‹ Étude sur une forme myélopathique du blenno-rhumatismeChapitre 20 sur 39 · ESSAI DE PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

ESSAI DE PATHOGÉNIE

Cette étude clinique nous paraît démontrer le fréquence des troubles nerveux.

Les névralgies, les arthralgies, les zones d’hyperesthésie

ou plus fréquemment les zones d'anesthésie, les fourmillements que les malades ressentent dans les membres, les élancements qui suivent le trajet des branches nerveuses, l’abolition ou plus souvent l’exagération des réflexes rotuliens, la trépidation épileptoïde quelquefois notée, les contractions fibrillaires constatées dans certains muscles sont autant de symptômes qui viennent, en effet, dénoncer la part que prennent la moelle et les nerfs dans la genèse de ces mauifestations. N’est-il pas légitime, a priori, de rattacher les arthropathies, les troubles cutanés et osseux, les amyotrophies qui les accompagnent si souvent à l'infection blennorrhagique qui a été l’origine de tous les accidents?

S'il est incontestable, comme nous l’avons dit, qu'ilexiste des arthrites dues à la pullulation du gonocoque dans les

- jointures, fait que les examens bactériologiques ont confirmé (cas de Deustchmann, 1890 ; de Linderman, 1892 ; de Rendu, 1893 ; et de Hoch. cité par Sée; cas de Neisser, 1894 ; de Haushalter, 1895); s’il est également fort probable qu’on a pas trouvé le gonocoque partout où il existait — car le surprendre n’est pas uue tâche facile, nous dit Sée, etil peut disparaître rapidement, dès le sixième jour, d’après Ehrlich — il n’en est pas moins vrai qu'un grand nombre d'arthropathies ne relèvent pas de cette pathogénie. Si les

constatations positives sont nombreuses et tendent à s’accroître à mesure que l’on connait mieux les procédés de culture etles réactions colorantes, plus nombreux encore sont les résultats négatifs (Aubert, Dieulafoy et Vidal, 1887 ; Guyon et Janet, 1889; Roux, 1890).

En 1892, Jacquet a examiné quatre échantillons de liquide séro-muqueux absolument transparent et limpide, et ni par des examens répétés, ni par des ensemencements multiples sur des milieux divers, il n'a pu y déceler la présence de micro-organismes quelconques.

C'est pour cette classe d’arthropathies, qu’il faut rechercher une toute autre. origine, et comme ces déformations articulaires coexistent, la plupart du temps, avec les phénomènes nerveux que nous avons étudiés et avec les troubles trophiques importants que nous avons vus, l'esprit a été attiré vers une pathogénie nerveuse, et porté à faire intervenir la moelie comme intermédiaire entre l’arthropathie et le gonocoque.

Il est des blennorrhagies qui peuvent s'accompagner de troubles importants de la peau, qu'elles produisent au même titre et de la même manière que les arthropathies, par exemple, et où l'intervention du système nerveux pour certaines de ces déterminations cutanées, paraît être l’explication la plus rationnelle. L'épaississement si particulier des ongles qui sont cassants, altérés, striés, leur chute, le développement anormal des poils sont autant de troubles trophiques d’origine nerveuse. La ressemblance que les cornes cutanées ont avec certaines hyperkératoses manifestement dues à des troubles nerveux, telles que [a kératodermie symétrique des extrémités, nous pousse encore à leur donner la même pathogénie.

« L’analogie que ces cornes cutanées présentent avee certains troubles manifestement trophiques, écrivait Jean-

Dep Re

- selme, la disposition symétrique de l’éruption, son indolence et sa prédominance sur les membres inférieurs qui seuls ont été ‘alteints d’arthropathies, l'intégrité des téguments au voisinage des, placards éruptifs, me portent à penser qu'il ne s’agit point ici d'une manifestation directe de la blennorrhagie, mais qu'entre celle-ci et laltération cutanée, il y à un intermédiaire nécessaire : le système nerveux ». Œ

D'autre part, comme les recherches de M. Sabouraud, sur le malade de Vidal, en faveur d'une gonococcie cutanée n’aboutirent à aucun résultat, et comme Chauffard, à la suite de son examen biopsique n’a pu trouver de gonocoque dans lépaissisement du derme ou de l’épiderme, nous pensons qu’il y a lieu de croire à cette influence nerveuse.

C'est l'avis de M. Jacquet. Chauffard, bien que moins affirmatif, se demande cependant si les déterminations articuculaires se trahissent par lintervention d’une modalité pathogénique spéciale et si les lésions des jointures et de la peau ne seraient pas des effets associés, dus à une même cause, l’action directe du système nerveux.

Après de tels faits, nous sommes en droit de nous demander si les amyotrophies ne sont pas dues également à l’action directe de linfection blennorrhagique sur les centres nerveux. Charcot, en 1888, présentant à une de ses leçons du Mardi (1), un homme atteint de gonorrhée, à la suite de laquelle il eut des accidents articulaires et des amyotrophies, avait repoussé cette interprétation et subordonnait les lésions spinales aux lésions articulaires ; pour lui, les troubles nerveux n'étaient dùs qu’à un acte réflexe ayant son point de départ dans les articulations malades, pour lui, enfin l’affection spinale se rattacherait directement aux

(1) Cuarcor, Policlinique du Mardi. Juillet 1888, p. 505.

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