il n’y avait aucune déformation appréciable des jointures et les masses musculaires avaient récupéré leur volume.

Même résultat également heureux, malgré la gravité du pronostic qui avait été primitivéement porté, chez le malade que notre maître, M. Launois, présenta à la Société des Hôpitaux le 21 juillet 1899. L'amélioration constatée au bout d’un mois s’accentua tous les jours, les mouvenients jusque-là impossibles augmentèrent progressivement d’étendue et les déformations articulaires rétrocédèrent peu après. Quand nous l’avons revu, six mois après, les muscles avaient repris de la fermeté et du volume. La plupart des déformations avaient disparu, les troubles nerveux étaient bien diminués et les réflexes, bien que encore exagérées, l’étaient beaucoup moins.

M. Rendu à résumé de son côté, l'histoire d’un malade qu’il avait observé en 1878 et qui après une blennorrhagie eut une atrophie musculaire généralisée et des arthropathies multiples. Ce malade, après un séjour de trois mois dans le Midi et un traitement bien dirigé, guérit complètement et revint dans un état satisfaisant. Il n'éprouvait plus qu’un peu de fatigue musculaire et de raideur articulaire.

L'amélioration inespérée, la guérison souvent même complète, contrastant avec l'étendue et la gravité des manifestations symptomatiques, ne sont-elles pas la preuve que si

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le système nerveux est lésé, il ne l’est que d'une façon passagère et toute superficielle. |

Comme nous venons de le voir, la bénignité de ces troubles divers contrastant avec leur généralisation, est donc - un des caractères principaux de la forme que nous essayons de dégager parmi celles que revêt, dans son évolution, le blenno-rhumatisme.

Parmi les manifestations nerveuses du rhumatisme blennorrhagique, il en est en effet d’autres qui sont plus graves de par leurs caractères cliniques et de par leur pronostic. Il existe, dans la littérature médicale, d’assez nombreuses observations dans lesquelles, les symptômes relevés, semblent plaider en faveur d’altérations véritables du névraxe et justifier l’appellation de méningo-myélites qu’on leur a donnée. |

On peut classer ces observations en trois groupes :

1° Celles où les phénomènes généraux et les troubles spinaux, bien que plus accentués que ceux que nous avons relevés chez nos malades, ne décèlent pas toutefois une lésion bien profonde de la moelle. |

2° Dans la deuxième catégorie nous rangerons les cas, où les lésions myélitiques ne nous paraissent pas douteuses, d’après les données cliniques, bien qu’elles n’aient pas été -mortelles et confirmées par la nécropsie.

39 Enfin nous terminerons par les cas rares, nous devons le dire, qui ont été suivis d'autopsie.

Parmi les observations du premier groupe, nous résumerons brièvement, entre autres, les faits publiés par Hayem et Parmentier, Chavier et Février. Pour nous, ils se rapprochent beaucoup de ceux que nous avons étudiés et servent de transition entre la forme myélopathique et la forme myélitique.

En 1888, dans leur mémoire, Hayem et Parmentier rap

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portent deux observations de rhumatisme blennorrhagique où les troubles spinaux ont joué le rôle principal.

À parür du moment où ils ont contracté la chaudepisse, leurs malades ont été en but, d’une façon ininterrompue, à une longue série d’accidents. La plupart des articulations furent intéressées, la colonne vertébrale, les genoux, les pieds, les épaules, les coudes, les poignets et les pouces furent pris, la bourse séreuse rétro-calcanéenne, les gaines synoviales des pieds furent également atteintes.

Tous ces troubles coïncidèrent avec des phénomènes ‘Spinaux tels que des douleurs dorso-lombaires, des douleurs en cercle à la base de la poitrine, des douleurs fulqurantes dans les membres inférieurs, de l'hyperesthésie, un affaiblissement de la motilité, de l’exagération des réflexes, de la trépidation épileptoïde et de l’atrophie musculaire.

Malgré cette symptomatologie, les malades reprirent de lembonpoint et quittèrent l'hôpital dans un état général satisfaisant, les douleurs ayant totalement disparu, sauf au niveau des talons, et l’état des réflexes s'étant notablement amélioré. |

Dans l'observation de Chavier et Février (4), il s’agit d’un militaire sans antécédents pathologiques, qui, à la suite d’une chaudepisse eut des douleurs rachialgiques assez violentes, des convulsions cloniques des membres inférieurs très accentuées.

Chez ce malade, les réflexes patellaires étaient exagérés ; il y avait de la trépidation épileptoïde, de la diminution de la puissance musculaire principalement aux membres inférieurs et de lhyperesthésie généralisée à tout le corps ; les sphincters a’étaient pas touchés.

En présence de ces mouvements cloniques très accentués

(1) CHavier et FÉVRIER. Revue de méd, 18€3.

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des jambes et du membre supérieur, associés à des autres: troubles de la motilité, les auteurs concluent à une manifestation spinale de la blennorrhagie portant sur toute la longueur de la moelle, après avoir débuté par la région cervicale. Dans ce cas encore, la guérison fut assez prompte et le malade put reprendre son service quelque temps après.

A ces faits Spillmann et Haushalter en ajoutèrent deux autres concernant des arthropathies et des manifestations spinales chez deux femmes enceintes.

Le premier est celui d’une femme qui à la suite d’une vaginite eut des arthropathies des genoux, des douleurs et de l’Ayperesthésie dans les membres inférieurs, de latrophie des muscles ‘de la cuisse et de la jambe, des troubles trophiques profonds de la peau avec eschare sacrée.

Le second concerne une lingère atteinte, elle aussi, de vaginite blennorrhagique et qui eut également des déformations des genoux, des douleurs lancinantes dans les jambes, de l’Ayperesthésie, de la paraplégie, de l’atrophie musculaire et une eschare sacrée.

Bien que dans ces deux exemples, les malades furent plus gravement atteintes que dans ceux qui précèdent, nous retrouvons toujours la marche vers amélioration. |

En présence d'accidents aussi intenses qu’ils ne peuvent expliquer par des modifications purement dynamiques des centres nerveux, Spillmann et Haushalter pensent que la moelle ou les nerfs périphériques doivent être intéressés organiquement et rapportent tous les symptômes observes, à la méningo-myélite diffuse, Toutefois, ces auteurs ont été frappés de voir les accidents si bruyants du début finir par disparaître. Ils reconnaissent que les lésions ont dû être peu profondes et que, dans ce cas, la myélite a une évolution

bien particulière, qui dépend peut-être de la cause encore inconnue qui, dans la gonorrhée agit sur la moelle.

Les lésions de myélite nous paraissent être plus probantes dans les observations suivantes que nous allons résumer et qui forment notre second groupe.

L'observation de Trapeznikov (1) est celle d’un jeune homme de 24 ans qui, quatre semaines après le début d’une première chaudepisse présenta des signes d’une lésion médullaire, bien qu’il n'eut jamais d'arthrite blennorrhagique. Chez lui, on observa de la parésie des membres inférieurs, de la paralysie vésicale avec rétention d'urine, une constipalion opiniätre. Les réflexes rotuliens étaient exagérés ; il y avait de l’anesthésie des membres inférieurs. Après une semaine de traitement actif, tous ces symptômes disparurent mais firent place à une polyurie qui dura trois semaines.

Le malade sortit de l'hôpital à peu près rétabli, mais eut longtemps encore des récidives d’incontinence d'urine et des matières fécales.

Polozoff (2), rapporte le cas d’un soldat d'infanterie atteint d'une parapléqie spinale amyotrophique, à la suite d’un écoulement uréthral, sans arthropathies. Ce malade qui avait de la fièvre présenta des phénomènes paralytiques des membres inférieurs, qui s’aggravèrent tous les jours, et était pris de contractions cloniques des jambes, dès qu’il voulait marcher. Cet homme avait, en outre, de la réfention d'urine, une constipation continuelle qui cédait mal aux lavements, et même aux purgatifs forts. Les lombes, les membres inférieurs étaient le siège de douleurs fulgurantes ;

(4) Trarszmkov. Vracht, 1891, p. 22. (Th. de Souplet). (2) Porozorr. Roussk-Medyc., 1891, p. 264, n° 17. (Thèse de Souplet).

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