‹ Étude sur une forme myélopathique du blenno-rhumatismeChapitre 33 sur 39 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

(Résumée).

Blennorrhagie à six récidives ; blenno-rhumatismes de forme aiguë, généralisée, à cinq récidives ; lésions blenno-trophiques à trois récidives ; déformations articulaires ; talon biennorrhagique ; lésions cardio-aortiques : angine de poitrine.

(Dr Jacouer. Bull. de la Soc. méd. des Hôpilaux, janvier 1897).

Le nommé Auguste L., âgé de 27 ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 26 août 1895, salle Saint-Charles, lit n0 2, pour un rhumalisme blennorrhagique compliqué de troubles trophiques variés.

On ne trouve aucune trace de rhumatisme dans ses antécédents personnels ni héréditaires. :

Il contracte une première chaudepisse à 44 ans, sans accidents consécutifs.

Depuis lors, cinq nouvelles blennorrhagies, toutes suivies, au bout de dix à quinze jours d’un rhumatisme articulaire aigu généralisé, de plus en plus sévère et de plus en plus tenace.

À sa quatrième chaudepisse, à 22 ans, des déformations apparaissent dans la main droite et s’accentuent au pied droit. Au déclin de ee rhumatisme, apparaissent pour la première fois des productions cornées à la plante des pieds et sur Le dos des orteils, Les ongles des orteils tombent.

À 26 ans, une cinquième blennorrhagie s’accompagne de déformation de la main gauche et du pied gauche et des mêmes productions cornées.

Une sixième chaudepisse datant de juillet 1895, est suivie d’une nouvelle attaque de rhumatisme généralisé avec fièvre, frissons, diarrhée et anorexie.

Le malade étant dans le service du docteur Petit, à la Pitié, voit apparaître vers le 15 août, alors que les douleurs rhumatismales sont en pleine période de décroissance et que la fièvre a complètement disparu des productions cornées à la plante des pieds.

Le 26 août, il entre à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Charles, lit n° 2.

Etat acluel. — Aspect général. Malade, pâle, anémié, amaigri, le masque est inquiet (morphinomance), la température est normale.

Ge qui domine, ce sont des déformations, des troubles trophiques et des points douloureux à la pression.

Il existe un point douloureux très net à l'union des os propres du nez et de ses cartilages.

Les membres supérieurs sont très amaigris, les masses musculaires ont fondu. ;

Tous les mouvements sont-encore possibles, mais dans l'épaule gauche, leur amplitude est diminuée, et l’on sent quelques craquements. Les coudes sont indolents, leurs mouvements sont bien conservés.

Les articulations matacarpo-phalangiennes sont tuméfiées la troisième.

Les doigts sont déviés vers le bord cubital, surtout à droite, Les espaces inlercostaux sont très amaigris, forment des méplats très accusés.

; surtout

Cependant, les muscles interosseux et les lombricaux ont conservé leur contractilité.

Dans toute l'étendue des deux membres supérieurs, il n’y a pas de troubies trophiques cutanés jusqu'à la région des phalangettes.

Mais, sur l'extrémité des trois derniers doigts, surtout à gauche {et plus particulièrement sur l’auriculaire), la peau est rosée, lisse, amincie, adhérente, sans toutefois présenter d'aspect cicatriciel.

En outre, l’ongle de l'auriculaire gauche est soulevé à son extrémité par une masse cornée, épaisse, formée par plusieurs couches stratifiées qui séparent l'ongle du derme sous-unguéal et se prolongent sur le côté, en circonscrivant les bords latéraux de l'ongle ct se confondant insensiblement avec l’épiderme péri-unguéal.

La colonne vertébrale présente un point douloureux très net à la pression, au niveau de l’apophyse épineuse de la 7me cervicale.

Les membres inférieurs présentent le même état d'émaciation que les membres supérieurs. Les masses musculaires n’ont pas perdu leur contractilité.

Les genoux ne sont pas tuméfiés, leurs parties osseuses paraissent indemnes ; les mouvements sont libres.

Les pieds présentent des déformations très accusées : du côté droit, le pied est comme tassé. Son diamètre antéro-postérieur semble raccourei dans sa portion pré-jambière, tandis qu’en arrière il existe une forte saillie due à l'hypertrophie de l’extrémité postérieure du calcanéum au point d'attache du tendon d'Achille.

SD

Le bord externe du pied, épaissi, raccourci, ne présente absolument aucune saillie. Vu par la face plantaire, il offre une légère courbure dont la convexité regarde le sol. Le bord interne, au contraire, est fortement excavé, une distance de trois centimètres le sépare du sol à son point culminant.

Les orteils, à l'état de repos, sont très écartés du sol. Le gros orteil est en hallux valgus, il s'insinue sous le deuxième orteil, qu'il soulève fortement, de façon à se mettre en contact avec le troisième ; il en résulte que le deuxième orteil est sur un plan supérieur à tous les autres, invisible par la face plantaire, faisant une forte saillie à la face dorsale.

Tous les orteils sont déviés légèrement vers le bord externe du pied.

Ils sont relevés vers la face dorsale, par l'hyperextension de leur première phalange sur le métacarpien correspondant.

Au pied gauche, les déformations sont moins marquées.

Tous les os et articulations du tarse sont douloureux à la pression, principalement l’hyperostose du calcanéum.

Outre ces allérations osseuses et fibreuses, il existe des troubles trophiques très marqués des ongles et de la face plantaire des pieds.

Les ongles sont presque tous déformés, épaissis. Il y à un véritable perionyxis avec rougeur, squares au gros orteil.

A la plante des pieds, l’épiderme est fissuré, crevassé, et se détache en squames très larges et très épaisses. Toute la semelle plantaire est formée d'une couche cornée présentant des saillies très régulièrement coniques, à sommets un peu émoussés, comparables par leur forme et leurs dimensions à un clou de tapissier.

Les saillies sont quelquefois très rapprochées, deviennent confluentes et donnent lieu à une saillie mamelonnée à sommet double, triple et même quadruple, donnant en miniature l'impression d'un massif montagneux.

Les cornes sont dures, de consistance et de structure cornée, un peu translucides à leur sommet. Elles existent surtout aux points de pression normaux et anormaux du pied, et principalement au pourtour de ces points de pression.

Système nerveux. — L'examen de la sensibilité, sous tous ses modes, ne révèle aucun trouble. Les réflexes rotuliens sont peu marqués, les réflexes pupillaire, crémastérien, bulbo-caverneux, cutanés, sont normaux, les sphincters intacts.

Page 1